DES
BRONCHEN ET L'ARTÉRIO-SCLÉRONE
Jusqu'à ce jour on a été porté à considérer la dilatation des bronches comme le résultat d'anciennes pleurésies, bronchites, broncho-pneumonies surtout. Nous essayerons de montrer que ces affections par elles-mêmes sont d'ordinaire incapables de produire la lésion que nous considérons; qu'il faut faire intervenir une prédisposition antérieure de l’organisme, prédisposition se rattachant à une lésion du système vasculaire, à l’artério-sclérose. En ceci nous ne ferons que suivre cette loi générale qui veut que l’on s’avance des idées simples, des causes toutes mécaniques, vers des altérations dans les propriétés vitales des tissus. L'exemple que nous citerons est celui de l’ascite consécutive à une cirrhose hépatique atrophique, considérée autrefois comme due à la simple compression de la veine porte dans le foie par du tissu néoformé se sclérosant, mais qu'aujourd'hui on tend à rapporter à d’autres causes, aux lésions du péritoine, qu’elles soient liées
0e à la cirrhose même ou qu’elles soient simplement alcooliques; à la uberculose du foie et du péritoine ; et même ou surtout peut-être à des lésions des terminaisons péritonéales ou mésentériques de la veine porte, la phlébite et périphlébite, dues d'ordinaire aux substances irritantes qui dans le foie ont produit la cirrhose atrophique, la mort des cellules hépatiques.
Sympromes. — La dilatation des bronches est une affection rare, se rencontrant le plus souvent chez des individus ayant dépassé la moyenne de la vie.
Ce sont des gens qui d'ordinaire ont longtemps souffert de l'affection qui les amène à consulter, et qui malgré ce laps de temps ne présentent pas les signes de déchéance physique qu'on pourrait s'attendre à voir.
A l'inspection on constate souvent de la déformation thoracique unilatérale, quelquefois étendue à tout un côté de la poitrine, mais le plus souvent se présentant sous la forme d'un aplatissement localisé au siège de la lésion.
Dans les mêmes régions la percussion donne d'ordinaire de la submatité, qui peut aller jusqu’à la matité si Les cavités bronchiques sont remplies; si elles sont vides, peut être tympanique ou même donner le bruit de pot fêlé.
L’auscultation de même donne le plus souvent des signes cavitaires qui sont plus ou moins marqués selon l’étendue et la condition des lésions, les dilatations pouvant être plus ou moins vides, ou ayant perdu leurs connexions avec les bronches qui leur donnent naissance. C’est ainsi qu’on peut entendre des râles caverneux, des gargouillements mème, tous humides, ou des râles à consonnance métallique, si la
cavité est grande et ses parois lisses,
As
Mais le symptôme le plus fréquent, celui qui ne manque . jamais, est fourni par l’expectoration. Elle est fort abondante, pouvant atteindre par vingt-quatre heures même le chiffre de 600 grammes. Tantôt elle est muqueuse, tantôt muco-purulente, cette dernière variété se montrant surtout quand l’affection a duré déjà un certain temps. Par le repos elle se divise en plusieurs couches, la plus profonde formée d’une matière puriforme, verdâtre, la plus superficielle étant spumeuse, aérée. On y rencontre des microorganismes, des globules de pus, des cristaux d'acides gras et des cellules épithéliales.
Quelquefois cette expectoration est décomposée après un long séjour dans les bronches, ou accompagnée d’une gangrène superficielle des bronches dilatées, donnant lieu à une fétidité remarquable des crachats et de l’haleine. Trousseau en parle dans /a Clinique qu'il a faite sur la dilatation des bronches et la bronchorrhée, en même temps qu'il insiste sur l'abondance de l’expectoration.
Je cite ses remarques :
« Vous avez tous été frappés de l'extrême fétidité de l'haleine, elle était presque insupportable quand la malade toussait, à ce point que les voisines de lit en étaient fort incommodées, mais elle ne se communiquait pas aux produits de l’expectoration. Les crachats avaient une abondance extrême (au moins un litre par jour), il étaient diffluents, mucoso-puriformes ; mais leur odeur fade et un peu nauséabonde n’était pas, à beaucoup près, aussi fétide que celle de l'haleine.
« Il y avait donc dans l’expectoration deux éléments importants : la fétidité, l'abondance. Je veux discuter avec vous la valeur de ces deux éléments, qui tout à l’heure vont acquérir une grande valeur diagnostique.
« L’extrême fétidité de l'haleine s’observe dans la gangrène pulmonaire, et quelquefois dans la phthisie tuberculeuse; mais, en général, dans la phthisie elle est transitoire et dure rarement plus de trois ou quatre jours; dans la gangrène pulmonaire elle dure plus longtemps sans
pes
doute, surtout dans cette forme bizarre de gangrène qui frappe successivement un grand nombre de lobules; mais, dans ce cas, elle est très forte pendant quelques jours, cesse un peu, revient, cesse encore, et présente enfin ces alternatives qui, à elles seules, suffisent pour mettre sur la voie du diagnostic, à défaut de tout autre signe. Elle a d’ailleurs quelque chose de spécial qui rappelle l'odeur du sphacèle, tandis que, dans la bronchorrhée liée à l'existence d’une dilatation des bronches, elle rappelle plutôt l'odeur des matières animales en putréfaction.
« Je sais que, dans la gangrène lobulaire successive du poumon, la durée de la fétidité peut être considérable, et je me rappelle l'avoir vue durer près de trois mois chez une dame à laquelle mon ami M. Lasègue et moi nous donnions des soins, mais sa durée est infiniment plus grande dans la bronchorrhée liée à la dilatation bronchique.
« En 1848, je voyais, avec M. Louis, un homme de soixante-deux ou soixante-trois ans, qui avait un catarrhe bronchique, avec dilatation des bronches; quand nous fûmes mandés auprès de lui, il était déjà gravement malade depuis plusieurs mois, et il recourut à d’autres avis, après que, durant deux mois, nous lui eûmes donné des soins infructueux : pendant tout le cours de la maladie, la puanteur de l’haleine était telle que tout l'appartement était empesté, bien que cet appartement fût très vaste, et dans l'escalier même on était péniblement affecté de l'odeur qui s’y répandait. Je ne savais ce qu'était devenu le malade: je le croyais mort, quand en mai 1863, c’est-à-dire quinze ans plus tard, appelé auprès d’une deses filles, j'apprenais d’elle que son père était encore vivant, et qu’il conservait un catarrhe bronchique qui n'avait plus rien d’extraordinaire que sa ténacité, »
Sur ce dernier cas cependant Trousseau a quelques doutes, et quelques lignes plus loin remarque qu'il a pu se tromper dans le diagnostic, vu le fait qu'il est rare que la dilatation bronchique diminue à mesure que l’on avance en âge. L’affection qu'il avait prise pour une dilatation des bronches a pu être un simple catarrhe pulmonaire avec fétidité de l’expectoration, comme on en observe des cas.
Après avoir parlé de l’abondance et de la fétidité de l’expectoration, nous devons dire quelques mots d'un troisième ca-
ractère qui est des plus importants. L’expectoration a lieu