TABLEAU DU MOIS DE MAI
Nombre total des malades reçus 138
Diphtériques après examen bactériologique. 102 \ ^"9inet’- ■ ^
( Croups . . 4b
Non diphtériques 36
Nombre -total des croups 45
Guéris sans intervention 30
rri . , , ( Guérisons. 4
Tuba«es “ ( Morts. . . 7
Trachéotomies d’emblée à l’entrée .... 2 | Morts. . . 2
Trachéotomies après tubage infructueux. . 2 | Morts. . . 2
Laryngites suffocantes non diphtériques 13
Chambre de vapeur 4 | Guéris . . 4
Non placées dans la vapeur 9 | Guéris . . 9
Pourcentage des interventions chez les diphtériques
II résulte de l’examen de ces tableaux que la proportion des interventions pour les croups s’est abaissée d’un tiers environ depuis l’installation des chambres de vapeur, dans le service de la diphtérie à l’hôpital Trousseau.
Comparons maintenant le pourcentage des interventions dans les statistiques de diphtérie qui ont été publiées en
France depuis l’an dernier, avec le pourcentage des interventions depuis le fonctionnement des chambres de vapeur à l’hôpital Trousseau en 1895.
Dans la statistique de M. Roux, qui a été présentée au Congrès de Buda-Pesth, nous comptons 121 malades opérés sur 448 traités, soit 27 p. 100.
Dans la statistique de M. Moizard, nous avons 55 interventions (tubages ou trachéotomies) pour 231 malades, soit 23,80 p. 100.
Dans la statistique de M. Lebreton, nous relevons 75 interventions pour 258 malades, soit 29 p. 100.
Enfin, dans la statistique de M. Sevestre, nous ne trouvons que 31 interventions pour 150 malades, soit 20,60
Si nous exceptons la statistique de i\I. Sevestre, nous voyons que le pourcentage des interventions est notablement plus élevé dans toutes les autres statistiques que dans les nôtres, depuis que nos croups sont placés dans les chambres de vapeur. M. Sevestre n’a eu qu’une mortalité de 10 p. 100 environ, ce qui semble indiquer qu'il est tombé sur une série exceptionnellement favorable et qu’il a eu à traiter un grand nombre de diphtéries légères, c’est-à-dire d’angines sans croup.
Néanmoins, si nous additionnons toutes les interventions dans les statistiques de MM. Roux, Moizard, Lebreton, Sevestre et nos interventions en janvier, nous arrivons à une moyenne de 26 interventions p. 100. Or, nos statistiques portant sur plus de 520 enfants diphtériques nous donnent un chiffre d’interventions opératoires ne dépassant guère 14 p. 100 pendant les mois de février, mars, avril, mai 1895, avec l’emploi des chambres de vapeur.
En ayant égard aux difficultés et aux dangers du tubage dans la pratique privée, la trachéotomie s’im-
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posera encore souvent pour parer à l’obstruction laryngée. N’est-il pas évident qu’on doit tout faire pour reculer cette opération sanglante, pourvu que la vie des enfants elle- môme ne soit pas compromise ?
Or je puis affirmer qu’aucun accident mortel n’est arrivé, dans mon service, qui me paraisse imputable à cette méthode vraiment inoffensive. Je n’ai pas vu un seul enfant dont l’état fût aggravé par son séjour dans la chambre de vapeur.
Un très grand nombre en sont sortis avec leur tirage calmé, et leur guérison définitive n’a pas été retardée.
Il est habituel qu’un enfant placé à temps, avec un tirage modéré, dans l’atmosphère saturée de vapeur d’eau soit soulagé, et que son tirage cède au bout de quelques heures.
.Mais, dira-t-on, n’y a-t-il pas un réel danger à laisser un enfant s’épuiser en efforts respiratoires , pendant plusieurs heures, et ne doit-on pas craindre qu’il surgisse une congestion pulmonaire par le fait même du tirage prolongé? Alors les conditions seraient moins bonnes pour le tubage ou la trachéotomie consécutive.
Je n’ai constaté que très rarement des phénomènes de congestion pulmonaire, très fugaces d’ailleurs, chez quelques enfants qui avaient tiré pendant plusieurs heures.
Bien souvent, en entendant l’inspiration sifflante, le cornage des enfants qui étaient placés dans les chambres de vapeur, j’ai été tenté de les faire tuber ; et cependant ces bruits si inquiétants, dus à l’obstruction temporaire du larynx, cédaient bientôt et le lendemain je retrouvais les enfants tout à fait calmes, avec une respiration normale, et quelques jours après ils sortaient guéris.
Il est évidemment des enfants auxquels il serait périlleux de refuser le bénéfice immédiat du tubage ou de la
trachéotomie. Ceux qui arrivent cyanosés, avec une respiration lente, et tout à fait adynamiés, sont tubés d’urgence à leur entrée. Il en est de môme des enfants chétifs, délicats, de ceux qui sont déprimés par une forme grave de diphtérie ou qui présentent des complications bronchopulmonaires précoces.
Je dois noter aussi que certains enfants, placés d'assez bonne heure dans les chambres de vapeur, ne sont pas très soulagés, et qu’au bout de douze ou vingt-quatre heures on est obligé de les tuber ou de les trachéotomiser.
Il m’a paru que ces enfants réfractaires aux inhalations de vapeur d’eau étaient assez souvent des bébés chez lesquels l’orifice glottique est très étroit et qui ont des phénomènes de spasme plus prononcés que les enfants plus âgés.
En mai, sur vingt-deux enfants placés dans la chambre de vapeur, six ont dû néanmoins être tubés après un temps variable. L’un était un enfant de dix-huit mois, mal développé, qui présentait, dès le début, un tirage bilatéral indiquant une complication thoracique ; il succomba, malgré le tubage, avec une broncho-pneumonie double.
Une autre était une petite fille de quatre ans, extrêmement nerveuse, qui, placée à G heures du soir dans la chambre de vapeur, fut prise à minuit d'un accès de suffocation qui nécessita le tubage ; elle sortit guérie quelques jours après.
Un autre enfant, âgé de deux ans, après une heure seulement de séjour dans la chambre de vapeur , fut pris d’un accès de suffocation et tubé tout de suite ; il guérit également.
Une petite fille de dix-huit mois dut aussi être tubée
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six heures après être entrée dans la chambre de vapeur. Elle avait une broncho-pneumonie préexistante à laquelle elle succomba.
Un garçon de deux ans, atteint de diphtérie pharyngée et laryngo-trachéale a dû aussi être tubé ; les membranes étaient tellement épaisses et confluentes qu’elles obstruèrent le tube. Malgré ces accidents, il guérit. Enfin, une autre enfant, âgée de deux ans, atteinte de coqueluche et de broncho-pneumonie, dut être tubée et trachéotomisée, et succomba. Il est utile de signaler ces cas dans lesquels les inhalations de vapeurs d’eau ont été impuissantes à empêcher la suffocation.
Le jeune âge des enfants, la nervosité prédisposant aux spasmes laryngés, les complications broncho-pulmonaires sont des conditions qui pourront rendre inévitables le tubage et la trachéotomie. Il est probablement bien d’autres circonstances encore que l’on déterminera par une observation attentive et qui expliqueront l’insuccès de la vapeur d’eau dans le traitement du croup.
Cette médication si simple, et je puis ajouter si inoffensive, car elle n’a pas coûté la vie à un seul enfant, même pendant la période des essais, des tâtonnements, cette médication, dis-je, m’a semblé efficace dans le croup membraneux et plus encore dans la laryngite suffocante non diphtérique.
Les inhalations de vapeur d’eau m’ont paru aussi très utiles chez les enfants trachéotomisés et surtout chez les tubés, probablement en ramollissant, en délayant les membranes et le muco-pus, et en favorisant l’expulsion des divers produits qui encombrent les voies aériennes. Depuis que nos enfants tubés ont été placés dans les chambres de vapeur, nous avons constaté plus rarement l’obturation des tubes.
Pour toutes ces raisons, les inhalations de vapeur d’eau m’ont paru recommandables.
Il est bon que l’on sache, que l’on peut sans danger réduire les interventions chirugicales, dans la diphtérie, à 14 p. 100, au lieu de 26 p‘. 100.
Il suffira, pour arriver à ce résultat, de maintenir les enfants dans une atmosphère de vapeur d'eau, après leur avoir fait préalablement une injection de sérum antidiphtérique.
Les deux internes de mon service, MM. Levrey et Piatot, ont bien voulu, à mon instigation, dresser le tableau statistique des interventions au pavillon Bretonneau pendant le mois de juin. La proportion des cas qui ont nécessité le tubage ou la trachéotomie est à peu près fixe ; elle reste à 14,9 p. 100.
Total des malades reçus du 1er juin au lor juillet . . 108
Diphtériques après examen bactériologique. 87 } fq-Q^pg Non diphtériques
Nombre total des croups
Guéris sans intervention
I Après chambre de vapeur. . .
D’emblée
Trachéotomie d’emblée à l’entrée
Trachéotomie après tubage infructueux . .
7 | Guéris 0 ( Guéri.
1 Mort .
, ( Guéris 4 ( Mort .
Laryngites suffocantes non diphtériques Chambre de vapeur
Non placées dans la vapeur
3 | Guéris .
( Guéris .
6 ( Mort . .
Pourcentage des interventions pour les diphtériques 13/87 - 14,9 p. 100.
MM. Levrey et Piatot ont relevé avec quelques détails, dans le cahier de visite du pavillon Bretonneau, pendant
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le mois de juin 1895, les observations des enfants qui, ayant été placés dans la chambre de vapeurs, ont dû néanmoins être tubés ou trachéotomisés après coup. Ce n’est que par une analyse patiente de nombreux cas de ce genre qu’on parviendra à reconnaître et à préciser les circonstances et les causes qui s’opposent à l’action curative de la vapeur d’eau pour prévenir ou empêcher la suffocation, et qui imposent l’intervention opératoire.
CROUPS RÉFRACTAIRES AUX INHALATIONS DE VAPEUR d’eAU