‹ La diphtérie et la sérumthérapieChapitre 42 sur 103 · CADUCITÉ DES MEMBRANES · texte numérisé non relu

CADUCITÉ DES MEMBRANES

tapissent les diverses parties du pharynx et des voies aériennes. Nous ne pouvons pas inspecter directement, chez les enfants atteints de croup, la muqueuse laryngée ; mais, comme les tubes placés pour empêcher la suffocation sont facilement retirés au bout de deux à quatre jours, comme les canules à trachéotomie sont également enlevées sans inconvénients quatre ou cinq jours après l’ouverture de la trachée, il faut conclure que la disparition des membranes dans le larynx et la trachée obéit aux mêmes lois, que la caducité des membranes pharyngées après les injections de sérum.

Pour apprécier avec rigueur l’action décollante du sérum (qu’on me passe celte expression), il faut choisir des angines graves pour lesquelles on ne pratique aucun autre traitement local que des lavages détersifs.

Nous savons que les angines à exsudât mince et circonscrit guérissent souvent assez vite, soit spontanément, soit sous l’influence des badigeonnages avec le jus de citron ou avec d’autres topiques antiseptiques.

Mais il n’en est pas de même des angines à exsudât épais, confluent, très étendu, envahissant le voile du palais et même la voûte palatine. Avec les topiques habituels, on réussit à nettoyer plus ou moins complètement, par des badigeonnages antiseptiques et des lavages fréquents, les muqueuses recouvertes de membranes ; néanmoins, les membranes se reproduisent avec une ténacité désespérante pendant cinq, six, huit jours et plus.

Les choses se passent tout autrement après les injections de sérum de l’Institut Pasteur, comme je viens de le vérifier encore ces jours derniers, sur deux filles de neuf ans atteintes, toutes deux, d’angine toxique.

Les membranes épaisses, cohérentes, adhérentes, masquaient les amygdales, la luette, le voile du palais et

empiétaient sur la moitié postérieure de la voûte palatine.

L’haleine était fétide et la déglutition extrêmement difficile. Le cou offrait l’aspect proconsulaire ; l’adénopathie cervicale n’était plus appréciable à cause d’un œdème dur s’étendant depuis le maxillaire inférieur jusqu’au niveau du larynx.

Cependant, chez l’une de ces petites malades, au bout de quarante-huit heures (30 centimètres cubes de sérum avaient été injectés en trois fois), sans l’emploi du moindre topique local, tout cet encombrement membraneux tombait, laissant apercevoir une muqueuse rouge avec quelques débris grisâtres. Avant la chute, les membranes avaient pris un aspect blanc laiteux et semblaient se recroqueviller un peu sur les bords.

Le troisième jour, des membranes minces, opalescentes, avaient reparu à la place occupée par le premier exsudât qui avait plus d’un millimètre d’épaisseur; mais ces membranes secondaires n’avaient, pour ainsi dire, pas de vitalité ; elles ne prenaient pas de consistance et tombaient au moment des lavages.

Le cinquième jour, la gorge était d’une rougeur modérée, c’est à peine si l’on y retrouvait la place de l’exsudât.

Pendant ce temps, l’œdème dur du cou a disparu en grande partie ; les ganglions sous-maxillaires sont redevenus appréciables. L’état général de l’enfant, au premier abord, est bon ; mais ce n’est là qu’une apparence.

Dès le premier jour, l’enfant a présenté des urines rares et faiblement albumineuses. Le pouls a toujours été très faible aux deux radiales, bien que les battements du cœur fussent assez bien frappés. Le sixième jour après l’entrée de la malade, la gorge est nette de membranes, mais il y a un peu de nasonnement. Le pouls est absolu-

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