‹ La diphtérie [electronic resource]Chapitre 8 sur 27 · BACILLE DIPHTÉRIQUE DANS LES VISCÈRES · texte numérisé non relu

BACILLE DIPHTÉRIQUE DANS LES VISCÈRES

protubérance est cautérisée à l'aide d'un fer rouge qui enlève la pie-mère et laisse à nu la substance nerveuse cautérisée. Celle-ci étant cautérisée à nouveau au ferrouge, un fil de platine stérilisé, introduit dans la substance, en ramène des parcelles qui sont ensemencées.

11 a été plusieurs fois procédé autrement : la surface de la protubérance ou du bulbe étant fortement cautérisée, un bistouri porté au rouge coupait transversalement l'organe, et le fil de platine, plongé par cette section, ramenait les fragments à ensemencer.

Nous retirions ensuite les ganglions du cou avant l'ouverture de la cage thoracique. La surface du ganglion était largement cautérisée an fer rouge et le point cautérisé était ponctionné avec un bistouri pointu, porté au rouge et encore très chaud. Un fort fil de platine stérilisé, plongé dans la substance ganglionnaire, servait à ensemencer les tubes.

La cage thoracique étant ouverte, le péricarde étant incisé, le cœur est attiré en avant, l'oreillette droite dégagée est fortement cautérisée, et une pipette stérilisée est introduite dans l'oreillette par piqûre du point cautérisé. Le sang étant aspiré, les tubes étaient ensuite ensemencés.

Le pharynx, le larynx, la trachée et les bronches sont ensuite enlevés avec le cœur et les poumons.

La trachée était ensemencée en l'-incisant avec des •ciseaux flambés et en prenant la semence à l'extrémité inférieure, le plus loin possible de la section.

Les poumons étaient ensemencés soit au niveau des foyers de broncho-pneumonie, soit au niveau des ecchymoses sous-pleurales. Pour cela, leur surface, fortement cautérisée au fer rouge était ponctionnée à une profondeur de deux ou trois millimètres avec un bistouri porté au rouge et encore chaud. Un fil de platine fort introduit de quelques millimètres dans la substance du poumon, parallèlement à la surface, servaità ensemencer les tubes.

La rate, les reins, les autres organes étaient ensemencés avec les mêmes précautions.

Comme milieux de cultures, nous avons employé simultanément le bouillon peptonisé, l'agar glycériné et le sérum solidifié, additionné avant gélatinisation de 1 pour 3 de bouillon salé, sucré et peptonisé, suivant la formule de Lœffier.

Les résultats de nos investigations nous ont amenés aux conclusions suivantes :

16 BAGTÉRlOLOGlli. — MEDECINE EXPÉRIMENTALE.

Chez trois malades, nous avons retrouvé le bacille et le bacille était virulent, deux fois dans les ganglions cervicaux, une fois dans les ganglions bronchiques, une fois dans les ganglions qui confinent au nerf phrénique le long du péricarde.

Dans l'arbre bronchique et dans le poumon, si on laisse de côté les cas où il existe de la bronchite membraneuse, on retrouve, d'une façon constante, le bacille soit pur, soit associé aux microbes septiques : pur, si l'on ensemence les noyaux hémorrao-iques dans les poumons non atteints de bronchopneumonie ou de bronchite fine ; associé, lorsqu'on ensemence les noyaux de broncho-pneumonie, le pus des bronches, ou même les mucosités tracheobronchiques, lorsque la muqueuse ne présente à l œil nu ni fausses membranes, ni trace d'inflammation.

Le sang du cœur a été trouvé stérile sauf dans un cas où on a trouvé des amas bacillaires mal colorés, allongés, en état manifeste d'involution. Nous n en tirerons aucune conclusion, mais il est bon de rapprocher ce cas des résultats positifs obtenus par Frosch (1), Kanthoc etStepbens (2).

L'ensemencement de la rate a été positit une tois ; l'examen des centres bulbo-protubérantiels, cinq fois. Trois malades avaient des bacilles à la lois dans le bulbe et la protubérance. Le quatrième n en présentait que dans le bulbe ; le cinquième, dans la

^^Le^ cerveau a été stérile dans les quatre cas où l'ensemencement a été fait, soit avec la substance corticale, soit avec la substance grise du corps strie Les reins, examinés quatre fois, ont toujours ete

stériles '4. »

Les premières cultures obtenues ont toujours ete abondantes, en particulier avec les centres bulboprotubérantiels. Leur aspect avait une forme particulière que nous devons signaler. Alors que, dans certains cas, les colonies avaient l'aspect bien connu

(t) Frosch, loc. cil. '

Xi) Kanthoc et Stephens, The Lancel, 1896.

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des cultures sur sérum, dans d'autres, les colonies, peu nombreuses, grandissaient rapidement d'une façon démesurée; en trois ou quatre jours, elles atteignaient une étendue de 6 à 10 millimètres, à bords nets, irrégulièrement cycliques, à surface luisante, à centre opaque un peu surélevé. Cet aspect a été observé aussi plusieurs fois sur les cultures obtenues avec l'œdème inoculatoire des cobayes ; il ne se retrouvait pas sur les cultures en séries successives.

La virulence des bacilles retirés des ganglions, de la rate, du poumon, et, en particulier, du bulbe et de la protubérance, a été, dans tous les cas, très grande. Les cobayes succombaient en moins de vingt-quatre heures, aux doses de quatre gouttes de bouillon de quarante-huit heures par cent grammes d'animal. Ils présentaient les lésions classiques de la diphtérie expérimentale.

Il est à noter que jamais l'ensemencement des organes internes n'a donné du bacille pur, mais qu'on le trouvait toujours associé au streptocoque, au staphylocoque, ceux-ci plus ou moins abondants.

L'état des oi'ganes ensemencés ne présentait aucune particularité bien saillante. Les ganglions étaient plutôt violacés et hémorragiques, quelquefois pâles, différant d'aspectde ceuxoù on ne trouvait que des microbes septiques. Les centres nerveux étaient congestionnés. Dans le poumon, dans la rate, une fois dans les capsules surrénales, il y avait des foyers hémorragiques, sans traces, à l'œil nu, du processus inflammatoire, et, en particulier, dans le poumon, ils siégeaient en plein parenchyme sain.

Dans une communication ultérieure, l'un de nous a complété ces résultats, en donnant ceux fournis par l'examen de nouveaux cas. Si on ajoute ceux-ci aux précédents, on arrive à cette conclusion provisoire, c'est que les bacilles ont été retrouvés 9 fois dans les centres bulbo-protubérantiels, 4 fois dans les ganglions.

On peut donc conclure que, sous certaines influences, au premier rang desquelles, comme nous le

n. RAnniEB. — L.1 Diphlûiie. 2

verrons, il faut placer celles d'autres poisons bactériens agissant en même temps ou antérieurement le bacille diphtérique peut envahir es tissus et créer dans nos organes des foyers d'intoxication d'autant plus redoutables qu'ils échappent a la vue et qu'ils sont indépendants de la marche et de l'aspect de l'angine. Que ces bacilles soient verses doctement dans le courant sanguin au mveau des amygdales ou du pharynx, ce qui est peu Probable qu'ils Y arrivent inclus dans des cellules lymphatiques qui n'ont pu les détruire, ou qu'ils emigrent fl\ns les o-aines périlymphatiques nerveuses, peu Sorte pu squ'ils n'en constituent pas moins de vSblès^foyers infectieux, dont la eu ture donne des microbel doués d'une virulence ex reme Dans certarns cas, on a pu les rencontrer ainsi dans e bulbe alors qu'ils n'existaient plus dans les ^Oles

"""RichTrdière (1) a continué ces recherches, et les observations qu'il a recueillies confirment les faits S^fn\<f de sorte que la présence du bacille de Ker daAs les oiS^^^^^^^ estîoin de constituer une rareté Les résultats obtenus montrent qu'en dehors du Toumon, le bacille diphtérique se trouve a peu orès^excZ iVement dans la rate, rarement dans le HZ mais surtout dans les centres nerveuxbulbo-pro-

TOL.E.EU et U..MANN, Société médicale des

il) RlCHAHOIERE,

hôpitaux, 21 janvier 1898.

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centres bulbo-protubérantiels. Il faisait défaut dans tous les organes, même dans les poumons.

Il ne nous semble donc pas exact de dire que la diphtérie est à proprement parler une maladie locale : car elle se montre comme une infection qui peut se généraliser.

Nous ajouterons cependant un mot pour compléter notre pensée sur la façon dont nous comprenons cette généralisation. 11 ne s'agit pas, à notre sens, d'une infection sanguine massive, comme dans l'infection pneumococcique de la souris, amenant la mort par septicémie véritable, c'est-à-dire par pullulation, dans le sang, des microbes qui se développent en altérant les liquides du plasma et les éléments figurés du sang. La nature, redoutable au point de vue toxique, du poison diphtérique, ne permettrait pas à une pareille diffusion de se produire. D'autre part la diphtérie, par sa prédilection pour les organes lymphoïdes, indique que c'est par les lymphatiques, et vraisemblablement par les cellules blanches phagocytes, que l'infection doit se faire. La fréquence du bacille dans les ganglions en est une preuve. Il est donc probable que l'invasion de la diphtérie doit présenter des analogies avec la diffusion du bacille tuberculeux à la suite de la tuberculose ganglionnaire, et que les bacilles révélés par les cultures dans les centres nerveux représentent des foyers isolés, provenant de la greffe de ces bacilles entraînés par des phagocytes qui, n'ayant pu résister à la toxine diphtérique, ont charrié des bacilles vivants qui se développent dans les foyers précités. Ceci explique vraisemblablement leur peu d'étendue et la possibilité de leur existence sans que les cultures du sang soient positives.

Quoi qu'on en pense, il résulte de cette constatation des bacilles diphtériques dans les viscères, des^ considérations d'un grand intérêt pratique.

C'est qu'au point de vue général, l'angine avec ses caractères objeciifs m représente quun miroir infidèle et incomplet de la maladie. La présence des bacilles en grand nombre en dehors des fausses membranes,

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