PROPHYLAXIE
la o-orge, des fragments de pseudo-membranes ou bien des produits de l'expectoration des malades.
La contagion indirecte, de beaucoup la plus fréquente, se fait par dissémination des produits de l'expectoration et des fausses membranes, transportés souvent au loin par ceux qui approchent l'enfant.
Le virus diphtérique est peu diffusible par l'atmosphère, comme l'a montré Grancher; les maisons qui avoisinent les hôpitaux et, à l'intérieur de ces hôpitaux, les pavillons qui sont proches de celui de la diphtérie, ne sont pas plus souvent que d'autres envahis par la diphtérie.
La diffusion du germe se fait, au contraire, par les personnes ou les objets qui ont servi aux malades, et comme ce germe est très résistant aux agents de destruction, on voit, plusieurs mois après un cas de diphtérie, un jouet, un objet quelconque ayant appartenu au malade, et insufhsamment désinfecté, devenir l'origine de nouveaux accidents.
C'est sur ces notions que reposent les principes de l'isolement des malades, isolement qui, comme l'a montré Grancher (1), pourrait à la rigueur se faire à l'intérieur même des salles communes, à condition d'entourer d'un paravent en toile métallique le lit où est couché l'ènfant suspect de diphtérie, entré par erreur dans un service de médecine générale, de désinfecter immédiatement à l'eau bouillante tous les objets touchés par l'enfant et d'exiger de toutes les personnes qui l'approchent une désinfection soigneuse des mains et le changement de blouse avant d'approcher des autres malades. En appliquant ces règles, Grancher a fait tomber en une année le nombre des cas intérieurs de diphtérie à un seul dans son service qui comprend 575 entrées, alors qu'ils s'élevaient à une vingtaine par an, avant ces mesures de prophylaxie.
Ces faits nous prouvent clairement que la transmission du virus diphtérique ne se fait point par
(l) Grancher, Bulletin médical, 1889-90, Leçons cliniques et Traité de médecine et de thévapeidigue de Brouardel et Gilbert, art. Diphtérie, p. 485.
TUAITEMENT ET PROPHYLAXIE.
l'air et (ju'il (l(;peii(l, par conséquent, d'un isolement parfait et d'une surveillance active, de réduire à néant les cas de contagion.
En ville, cet isolement est facile à pratiquer, en plaçant le malade dans une pièce aussi éloignée que possible de celles qu'occupent les autres membres de la famille, en restreignant auminimum le nombre des personnes appelées à lui donner des soins, en désinfectant immédiatement à l'eau bouillante ou par immersion dans une solution antiseptique tous les objets qui lui ont servi ainsi que les linges. et les objets de pansement, en faisant enfin revêtir à toutes les personnes qui approchent le malade une blouse qu'elles déposeront en quittant la chambre, et en leur faisant se laver les mains et la figure avec une solution de sublimé.
A l'hôpital, la question devient beaucoup plus complexe ; il ne suffit pas, en effet, d'avoir un pavillon d'isolement pour les diphtériques; il faut tout d'abord être assuré de n'y faire entrer que des malades sûrement atteints de diphtérie ; d'où la création d'un pavillon de douteux diphtériques où les malades suspects de diphtérie séjournent jusqu'à ce que le diagnostic clinique soit confirmé par l'examen bactériologique.
Il faut ensuite éviter d'y introduire des enfants atteints ou relevant de rougeole, de scarlatine, car leur présence serait un danger pour les autres malades, d'où la nécessité d'annexer aux services de la rougeole et de la scarlatine un petit pavillon destiné aux malades ayant à la fois une fièvre éruptive et la diphtérie.
Il faut enfin, et c'est là le point sur lequel nous voulons insister tout spécialement, à l'intérieur même de ce pavillon des diphtériques, éviter tout contact de malades atteints de diphtérie pure avec ceux qui ont une diphtérie associée. 11 ne suffit pas d'isoler dans des chambres spéciales les sujets atteints de broncho-pneumonie ; toute manifestation clinique due à l'action de microbes pyogènes devra éveiller l'attention ; les enfants qui ont dans la gorge et le nez du streptocoque ou du staphylocoque dont la
Prophylaxie. 8^
virulence est démontrée par l'apparition d'une com- I)lication telle que la périadénitc, les rougeurs des narines, les infections broncliiques légères, en un mol ce que nous avons décrit sous la rubrique de petits accidents septiques au cours de diphtéries non modiUées ou encore de diphtéries associées bénignes, ne sauraient rester sans danger au contact des diphtériques purs auxquels ces malades peuvent communiquer leurs microbes infectieux. Les accidents septiques contemporains de la diphtérie sont, enellet, contagieux; le streptocoque, en particulier, peut renforcer sa virulence par passage successif. Il tant donc isoler ces malades de ceux atteints de diphtérie pure et, autant que faire se peut, les isoler encore les uns des autres.
Un personnel spécial devra donc être chargé de soigner les malades atteints de diphtéries aggravées par l'action du streptocoque et du staphylocoque, et toute communication sera supprimée entre la partie du pavillon qui renferme ces malades et celle qui est réservée aux diphtéries pures. Dans lasalle, on devra désinfecter les boxes quand un cas grave v aura été observé.
Enfin, les petits malades devront être l'objet d'une surveillance spéciale, car les compresses, les mouchoirs, tous les linges qui peuvent être souillés par lejetage,sontdes objets de transmissionredoulables. Les mains des enfants, enfin, toujours enclins à essuyer ce jetage qui les incommode et à s'excorier, s inoculer les lèvres, devront faire l'objet d'une désinfection et d'une attention particulière.
II. Désinfection. — A côté de l'isolement des malades atteints de diphtérie, la seconde arme essentielle de la prophylaxie consiste, avons-nous dit, dans la désinfection soigneuse des locaux habités par le malade, des objets qu'il a touchés durant i atîection, de ses vêtements, de sa personne ellemême. Nous n'entrerons pas dans le détail des divers procédés de désinfection en usage, pulvérisation et lavage des murs et des parquets avec une solution de sublimé, passage à l'étuve des matelas,
TIUITEMENÏ ET PROPHYLAXIE.
rideaux, tentures, vêtements, etc., mesures générales employées contre la plupart des infections.
Ce que nous tenons à signaler, c'est que ces mesures ne seront efficaces que par leur mise en pratique après la guérison complète des malades. Par guérison complète, nous entendons non pas la guérison clinique, c'est-à-dire la disparition de tout phénomène morbide, mais la guérison bactériologique, si cette expression peut être employée, c'est-à-dire l'absence des bacilles de la gorge et du nez.
Or les bacilles peuvent persister fort longtemps après la guérison apparente.
Tobisen (de Copenhague) (d), sur 46 malades sortant de l'hôpital après la disparition des fausses membranes, a trouvé 24 fois le bacille, lequel s'est trouvé virulent 18 fois sur i9 essais.
Tézenas de Monteil (2) a vu souvent le bacille persister 12, 15, 20, 30 et jusqu'à 50 jours après la guérison, dans la gorge et surtout dans le nez.
Silberschmidt (3), sur 45 sujets, l'a retrouvé 14 fois du 10° au 15° jour après la guérison, 6 fois du IS" au 20% 4 fois du 21" au 25°, 2 fois du 23° au 32°. et dans 6 cas où il a recherché la virulence, o fois il a déterminé la mort du cobaye.
Sevestre et Méry (4), de leurs recherches faites récemment à l'hôpital Trousseau sur deux séries de malades, les uns antérieurs à l'usage de la sérothérapie, les autres inoculés avec le sérum antidiphtérique, concluent que, dans la moitié des cas environ.lesbacilles cessent d'exister sur les muqueuses naso-pharyngiennes, ou cessent d'y être à l'état virulent dès que les fausses membranes ont disparu, tandis que dans l'autre moitié, les bacilles persistent plus longtemps, après la chute des pseudo-mem-
(1) ToBiSRN, CentralbL. fur Bakt. und Parasil., 1892, t. 111.
(2) Tézenas de Monteil, Province médicale, 5 août 18/3, et J/i.
de Lyon, 1894. ion- „ ic-
(3) StLBERSCHMiDT, Mmoc/i. Wocheîischn fl, iï» 9. 189o,p. iho. 4 Sevestre et Méry, Société médicale des hopilaux, 8 lévrier
1895. — Sevestre, Revue d'hygiène et de police sanitaire, t. XVII, p. 294.