PROPHYLAXIE. S
branes, cette persistance pouvant dépasser un mois.
L'un de nous a repris tout récemment ces recherches sur 140 malades sortis du service de la diphtérie h l'hôpital Trousseau et il a recherché le bacille plusieurs jours après la guérison apparente.
21 fois, soit dans 15 p. 100 des cas, des bacilles furent retrouvés, à savoir:
15 fois le bacille long, enchevêtré, soit. 11,42 p. 100 2 fois le bacille moyen, parallèle, soit. 0,88 — 4 fois le bacille court, soit 2,85
La fréquence de la persistance du bacille a paru indépendante tant de la durée du séjour à l'hôpital que de la longueur de la période écoulée entre la date de la guérison apparente de l'enfant, c'està-dire de la disparition de tout phénomène général ou local et le jour de la sortie.
La gravité de la maladie elle-même ne paraît pas avoir une influence plus considérable et le bacille se rencontre longtemps après la guérison aussi bien dans les formes les plus bénignes que dans les formes les plus graves. La virulence des bacilles ainsi retrouvés existait dans cinq cas sur six expériences.
Comme exemples probants de la persistance durable du bacille, nous citerons seulement deux faits :
Obs. I. — Albert Bol..., cinq ans, entre au pavillon des douteux simples le mai 1897; il y fut trachéotomisé après de nombreux tubages et sortit, canulard, le 28 octobre 1897; or, le 24 février 1898, la gorge et la plaie trachéale furent ensemencées et le bacille long, enchevêtré, se révéla à l'examen microscopique. Ce microbe existait donc encore dix mois après l'entrée du malade à l'hôpital et quatre mois après sa sortie.
Obs. II. — Boull..., âgé de neuf ans et demi, a été trachéotomisé en ville et ne peut se passer de la canule. Il entre à l'hôpilal le 27 avril 1897, en sort le 10 juin 1897 et présente encore, en mars 1898, du bacille diphtérique virulent. Il s'est pourtant écoulé onze mois depuis son arrivée dans le service et dix mois depuis sa sortie.
De ces faits se dégagent des enseignements importants pour la pratique, qui ont été signalés par Se-
CONCLUSIONS
vestre C'est d'al)ord l'usage régulier des irrigations antiseptiques continuées plusfeurs jours aSs la guenson et qui paraissententraver la repullulation du b.icille puis la nécessité de n'autoriser les malades à icprendre la yie commune qu'après s'être assuré, à plusieurs reprises, qu'ils ne présentent plus de bacilles virulents.
Cette mesure ne peut d'ailleurs s'efïectuer que dans des pavillons d'isolement destinés aux convalescents, dans 1 hôpital même ou, de préférence, dans des asiles spéciaux, situés hors la ville, comme il en existe à Lyon et à Tours, et tels que tous les médecins des hôpitaux d'enfants en réclament pour Pari>^
hn outre pour les sujets soignés à domicile, il n'y a lieu de faire la désinfection des locaux qu'après s être convaincu de la disparition du bacille diphtérique; on évitera ainsi d'attribuer à une désinfection insuffisante des cas de contagion ultérieure qui ne sont dus qu'à une désinfection trop hâtive
CONCLUSIONS
Nous croyons bon de résumer les quelques points que nous avons essayé de développer.
lo Au point de vue bactériologique. — Seul le bacille long, touffu, enchevêtré, doit être considéré comme le vrai bacille de la diphtérie ; ce bacille, au lieu d'être constamment cantonné au niveau des fausses membranes, peut envahir l'économie et se retrouver dans les viscères des malades autopsiés.
L'aclion du bacille diphtérique peut être modifiée par l'entrée en scène des microbes sepliques; mais la présence pure et simple de ces microbes constatée dans les tubes de culture est sans valeur; il fauf s'assurer de leur virulence, de leur pouvoir pat.hogène, soit par l'expérimentation, soit par la constatation chez le malade des symptômes qui caractérisent leur action.
2° Au point de vue clinique. — Une distinction s'impose entre leslypes de diphtérie pure et les diptitéries associées. Chacun d'eux a des signes constants, de véritables stigmates dont la connaissance est d'un intérêt capital.
Pour la diphtérie pure :
CONCLUSIONS
Fausses membranes blanclics, s'cnlovanl. par lambeaux ; muqueuse iiornuile, plulùt |uUe ; peu ou pas d'adénopalhie ; teint pàle, pouls rapide.
Pour la diplitérie associée, ^'ravc :
Fare houflie ou cyanosée, teint plombé ; excoiiations des lèvres et du pourtour des narines ; muqueuses rouges, sanieuses, saignantes, boursoullécs ; fausses membranes, mollasses, putrilagiueuses ; cou proconsulaire; jetage abondant.
Entre ces deux types extièmes, se placent les types intermédiaires de diphtéries non modifiées avec petits accidents septiques. Dans aucun cas, la gorge ne peut être regardée comme le miroir exact et fidèle de ïa gravilé de la maladie.
3° Au point de vue de la thdrapeulique et de la prophylaxie. — La distinction précédente esta conserver, carie sérum antidiphtérique, tout-puissant contre la diphtérie pure, est inefficace contre l'infection surajoutée qui, elle, relève de la médication antiseptique.
Les malades atteints de diphtéries associées doivent être isolés d'une façon rigoureuse.
La persistance du bacille de Lœffler après la guérison apparente, clinique, est un danger permanent contre lequel on doit lutter par l'isolement prolongé et la désinfection tardive après la disparition du germe pathogène.