Glasson, id, t. II, p
idée, que Charlemagne aurait voulu ainsi dédommager PEglise de la spoliation qu’elle avait subie peu auparavant de la part de Charles Martel. On sait en effet que ce prince, pour subvenir aux frais de guerres coûteuses dont le succès profitait à l'Eglise, et aussi pour récompenser ses hommes d'armes de leurs exploits, n'avait pas hésité à enlever aux églises et aux abbayes une grande partie de leurs-biens qu'il avait réunis au fisc ou distribués à ses soldats. En vain le clergé tout entier avait-il protesté : ses réclamations incessantes, restées inutiles au temps de Charles Martel, avaient reçu sous Pépin le Bref, au synode de Leptines, en 743, une satisfaction plus apparente que réelle. Un tout petit nombre de terres ecclésiastiques avaient bien été rendues par les laïques menacés d’excommunication, mais la plupart de ces derniers s'étaient refusés à toute restitution, et le synode de Leptines n'avait guère fait qu'aboutir à une transaction
les laïques conserveraient à titre de bénéfice ou de précaire Les terres qu'ils détenaient ; ils en paieraient toutefois à l'Eglise la dîime et la none, c’est-à-dire double dime. Plus tard Charlemagne lui-même s’engagea bien à ne plus distribuer de terres d Eglise, les donations antérieures n'en subsistèrent pas moins. Mais peut-être en accordant la dime à l'Eglise, en tant qu'institution générale et portant hon plus sur les seuls détenteurs de biens ecclésiastiques, mais sur l’ensemble des fidèles, entendit-il compenser les spoliations subies. S'il en fut réellement ainsi, nous dirons avec Lehüerou que
l'Eglise trouva là un magnifique dédommagement *.
Quoi qu’il en soit de ces diverses raisons, il est certain que les capitulaires s’approprièrent les dispositions des conciles, et qu'ils organisèrent le fonctionnement de la dime de façon régulière et rigoureuse, La dime était due par tous les fidèles, à quelque classe qu'ils appartinssent, nobles, lètes ou colons ? ; l'Empereur lui-même la payait‘, et elle portait non seulement sur tous les fruits de la terre sans distinction *, mais encore sur le croît des animaux ‘, et quelquefois sur tous les profits et revenus de quelque nature qu'ils fussent *. Elle était perçue au profit de l’église paroissiale, ou plutôt baptismale, à l'exclusion detoute autre’, Chaque église exerçait son droit dans une circonscription déterminée *, et il n’était pas permis de transférer à l’une ce qui appartenait à l’autre *. Le produit de la dîime était partagé en trois ou quatre parts ; sur ce point les disposilions des conciles et des capitulaires varièrent, et quelquefois aux trois copartageants ordinaires : Ja
1, Lehüerou, Instilulions carolingiennes, ch. 1x.