C. AUTRES ORGANES
Toutes les artères du foie, de la rate et du rein ont une tunique externe notablement épaissie, et en certains points les anneaux, fibres périvasculaires, envoient des travées dans le parenchyme voisin.
Dans le rein en particulier, les artères interlobulaires sont accompagnées d’une gaine fibreuse, épaisse, qu'on voit très bien, sur des coupes parallèles à leur direction, monter entre les pyramides de Malpighi, vers la substance corticale.
Tous ces organes sont congestionnés, surtout le rein, dont beaucoup de tubes sécréteurs, en particulier dans les pyramides de Ferrein, sont remplis de globules rouges.
En résumé, dans tous ou presque tous les organes, sclérose des artères, et dans les points où celle-ci est le plus prononcée, sclérose péri-artérielle.
Considérations. — Il y eut queiques difficultés au début de cette affection pour faire un diagnostic exact. On fut tenté pour quelque temps de la considérer comme un cas de tuberculose pulmonaire, malgré l'absence de bacille de Koch. Cette difficulté fut augmentée quand apparurent les symptômes dus à l’abcès du cerveau, symptômes qu’on pouvait rapporter à une lésion localisée du cerveau d’origine tuberculeuse.
On remarquera combien peu importantes sont les lésions de pneumonie ou de pleurésie chroniques pour expliquer les
énormes lésions de dilatation bronchique; de même l’histoire
nn —
clinique du malade n'offre pas une série de bronchites ou de
broncho-pneumonies antérieures assez importantes pour expliquer à elles seules ces lésions.
: Dans cette observation nous constatons que l’artério-sclérose
des artères bronchiques est très accusée, et que cette lésion se
rencontre même dans certains endroits où les autres éléments
sont à peine intéressés.
De même on a constaté l’artério-sclérose dans les autres organes, les reins, la rate, le foie; et même l'aorte était altérée.
A la même séance de la Société médicale des hôpitaux où cette dernière observation a été présentée, on a cité une autre observation de dilatation bronchique terminée également par la mort, mais par un mécanisme différent. Il y avait également artério-sclérose généralisée. Voici l’obser-
vation en quelques mots :
Homme d’une quarantaine d'années, atteint de dilatation bronchique. Ce malade est entré avec l’apparence d’un cardiaque ; il avait une hémoptysie de sang noirâtre et le diagnostic d’infarctus pulmonaire était le plus probable. Mais les signes cavitaires perçus les jours suivants au niveau du poumon gauche conduisirent au diagnostic de dilatation bronchique.
Pendant deux mois le malade resta dans le service, expectorant des crachats fétides, purulents, qui ne contenaient pas de bacilles de Koch. Puis, il fut pris d’une hémoptysie véritablement effroyable ; pendant une semaine il cracha du sang à pleine bouche et finit par succomber d’épuisement.
À l’autopsie, on trouva une dilatation bronchique dans le poumon gauche; la cavité ainsi que les bronches étaient remplies de caillots noirâtres. Les quelques adhérences pleurales qu’il y avait ne me parurent pas pouvoir expliquer la pathogénie de la bronchectasie dans ce cas, mais tous les organes étaient atteints d’artério-sclérose.
Trois observations prises sur le vivant, et où l’on relève la
rois
présence de l’artério-sclérose généralisée, se trouvent dansun article publié par M. H. Marciguey dans le numéro 42 de la Revue générale de clinique et de thérapeutique et intitulé : Des hémoptysies non tuberculeuses dans la dilatation des
bronches.
Obs. I. — M. A..., cinquante et un ans, se livre, depuis de longues années, à de fréquents abus de boisson. La face est colorée ; lorsque les bras sont dans l’extension, les mains sont agitées de tremblements caractéristiques. Doué d’une constitution solide, il a pu résister à de nombreux excès. Les fonctions digestives se font bien, le foie est normal, les urines ne renferment pas d'albumine. Il tousse depuis sa jeunesse, et a eu autrefois une pleurésie gauche, et de nombreuses hémoptysies. Soumis pour la première fois à notre observation en décembre 1889, il était alors atteint de congestion pulmonaire grippale, prédominant à gauche; pendant quinze jours il a eu des hémoptysies presque quotidiennes d’une gravité extrême par leur abondance et dont il a heureusement guéri.
Depuis cette époque et jusqu’à ces jours derniers, il a présenté tous les ans deux ou trois crises d’hémoptysies, dont quelques-unes sont survenues sous l'influence d’émotions ou d’excès de boisson. Ces hémoptysies s’annoncent par une sensation de plénitude, de déchirement dans la poitrine ; les crachats, de purulents, deviennent sanguinolents, semblables à de la raclure de chair, puis la crise éclate, et il rend en grande abondance du sang franchement rutilant; nous l’avons vu, de la sorte, remplir en une seule fois le fond d’un crachoir. Lorsque la crise présente cette intensité, elle dure en général une semaine; puis, sous l’influence de vésicatoires répétés, de piqûres d’ergotinine, de morphine, elle s'arrête et tout rentre dans l’ordre. — Aujourd’hui, M. A. offre une expectoration purulente extrêmement abondante, d’odeur fade, devenant très rapidement fétide, et dans laquelle l’examen bactériologique n’a pu révéler la présence du bacille de Koch. Parfois l’haleine présente une légère fétidité, pas d’oppression marquée. Les signes stéthoscopiques sont localisés dans la moitié postérieure et inférieure du poumon gauche. A ce niveau on entend du souffle bronchique mêlé de ràles sous-crépitants, et des froissements pleuraux superficiels. Les sommets, de même que le poumon droit, sont indemnes. Les artères temporales sont flexueuses, les radiales dures et athéromateuses ; le pouls est plein, vibrant au moment des hémo-
ptysies; en dehors de ces crises, il est dur et présente quelques intermittences. Le cœur est hypertrophié; à la base, on entend un souffle systolique, suivi du retentissement du second bruit aortique, signe manifeste de l'hypertension artérielle, Ce bruit présente son maximum d'intensité à droite du sternum, près de son bord droit, dans le
deuxième espace intercostal.
Obs. II. — M. B.., soixante-huit ans, présente un aspect moins brillant que notre premier malade. Souffreteux depuis l’âge de treize ans, il eut, à l’âge de dix-sept ans, une pleurésie gauche dont il soufrit pendant plusieurs mois.
Il s’en rétablit cependant, car il put contracter un engagement militaire et prendre part, en 1851, à la campagne d'Algérie. Il quitta le service en 4853, à la suite d’une blessure qui nécessita l'amputation de la jambe droite.
Jusqu'en novembre 4870, sa santé fut bonne ; à cette époque il contracta une bronchite dont il ne s’est jamais débarrassé.
État actuel. — Habitudes très régulières, pas de syphilis; ce malade est très maigre, la poitrine est déformée, les côtes sont légèrement affaissées du côté gauche, siège de l’ancienne pleurésie. La sonorité est normale dans toute la hauteur des poumons, un peu affaiblie seulement à la base gauche. On entend au-dessous de la clavicule gauche une respiration soufflante, presque amphorique. A droite, respiralion humée, expiration prolongée, caractéristique de l’emphysème pulmonaire. En arrière de la poitrine, très nombreux râles sous-crépitants et sibilants des deux côtés. La dyspnée est habituelle; ilne peut faire une longue marche, la respiration lui manque, dit-il. L'expectoration est extrèmement abondante, surtout le matin ; il remplit par jour deux crachoirs de produits puriformes, ne contenant pas de bacilles de Koch. Ces crachats ne sont pas fétides, et cependant il se plaint d’un goût horrible dans la bouche, qui le gène au plus haut degré. Quoique la dilatation des bronches nous paraisse très accentuée chez ce malade, nous n'avons constaté que deux fois la présence du sang dans les crachats. Ces petites hémoptysies ont été très légères et n'ont duré que quelques heures. Au contraire, à diverses reprises il a présenté des accès fébriles avec dépression des forces, et signes d'infection broncho-pulmonaire, dont il est heureusement sorti. Ce malade est athéromateux; le cœur parait sain, ses bruits sont normaux.
Obs. III.—M.C.....,quarante-deux ans ; pas d’antécé dentstuberculeux héréditaires, pas de syphilis. Homme d’apparence robuste. Taille 1,80.
Les antécédents de ce malade sont particulièrement instructifs.
À seize ans, il eut une première hémoptysie très abondante dont il se remit rapidement. A dix-sept et à dix-neuf ans, deux nouvelles hémoptysies : néanmoins il put faire son service militaire, mais pendant ce temps il eut une bronchite avec crachats sanguinolents.
A trente-deux ans, grosse hémoptysie, consécutive à des fatigues, pour laquelle il dut garder la chambre pendant deux mois.
De trente-sept à quarante-un ans, il eut trois hémoptysies moins fortes, dont la dernière survint à la suite d’une émotion.
La poitrine est large et bien développée.
La sonorité est faible en arrière des deux poumons, surtout à gauche. On entend une respiration emphysémateuse aux sommets.
En arrière, respiration soufflante et räles sous-crépitants dans le lobe inférieur du poumon gauche. Rien à droite.
Crachats verdâtres très abondants, sans odeur, ne contenant pas de bacilles de Koch. Goût désagréable dans la bouche. Dyspnée légère.
Palpitations très fréquentes, cœur volumineux, aucun bruit de souffle, pas de retentissement diastolique du second bruit aortique ; athérome des artères radicales et temporales.
Chez ce malade nous ferons remarquer la fréquence des hémoptysies et l'association de la bronchectasie à la sclérose des artères périphériques.
ETIOLOGIE ET PATHOGÉNIE.
Sur l’étiologie nous ne pouvons que redire ce que déjà nous avons cité plusieurs fois : que la dilatation des bronches se rencontre le plus souvent chez des gens déjà d’un certain âge, chez ceux où des bronchites, des broncho-pneumonies antérieures ont joué le rôle de causes accidentelles.
La pathogénie a été expliquée de diverses façons. Nous diviserons les causes qui ont été données en quatre catégories :
1° Causes mécaniques résidant dans la bronche même ;
2° Causes dépendant d’une action mécanique due à une
lésion du parenchyme pulmonaire ;
3° Causes dépendant d’une action mécanique due à une lésion de la plèvre;
4° Causes dépendant d’une altération des parois bronchiques,