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e8 réformes à tenter sont nombreuses

Nous les avons indiquées précédemment en montrant les inconvénients du système communal actuel .

« La commune, dit M. Le Play, dans son admirable ouvrage la Réforme sociale en France^ la commune groupe dans toutes les institutions sociales plusieurs intérêts de famille et de populations agglomérées en certains lieux; elle forme, en quelque sorte, le premier degré de gouvernement local.

C'est surtout en organisant la commune qu'il faut résoudre le difficile problème qui consiste à établir le partage le plus convenable entre la vie privée et la vie publique ; or, la comparaison des divers États européens m'a toujours démontré que la solution la plus imparfaite est celle que nous avons adoptée.

Nous souffrons à la fois, en cette matière,

DES RÉFOBHBS GOMMUNÂIES. 33^

d'uDô erreur et d'une fausse assimilation, »

Il est bien évident que nous ne pouvons chercher nulle part un modèle pour l'organisation de nos communes. Il est non moins évident que, si Ton veut bien tenir compte des différences des mœurs, du caractère, des coutumes locales, de la manière de vivre, qui séparent un grand nombre de provinces de la France, l'on ne devrait pas même appliquer partout un système uniforme, exiger Tunité absolue dans r administration.

Simplifier le mécanisme administratif, diminuer le nombre des affaires soumises à la décision des fonctionnaires, sans utilité réelle pour les intérêts publics, sont les deux premiers points de la réforme.

Les particuliers devraient pouvoir régler eux-mêmes leurs intérêts eh restreignant Tin-

tervention de la commune, ce qui offrirait encore cet avantage de ne point transformer

:tiO LA DtMB, LA CORVÉE ET LE J0U6.

celle-ci en puissance avec laquelle on serait par trop obligé de compter.

Supprimer une quantité d'emplois parfaitement inutiles, accorder à d'autres bureaux les attributions enlevées à ceux que Ton aurait supprimés, exiger une plus grande celérite dans l'expédition des affaires, un moindre souci des règlements, responsabilité personnelle des employés, tels seraient les moyens à employer pour arriver tout d'abord à quelque résultat.

Une des méprises de la Révolution a été d'assimiler et de soumettre à une même loi les districts ruraux et les agglomérations urbaines, confondant ainsi des intérêts qui ont toujours été indépendants les uns des autres. Il y a là une question fort importante à traiter et que nous examinerons plus tard.

De la réforme des institutions municipales, il conviendrait de commencer par la revision des lois qui régissent le suffrage universel. Il

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faut imiter la commune du moyen âge, restreindre le vote, le diriger, empêcher la corruption électorale, entraver les brigues, les intrigues de certains candidats, épurer, en un mot, ce principe de suffrage populaire qui peut être à la fois la meilleure et la plus mauvaise des choses. Comment un individu peutil être électeur s'il n'offre pas les plus sûres garanties d'honnêteté, d'indépendance, d'instruction? S'il ne possède rien, s'il n'a pas d'intérêts matériels à gérer? Pourquoi le vote d'un ignorant a-t-il la même valeur que celui d'un homme instruit ? Pourquoi le célibataire, préoccupé uniquement de ses propres jouissances, égoïste forcé, est-il mis sur le même rang que le père de famille ? En jurisprudence, il est facile, nous le savons, de démontrer que rien n'est plus juste. Mais, en droit naturel, est-ce là de la justice? Non.

Cette revision des lois électorales terminée, les classes dirigeantes pourront obtenir cette

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décentralisation qui nous est si nécessaire , et que nous, que Ton appelle si volontiers < réactionnairesi obscurantistes, i» sommes les premiers à demander.

Le devoir de ces classes est de se dévouer à l'amélioration du sort des classes laborieuses ; elles leur doivent le bon exemple , dans la vie privée comme dans la vie politique. Elles doivent encore s'attacher à prouver que le suffrage universel, exercé avec passion, dans un but uniquement politique, sans direction, sans contrôle sérieux, est un dissolvant pour la so- , ciété; qu'il est de l'intérêt de toutes les classes de rester parfaitement unies, car le bien-être de l'une se lie au bien-être de toutes les autres. Et quand on verra la noblesse, la bourgeoisie, démontrer par des actes, et non par des paroles qui s'en vont et dont il ne reste qu'un souvenir, qu'elles veulent le progrès vrai, la liberté vraie, l'égalité devant la loi, dans toute l'acception du mot; ces haines.

DES RÉFORMILS COMMUNALES. 343

ces rancunes excitées, fomentées par tes ennemis du peuple 9 ne disparaitront-elles point à jamais? L'exemple doit partir d'en haut.

Quand la corruption existe au sommet de Téchelle sociale, elle descend, descend toujours, pénètre les couches fnférieures, devenant alors plus profonde, plus invétérée, créant des passions ardentes, l'envie, la jalousie, la colère... Et l'on s'étonne quand le pétrole a fait son œuvre !

Le peuple est bon; pourquoi l'avez-vous gâté, pourquoi le gâtez-vous?

a Un code de lois qui a été fait pour un citoyen idéal naissant enfant trouvé et mourant célibataire ; un code qui rend tout viager, oii les enfants sont un inconvénient pour le père, où toute œuvre collective et perpétuelle est interdite, où les unités morales, qui sont les vraies, sont dissoutes à chaque décès, où rhomme avisé est l'égoïste, qui s'arrange pour avoir le moins de devoirs possible, où

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riiommeet la femme sont jetés dans Tarène de la vie aux mêmes conditions, où la propriété est conçue, non comme une chose morale, mais comme l'équivalent d'une jouissance toujours appréciable en argent ; un tel code, dis-je, ne peut engendrer que faiblesse et petitesse... Avec leur mesquine conception* de la famille et de la propriété, ceux qui liquidèrent si tristement la banqueroute de la Révolution dans les dernières années du dixhuitième siècle préparèrent un monde de pygmées et de révoltés. Ce n^est Jamais impunément qu^on manque de philosophie, de science y de religion. »

Cette page n'est point empruntée à un écrivain « réactionnaire. »

Nous la trouvons dans la préface des Ques-^ lions contemporaines^ de M. Ernest Renan. Ce nom, au bas de cette condamnation formelle de la Révolution, ce désaveu d'un révolu-

tionnaire, ont une valeur, une portée qui n'échapperont à personne.

Lorsqu'il s'agit de commencer la décentralisation par la réforme du système municipal et de la vie communale, il s'est toujours présenté une objection qui n'est pas sans fondement, il faut l'avouer.

La bourgeoisie des grandes villes, dit-on, s'est toujours montrée révolutionnaire, ingouvernable ; les populations ouvrières, de leur côté, ne cachent point leurs tendances hostiles à l'ordre légal. C'est la vérité.

Nous devons aux grandes villes, Paris, Lyon, Marseille, toutes les révolutions qui nous ont amenés à l'état pitoyable dans lequel nous gémissons aujourd'hui.

C'est à Paris que nous devons le 18 brumaire, qui nous donna l'empire napoléonien; les journées de juillet 1830, qui produisirent une scission mille fois regrettable entre les deux branches de la maison de France; les

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journées de juin 1848, qui nous mirent à deux doigts de notre perte ; Tavènement du second Bonaparte; le i septembre et son cortège de dates néfastes; le 18 mars enfin, date qui sera inscrite en lettres de sang sur les pages de notre histoire nationale, histoire bien lamentable vraiment depuis la fin du siècle dernier. . .

Paris, secondé par quelques centres populeuxy a été la France, et la France n'était pour les Parisiens que la banlieue de Paris, le grenier d'oii Ton tirait tout, la vache à lait que Ton nourrissait pour la traire*

L'image est triviale peut-être, mais elle rend parfaitement notre pensée.

Donc ce qu'ordonnait Paris la province le faisait... par crainte, par insouciance, par indifférence, mais elle le faisait! L' eut-elle Ht il si elle avait eu sa vie propre, indépendante, ses communes bien gouvernées, bien armées, ses assemblées constituées comme elles Té-

DÏS RÉFORMES GOMMUNAlfiS. 347

taient autrefois? Sous Louis XIV, la Bretagne se révoltait^ et c'est à peine si la Normandie, sa voisine, le savait. C'est parce que la révolution serait certainement arrêtée dans son essor par la d^entralisation que les révolutionnaires veulent encore aujourd'hui centraliser à outrance. Que leur importe la prospérité de la patrie, pourvu qu'ils puissent escalader le pouvoir, s'enrichir, s'enivrer de plaisirs, satisfaire leurs appétits brutaux !

La bourgeoisie est devenue timide depuis qu'elle occupe le haut du pavé. Quand elle avait à réclamer des droits, des privilèges, quand elle luttait contre les classes supé* rieures, elle se montrait plus hardie, elle travaillait à son émancipation, ne reculait devant aucun labeur, donnant volontiers son ar-* gant et sa vie.

Mais, depuis que les classes intermédiaires entre elle et la royajité n'existent plus, elle regarde à ses pieds et laisse faire»

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A Paris même, on Ta dit plus d'une fois déjà, le bourgeois fait de l'opposition au gouvernement avec un certain plaisir. Il se tient coiy si le danger est réel ; il se dresse un piédestal, si la renommée se peut acquérir sans danger. Mais...

A vaincre sans péril, on triomphe sans- gloire!

Pourquoi cette hostilité ppitaanente, pourquoi ce mécontentement qui heurte It^t et persiste même quand il n'a point de raison d'être? Pourquoi fronder et liguer uniquement par plaisir ? En un temps comme celui où nous vivons, il faut éloigner les petites passions, les rancunes mesquines, les façons de faire et de penser méticuleuses, pointilleuses, vétilleuses. Il ne faut point songer aux divisions de parti, aux querellés de mots, il est si facile de s'entendre quand on veut ardemment le bonheur du pays ! Que n'avonsnous pour, faire le bien la moitié de l'entente

que DOS adversaires ont pour faire le mal !

Comptons-nous. Ils sont dix mille, nous sommes vingt milliors... Mais ils ont Taudace.

Et c'est ici qu'il faut rappeler le mot si vrai de Tacite : « Les révolutions se font par l'audace du plus petit nombre, la complicité de quelques-uns et la lâcheté de beaucoup. »

Léê populations ouvrières sont travaillées depuis longues années par les enseignements les plus pervers. On les trompe carrément, et ces braves gens, réellement hoiinêtes, pour la plupart, parfaitement disposés à faire leur devoir, se laissent égarer par de mauvais conseils et de fallacieuses promesses.

Les utopies les plus étranges leur sont prêchées tous les jours, et de telle façon que leur intelligence naïve s'en pénètre. Us sont communistes, socialistes sans le savoir. Ceci ex-

350 UL Diu, LA GORVÉS XT LE I0U6.

plique pourquoi Fourier, Cabet, ProudhoD, Saint-Simon ont eu tant de disciples qui ne comprenaient pas le premier mot de leurs rêveries.

Eh bien! c'est à la bourgeoisie, qui est la classe dirigeante, d'instruire l'ouvrier. Elle doit le respecter comme une créature de Dieu, devant qui, seul, le principe d'égalité est admis; par conséquent, elle doit réclairer, le diriger, cultiver son intelligence, exalter ses bons sentiments, combattre ses passions.

La situation matérielle de l'ouvrier s'est améliorée considérablement. Il serait inutile et dangereux de le leurrer de l'espoir que sa condition peut devenir meilleure sous le rapport du salaire ; mais on peut rendre son bienêtre plus complet en satisfaisant à la fois les besoins de son cœur, de son intelligence et de son corps. Il est nécessaire, pour atteindre ce but, que la religion serve de base à toutes les réformes 9 à tous les. systèmes, à toutes

les institutions, et c'est encore aux classes dirigeantes qu'il appartient de le faire bien comprendre.

ce C'est par la petite patrie, disait Portalis, que Ton s'attache à la grande. »

La Révolution ne veut pas Tunité politique.

Elle sait que tout ce qui provient d'un principe, la famille, T esprit de l'association, des corporations, l'émancipation des communes, la décentralisation administrative, la menace de mort. Elle sait que si chaque province, organisée autrement qu'elle ne Test, rendue à l'indépendance locale, s'administrait elle« même, en dehors du mécanisme bureaucratique, il ne lui resterait plus aucune influence.

Voilà pourquoi ce qu'elle décore pompeusement de nom pompeux n'est rien et ne peut rien être ; voilà pourquoi la Révolution ne peut donner aucune liberté, ne peut réali-

:i^2 LA bIme, la corvée et le joua.

ser une seule des mille utopies rêvées par ses disciples.

« Une des plus dangereuses folies de notre siècle, a dit Lamennais, est de s'imaginer que Ton constitue un Etat et qu'on forme une société du jour au lendemain, comme on élève une manufacture. On ne fait point les sociétés; la nature et le temps les font de concert... On écrit suf un morceau de papier qu'on est en monarchie, ou bien en république, en attendant qu'on soit en réalité quelque chose. Mais il y a une loi immuable contre laquelle rien ne prévaut :

toute société qui, étant sortie des voies de sa nature, s'obstine à n'y point rentrer, ne se renouvelle que par la dissolution : il faut, ainsi que Thomme, qu'elle traverse le tombeau pour arriver à la vie une seconde fois. ^

Or, ce que la Révolution veut faire, c'est précisément transformer la société du jour au

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lendemain, et, pour cette transformation, elle emploie, suivant les temps, la guillotine, ou les fusillades, ou le pétrole. Et, dans son organisation , chez nous, la tête — Paris — est tout. Le corps — la France — n'est rien.

354 LA dImb, la coktée et le jocg.

La vérité s'en va ; les opinions l' ont détrônée; le dogme de la liberté règne à sa place. L'homme libre a exagéré son privilège ; il s'en est fait une idole ; quand il ne parvient pas à la rendre acceptable, il l'impose ; aux yeux de la raison, c'est un contre-sens ; dans Tordre social, c'est une tyrannie; peu importe, la foule s'y dévoue et le monde croit marcher vers le progrès.

Une réforme est nécessaire ; on l'attend de la science ; on la célèbre comme un retour à

rage d'or ; son règne s'annonce avec les plus étonnantes promesses de bonheur. La société court au-devant de ces espérances ; malheureusement le ciel est bas, l'horizon est étroit ; les questions sociales dépassent nos vues politiques; comme le soleil est au-dessus des nuages, l'éternelle vérité se tient loin de nous; les passions humaines passent entre elle et la terre; la nuit nous envahit; les révolutions sont à Tordre du jour ; Tune démolit ce qu'une autre venait de fonder ; nos œuvres n'ont pas de lendemain.

Que faire de notre liberté? Que tenter avec elle pour avoir la paix? Que chercher maintenant' pour que l'avenir soit heureux ? Jusqu'ici nos progrès les plus vantés ne sont qu'un leurre. Notre fortune publique traîne après elle le paupérisme ; notre société s'appuie sur des principes de discorde ; notre liberté n'offre pas la garantie de lois immuables. Le régime social sous lequel nous

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vivons est exposé à toutes les haines de la misère, à tous les malheurs de la guerre civile, à tous les complots de l'esprit de parti. Il n'y a pas d'égalité dans les jouissances : le riche et le pauvre s'observent ; la lutte entre eux est Inévitable.

Nos constitutions, toujours provisoires, s'appuient sur des bases chancelantes; le peuple a le droit de les changer; il en use à sa fantaisie ; après tous les essais de ce siècle, il ne reste plus rien. Nous retombons dans les errements de nos dev.anciers ; nous reprenons leurs idées, leurs plans, leurs entreprises; nous ne sommes ni plus sages, ni plus modérés que les premiers révolutionnaires; nous pourrons comme eux amonceler des ruines : le vent les dispersera ; tous nos efforts seront stériles.

Considérez le chemin que nous avons parcouru depuis un siècle. Cherchez les résultats positifs de nos grands changements. L'huma-

DE La RÉIORME sociale. 3^)7

nité (que Ton voudrait mettre à la place de Dieu) se traîne comme une déesse fatiguée.

Elle a perdu son auréole ; on la traite comme un produit de la terre. Si ell& est autre chose, il faut qu'elle le prouve, qu'elle se conduise elle-même ; qu'elle trouve dans son sein le secret du bonheur.

En attendant, elle ne fait que se plaindre.

Jamais elle n'a paru plus triste et plus malheureuse. Dans ses temps les plus sombres, elle rencontrait parfois l'enthousiasme, l'amour et l'espérance. A présent, il n'en est plus question. Ceux qui la disent si noble, si fière et si avancée, devraient se rappeler au moins le siècle le plus récent de son histoire.

C'était après 93 : elle était étendue sur le chemin du progrès, couverte de boue, de sang et de honte. Les gouvernements passaient sur elle ; ils l'avaient traitée comme une criminelle, puis comOfC une prostituée ; on Tin-

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sultait sans pudeur, on la frappait sans remords; du plue bas de son abjection, elle releva la tète; elle implora l'Être suprême.

Un génie, caché sous une forme d'aigle, planait au-dessus d'elle; il aperçut de loin cette victime ; elle respirait encore ; il résolut d'en faire sa proie. Aussi prompt que la pensée, il fondit sur elle, il la prit à la gorge, il la souleva dans ses serres puissantes, puis il essaya de la faire marcher. La guerre a des cruautés inouïes; notre triste humanité les épuisa toutes; on ne lui épargna pas l'insulte après la défaite. Il lui aurait été si facile de rester fidèle aux rois.

Cependant, elle n'en veut plus, elle repousse leur absolutisme ; elle essaie de parlementer; amis et ennemis se rangent des deux côtés de son chemin ; elle garde le milieu. Parmi les puissants et les sages, elle cherche des alliés ; elle va tantôt à droite, tantôt à gauche; elle abandonne ceux qu'elle

D£ LA BÉFORME SOCIALE. 359

ayait'choisis ; elle reprend ceux qu'elle avait quittés ; elle change sans cesse de guides et de conseillers ; elle n'en devient ni plus fière, ni plus honorée, ni plus heureuse. On vit à ses dépens, elle le sait ; il faut qu'elle s'y ré* signe.

Tant que les hommes seront égoïstes, elle paiera leurs services ; tant que la fraternité ne seraqu^un mot, les bienfaits s'achèteront; et si Tégalité persiste à n'être qu'une reven*^ dication, les plus faibles continueront à être exploités par les plus forts. Pauvre humanité, tu n'es plus jeune^ tu perds ta vigueur et ton enthousiasme ; ta beauté n'est plus qu'un souvenir ! Tu n'as plus autour de toi que des mercenaires ; ne compte pas sur leur dévouement, ne songe plus à leur amour : ils ne se donnent plus, ils se vendent. Autrefois, dit la science, les choses n'allaient pas ainsi, c'était l'époque des a races heureuses. » Alors les familles s'aggloméraient sur leur terri-

360 LA DiM£, LA GORVk£ ET LE JOtG.

toire, elles s'élevaient à la célébrité en accumulant la richesse, la science et le pouvoir. « Mais, à mesure que Torganisation sociale se complique, Tautorité paternelle se montre de plus en plus insuffisante dans sa double tâche d'enseignement et de correction. Les races modèles de l'histoire . ont cependant triomphé de cette épreuve. Elles ont conservé la paix sociale, condition première du bonheur, en mamtenant avec fermeté les principes fondamentaux de la famille. A cet eflFet, elles ont adopté diverses coutumes qui ont varié selon les temps et les lieux, mais qui ont toujours eu le même but : remédier à Tafifaiblissement du pouvoir paternel. »

« En tête de ces coutumes complémentaires ont toujours figuré deux institutions : la religion j qiji, par ses dogmes^ ses rites et son personnel, assure la connaissance et la pratique de la loi divine, et la souveraineté, qui, à Taide de la justice ettJe la force armée.

impose le respect des coutumes émanant de la loiy et en réprime au besoin la violation (1). »

En ce temps-là, chacun trouvait son intérêt dans Tordre et son bonheur dans la paix.

La société découlait de la famille ; ces deax institutions répondaient aux mêmes besoins.

Par elles, notre humanité suivait sa destinée, elle se perpétuait, elle se fortifiait, elle allait droit son chemin. Robuste et féconde, elle parcourait la terre, elle en prenait possession, elle y établissait son règne. Mais alors elle avait la foi, c'est-à-dire une confiance raisonnée, qui embrasse la vérité, qui excite Tenthousiasme et qui complète la vie. Elle se complaisait dans la famille, elle Taimait, elle y trouvajt Tidéal de sa perfection et la garantie de ton avenir. j

(1) La foi catholique et la réforme sociale ^ par Je révérend Père Lescœur, prêtre de l'Oratoire, précédées d'une introduction par M. te Play.

3G2 LA DtMb, LA GOEVÉF £T LE JOUG.

Le tableau de ce bonheur existe encore ; quelques races heureuses et simples en perpétuent le témoignage. On les rencontre dans les régions de l'extrême Orient et du Nord.

Longtemps disséminées sur de vastes espaces, elles les ont peuplés, elles se sont ainsi rapprochées les unes des autres^ elles ont constitué ce en pleine paix une société stable. » Depuis plusieurs siècles, elles vivent à F abri des changements et des révolutions, heureuses, et dignes de l'être.

Deux principes fondamentaux les mènent à ce but : a le Décalogue et l'autorité paternelle ; » ils leur suffisent. Les membres de cette grande famille n'obéissent pas seulement à la constitution; ils croient qu'elle a été révélée par Dieu à leurs ancêtres, et ils répètent souvent qu'un peuple est destiné à périr dès qu'il ne voit dans le Décalogue qu'un produit de la sagesse humaine. »

Ces faits, réellement curieux, ont été re-

cueillis avec soin, il est impossible de les mettre en doute.

Voilà donc un régime social qui porte en lui deux conditions essentielles du progrès : la paix et la stabilité ; il nous en découvre en même temps le secret, et il nous le montre actif, agissant à Tétat de puissance et de fait; c'est le respect de la révélation et de la famille.

Comment faire descendre cet enseignement jusque dans nos sociétés modernes?

De curieuses et fortes études ont été publiées sur cette matière par M. Le Play; sa méthode est positive ; ses conclusions découlent de l'expérience ; elles sont à la hauteur de nos progrès : l'accueil dont elles ont été l'objet parmi les savants le prouve, mais il faut maintenant les présenter au peuple; il importe au plus haut point d'en imprégner la foule.

Cette mission convenait au catholicisme.

364 LÀ dIiië^ la gorv££ £T le joug.

Las conférences du R. P. Lescœur donnent le plan de cette entreprise. Un point surtout doit y être étudi.é : c'est le rôle de la foi dans la solution de nos questions sociales.

A mesure que la pensée s'élève, le bruit des passions s'éteint, leurs nuages se dissipent. Lève- toi donc, pauvre humanité ; monte après la religion sur les hauteurs d'où le regard plane de loin ; si tu veux éprouver par toi-même toute vérité, tente au moins Texpérience du bien avec la constance que tu as mise à faire celle du mal; regarde^ vois, écoute et agis.

Le dix-huitième siècle a cru découvrir que tous les hommes naissent bons ; la foi dit le contraire ; elle affirme que notre nature a été pervertie. L'école de Rousseau a voulu jeter les bases d'une civilisation sans Dieu et sans révélation; nous les avous acceptées; recelé du progrès bâtit sur ce fondement ; la foi le rejette et le condamne. Ainsi, d'un côté, Tu-

topie rationaliste s'attribue le présent, dispose de Tavenir et annonce le bonheur. De l'autre, r éternelle sagesse maintient cette sentence qui pèse sur nous avec tous les désenchantements : rhomme vient en ce monde avec des passions qui l'entraînent au mal.

L'histoire doit prononcer dans ce débat.

Partant de l'observation des faits, on arrive à la certitude « que tout se passe dans le monde économique et social et dans la sphère historique exactement comme d'avance Tavait annoncé FEvansjile. »

Etudiez l'homme depuis sa naissance jusqu'à sa mort ; suivez-le dans ses développements, ses entreprises et ses aspirations; considérez-le bien attentivement, comme le savant qui s'applique à découvrir les lois de la physique ou de la chimie; puis jugez-le.

Si la méthode expérimentale vous semble décisive, concluez de bonne foi, faites la part de la religion et celle de ses adversaires.

3Gb LÀ DÎME, LA CORVÉE ET LE JOUG.

Il n'y a pas un être au moode aussi déshérité que rhomme à sa naissance ; la nature ne lui a donné que la voix et le besoin de vivre ; voici ce qu'il témoigne par ses pleurs. A un autre âge, son corps s'est formé, ses jambes le supportent ; ses bras vont le servir, il s'agite, il se remue, il est toujours en mouvement, mais il ne sait rien, et il dépense toutes ses forces en pure perte ; son intelligence ne vaut pas encore Tinstinct. Elle s'ouvrira toute seule, c'est vrai ; elle se révélera avec un caractère tout particulier; elle reflétera peutêtre d'elle-même des étincelles de vérité, comme le diamant naturel réfléchit la lumière, mais ce n'est que par endroits et par accident. Pour arriver à sa perfection, elle exige une éducation laborieuse. Taillée, polie ou brisée, elle gagne en éclat et en beauté.

Les hommes sont pour la plupart ce que réducation les a faits; ils doivent moins à la

DE LA PtFORME SOCIALE. 367

nature qu'au travail. Ce n'est pas assez pour les parents de leur donner la vie et la nourriture, ils leur doivent davantage. Le temps et les circonstances ont une grande influence sur Féclosion de l'esprit, du talent et du génie ; quelle que soit la fortune d'un homme, elle le laisse incomplet, elle ne le forme jamais entièrement, elle le montre toujours défectueux par quelque côté.

Dès que Tenfant ouvre les yeux, son édu^ cation commence ; dès que son intelligence entrevoit le monde, elle en cherche la vérité. Les leçons de la famille sont ineffaçables. Ses exemples, ses paroles, ses réprimandes et ses conseils déterminent le sens de notre vie.

C'est au foyer de la famille qu'est le secret d'un homme et d'une génération ; c'est là que la réforme sociale doit le prendre.

Plus l'éducation est nécessaire, plus il faut y apporter de soins. Pour conduire à bonne fin une entreprise ^le cette importance, on

:J(j8 la dIme, la cortée et k joog.

doit suivre un plan dressé d'avance. Les uns supposent que Thomme est bon; les autres croient qu'il est déchu; mais la conclusion finale est la même. Nous avons conscience de notre situation ; elle est malheureuse ; les horizons de l'existence se forment autour de nous ; c'est pourquoi des partis les plus opposés nous- demandons à l'histoire les souvenirs du passé, à la science les espérances de l'avenir et à la société sa ligne de conduite - Nous voulons sortir de Tétatoùnous sommes

et arriver au bonheur.

Il est tard pour discuter, nous exigeons des actes; nous sommes fatigués de déclamations et de théories; à l'œuvre, en avant, le temps presse. La foule' n'a pas de patience ; ignorante, aveugle, n'acceptant pas de responsabilité, elle est incapable de se conduire, mais plus encore de rester en suspens. Si vous tardez à lui donner le signal, elle part; si vous n'éclairez pas sa voie, elie roule dans

les ténèbres; si vous ne la dirigez pas vers son but, elle va au hasard. Croyez-vous la fortune assez propice pour nous conduire au bien ? Les événements détruisent cette illusion; la prudence est la meilleure garantie du bonheur.

Si l'homme n'était qu'aveugle et indécis, la science pourrait lui suffire, mais il est libre jusqu'à la licence, et il se passionne pour le mal. Les preuves sont superflues; chacun de nous porte en soi des cicatrices et des regrets. Les sacrifices laissent des traces aussi bien que les fautes; heureux ceux que la vertu met à l'abri des remords; trois fois heureux ceux dont elle a prévenu les égarements. Les lois ne créent pas le mal ; en les supprimant, on n'en tarirait pas la source; la voix de la conscience n'est pas la voix de l'opinion ; elle est plus forte que la mode ; elle peut changer de ton et de sujet ; elle ne reste jamais muette.

370 LA dImE, Là CORirÉE ET LE JOUG.

On convient aussi qu'elle est* rarement écoutée; le désordre s'en augmente; ce qui est un crime ou un malheur pour nous devient un danger pour autrui; l'exemple est contagieux ; Tégoïsme est au fond de toutesnos révoltes; la liberté s'y perd, elle est sacrifiée ; l'état social devient insupportable, la paix impossible. Sans guide, sans éducation, sans loi, l'homme devient l'être le plus triste et le plus malheureux.

Le voilà donc tel que la science contemporaine le voudrait. Le forme-t-elle à l'obéissance? Non, mais uniquement à la liberté.

Lui enseigne-t-elle la vérité? Non, mais seulement ses opinions. Lui donne-t-elle au moins la dignité, le respect de soi-même et de ses semblables? Tant s'en faut, elle le méprise, elle l'avilit, ses dernières conclusions le poussent au néant.

Et pour que les jouissances soient égales, que donnerez- vous aux masses? le bien-être,

l'aisance? C'est beaucoup promettre; mais encore pensez-vous qu'avec de l'argent vous assouvirez les besoins de la multitude? Espérez-vous les saturer au point de leur imposer le repos? Plus on reçoit, plus oh exige; c'est dans notre nature. La parcimonî^renii les bienfaits méprisables, la prodigalité les avilit. On dédaigne les petites fortunes; tandis que le père les arrondit, le fils les escompte, il les abandonne à vil prix. Les richesses ne contiennent pas les satisfactions qu'on leur demande; on les dissipe sans fruit. Une pièce d'or remplit d'abord tous les vœux d'un pauvre, mais si elle lui enlève sa misère, elle multiplie ses désirs ; il se croit donc permis d'en souhaiter deux, puis quatre, puis des centaines, puis des mille. Nos facultés sont insatiables. Pour les faire rentrer dans l'ordre, il faut un attrait plus grand que celui des jouissances ; tout notre or, tous nos plaisirs ne parvienner.t pas à les équilibrer*

372 l\ liÎMK, LA COHVÉE £T LE JOUG.

Le christianisme nous offre le poids d'une gloire éternelle, il en démontre la réalité, la nécessité, les conditions.

C'est ici qu'apparaît le rôle de la foi dans ta réforme sociale ; son intervention n'est pas facultative ou de fantaisie; son influence m'appartient pas à un mysticisme stérile. *C

Elle entre dans le domaine des faits, elle répond aux questions les plus impérieuses, elle résoud les difficultés les plus inextricables. Sans la foi, l'obéissance au pouvoir ne peut èive exigée qu'au nom de la raison, de la peur ou de l'intérêt. Il n'y a pas de société possible sans autorité, mais il n'y a pas de gouvernement stable sans Dieu, parce que sans Lui il n'y a plus de lois immuables. Pour les posséder, il est essentiel de faire la vérité; c'est la parole de l'Evangile; elle signifie que nous devons chercher les enseignements de la foi, y soumettre notre intelligence, y soumettre notre volonté, y confor-

mer notre conduite. Les raisons de croire sont démonstratives, mais les dogmes révélés dépassent notre intelligence. La foi est un ac* quiescement libre de notre raison, fondé sur Tévidence des preuves. Il faut donc s'en instnrirô ; il importe de s'y attacher ; on ne les connaîtra pas sans efforts ; on ne les pratiquera pas sans une longue habitude ; l'éducation de la foi, les œuvres de religion sont une jcondition de notre réforme sociale.

En dehors de la religion , l'influence de la société sur l'éducation devient stérile ou dangereuse; avec l'athéisme, elle n'a plus de prix sur la conscience ; malgré le progrès matériel, nous sommes séparés par un abtme de Taisance pour les masses et du bien-être pour tous. La réforme sociale doit donc s'inspirer d'un principe plus haut que la liberté, plus fort que la passion des jouissances et assez puissant pour commander à la conscience.

La société patriarcale répondait à tous ces be-

374 LA Dtn, LA GORViS ET LE JOUG.

soÎDS; la nôtre, quoique plus savamment organisée, ne possède plus le secret de cette perfection. Plus que jamais, la réforme par l'influence d'un principe supérieur s'impose.

Poursuivons la solution des questions sociales dans leurs rapports avec la famille, la liberté et la science* L'homme vit surtout par la famille ; le foyer est un centre vers lequel convergent toutes ses entreprises. C'est le dernier asile de la vertu ; là se tient cachée la dernière étincelle du dévouement. On peut désespérer d'un égoïste qui ne sent plus le charme de cette vie intérieure, ou qui porte la débauche jusque dans ce sanctuaire. La décadence d'un peuple s'accentue avec l'apparition de cette plaie; aucune force, aucune combinaison ne remplace cette institution fondamentale.

Et pourtant nous avons la prétention de nous en défaire. Peu à peu elle a perdu de

son prestige et de son iinportaDce, nous la laissons tomber en désuétude.

Des droits de la paternité, du rôle de la mère et des devoirs des enfants, nous n'avons plus qu'une idée vague; elle est nourrie de préjugés, d'erreurs et de mensonges; elle établit une séparation entre le père et les enfants ; elle tend à briser le lien qui unissait les époux. A vingt et un ans, le fils est affranchi de son père ; la société les traite alors comme des étrangers l'un à l'autre, on dirait mieux, comme des ennemis. Ne sont-ils pas rivaux pour la possession de leur patrimoine, l'un n'attend-il pas que l'autre s'efface pour entrer en jouissance de son héritage?

La propriété n'est plus une garantie de bonheur; elle devient une cause de discorde.

On dit que l'ignorance en est réputée la cause; Tinstruction doit former les jeunes générations à des sentiments plus conformes à la nature. C'est une erreur Voici les faits

qui 86 passent au milieu de nous : dans les centres les plus éclairés, Tavenir de la famille est encore plus compromis qu'ailleurs ; c'est dans les campagnes les plus en retard que son esprit se conserve le mieux.

Regardez autour devons; jugez d'après votre expérience. Partout où rintelligence, les richesses et les idées nouvelles montrent le chemin du bonheur, le foyer reste désert, les enfants Tabandonnent, les vieillards n'y parlent que de leurs espérances déçues et de leurs illusions évanouies.

Tous les efforts du siècle nous poussent à la fortune; c'est leur premier but; les considérations d'un autre ordre ne viennent qu'ensuite. Nous combattons pour la richesse dan^ tous les rangs et dans toutes les conditions : c'est le caractère de toutes nos entreprises. La société nourrit cette passion.; elle y dresse les hommes. L'instruction devient une chaîne ; elle nous attache aux plans de ceux qui gou-

vernent, et, dans un système économique plus ou moins éloigné, l'État sera le chef d'une immense exploitation ; les citoyens deviendront ses ouvriers et les lois régleront tout.

Que seront-elles ? Si les espérances des partis les plus avancés se réalisent^ que pourrontelles être ? Nous l'avons déjà dit : celles de la sagesse, de l'intérêt ou de la force : un mot résume tout, c'est le nombre.

La personnalité se réduit ainsi à une ex* pression insignifiante ; dans une quantité indé^nie, la liberté n'a plus que deux alter-* natives : l'obéissance passive ou la Révolu* tion.

En élargissant le cercle de notre existence, on la dissipe ; on en détruit le centre et l'intensité ; il y a deux manières d'annihiler les forces individuelles ; dans l'une, on les rétrécit; dans l'autre, on les dissémine; dans l'une, on diminue leur action; dans l'a^utre,

378 U BiME, LA CORVÉE ET LE JOUG.

on les épuise en pure perte ; en dernier lieu , le résultat est le même. L'homme disparait, rintelligence ne règne plus. Pour compenser cette perte, la civilisation promet des jouis-

sauces qu'elle ne donne pas et qu'elle imiterait de l'état sauvage. Le terre-à-terre s'impose : boire, manger, dormir et s'amuser sont le terme de tous les efforts.

Jadis, la constitution de la famille développait l'homme sans le flétrir ; elle lui créait lin idéal bien supérieur à tous les rôles qu'il joue maintenant. « Le père est pour l'enfant le principe, et de la génération, et de l'éducation, et de la discipline, et de toutes les choses qui tendent à la perfection humaine (1). » Je n'essaie pas de rajeunir cette théorie ; elle est dans la forme de l'école; elle doit garder la précision du mattre ; la mise en pratique n'en serait pas moins édifiante.

(1) Saint Thomas.

DE Ik RÉFORME SOGTALE. 379

Bemarquez retendue des devoirs de la paternité. Elle absorbe toutes nos puissances, elle réclame tous nos efforts, elle exige le concours de toutes nos facultés; son but est la perfection de la vie humaine; elle est à la hauteur du progrès ; rien ne lui échappe \ si vous élevez le niveau des connaissances, elle s'en rapproche; si vous découvrez des lumières, elle se les approprie ; si vous créez des inventions, elle les adopte ; si même vous avez de nouvelles conditions d'existence et de nouveaux besoins, elle est obligée d'y pourvoir. Et pour qui? pour les siens, pour ceux qui lui commandent le dévouement; pour cette famille dont le bonheur lui est indispensable et dont la joie lui apportera la plus noble récompense de ses peines.

L'instruction d'une armée commence par petits groupes ; elle se continue par agglomérations plus importantes, elle se perfectionne par bataillons et par régiments ; elle

380 Là dImb, la gorvéb et le joug.

produit enfin ses plus grands résultats par divisions et par corps. L'obéissance du soldat suppose le sacrifice de sa liberté.

Le peuple forme une armée pacifique où la civilisation remplace la discipline et où la force tend à sa plus haute puissance. La société lutte incessamment contre la nature ; au dedans, au dehors, sur tous les points à la fois, il faut vaincre ou retomber sous la bar« barie.

Que Texpérience des plus solides armées nous profite. Les hautes études découvrent le secret des grands mouvements sociaux ; les puissantes industries, les vastes associations y entraînent la foule ; des écoles de toute nature en fournissent le contingent, mais tout le progrès n'est pas là ; il veut qu'on s occupe de former Thomme; il exige qu'on le prenne séparément dès son entrée dans la vie et dans les détails les plus minutieux de son existence.

DE Là RÉFOBH£ gOCUIiS. 381

Tous cherchez une force qui remplace le

commandement 9 vous réclamez une volonté qui se plie au devoir; ne méconnaissez donc pas les mystères du cœur.

Ce que vous n'obtiendrez jamais, ni par la raison, ni par la crainte, ni par l'intérêt, vous pouvez le demander au dévouement. Ce qu'un homme n'entreprendra ni pour de l'argent, ni pour l'honneur, un père l'accomplira par amour, un fils le donnera par reconnaissance : telle est la mission de la famille.

A cette question de l'autorité paternelle se rattache celle du rôle de la femme et du res* pect que nous lui devons. On n'ose pas nier l'influence du catholicisme sur la réhabilitation de la vierge, de l'épouse et de la mère. Cette gloire ne lui a jamais été contestée; Mais, à mesure que nous descendons dans la voie que suivaient les peuples en décadence, nous perdons le courage de nos convictions,

382 LA. DtME, LA CORVÉE ET LE JOUG.

nous agissons en tout comme si nous avions cessé de croire ou de comprendre ; nous reproduisons leurs désordres des temps les plus reculés; nous rouvrons Tabîme qui séparait les païens des premiers chrétiens. La loi qui forme le cœur du père et qui veille sur le développement de Tenfant peut seule faire sentir le juste prix de Tinnocence, de la candeur, de l'amour et de la fidélité.

Nul autre système n'apprécie ces privilèges à leur juste valeur. Lisez les tableaux de nos mœurs : plus la femme perd de sa grandeur, plus monte la fange et plus s'étend l'immoralité. Cet idéal de la famille, glorifiant la vertu et la dignité, n'existe qu'avec la foi; la religion seule nous offre une compensation toujours entière de nos sacrifices ; elle nous fait espérer une récompense proportionnée à notre dévouement. Le secret de l'harmonie dans une famille chrétienne est là; ailleurs, il

n'existe pas. C'est sur ces bases que doit s'appuyer la réforme sociale. La liberté, la science contemporaine 9 le droit des gens n'y perdront rien .

Les idées catholiques sont susceptibles d'une interprétation large et profonde. Elles apportent la lumière; elles chassent les ombres et les préjugés.

Le temps n'est plus où l'on réfutait les mensonges de rimpiété par des théories ; les démonstrations tirées des faits sont dans le caractère de notre époque.

La vieille armure dont on couvrait la vérité devient embarrassante; notre marche doit être plus légère ; pour conduire le siècle, il faut le devancer; la majesté grave, auguste et solennelle de nos grandes écoles n'est plus dans le mouvement. L'enseignement catholiqiie doit courir au-devant de nos idées. Ces transformations sont dans l'ordre des choses; l'immuable vérité n'.y compromettra

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384 LA dIm£, la goayéb xt le joou.

pas ses privilèges ; les hommes la comprendront mieux ; elle parlera leur langage ; elle . sera de leur temps; elle éclairera la marche du progrès.

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