À) FORMES CHRONIQUES
Cette évolution bien que très lente peut se faire d’une manière continue sans rémission, mais c’est là une éventualité rarement rencontrée. Lorsqu'on examine le malade à une période avancée de son affec-
à à tion, à un moment où celle-ci paraît présenter une
marche continue, il est bien rare qu’un interrogatoire minutieux ne vienne pas mettre en évidence, dans les antécédents, l'existence d'accidents pulmonaires. C'est là le cas habituel; l’évolution se fait par poussées successives séparées les unes des autres par des périodes d’accalmies ou même par un état de santé paraissant normal.
Bezançon et Hutinel, puis Hutinel dans sa thèse (Paris, 1922), ont bien étudié ces formes cliniques. Il s'agit de malades qui chaque hiver présentent des « poussées de bronchite » ou bien des accidents pulmonaires variés que le médecin consulté va étiqueter : pneumonie, bronchite, congestion pulmonaire, broncho-pneumonie, selon la gravité de la poussée et les signes physiques constatés. Puis tout rendre dans l’ordre jusqu’au jour où l’un de ces « accidents » va laisser après lui le syndrome de bronchorrée classique.
Les auteurs précédents (Bezançon et Hutinel) conseillent de mesurer l’expectoration du malade au moment des poussées: souvent le médecin sera alors frappé de son abondance, alors que celle-ci lui échappait quand il ne la recueillait pas. Ce signe présente pour eux une valeur considérable qui mettra parfois sur la voie d’un diagnostic exact avant l'installation du grand syndrome classique de la dilatation bronchique.
Ce sont ces mêmes formes chroniques à poussées intermittentes que Toussaint et Derscheid décrivent sous le nom de « bronchectasies chroniques infectées
à poussées infectantes ».
Chez les malades de notre statistique, le plus souvent l’évolution procède par poussées successives et se fait par intermittences.
Les sujets des observations VI, VII, XVII, par exemple, présentent depuis de longues années des bronchites répétées chaque hiver. Celles-ci s’accompagnent de poussées subaiguës asthmatiformes, depuis une vingtaine d'années chez le malade de l’observation XIX. Le jeune homme de 17 ans de l’observation XXX présente également des crises d'asthme à répétition depuis son enfance.
De même la malade de l’observation X présente des fluxions de poitrine, des bronchites, une pneumonie avant d'arriver à la période d'état de son affection.
Très longue évolution également (plus de quinze ans) avec poussées répétées de bronchite, d’emphysème, chez le sujet de l’observation XXIX. Au moment des poussées, il se produit une accentuation des râles à la base gauche qui deviennent beaucoup plus confluents, puis sans disparaître tout à fait, les signes physiques diminuent d'intensité pendant les périodes d’accalmie relative.
La malade de l'observation XXVII présente pendant huit ans tout d’abord des poussées de bronchite fétide, et ensuite des poussées hémoptoïques séparées les unes des autres par des périodes de santé relative.
evo B) FORMES SUBAIGUES
Mais l’évolution de la dilatation des bronches peut être, dans certains cas, relativement rapide, et cette éventualité ne doit pas faire écarter nécessairement le diagnostic de maladie de Laënnec.
Cette marche aiguë de la maladie serait assez fréquente chez l’enfant, et l’observation 1 de Laënnec concerne un cas de dilatation des bronches à évolution aiguë survenue trois mois après une coqueluche chez un enfant de trois ans et demi.
Pour notre part, nous avons dans notre statistique, trois observations dans lesquelles l’évolution se fit assez rapidement d’une façon subaiguë: ce sont les observations V, VI, XXII.
Dans l'observation V, la durée totale de l’affection, depuis le début apparent tout au moins, n’a guère été supérieure à une année. Flle s’est faite d’une manière continue avec fièvre, amaigrissement, mauvais état général, cachexie progressive à marche rapide.
La malade de l’observation VI toussait depuis dix ans et se plaignait de bronchites hivernales, mais la maladie proprement dite a présenté ‘une évolution subaiguë. Une fois installée, en effet, elle aboutira à la mort en six mois sans accalmies: la fièvre est continuelle, l’état général mauvais, l’amaigrissement progressif, la dyspnée intense. L’expectoration tantôt mousseuse et abondante, tantôt nummulaire per- . siste pendant toute cette période. Finalement, s’installe un état de cachexie auquel succombe le malade.
L'évolution de l'affection chez le malade de l’observation XXIII se fait elle aussi d’une manière rapide, subaiguë, puisque depuis la première hémoptysie et les premiers signes fonctionnels jusqu'à la terminaison fatale, il ne s’est guère écoulé plus de dixhuit mois. De plus, cette évolution a été régulièrement progressive sans rémissions importantes, sans accalmies ; la température est restée presque continuellement élevée, avec quelques chutes à 37° tout à fait passagères; il en a été de même pour les hémoptysies qui ont dominé la scène clinique et qui ont constitué depuis le début jusqu’à la fin, le symptôme prédominant, ne disparaissant guère que deux mois avant la mort.
Nous avons choisi ces quelques exemples parmi les plus démonstratifs.
C'est dans le cadre de ces formes subaiguës de la dilatation des bronches qu’il faudrait faire rentrer les formes décrites par Toussaint et Derscheid sous le nom de « bronchectasies aiguës infectées et infectantes ». Leur début clinique n'est-il qu’apparent comme le veulent Bezancçon et Azoulay > Et faut-il ne voir dans cette évolution aiguë que la complication d’une affection dont le début réel est lointain ? Il est difficile de le dire. Quoi qu'il en soit ces malades ne sont généralement examinés qu’à cette période de leur maladie, au moment où ils sont inquiétés par des troubles fonctionnels et généraux, parmi lesquels l’expectoration tient la plus large place.