CHAPITRE III
Avant de suivre les ambassades ordinaires, qu'elles soient spéciales ou résidentes, dans leur développement, nous devons indiquer un certain nombre de missions qui sortent du cadre habituel. Nous les diviserons en trois catégories : 1° missions d'apparat : 2° missions extra-diplomatiques; 3° missions officieuses ou secrètes.
1° Missions d'apparat.
Nous appelons mission d'apparat l'envoi d'ambassadeurs dans un but ostensiblement tout honorifique : ce que l'on nomme en Italie Jionorcvoli oratori1. Nous avons déjà indiqué la place considérable qu'occupe l'apparat dans certaines ambassades d'affaires * : de même, toute ambassade de pur apparat soulève, fût-ce à son insu, des questions d'affaires, et souvent elle reçoit charge d'en traiter a, mais, officiellement, elle a pour but unique une démarche de courtoisie et de compliments. Elle peut être simple ou multiple, solen-
1) Sanuto, VI, 127, VII, 44.
i) Comme il y a toujours inconvénient à envoyer des ambassades temporaires, on cherche un prétexte pour ne pas trahir le but : d'ailleurs l'envoi d'un agent n'est pas toujours possible, ne fût-ce qu'à cause de l'étiquette, ou pour ue pas faire une première démarche. Dans ces conditions, une ambassade d'apparat peut servir de masque. Venise, pour faire une manifestation contre Milan, en 1492, près de Charles VIII, décide d'abord l'envoi d'une ambassade sous prétexte du mariage do Charles VIII, mais ne l'envoie que bien plus tard, et négocie avec Louis d'Orléans.
3) Desjardins, Négociations, II, 15.
nelle ou ordinaire : habituellement, elle présente le caractère solennel ' ; elle comporte une suite nombreuse et un grand train de maison. Elle n'est jamais due, et tire sa valeur de sa nature facultative. Elle n'est pas circulaire, ou tout au moins le gouvernement à qui on la destine doit être visité le premier. Enfin, même à Venise, ce genre d'ambassades est extrêmement recherché. Voici les circonstances où elle peut se produire.
1° Avènement d'un nouveau roi. L'ambassade porte des compliments de condoléance pour la mort du prince précédent, et des congratulations au nouveau prince2. Cette espèce est usitée surtout en Italie 3. A la mort du duc Hercule de Ferrare, Venise, Sienne... envoient de suite des ambassades de deux membres près de son fils et successeur, Alphonse. Louis XII fait aussi envoyer de Milan une ambassade très solennelle de deux personnes, et Alphonse s'y montre fort sensible \ A
1) Par suite, le résident cède le pas aux ambassadeurs d'apparat, comme aux ambassadeurs temporaires. En 1505, l'archevêque d'Embrun, chel de l'ambassade d'obédience de France, a le rang de premier ambassadeur de France (Burckard, Diarium, 111, 394). A l'entrée de l'ambassade d'obédience d'Espagne à Rome, le 25 avril 1507, un des ambassadeurs étant un ancien résident à Rome, le maître des cérémonies veut le placer le dernier dans l'ambassade, «ut juxta laudabilem consuetudinem cederet novis et esset ultimus in ordine, maxime ista die ingressus.» L'ambassadeur refuse en disant qu'il entend se conformer à l'ordre établi dans les lettres du roi, et il passe second malgré le maître de cérémonies (Paris de Grassis. Lut. 5105. l'o 309).
2) Une ambassade spéciale, d'extrême apparat, est celle d'un légat chargé de procéder à un couronnement, mais elle est tout à fait exceptionnelle (V.dans le Diarium de Paris de Grassis, ms. lat. 5164, f°s 26 v° et suiv., la transcription du récit du couronnement de Frédéric d'Aragon).
3) Venise envoie sans retard un ambassadeur à l'archiduc, porter des condoléances — et félicitations — pour la mort de la reine d'Espagne (150i. Sanuto VI, 112). Instruction du duc de Milan à Gaspar de Nigro, envoyé à Monaco le 4 avril 1494 (Saige, Documents, II, 6), lui ordonnant de consoler Jean Grimaldi delà mort de son père, de le féliciter, puis de revenir.
4) Sanuto, VI, 127, 132.
MISSIONS DAPPAKAT, EXTRA-OIPLOMA I NJUES ET SECRÈTES 403
L'avènement de Louis XII. le pape envoie en France une ambassade du même genre, mais le fait était sans précédent1. Après son élection comme roi des Romains. Maximilien, à l'inverse, envoie en France une ambassade solennelle pour la nolilier s.
Ed 1506$ Lucien Grimaldi, devenu seigneur de Monaco par l'assassinat do son frère, envoie des ambassades plus modestes (on le comprend . pour notifier son élévation. Il adresse à Louis XII un émissaire avec lettre de créance très humble, avec protestations d'un vif dévouement, et prière de recevoir son envoyé. « quelques rappors, Sire, qui vous aient estes faitz soubz faulx donné à entendre. » La lettre est signée en vassal : A Menton, en vostre maison...», et la signature est celle d'un simple seigneur : « Monygues » (c'est-à-dire : Monaco). Quant au duc de Savoie, il reconnut simplement Lucien (comme seigneur de Menton) par des lettres de rémission pour l'assassinat de son frère3.
Il est avantageux pour un prince de recevoir à son avènement le plus possible d'ambassades d'apparat: leur concurrence produit en Europe un grand effet *.
Fn cas d'avènement, une seule ambassade d'apparat se trouve, par exception, obligatoire5: l'ambassade d'obédience près du pape. Nous en avons déjà mentionné l'importance pour le prince envoyeur. Au temps du Grand schisme, le cérémonial des obédiences était moindre. En 1380, pour son avè-
1) « Quod ncque per précédentes nostros neque per nos actum extltit » (Instruction aux nonces. Procédures politiques, p. 1107).
2) Lettre de l'évêquede Verdun ambassadeur, Francfort, 29 février (1486). Portef. Fontanieu 146, 74.
3) Saige, II, 47, 43.
i Ambassades à Henri VII d'Angleterre (1488. Dernardi Andreœ Vita Benrici 17/, edited by James Gairdner, p. 47).
.') Maximilien refusa toujours son obédience à Alexandre VI (Dispacfci di Giustiiuan, 1, 134).
nement, Charles VI n'envoie à Avignon que deux ambassadeurs, l'évêque de Langres e1 Jean de lîyé : il les charge de dire au pape (pie le roi se montrera, comme ses prédécesseurs, son « dévot fils », el d'excuser le retard de l'ambassade sur mille empêchements : « item, de lui faire la révérence devant les cardinaulx », puis de dire leur créance et d'aborder diverses affaires1. Le dauphin Charles Yll tient, en 1419, un langage encore plus expéditif : ses ambassadeurs offrent l'obédience, si on leur donne satisfaction sur certains points; sinon, ils déclarent rester attachés à Pierre de Lima2. Après le ' retour de l'église à l'unité, de pareils procédés ne se toléreraient plus. L'ambassade d'obédience envoyée à Rome par le même Charles VII en 1451 est une ambassade solennelle3. Au commencement du XVIe siècle, l'ambassade d'obédience s'accomplit avec une extrême solennité et l'étiquette la plus stricte*. C'est à qui la fera pompeuse, nombreuse, brillante, à qui la composera de hautes personnalités. Louis XII envoie à Alexandre VI une ambassade 9 où il fait entrer le propre lils du pape, César Borgia, adopté par la France ; il la place sous la direction d'un cardinal ancien légat, Jules de la Rovère, le futur Jules II, devenu protecteur des affaires de France, et, remarquons-le en passant, sujet du roi par la soumission de Savone à Louis XII. A l'avènement de Jules II, Gènes, en février 1504, envoie pour son obédience propre douze ambas-
1) Douet d'Arcq.I, 4.
2) Rapport des ambassadeurs anglais. Quicherat, Th. Bazin, IV, "281.
3) Fr. 20978, f° 118 8.
4) Quoique purement honorifique, l'envoi des ambassades d'obédience a une portée diplomatique ; un pays qui recherche l'alliance du pape ne doit pas se laisser surpasser par son adversaire dans ce genre de démonstrations, il doit tenir à arriver le premier (Machiavel, Dép. de Rome, 16 novembre 1503).
5) 1499. Instruction publ. parThuasne, Diarium, I, p. 514; no 2,
MISSIONS D'APPARAT, EXTRA-D1PLOMATIOUES ET SECltÈTES 4(H)
sadeurs1. L'ambassadeur vénitien conseille à la République de composer, « pour honorer le pape», sou ambassade d'obédience avec des personnages qualifiés et nombreux2. La Seigneurie désigne aussitôt huit personnages qui acceptent avec empressement, mais qui décident de retarder leur voyage, vu la saison (le mois de novembre) et leur âge3. Chaque avènement de pape, produit à Home un grand mouvement d'apparat, à cause des prestations d'obédience qu'il faut recevoir en cérémonie. Ainsi, le mardi 15 avril to03, entre à Rome l'ambassade française d'obédience, composée de quatre ambassadeurs, auxquels s'est joint l'évêque de Redon : c'est-à-dire de l'archevêque d'Embrun, d'Aimar de Prie, de Michel Riccio. conseiller au parlement de Paris et du secrétaire du roi Guillaume Budé. Mlle est reçue en avant de la porte du Verger avec le cérémonial habituel ; gens du pape et des cardinaux, et vingt prélats du palais. L'archevêque d'Embrun marche entre le préfet de Rome et le gouverneur, Aimar de Prie entre un prélat et l'orateur de Pologne. Le prince de Salerne et le sénateur précèdent le cortège, en avant des écuyers. On escorte l'ambassade jusqu'au palais < Irsini, au Campo di Fiori, où elle va loger*. Au jour fixé, les ambassadeurs pour obédience sont introduits solennellement en consistoire public'; ils présentent leurs lettres et sont admis au baisement du pied : puis prennent place derrière les cardinaux-prêtres. On lit leurs lettres, et l'un d'eux prend la parole et prononce un discours, auquel le pape répond. Après
t) Burckard, III. 334.
•2) Xov. 1503. Villari, Dispacci di A. Giustinian, II, 284.
:t) 12 novembre 1503. Sanuto, V. 301.
4) Burckard, Diarium, 111, 385.
•'i Un ambassadeur évêque ou abbé porte la chappe, un laïque de riches \ vtoments brodés (Paris de Grassis. Lat. 5164, 1° (34 v°),
le consistoire, ils sont reconduits en apparat à leur domicile1, Voici comment se prête l'obédience et comment s'y présentent les questions* : Le 20 mai loOi, est tenu le consistoire public, où sont admis à l'obédience les ambassadeurs d'Angleterre. Trois aflaires sont en délibération dans le consistoire. La première réglée, sur l'ordre du pape, les ambassadeurs, qui attendaient dans l'appartement d'un cardinal, sont introduits, avec le patriarche d'Alexandrie, et cinq archevêques ou évêques. Ils présentent au pape leurs lettres de créance et le pouvoir royal. La créance ne mentionne que les trois ambassadeurs spéciaux : mais le pouvoir comprend les trois autres ambassadeurs déjà présents à Rome \ Pendant ce temps, on traite les deux autres affaires du consistoire. Un secrétaire, à droite du pape ', lit la créance et le pouvoir, tous deux souscrits au nom « d'Henri, par la grâce de Dieu roi d'Angleterre et de France. » Puis le cinquième orateur prononce un discours « bref et bon»5. L'évêque de Redon, ambassadeur de France, se présente alors sur les degrés du trône et. à genoux, demande au pape la permission de parler au nom de son royaume. Sur l'autorisation qui lui en est donnée, il se lève, se tourne vers l'assistance, et prononce, découvert, un discours, où il dit en substance que le roi de France, fils dévoué du S'-Siège, se propose de faire son obédience, suivant son usage,
1) Burckard, not. t. III, p. H. 12.
2) Cf. dans Paris de Grassis, le récit des obédiences de Pologne (lat. .'>16i, fo 134), de France (fo 169), de Venise (t'o 177 v'o), de Portugal (fo 192), de Savoie (t'o 332).
3) En 1507, les envoyés d'Espagne avaient oublié leurs lettres. On se moque beaucoup d'eux ; on dit qu'ils ressemblent à des jeunes filles, qui passent leur journée à se peigner, se parer et se mirer (Paris de Grassis, lat. .'ilb'5, f°s 313 et suiv.).
4) Il aurait dû être à gauche (Paris de Grassis. Lat. .'>16o, fo 5).
5) On peut appliquer aux discours d'obédience ce que nous dirons plus loin des discours de créance.
et qu'on ne peut la faire aujourd'hui pour lui ; ensuite se remmenant à genoux, il prie le pape de ne pas admettre d'obédience pour le roi de France, el proteste au surplus de la nullité: enfin, se tournant vers le procureur fiscal, il le requiert, lui et tous autres procureurs et notaires, d'enregister sa protestation. L'orateur anglais commence une réplique, mais le pape couvre cette réplique par sa propre réponse, si bien que l'orateur finit par se taire1. Après la réponse du pape, le procureur fiscal requiert l'obédience : aussitôt, sans rien ajouter, les ambassadeurs anglais, etleur suite après eux, montentbaiser le pied du pape, et le pape rentre dans ses appartements. Selon l'usage en pareil cas, un des ambassadeurs anglais, lord Talbot, porte les fimbriaç du pape. Après avoir ôté les ornements sacrés, le pape fixe au lendemain matin l'heure de l'audience particulière pour l'ambassade2.
On apporte une extrême attention aux détails de l'obédience*. Ainsi c'est à tort qu'un ambassadeur d'obédience baise la main
I ) En avril 1506, Louis XII taisait prêter obédience comme roi de France, de Naples et de Jérusalem; l'orateur espagnol remet et lit une note de protestation contre le titre de « Roi de Naples. » Un orateur français réplique. Le pape ulules 11) leur impose silence, et refuse de s'expliquer (Burckard, III, 386 . 1.e 18 mai 151 1. huit ambassadeurs île Gênes arrivent à Rome pour l'obédience à Léon X. Le i juin, quand ils la prêtent, l'ambassadeur de France veut protester : on lui impose silence. Les ambassadeurs génois répliquent qu'eux el leur doge n'ont rien de commun avec le roi de France, et le pape « ad proposita eleganter respondit » (ms. Ihipuy 247). ■1) Burckard, III. 855; Paris de Grassis (lut. :;i(>:;, 1° 5), 3) On se demande, en 1503, si l'on peut recevoir l'obédience directe de Lucques : les quatre envoyés de Lucques entrent incognito à Rome, el ressortent huit jours après, lorsqu'ils ont la certitude d'être reçus, pour faire leur entrée solennelle : mais presque personne ne se présente au-devant d'eux : à peine la moitié delà maison du pape, et cinq ou six maisons de cardinaux, pas un ambassadeur (Burckard, Diarium, III, 318). En 1504, l'obédience vénitienne excite les vives susceptibilités de Florence, qui y voit la reconnaissauce de la possession de Faenza et de Rimini par Venise (Buonnaccorsi, Diario, p. 99).
et le pied du pape * : le pied suffit. Le 17 octobre 1504, les orateurs du grand maître de Rhodes, venus pour prêter obédience, trouvent une réception d'ambassadeurs: mais le pape refuse leur obédience, pareeque l'ordre lui doit obéissance directe ', et il ne les reçoit qu'en consistoire privé3. A l'obédience de France, en avril 1505, on remarque fort une assez grave incorrection. La créance et le pouvoir produit par les ambassadeurs sont écrits en français : le pape fait lire intentionnellement une traduction latine *. On passe aussi au crible tout ce qui concerne la personne des ambassadeurs8. On se moque du train, trop modeste, de l'ambassade de France. Le 27 janvier 1500, on fait des gorges chaudes, parce que, des trois ambassadeurs de Navarre, le premier, l'évêque de Tarbes, estresté en route, malade ; celui qui parle est vieux, malade et affaissé, on l'entend à peine: ces ambassadeurs n'ont pas de suite; on ne sait où ils logent ni quand ils sont arrivés, ils ont amené seulement trois ou quatre gentilshommes espagnols au consistoire pour la forme ; ils appellent le pape cousin de leur roi, sans qu'on sache pourquoi, et le pape n'en dit rien; le pape se fait deux fois baiser les pieds par eux ; l'ambassade est réduite à un chevalier et à un protonotaire, c'est celui-ci qui parle et qui s'assied le premier, et cependant il n'a qu'une simple soutane, sans insignes de protonotariat 6.
2° On peut envoyer une ambassade d'apparat pour féliciter
\) D'autres, la bouche (Paris de Grassis, f°s S, 12 et suiv.).
2) Burckard, III, 367. Ou, plus exactement, ils n'ont pas droit à réception en consistoire public (Paris de Grassis, f°« 39, 93).
3) Paris de Grassis, fos 50 et suiv.
4) Burckard, III, 385.
5) Des deux ambassadeurs de Montferrat en 1504, l'un est resté malade en route, l'autre se présente le soir, ayant la fièvre, sans être rasé (Paris de Grassis, ms. cité, f° 12).
0) Burc'-ard, III, il. 12.
un prince d'une victoire, d'un traité de paix..., ou pour le saluer à son arrivée dans un pays.
(>t(e seconde espèce d'ambassades d'apparat exige du tact; elle suppose, elle sous-eutend des relations d'amitié, qui peuvent porter ombrage a des tiers et même entraîner des déboires près du principal intéressé. En 1 482. Antoine Trivulce demande en vain à Florence d'envoyer une ambassade de félicitations pour la paix au roi d'Espagne. Florence refuse, pour ne pas porter ombrage au roi de France, dont elle veut rester l'amie et qui pourrait inquiéter les nombreux et gros marchands florentins établis ebez lui '.
Une ambassade du duc de Milan, envoyée pour complimenter le duc de Bourgogne, se borne à de pompeuses louanges : « l'alliance des deux princes, dit-elle, est éternelle, la mort même ne la pourrait rompre ». Ce propos, et l'absence d'une proposition d'appui plus substantiel plaisent peu au duc : en apprenant que l'ambassade était partie sans autre formalité, il éclate de colère2. Il avait cru recevoir une ambassade d'affaires, il ne recevait qu'une ambassade d'apparat.
C'est pourtant une grande marque d'intimité de se congratuler d'une victoire. Le jour même de la bataille d'Agnadel, Louis XII envoie un secrétaire à Florence et à Home annoncer sa victoire3: l'envoi d'un simple secrétaire pour porter cette nouvelle marque l'intimité. Mais le renvoi de félicitations exige la solennité. L'ambassadeur de Venise écrit, en avril 1500, qu'aussitôt connue la nouvelle delà prise de Ludovic le
1) Dépêche des ambassadeurs milanais à Florence (dont le protonotairc Antonio Triulzio), 2-i dée. 1482 (Archivio St'or/.esco).
■2) Camp de Granson, l'*7G. Gingins la Sarraz, DJp. des ambass. milanais, 1,347.
3) Champollion, Documents inédits, I, p. 677.
More, il s'est rendu près de Louis XII pour lui porter ses félicitations ; il ne juge pas cette démarche suffisante, il demande l'envoi d'une ambassade spéciale de félicitations1. Milan, Brescia, Crema adressent à Louis XII, après Agnadel, des ambassades de ce genre. L'ambassade de Milan, composée de huit personnes, ost solennellement introduite près du roi, devant toute la cour, par le président du sénat de Milan2.
Quand un prince ami arrive dans un état voisin, les états italiens considèrent comme un devoir naturel de lui adresser des ambassadeurs extraordinaires.
En 1475, le duc de Milan envoie une ambassade complimenter le duc de Bourgogne pour son arrivée dans le pays de Vaud, et en même temps pour savoir ce cpii se passe. Cette ambassade est composée de deux chevaliers et d'un magistrat. Elle arrive la veille de la bataille de Grauson3.
A l'arrivée du roi Ferdinand à Naples, en 1506, presejue tous les princes d'Italie envoient des ambassadeurs4.
La réception de Louis XII à Milan, en 1499, donna lieu à un déploiement extraordinaire de faste diplomatique. Dès le 6 septembre, la ville de Milan avait accrédité près de Jean- Jacques Trivulce quatorze orateurs, dirigés par l'archevêque de Bari, qui devaient se congratuler et lui dire la joie de Milan. Les autorités civiles et religieuses des villes du Milanais, cinquante citoyens notables de Milan, quatre délégués de chaque corporation, les fonctionnaires, tous vêtus à la française, formaient le cortège du roi".
1) Sanuto, III, c. 2S6-257.
2) Angiolo Salomoni, Memorie storico-diplomatiche, p. 10, 11, H.
3) Gingins la Sarraz, Dépêches..., n<> cxn.
4) Guichardin, 1. vu, c. i.
5) Créance du 6 sept. 1499. Instruction du même jour. Ordres du 6 et du
missions d'appara t, extra-diplomatiqces et SECRÈTES I I 1
Jean d'Anton nous a décrit avec enthousiasme ' ce cortège, où figurait, à côté du cardinal-légal G. d'Àmbojse, un légat spécialement délégué par le pape pour la circonstance : le duc de Ferrare, le marquis de Mnntoue, le comte de Carpi s'y trouvaient en personne ; puis venait une légion d'ambassadeurs, représentants de toute l'Italie. D'après l'rato, la .plupari (1rs ambassadeurs avaient une suite personnelle de cent A cent cinquante chevaux. L'instruction donnée à ces ambassadeurs est encore plus caractéristique. La seigneurie de Venise, en désignant, le 2I> septembre 1499, ses quatre envoyés, leur ordonne de courir en toute hâte au devant du roi, « non tantum vos properare, sed advolare », de demander immédiatement une audience, de faire « les plus larges offres » des personnes et des biens de Venise et de s'exprimer sur ce thème en termes dithyrambiques'. En lbf)2, en 11)07, Venise envoie, de même, deux ambassadeurs aux entrées de Louis XII à Milan ; en 1Ô02, on y joignit un troisième ambassadeur, destiné comme résident en France8. A l'entrée de 1507*, les ambassadeurs vénitiens, à cheval, vêtus d'or, après de vains efforts pour sortir de la ville à l'avance du roi, à cause de la foule, veulent au moins s'approcher du prince et descendre de cheval ; le roi leur fait signe d'y rester: ils saluent, la barrette à la main ; le roiôtela sienne longuement et leur adresse quelques mots ; puis ils prennent place dans le cortège après les cardinaux, avec les princes du sang \
3" un peut envoyer une ambassade pour un fait personnel
23 septembre, billets du 2i septembre, ordre du '* octobre (Archives de Milan, Sezione storica, Polenze sovrane, LodoXII).
1) T. I. p. 92 etsuiv.
2) Arch. de Venise, Secreto 37, 1-28.
3) « A far residentia in Franza » (2 juin 1502. Sanuto IV. -208, 269).
4) Sanuto, VIF, 44.
5) Sanuto, VII, 83.
au prince : naissance d'un fils1; mort d'un parent2; pour porter un ordre de chevalerie \
Les ambassades pour prestation d'hommage rentrent dans cette catégorie, si l'on considère la prestation comme une formalité, plutôt que comme une affaire*.
4° Les ambassades pour mariage forment l'espèce peutêtre la plus importante des ambassades d'apparat. Ici, toutefois, il faut distinguer.
Dans toute question de mariage, il y a deux faces : d'abord une affaire, grave, délicate, généralement confiée à un agent de confiance, et unique, puis quand tout est réglé et qu'il reste seulement à liquider des points très subsidiaires, une question d'apparat, remise à une « grant ambassade \ »
Les rapports familiaux, quoique bien souvent trahis, jouent un tel rôle au moyen âge qu'on ne peut considérer le mariage des princes que comme une affaire d'Etat : c'est un moyen d'assurer la paix, de garantir un traité fi, de rapprocher deux
1) En octobre 1470, Venise, envoyant à Louis XI un ambassadeur pour lui notifier la perte de Négrepont et solliciter son appui, le chargeait d'excuses pour n'avoir pas plus tôt félicité le roi de la naissance de son lils. Elle allègue les événements (Perret, Bibl. de l'Ec. des Chartes, L\, 115).
v2) Quand Ferdinand le Catholique passe sur la cèle italienne, en octobre 1506, un ambassadeur vénitien va à son bord lui porter les condoléances de la république pour la mort de son gendre. Il trouve Sa Majesté qui causait en riant : le roi répond qu'il a écrit, à la république et qu'il n'a rien de plus à dire (Sanuto, VI, 460).
3) Le duc de Bourgogne envoie en 1474 une ambassade solennelle, composée de son frère bâtard, Antoine de Bourgogne, et de son chambellan François d'Esté, porter à Naples les insignes de la Toison d'Or au roi de Naples et au roi d'Aragon (Gingins la Sarra/., I, p. xvn).
4) Patentes de Louis XI, commettant à Milan Pliil. de Commines (13 juillet 1468. Ms. Morcau 734, f° 80).
5) Instruction de Louis XI a Jean d'Arson pour Naples (fr, 3884, f° 288 \o).
6) « Affinitates et parentelas, que pacis et concordie unitati robur et firniitatem adiciunt » (Pouvoir anglais de 1400. Douet d'Arcq, I, 169).
MISSIONS d'aPPAHAT, EXTRA-DIPLOMATIQUES ET SECRÈTES 413
pays. Peu importent les dispositions personnelles des princes : m Celui qui gouverne, dit Pontanus, doit être étranger aux affections, amour, haine, colère..., tout sentiment, en un mot, serait pour lui un mauvais conseiller '. » S'occupant d'un projet de mariage entre sa belle-sœur et le fils de François Sforza, Louis XI, encore dauphin, encore jeune (en 1455), écrit au père du fiancé, sans aucune périphrase : « Le mariage projeté a pour but de lier deux états * ».
Aussi arrive-t-il fréquemment qu'un traité de paix, ou même une simple convention de trêve, stipule le mariage, et fixe la dot : mariage et dot constituent la rançon de guerre la plus propre à ménager les amours-propres nationaux 3. Le traité spécifie, ou non, les noms des époux : bien plus, un contrat de mariage très régulièrement établi peut les passer sous silence : tel le contrat de mariage, notarié, scellé et paraphé le 10 août 1374 entre Louis de France et « une fille » du roi de Hongrie*, qui en avait trois. L'année suivante, on chercha à éclaircir ce point, par voie de notes diplomatiques : la France exposa que son prince devait épouser l'héritière du trône, c'est-à-dire l'aînée des filles, ou à son défaut une des deux autres, à leur défaut une nièce du
1) « Qui aliis prseest, vacuus esse débet affectibus » (Pontanus, De Principe).
2) « Ut fedus inseparabilis ac conjugii nexessitudo inter ]\V»»m patrein nostruni carissimuin ducem Sabaudie, per médium illuslris sororis nostre carissime Marie de Sabaudia, ejus filie, ex una, vosque, per médium primogeniti vestri, parte ex altéra, valeant, prout affectamus, inbiri et concludi » (Lettre du dauphin au duc de Milan, "20 févr. 1455. Lettres de Louis XI, I, n° xi.ix).
3) Traité du il mars 1390, entre la France et l'Angleterre. Les ambassadeurs anglais n'ayant pas osé proposer la paix, de peur du peuple anglais, le traité stipule une trêve de vingt-huit ans (9 mars 1396), et le mariage d'Isabelle de France, fille de Charles VI, avec Richard II : Isabelle aura une énorme dot, de 800,000 liv. {U mars 1396).
4) Monumenta Hungaria historica, Acta extera, III, p. 77.
roi, ou enfin l'héritière quelconque. Le roi de Hongrie accepta, pourvu qu'on limitât la série aux filles, nièces et petites-nièces, et que la France acceptât aussi pour son prince une substitution éventuelle de la même étendue1, ("est conformément à cette tradition qu'en 1 '<(>(> on stipule dans le projet de traité entre la France et L'Angleterre le mariage de la Sœur d'Edouard IV, Marguerite d'York (plus tard duchesse de Bourgogne) avec le duc de Milan ou le comte de Perche ou Philippe de Mresse \ En loOO, oh décide que le roi de Hongrie choisira une femme dans la famille de Louis Xil et enverra en France dos délégués chargés de dresser un rapport sur les princesses3. En loOi), l'empereur Maximilien propose un double mariage entre sa famille et celle du roi Vladislas de Hongrie : «La Hongrie, dit-il, unie à la Bohème, à la Moravie et à la Silésie, n'est inférieure à nul autre pays ; elle ' abonde en habitants, en animaux utiles ; elle a de grosses quantités de sol, do minorais et d'autres produits, et elle est particulièrement capable pour de vastes entreprises contre les infidèles ; » si elle gagne encore la Dalmatie, elle n'aura rien à craindre : le double mariage lui assurera un appui, son souverain sera « de notre sang'. »
Quand les négociations primitives donnent lieu a l'envoi d'un ambassadeur spécial, on choisit un seul homme, avisé, discret, habile â comprendre à demi-mot, et à bien traiter les questions d'affaires, notamment celles de dot, et en môme temps assez effacé pour pouvoir échouer ;. Le duc de Milan.
■1) Jarry, Vie... de Louis de France, p. 377, 382.
2) Vaesen, Catal. du fonds Bourré,n<> 407.
3) Fraknoï, Rapports diplomatiques de ta Hongrie avec la France, dans la Revue d'Histoire Diplomatique, année 1889.
4) Id.
5) Envoi, en 1390, de Jean la Personne, vicomte d'Aev, au comte de Boulogne pour un projet de mariage du duc deBerrv avec la tille du comte (l'r. 20590, 29-36} : envoi d'Alberico Malleta par le duc de Milan en 146i (ms. lat.
MISSIONS d'aPPUUT, KXïllA-DIPLO.MATIQUES ET SECRÈTES 415
désireux de la main de la fille du roi d'Angleterre pour son fils, en 1490, envoie à Londres un agent nommé Fp; Pagnano : le roi d'Angleterre reçoit favorablemenl les ouvertures pour sa seconde fille, mais quand on lui parle de dot.il se récrie, il assure que cela oflenserait les usages nationaux ', et le projet n'a pas de suite : on y met tin poliment " par une ambassade circulaire ; ce mariage se liait pourtant à un projet de traité de commerce. D'autres fois, c'est l'amour-propre qui se meta la traverse. Le duc de Bourgogne t'ait demander la main d'Isabelle, fille de François Sforza, pour Philippe, fils légitime du bâtard Antoine de Bourgogne. Malgré la parité des situations, Sforza se montre très offensé : dans une lettre directe au duc, il se déclare « comme les illustres Yisconti. ses prédécesseurs >.-, prêt à se rapprocher de la maison de Bourgogne: « Nous imputerions très-digne et très-honorable toute nouvelle3 alliance de famille avec elle. » mais, dans la circonstance, il est « trèsaffectueusement désespéré » ; sa fille est déjà promise ou presque... A Antoine de Bourgogne, il écrit un court billet, froid, poli, pour l'assurer de tout son désir de lui être agréable et lui annoncer qu'il adresse sa réponse au duc de Bourgogne 4.
<le> premières négociations matrimoniales exigent une grande légèreté de main, parce que. jusqu'à l'instant de la consommation matérielle, on ne peut pas garantir le succès. Et
10133) : du président île Koucn en Angleterre, en 1544 (Dép. do Dandolo, 23 juill. 1514. Arch. de Venise).
•1) Ms. lat. 10133, P> 183-484 v.
2) Cf. le rapport de Mathieu Bacquier, envoyé anglais en France en l.r>0'2, pour décliner un projet de mariage de Marguerite d'Angoulème avec le tils de son roi (Cliampollion, Lettres des rois et reines, II, 511-538, d'après la copie de Bréquigny).
3) Sforza était un fils de ses œuvres : il s'était empare du trône ducal comme mari d'une bâtarde du dernier Visconli.
4) o août 1463 (Archivio St'orzescoj.
d'un autre côté la nouvelle d'un refus, ou simplement la nouvelle d'une négociation, met tout le monde en éveil, amis et ennemis *, au détriment des parties contractantes ; le moindre inconvénient est de compromettre une jeune fdle, si le refus ne vient pas d'elle ; on parlera tout bas de raisons cachées, par exemple de sa mauvaise santé2. Il est donc sage de couper court à toutes les rumeurs ; ainsi les ambassadeurs bourguignons ayant échoué à Milan dans le projet dont nous venons de parler, partent pour Florence, sous forme d'ambassade circulaire : ils emportent une lettre de François Sforza qui les recommande chaudement à l'ambassadeur milanais comme « ses amis » : Sforza déclare qu'ils ne se sont arrêtés à Milan que par suite de la fatigue du voyage, qu'ils vontà Florence, parler du Turc (naturellement), et qu'ils n'ont pas d'autre mission3.
Si, au contraire, la première mission réussit, on peut, no fût-ce que pour sauver les apparences, en envoyer discrètement une autre * pour voir la princesse proposée, s'assurer
1) Dépêches de Dandolo sur les projets de mariage de Louis XII, not. des 18 et 29 juillet 1514 (Arch. de Venise). Offres d'appui de la république de Venise à Vladislas de Hongrie pour ses projets matrimoniaux, en 1499(FraknoI). Instructions de Louis XI à Jean d'Arson, éeuyer, chevalier et maître d'hôtel, envoyé à don Ferrand de Sicile, pour le projet de mariage du dauphin avec Béatrix. Il en résulte que, le duc de Bourgogne ayant décidé le mariage de sa fille avec Nicolas de Calabre, Ferrand avait, malgré son alliance avec le duc, recherché l'alliance du roi. Thomas (ouAnl«) Taquin avait baillé au roi des articles d'alliance et parlé du mariage possible, l'année précédente. Ferrand dit à Taquin et à Philippe Guérin, envoyé français, que son alliance avec le duc ne l'empochait pas de marier sa lîlle à son gré (fr. 3884, fo 286).
2) Lettre indignée du roi de Naplcs à son ambassadeur en France, J. IL Coppola, à propos de l'échec du projet de mariage de sa fille avec le roi d'Ecosse ^7 nov. 1491. Trinchera, Codicc Aragonese, t. II, p. i, p. 28).
3) 5 août 1463 (Arehivio Sforzesco).
4) Cette seconde mission se confond quelquefois avec celle de l'ambassade d'apparat, pour des motifs d'urgence, de distance, ou tous autres. Les ambas-
missions u'appahat, EXTRA-DIPLOMATIQUES et secrètes 117
qu'elle parait bien conformée et propre & continuer la race. Ce nouvel ambassadeur spécial doit envelopper sa mission dans des formes purement courtoises, mais il ne peut manquer de la trahir par une assiduité, par des prévenances qui ne s'expliqueraient point autrement. En 1466, un agent de la duchesse de Milan demanda ainsi une audience à la reine. La reine le reçoit à Orléans, dans une chambre soigneusement parée, avec ses deux sœurs près d'elle et une cour fort élégante. Tout le monde l'a deviné, l'agent vient voir la princesse lionne, sœur de la reine, plutôt que la reine elle-même. Après quelques amabilités, la reine lui dit de se tourner vers ses sœurs, auxquelles il présente en effet ses hommages. Il reste ainsi une demi-heure, près de la reine, sans perdre de vue la jeune princesse, qui, dit-il, « ne se rassasiait pas, elle-même, de le regarder. » Quelques-uns des principaux courtisans engagent l'agent milanais à regarder aussi la jeune fille sans se gêner: lui, répond, en riant, qu'il vient seulement voir la reine, mais qu'il lui est assurément très agréable de contempler, en même temps, une si belle princesse. En pre* nant congé, il salue la reine, puis les deux sœurs, qui toutes deux le chargent de les recommander au comte Galéas. L'agent n'a point d'autre mission que de regarder, et d'envoyer
sadeurs pour le mariage d'Anne de Lusignan avec le Comte de Genève, emportent « l'instrument du con tract » ; ils sont autorisés à faire « l'csposalicc, s* i 1 z voyent que la personne de la dame soit convenable, et qu'elle s'en viengne avec eux », et à signer le contrat conforme au projet arrûté d'avance avec le cardinal de Chypre. Ils «se parforceront desavoir en toutes les meillieurs manières qu'ils porront la disposition île la personne de la dame; et se véritablement ilz pouvoient savoir (pie en sa personne ait dcffault irréparable, ne procéderont pas à l'esposalice », mais, sous prétexte d'aller à Jérusalem, ils iront à Famagouste, d'où ils en référeront en Savoie (Comte de .Mas Latrie, Hist. de Chypre, III, U). Cf. Desjardins, Négociations, II, Gi8, 657. Récit du mariage de Bianca Maria par Trist° Chalco (IV. K>o7i. fo27), etc.
des renseignements i : comme sa mission relève surtout des femmes, il adresse ses rapports à la duchesse de Milan, et, pendant sa présentation, Louis XI se promène tranquillement dans la ville d'Orléans, après avoir autorisé l'audience. L'agent se hâte donc d'écrire qu'il s'est présenté en beau costume, à la mode de Milan, avec une belle suite ; qu'il a trouvé M1Ie Bonne de Savoie « bella et bella » ; il pense que, quant à l'extérieur, sa maîtresse aura toute satisfaction, mais il ne peut encore juger la princesse complètement2: il envoie un portrait, que lui a remis la reine, en lui faisant remarquer combien l'original a plus de charme. La reine montre sa sœur à l'agent, « de toutes les manières, dit-il, dont on peut décemment faire voir une dame, en ne lui laissant sur le dos senon ana sola socheta. » Elle la lui montre habillée en homme et dansant la moresque ; elle la fait danser avec lui à plusieurs reprises, dans la plus grande domestichezza*.
De même, à Nantes, la duchesse de liretagne introduit ellemême un agent du duc d'Orléans dans la chambre de sa fille, pour la lui faire voir en petite jupe de nuit, avec un simple.s?//cot, et lui laisser admirer sa gentillesse. Toutefois, ces mœurs patriarcales s'effacent. En 1500, on refuse a l'agent du roi de Hongrie la vue des deux princesses offertes à son maître, sous prétexte qu'elles se trouvent éloignées ; on ne lui donne que leurs portraits. Les portraits plaisent peu à Yladislas ; cependant, il persiste dans sa volonté par raison d'Etat*, et jette son dévolu sur Anne de Candale, que ce choix met au désespoir, car elle aimait François de Longuevilles.
1) Dép. de François Sforza, 28 janvier 1466 (Arcliivio Sforzesco).
2) Dépêche du 12 février 1466 (Archivio Sforzesco).
3) Dép. du 24 janvier 1466(Arcli. Sforzesco).
4) Quoiqu'on lui offrit une princesse allemande d'une beauté extraordinaire.
5) Fraknoï, op. cit.: Jean d'Aulon.
Avec l'agent matrimonial, ou après lui, on expédie assez souvent un peintre pour dessiner l;i fiancée '.
La première phase accomplie, on annonce le mariage et alors arrive l'ambassade d'apparat pour demander la main de la princesse. Cette cérémonie s'accomplit par un discours 2, essentiellement solennel ' : « En matière de mariage, l'honneur doit est re exibé aux dames par ceulx du costé du mary, et par eulx poursuy l'affaire plus tost que du costé des dames *, » Le mariage a lieu, par procuration, chez les parents de l'épousée ; c'est là qu'on signe le contrat, et qu'on procède à la cérémonie. Le premier ambassadeur du fiancé représente son prince ; à ce titre, il baise la princesse, puis aussitôt, comme sujet, s'agenouille et lui donne la main*. Naturellement, l'ambassade chargée d'une pareille mission esf des plus considérables, et traitée avec les plus grands honneurs. A sa tête se trouve souvent un proche parent du marié ''. Quand les ambassadeurs de
1) Van Eyckva en 1425 en Portugal avec l'ambassade de Bourgogne, pour faire le portrait d'Isabelle, fiancée du duc (comte de la Borde, La renaissance des arts à la Cour de France, I, oii : Waagen, Manuel de l'Histoire de la peinture, édition française, l. (.)9). Jean de Paris va taire le portrait de Marie d'Angleterre en loli (De la Borde, p. 188).
2) Discours des ambassadeurs de l'archiduc, à Louis XII et à la reine, pour demander la main de la princesse Claude (1501. Le (ilav, Xenuciatiom, I, 26): en français, bref et solennel, citant Aristote.
Habita igitur ad huncactum publica acsolenni ac ornatissimaoratione per Magnificum et clarissimum..., » etc. (1487, Dumont, III, II, p. 174).
4) Dép. del'amb. des Pays-Bas, foi; (Lettres de Louis Xll. IV, 841).
oj Mariage (le Germaine de Foi\ cil nov. 1505. Sanuto VI, v2.'>b).
6) Tristan Sforza épouse Bonne de Savoie, par procuration, devant la porte du château d'Amboise, en présence de Louis XI, de la reine Charlotte, d'Agnès de Bourgogne, duchesse de Bourbon, et du duc Jean de Bourbon, de Charles de Bourbon, archevêque de Lyon, de plusieurs éveques et de la cour. Louis XI, interpellant Tristan, lui demande lui-même si ses pouvoirs sont retirés, et sur la réponse négative, le cardinal d'Angers célèbre le mariage (ms. lat. 10133, 'iîl ). Pouvoir pour épouser la tille de Ravenstein, signer et accepter toutes stipulations, etc., au nom de Jean II Grimaldi, à Lucien Grimaldi, sou frère (^G juillet lioi. Saige, Documents, II, M).
Hongrie viennent en France pour le mariage de leur souverain (1502), Louis Xll envoie au devant d'eux à Orléans les comtes de Nevers et d'Orval et d'autres grands seigneurs, quiles escortent jusqu'à lMois. Le roi les reçoit « à triomphe », paie toutes leurs dépenses, et à leur départ pour l'Angleterre, les fait de même escorter solennellement et à ses frais1. C'est le cas, ou jamais, de se livrer à des démonstrations de joie et de faste, et on ne s'en fait pas faute 2. En Italie particulièrement, les noces princières donnent lieu à une série de fètesprodigïeuses, dontnous n'entreprendrons point la description 3 . En France , ce ne sont que « moult sollempnels banequetz» ,
1) Jean d'Auton, II, 217 et s. Le comte Stéphane (Etienne Telegdi) épouse Anne de Foix par procuration, le premier ambassadeur étant un évoque.
2) Le cardinal de Ferrare.venant chercher Lucrèce Borgia, entre à Rome le 27 déc 1501, aveedes honneurs indicibles.il s'arrête etdinc au Ponte-Molle. Tout d'un cou]) éclate un concert de trompes, tambours, pifl'ari... C'est le cortège de son entrée, composé de 2,000 personnes, avec le gouverneur de Rome. On se met en route deux par deux. Bientôt, on rencontre César Borgia, en somptueux équipages, avec 4,000 hommes en grande tenue: puis dix-neuf cardinaux, très pompeux, suivis chacun d'au moins deux cents chevaux. A chaque rencontre, tout le monde met pied à terre: le cardinal d,e Ferrare embrasse César Borgia, puis les cardinaux. Cet immense cortège se rend au Campo di Fiori, et de là au château S'-Ange, où toutes les bombardes t'ont feu. Les chevaux se cabrent, le pont St-Ange ne suffît plus. Le cardinal de Ferrare arrive au Vatican, et monte : le pape sort de sa chambre avec douze cardinaux, et l'accueille très joyeusement : le cardinal embrasse tous les prélats de marque. Puis on va voirMm« Lucrèce, qui offre un tort beau diner et donne force cadeaux (Sanuto, IV, 195-196).
3) Les récits de noces ont donné lieu en Italie à des publications fort intéressantes. Signalons, en particulier : Le nozze di Nicolô H d'Esté con Verde délia Scala, 1362, par le savant M. Cipolla (Per nozze Merkcl-Francia, poulies noces de notre savant ami le d'' C. Merkel) : Del matrimonio del Marchese Nicolà III d'Esté con Gigliola, figlia di Francesco Novello,\r<\v le prof. Luigi Olivi, Modena, 1889: Délie nozze di Ercole I d'Esté con Eleonora d Aragona, par le môme, Modena, 1887 : Anna Maria Sforza, sposa ad Alfonse d'Esté, par G. A. Venturi, Firenze, typ. dell' arte délia stampa, 1880. Robert Malalesta dclUmini, dit Le Magnifique, célèbre ses noces avec Isabelle de Montcfcltre par Un déploiement de pompe extraordinaire, avec des poésies, des épithalames,etc. Tous les ambassadeurs italiens y assistent (Yriarte, Rimini, p. 350).
missions d'apparat, extra-diplomatiques et secrètes 421
danses, «nouvelletez etestranges mommeries1. » Les princes voisins envoient pour y assister des ambassades d'apparat, s'ils ne s'y rendent pas eux-mêmes*. En 1493, à Milan, od retarde la célébration des noces par procuration de Bianca Maria Sforza avec Maximilien, pour attendre l'ambassade d'apparat française, dont un courrier spécial annonce l'arrivée3. Uneambassade solennelle d'Allemagne, avec une suite de cent cinquante chevaux, va, en I0O8. offrira la tille du roi d'Angleterre, mariée a l'archiduc Charles (Charles quint), des objets d'argent ciselé et des tapisseries de haute valeur, comme présents de noces*. L'énumération des robes, des bijoux de la mariée devient une affaire d'Etat. Un des plus beaux trousseaux dont l'histoire fasse mention est celui de Valentine de Milan, en 138!), estimé à 92,900 francs d'or, soit plus de six millions de notre monnaie \
Mais les fêtes du pays de la fiancée ne représentent qu'une partie de l'ensemble. Si par courtoisie on célèbre le mariage chez la femme, l'usage veut qu'on le consomme chez le mari. C'est pourquoi d'ordinaire le marié attend sa femme chez lui. En I i(i(), Galéas Sforza ne se rend en France pour son mariage que sur le désir formel de Louis XI : et encoi*c, si Louis XI tient à célébrer de suite ce mariage, François Sforza sollicite au moins pour son fils l'autorisation d'attendre pour la consommation l'arrivée à Milan.
Tout mariage s'accomplit expressément sous l'égide de l'autorité paternelle. Les ambassadeurs pour la solennisation
1) Jean d'Anton, II, p. 99, no I.
2) Laurent de Médicis envoie son fils aîné Pierre assister à Milan an mariage de Galéas Sforza avec Isabelle cT Aragon. Rapport du serviteur Ûtienne sur ce mariage (Roscoê, Vie de Laurent de Médias, pièce i.xii).
3) P. Calvi, Uianca M* Sforza Viscontt, p. il. Sanuto, VU, 693.
5) De la Borde, Les ducs de Bourgogne: H. 1777.
d'un mariage doivent produire des pouvoirs parfaitement spéciaux et précis du père et de la mère du fiancé1. Cette règle est tellement formelle que, lorsque Galéas Sforza part pour la France, son père lui remet un pouvoir précis, absolument comme si, au lieu de se marier pour lui-même, il n'était qu'un ambassadeur*.
Les ambassadeurs doivent ensuite amener à leur prince la nouvelle épousée. Ils sont assistés dans cette partie de leur mission par des représentants du pays de la princesse : ambassadeurs, hérauts, chambellans ou chevaliers. Cette pompeuse mission n'est pas toujours exempte d'épines, que connaissent les seuls initiés.
Ainsi, en 1493, la partie essentielle du mariage de Maximilien avec Bianca Sforza tourne à la comédie. Bianca arrive à Inspriick, et n'y trouve point son mari. 11 faut inventer des distractions variées, en attendant que le roi veuille bien prendre son parti. Enfin, par bonheur, Maximilien mande à Vienne l'ambassadeur milanais qui accompagnait Bianca, Erasme Brasca ; Brasca emporte un petit billet qu'il a fait écrire par Bianca, pour témoigner à son mari sa joie et confier à l'ambassadeur « les sentiments qu'un écrit ne peut expri-
1) Pouvoir des ambassadeurs de l'archiduc et de l'archiduchesse, pour le mariage du duc de Luxembourg avec Claude de France (1801. J. 951, n° 2). Pouvoir du roi de Sicile pour le mariage de Nicolas du l'ont avec Anne de France (27 novembre 1461. K. .'Joo, xvi).
2) « Con el nome de Dio, te ne vay da la Seri»» et Chr""» Majestate del Sig. Re. .. Tu li responderay, con bono et convenienle modo, che sempre da nuy hay havuto in comissione che tanto nel facto de riioto parentato quanto in ogni altra cosa, de fare el exequire tucto quello che lusse de la voluntà de Sua Majesté, et cossi sij apparechiato in quesla cosa de tare tucto quello è de piaccre de Sua Majcstà. » François Sforza déclare en outre qu'il envoie Alberico Maletta avec « mandato et commissions» de conclure le mariage et ce qui s'y rapporte: Maletta est en chemin (26 février 1466. Archivio Sforzesco).
MISSIONS d'aPPAKAT, KXTHA-DIPLOMATIQL'ES ET SECRÈTES 423
mer '. » Mais avec quel soupir do triomphe, enfin, le 10 mars 1 194, il écrit au secrétaire intime du duc de Milan (pie l'œuvre est achevée !
Magnifique et très puissant chevalier, dit-il, mon très respectable seigneur! Hier soir, j'arrivai ici avec S. M. le Roi ; S. M. la Heine y était arrivée un peu avant, et, enfin, l'on est parvenu a la consommation du mariage, grâce à Notre Seigneur Dieu, pour la confusion de nos ennemis! Je fus hier soir avec S. M. le Roi et la Reine, nous causâmes beaucoup, jusqu'au moment où ils voulurent aller au lit, après que tout le monde eût été congédié. Je trouve S. M. le Roi d'une joie qu'on ne peut exprimer, et j'espère qu'aujourd'hui ou demain nous irons à InsprUck *. »
En général, nous ne sommes pas dans le secret de ces tiraillements intimes. On ne voit, dans le mariage, que matière à un grand déploiement de faste. Toutes les ambassades assistent aux fêles données à Ferrare pendant les mois de janvier et février 1502, pour le mariage d'Alphonse d'Esté et de Lucrèce Borgïa. Le 8 février, jour du carnaval, les ambassadeurs sont reçus par Lucrèce, admis à présenter leurs cadeaux et à contempler la corbeille. Avec de beaux discours, les vénitiens olfrent deux riches mantes de velours fourré, les florentins trente-cinq brasses d'un admirable tissu d'or, les siennois deux vases d'argent, les lucquois un brasier monté en argent. L'usage des cadeaux est général en Italie... Quant aux ambassadeurs français, ils se bornent à se rendre à la messe avec Alphonse d'Esté 3.
Le voyage de la princesse pour aller rejoindre son
1) F. Calvi, BiancaM* Sfoi'za Vùconti,p. 50,
3) Sanuto, IV, 229, 226.
époux donne lieu à un égal déploiement de fêtes et de magnificence ' .
Un cortège extraordinaire accompagne Isabelle de France, mariée au roi d'Angleterre, lors de son passage en Angleterre, en 1396 2. La réception à Venise de la nouvelle reine de Hongrie, Anne de Foix, lorsqu'elle se rendit en 1502 dans ses états, est demeurée mémorable. Une brillante députation hongroise l'attendait. Le doge sur le Bucentaure, avec les ambassadeurs, le collège des Dix, et une cinquantaine de dames richement vêtues, couvertes de diamants, conduites par autant de personnages habillés d'écarlate, l'accueillit au milieu d'une foule d'arcs de triomphe. Il y eut bal sur le Bucentaure, en l'honneur de la jeune mariée, souper de cent cinquante couverts. Les fêtes, les régates, les illuminations se succèdent, la dépense dépasse quatre cents ducats par jour ; la reine n'amène pas avec elle moins de six cents personnes, françaises, hongroises, milanaises, qui se sont groupées toutle long de la route dans le cortège matrimonial, et les Vénitiens, gens très positifs, se demandent tout bas quand elle partira, car elle n'en parle pas. Heureusement, une partie de l'escorte prend congé, et il ne reste que soixante ou soixante-dix personnes*.
Une relation contemporaine dépeint le faste extraordinaire déployé pour le mariage de Jean Galéas Sforza avec Isabelle d'Aragon : elle nous donne, par le menu, le détail des fêtes, des escortes, les inscriptions des arcs de triomphe, l'organisation des orchestres. A l'arrivée de la princesse à Milan, Lu-
1) On évite les pays qui ne sont pas amis. Bonne de Savoie est amenée de France à Milan par Marseille, la mer et Gènes, pour éviter la Savoie (-1-468 . Ms. lat. 10133, fo 336 v°), et elle soutire beaucoup de la traversée.
2) Publ. Douet d'Arcq, Choix de pièces, 1,130 et suiv.
3) Sanuto.IV, 187-188, 29S, 29G.
missio>s d'apparat, extka-diplomatiques et secrètes 425
do vie Sforza se rend au-devant délie avec les ambassadeurs de toute l'Italie et de Hongrie, avec un cortège de trompettes, et une immense suite de personnages de tout rang. Le jour du mariage, les ambassadeurs se réunissent au château dès le matin pour se rendre en corps à la cérémonie. On va solennellement au Dôme, au milieu de rues enguirlandées, tapissées, remplies de monde. Deux grandes tribunes s'élevaient clans le chœur: les ambassadeurs du pape, de Venise, de Ferrare, de Hongrie, de Florence, y prennent place avec le duc et sa famille, dans l'ordre des préséances, aux sons d'une musique délicieuse1. L'Italie seule possède l'art exquis des fêtes splendides s.
Il est convenable que le marié fasse des présents à l'escorte de sa femme. Lorsque Louis XI se marie, encore dauphin, il ne donne pas moins de 4,000 écus (exactement 3999), aux personnes de la suite de Charlotte de Savoie. Les dons varient : une haquenée de cent quarante écus au comte de Genève; aux principaux personnages et aux dames d'honneur, de l'argent (douze à dix-huit marcs d'argent) : un diamant, auxécuyers et échansons : des gratifications de quinze à vingt florins pour robes au moyen personnel : cent écus au héraut, cent francs aux officiers du duc de Savoie ; un bracelet d'or, avec des diamants, confectionné au Puy, et d'une valeur de 1 100 écus, à la duchesse mère 3.
Le mariage, une fois accompli, est notifié par une lettre aux gouvernements qui, pour un motif quelconque, tel que l'iné-
1) Relation contemporaine, s. d. (Archivio Sforzesco).
■2) Une ambassade d'apparat tout à fait spéciale en matière de mariage est celle d'un légat chargé de bénir un mariage ou des fiançailles (Mariage du roi de Hongrie avec Anne de Foix, dans Paris de Grassis, lat. 5164, P» 71).
'.ol. Lettres de Louis XI, I. p, 331-235.
galité de rang1, la froideur des rapports8, n'ont pas jugé à propos de s'y faire représenter.
La perception de la dot donne souvent lieu à difficultés. Le duc de Milan avait assuré en dot à sa fille Valentine le comté d'Asti, dont il estimait le revenu à 30,000 florins : lorsque les gens du duc d'Orléans en prirent possession, ils constatèrent facilement combien Yisconti avait exagéré les chiffres. Il s'en suivit des réclamations, des procédures, que le gouvernement français étouffa par voie d'arbitrage ; l'on arrêta, en définitive, l'évaluation d'Asti à un revenu de 18,000 ducats, chiffre encore trop élevé, et Yisconti dut parfaire à son gendre la différence \ La plupart du temps, la dot consiste en promesse de versements échelonnés : de là, des tiraillements. La dot de Charlotte de Savoie donne lieu à d'assez graves débats entre son mari et sa famille. Philippe de Savoie ne put pas solder entièrement la modeste dot qu'il avait allouée à sa fille Louise de Savoie pour son mariage avec le comte d'Angoulême. Aussi Valentine de Milan, Charlotte de Savoie, Louise de Savoie rencontrèrent-elles à la cour et près de leurs maris un défaut de considération dont elles eurent fort à souffrir.
Maximilien, au contraire, sut se faire largement payer son mariage avec Bianca-Maria Sforza et trouva en Milanais une mine d'or*.
1) Lettre d'avis de mariage de Luc Doria avec Françoise Grimaldi (1491. Saige, Documents, I, 633), en italien, portée au duc de Milan par Prosper Grimaldi, chargé de la remettre.
2) Apres son mariage, Yladislas de Hongrie écrit à l'empereur: «Nos cum Christ. Francorum rege... certain affinitatem iniisse et comparasse, nosque serenissimam Virginem domain Annam de Caudale, ex icgia vetusta stirpe et familia originem trahentem, in conjugem, aspirante Deo, conjunxisse » (Pray, Epistolœ procemm, p. 19).
3) K. 554, h, iv, v : KK. 896, fos i à xxxix v°, t'os ccclxv à ccclxix : K. 67, n« 31 : KK. 1417 : ms. Moreau 405, p. 235.
4) Ms. fr. 16074, no 27.
MISSIONS d'àPPAIUT. EX I UA-DIPLOMATIQI'ES ET SECRÈTES 427
Quant aux bijoux offerts parle fiancé, on les remet au moment
»lu mariage, pour éviter le désagrément de les redemander en cas de rupture '.
Nous avons supposé dans ce qui précède le mariage Complet, c'est-à-dire solennisé per verèa de presenti, et suivi de consommation. Dans le cas. assez fréquent, d'un simple mariage a futur o, c'est-à-dire où la consommation ne doit pas suivre la cérémonie, on se conforme aux mêmes usages, sauf que la fiancée reste souvent dans sa famille : il y a, d'ailleurs, contrat de mariage et bénédiction nuptiale. Rien déplus fragile ipieles unions ainsi contractées ; la plupart échouent avant que l'âge des mariés ou les circonstances en permettent la consommation. On peut dire que la plupart des princes ou princesses de la maison de Fiance se sont mariés plusieurs fois. Pour des pères de famille ou médiocrement scrupuleux ou poussés par la nécessité, tels que Louis XI, Louis XII, Charles le Téméraire, le duc François II de Bretagne, et autres, la main d'une fille sert d'appât2, les divers mariages qu'ils consentent successivement ou simultanément font partie de tout un système politique. On se défie même des mariages de présent^ au point que nous voyons le roi d'Aragon, en 1505, confirmer par lettres spéciales son mariage avec Germaine de Foix3.
Telles sont les missions d'apparat. Ajoutons que certaines missions d'affaires peuvent, par suite de circonstances, se transformer en missions d'apparat ou de pure forme. Le secrétaire Caroldi, envoyé par Venise près du légat de Pavie pour négocier avec le pape, reçoit de la Seigneurie l'avis que l'cn-
i) Comme Jean II (Jrimaldi, qui, ayantotîert des bijoux à sa fiancée Catherine de Clermont-Loilève. dut déléguer trois envoyés pour les reprendre, après la rupture du projet (26 juillet 1804. Saige, Documents, (1,32).
8) V. not. Commines édition Lenglet Dufresuoy, III, 192-194, -J.'iti.
3) Ms. fr. 10433, f 169 v<>.
tente vient de se faire directement : il se bornera donc à se répandre près du légat en congratulations affectueuses, à lui demander que le pape « embrasse les Vénitiens comme ses fils, comme le père universel, qu'il remédie à tout scandale...,» et à promettre d'immortelles reconnaissances1. Les ambassadeurs français, envoyés, en 1505, négocier le paix entre la Hongrie et l'Allemagne, apprennent en route que la paix est faite ; ils continuent néanmoins leur route vers Bude, afin de présenter au roi de Hongrie leurs félicitations pour la naissance d'un fils ; en arrivant, ils apprennent la mort de la reine de Hongrie 4.
2° Missions extra-diplomatiques.
Certains agents diplomatiques jouent un rôle important, sans faire partie d'une ambassade. Ce sont les rois d'armes3, hérauts et poursuivants d'armes, les trompettes, huissiers d'armes et sergents d'armes.
fÇ Nous n'entreprendrons pas ici une monographie des rois d'armes et hérauts, legs de la chevalerie. Le héraut jouit au moyen âge d'un très grand prestige *. C'est le conservateur des nobles traditions, l'expert en questions d'honneur et de noblesse 5, l'autorité supérieure en matière de joutes et de
1) A. de Venise, Secrète- 41, 193.
2) Fraknoï.
3) Le roi d'armes est un héraut du grade supérieur. En Angleterre, Roger Machado, dit Leicestre, était « chief herald at tlie office of the king's anus • (W. Campbell, Materials... of the reign of Henry VII, II, p. 141).
4) Nous ne parlons ici que des hérauts royaux. Mais les grands seigneurs, aussi, ont des hérauts, qui présentent le même caractère. Lu maure, héraut de Ges de la Tremoille, va, en son nom, défier Charles le Téméraire devant Neuss (Richard de Wassembourg, Antiquités de la Gaule Belgique, liv. vin).
5) V. rot. le recueil publié par Loredan Larchey, Ancien armoriai équestre de la Toison d'Or et de l'Europe au XVe siècle.
missions d'apparat, EXTIU-DIPLOMATKjUES et secrètes 429
tournois'. Il connaît le monde1. L'auteur du Débat des héraulx d'armes de France et d'Angleterre*, pour comparer l'honneur et la force des deux pays, formule sa pensée sous forme de dialogue entre deux hérauts, que Prudence cpiestionnc en ces termes : «Beaulx seigneurs., vousavez ungbel office et que tous Dobles doivent amer et priser, car à vos rappors et relaeions les roys.les dames, les princes et autres grans seigneurs jugent des honneurs mondains.... Et toutes choses faictes en grans magnificences et tendans à honneurs par vous doivent estre hérauldées et publiées eu divers royaumes et pays.... » Les hérauts sont en grande considération à la cour. Jean le Maire envoie au héraut Luxembourg une de sesœuvres (probablement Le Temple d'Honneur), afin que « par vostre bon moyen, dit-il, je puisse estre de la cognoissance de la seigneurie de par delà '. » Au point de vue international, les hérauts remplissent un rôle assez complexe.
Successeurs des féciaux romains, ils ont, ainsi que les trompettes, joui de tout temps et universellement du droit absolu de circuler librement en tout pays, comme parlementaires, même en temps de guerre et entre deux armées3, sur la
1) A Arias, en 1 i33, îles Lettres de salutation, sont présentées par Secille Sicile), héraut d'armes du pays de ltainaut, à Philippe duc de Bourgogne.
C'est un traité l'e chevalerie : le héraut, accompagné de vingt-huit autres, le présente solennellement, ru présence de Ions les grands seigneurs (V. Paulin Paris, Les manuscrits français, 111, 281 et suiv.).
2) Un héraut anglais passe cinq ans à parcourir1 le monde (1338. Froissart, édition Luce, 1, 377-318}.
3) Publié par P. Meyer et Pannier (Société des anciens textes français, 1877). Cf. A/., p. 127, la formule du serment prêté par un nouveau héraut.
1) Gachard, Nouveaux Analectcs, p. 28, pièces, iv. V. fr. 1280, sur les hérauts d'armes.
.'>) En 1421, le gouverneur d'Orléans relient prisonnier, fort à tort, un héraut anglais qui venait le sommer de se rendre : eu août 1428, dans une Circonstance pareille, on loge les hérauts anglais à l'hôtel et l'on envoie par eu\ du vin au comte de Salishurv (Doinel, dans la Revue d'histoire diplomatique, 1891, p. 99).
simple justification d'un ordre émanant des autorités compétentes de leur pi'opre pays.
Le héraut est chargé d'escorter un étranger pour assurer sa sûreté ', de conduire une ambassade - ; en Allemagne, en Angleterre, on l'emploie comme fourrier pour les logements de la cour ou d'une ambassade'. On attache volontiers un héraut à une grande ambassade. Il fait les fonctions de massier en cas d'apparat*. Son rôle s'étend jusqu'à assurer les préséances, et à garder le rang de ses ambassadeurs 5 : il remplit les fonctions dévolues au maître des cérémonies dans les légations d'apparat de la cour de Uome, ou au secrétaire dans les autres. Il tient un journal des faits et gestes de l'ambassade,
1) Le capitaine du devedo de Vérone part de Venise avec le héraut du roi des Romains, qui retourne vers le roi, avec un saut-conduit et une lettre de passage (févr. 1508. Sanuto, Vil, 293).
2) Du Bouchage, revenant d'ambassade de Castille, laisse en Pastille un héraut du roi pour conduire l'ambassade annoncée (Gommines, 1. vin, ch. xxiv). V. Instruction de 1433, aux ambassadeurs de Savoie à Chypre. Le héraut Savoie ira à Venise avec .'i()0 ducats noliser une lionne galère et renverra aussitôt son serviteur avec l'avis écrit de ce qu'il aura fait (Mas Latrie, Histoire de Chypre, III, 13).
3) L'empereur envoie un héraut à Vérone prévenir de son arrivée et retenir les logements pour 25.000 hommes (Dép. de Machiavel, 1er février 1507- 8) ; l'ambassade impériale près du duc de Bourgogne, en avril 1476, est précédée de hérauts qui assurent ses logements (Gingins la Sarraz, Dép. des amb. milanais, IL '21). En Espagne, on aborde où on peut, el le héraut attaché à l'ambassade cherche des logements, moyennant finance {Machado's Journals, dans Gairdner, Hisloria régis Henria septimi, p. 162). Il ne loge généralement pas avec l'ambassade.
4) A l'entrée d'une ambassade d'obédience à Rome, le héraut doit la précéder; on le place entre les massiersdu pape (entrée espagnole de 1507. Paris deGrassis. Lat. 5165, f" 311).
5) En 1434, au concile de Baie, les ducs de Bretagne et de Bourgogne envoyèrent des ambassadeurs. La Bourgogne fut placée à droite, la Bretagne à gauche. Phil. de Quitquia, archevêque de Tours, né à Léon, blâma à son retour le héraut de Bretagne Montfort, qui fut en grand danger de destitution, pour n'avoir pas gardé son rang (fr. 4316, l'o 28. Leibnitz, Codex juris yentium, p. 363).
HISSIONS D'APPARAT, EXTIiA-DIPLOMATIQUES ET SECHÈTES 431
du cérémonial observé ' : il paie les dépenses il»* l'ambassade,
il s'occupe des transports*: il accomplit les missions accessoire* dont le charge L'ambassadeur, près de tel ou tel personnage'. Mais il n'agit qu'en vertu d'une délégation expresse, et ne peut accepter d'office aucune commission *.
Par lui-même, le héraut est l'agent de toutes les missions d'un caractère comminatoire. L'envoi d'une communication par héraut équivaut à une sommation ' ; elle constate la volonté formelle de ne pas négocier : par exemple, Louis XII envoie son héraut Normandie signifier au duc de Valentinois et aux Orsini l'ordre de respecter le territoire de Florence6. Le roi
1) Journal*, publiés par .i. Gairdner, à la suite de VHistoria régis Henrici septimi, p. 200 el suiv.
2) Le héraul Richemond, envoyé noliser un bateau pour l'ambassadeur d'Angleterre en Bretagne, en arrête un de sei/.e tonneaux : l'ambassadeur le refuse et en t'ait venir un de soixante (1490. .1. Gairdner, Hisloria régis Henrici septimi. p. 200-204 .
3) Mémoire du héraul anglais Leyceslre, pour le marquis de Dorsel. relativement h diverses missions remplies en Flandre; il réclame quatre sous huit deniers par jour de cbevauchée,plus ses déboursés (I ISu.James Gairdner, Hittoria régis Henrici septimi, p. xxxix). Il a été parler à diverses personnes, il a payé le peintre du marquis ('mémoire en français).
i) LU ambassadeur de Louis XI dans le comté de Foix s'appointe en route avec un héraut du comte » de Bennevant » (le comte de Benabente, grand
rieur de Castille), qu'il emmène, et qui ira informer son maître du résultat (1464. Lett. de Louis XI. Il, 373): mais le héraut disparaît subrepticement. L'ambassadeur en réfère aussitôt au comte.
5) Maximilien écrit au duc de Bretagne qu'il réclame les Etats généraux et envoie copie de cette lettre au roi par un écuyer d'écurie. Le roi répond, le
31 août, que cette lettre est « en forme deshonnéte el règle non accouti Se
entre princes. » Il ne lui donne pas le titre de roi des Romains, et envoi lettre par héraut. Maximilien revoit mal le héraut et répond par un manifeste (1486. Dupuy, Ilist. de Ut réunion de la Bretagne, 11. 90-91).
6) 1502. Guichardin, 1. v. eh. m : un héraut de Fiance vient, au nom du roi, sommer Venise de lui fournir un contingent contre Xaples. de congédier les ambassadeurs de Xaples el de rappeler son propre ambassadeur à Xaples (22 mai IS01. Sanuto, IV, 39). Le gouverneur de Milan envoie de Parme à Bologne un héraul. porter ses protestations (nov. 1502. Sanuto, IV, 436). Un héraut du roi des Romains arrive à Xaples avec quatre cavaliers, pour une
d'armes Montj&ye se présente le 14 et le 17 avril 1509 à la Seigneurie de Venise et lui déclare la guerre au nom de Louis XII : il dresse procès-verbal de sa déclaration et de la réponse du doge1.
En temps de guerre, le héraut sert de parlementaire, comme les trompettes et au-dessus d'eux2 : il somme une ville de se rendre 3, il dirige l'enterrement des morts sur le champ de bataille 4, il va chez l'ennemi remettre une protestation au nom des lois de la guerre s, conimunicpier un projet d'échange de prisonniers, demander0 ou porter7 un sauf-conduit pour des négociations.
signification au vice-roi (déc. 1502. Sanuto, IV, 000). Charles VIII envoie un héraut au pape demander des explications sur l'emprisonnement ,de certains cardinaux (déc. 1494. Dclaborde, Expédition de Charles VIII, p. 499). Le 4 décembre 1 494, un héraut français va signifier aux Pisans l'ordre de se soumettre aux Florentins ; le duc de Savoie envoie son héraut Savoie réclamera des seigneurs rebelles le collier de son ordre .(Guichenon, Ilist. de Bresse, preuves, p. 27, 28). Le grand bâtard de Bourgogne, au nom du duc, envoie le héraut Artois inviter le comte de Bresse à s'abstenir de toute agression contre la duchesse de Savoie (Gingins la Sarraz, Dépêches des ambassadeurs milanais, I, 242).
1) Ms. fr. 17695, f» 248: 17224, p. 365. Charles VIII veut se presserd'envoyer un héraut déclarer la guerre au roi de Naples, mais son conseil le dissuade de cette démarche chevaleresque (mars 1494. Delaborde, p. 318. Cf. Desjardins, Négociations, II, 298). Dans le droit musulman, toute déclaration de guerre doit être également précédée d'une sommation à l'ennemi, fût-il payen, apostat, blasphémateur ou hérétique.
2) Le roi d'armes Champaigne est envoyé avec un parlementaire (Tarenlc, juill. 1493. Guill. de Villeneuve). Le roi d'Angleterre envoie un héraut offrir la bataille au roi d'Ecosse (1333. Froissart, édition Luce, I, 334). Un liéraut d'Ecosse vient demander au roi d'Angleterre un sauf-conduit pour des ambassadeurs (1333. R, I, 323-24).
3) Capoue, 1495. Cf. Desjardins, Négociations, II, 334.
4) Ms. fr. 24052. fo 396.
5) Lettre du commandant de l'année allemande au doge de Venise (24 août 1509. Sanuto, IX, 211), envoyée par le héraut Auslria.
C) Après Fornoue, le héraut royal de France va annoncer aux provéditeurs vénitiens que Commines veut leur parler (Benedetti, Il fatto d'arme, 1. 1°).
7) Le héraut Clarencc apporte un sauf-conduit à Calais (Dép. de Dandolo, 25 mai 1514. Arch. de Venise).
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Dans ce dernier cas, le héraut peut revêtir un vrai caractère diplomatique. 11 amorce une négociation1, il tâte le terrain, il s'entremet pour en assurer les débuts5.
On peut même, bien que ce soit une marque de froideur officielle, charger un héraut d'une communication qui n'appelle point de discussion : telle que l'envoi d'une nouvelle personnelle3, la remise d'un document*.
Enfin le héraut devient un ambassadeur lorsqu'il se rend dans des états où l'on n'accréditerait pas un véritable ambassadeur ; cependant il diffère toujours de l'ambassadeur, en ce qu'il ne reçoit ni pouvoir, ni instruction, ni créance, et qu'il ne connaît dans sa mission que ce qu'il doit accomplir. Le héraut peut prendre la parole, mais son langage est forcément militaire et comminatoire, en un mot extra-diplomatique. Montjoye, « souverain Roy d'armes de France » (qui s'appelait
1) Envoi du héraut Roussillon on Angleterre pour demander un sauf-conduit pour une ambassade, jusqu'au nombre de soixante personnes à cheval, et indiquer le lieu où on pourrait se réunir (12 août 148i. Reg. du conseil de Charles VIII, p. 45).
■2) Dos bords de la Somme, en août 1475, le roi d'Angleterre envoie au roi de France un héraut et deux poursuivants d'armes : tout le monde croit que c'est une déclaration de guerre. Nullement .' Louis XI les garde trois jours en négociations et donne cenl marcs d'argent au héraut Irlande. L? héraut revient apporter des sauts-conduits pour des plénipotentiaires français, et peu après la paix est conclue (Gingins la Sarraz, Dé/), des amb. milanais, I, 206. Cf. Gommines, 1. iv, c. y). Louis XI s'amuse à envoyer aux Anglais un valet travesti en héraut, qu'on expédie en grand secret. Les Anglais lui font bonne chère (1475); on lui donne quatre nobles, un sauf-conduit, et un héraut l'accompagne pour chercher pareil saut-conduit. Le lendemain commencent des conférences pour la paix (Commines, 1. iv, c. vu).
3) Dépêche de Poscari du 24 sept. Ii96 : un héraut de Fiance vient annoncer a Maximilien la naissance d'un tils du roi.
',* Le roi des Romains adresse par un héraut, au roi d'Angleterre, une lettre où il annonce ses intentions contre Venise (1510. Sanuto, X, 159|. Le duc de Bretagne envoie au roi de France par un héraut copie de ses instructions a ses ambassadeurs en Angleterre (liHti. Dupuy, Hist. de la réunion de la Bretagne, II. 83;.
en réalité Gilbert Chauveau), « chevalier créé de la main de l'empereur, et seigneur de Vomeaux en Bourbonnais, et baron de Hypsala en terre ferme de Grèce, homme de grant port, éloquence et audace », fut un personnage important sous Louis XII; il remplit des missions dans presque toutes les cours. C'est lui qui, en 1511, fut chargé par le roi de se mettre à la tête de la première caravane, pour aller prendre possession du protectorat des Lieux-Saints1 ; lui qui, en 1500, accomplit, avec un autre héraut, une mission en Turquie, dont on fit grand bruit, et où il se conduisit en vrai héraut *.
1) En réalité, la chose ne fut pas si simple ; il fallait négocier avec le sultan Qanson Ghoury : le roi chargea de •'(-•Ile mission un vrai ambassadeur, André Le Roy, notaire-secrétaire du roi, trésorier des guerres (Schcfer, Le voyage d'outremer, p. 3, ne 3). Le Roy échoua par sa hauteur et son manque d'habileté, et l'ambassadeur vénitien obtint ce qui lui avait été refusé (p. lxxxiii).
2) Il arriva, avec un collègue, par les iles Ioniennes à Modon, puis à Rhodes, où il trouva un sauf-conduit du Turc. Un orateur du Grand Seigneur vint au-devant des deux hérauts, et un des fils môme du Turc se chargea de les conduire. Ils parvinrent par de très mauvaises routes à Andrinople, le 6 avril. Il y avait là un camp de 14,000 hommes. On leur donna une belle tente, où ils attendirent deux jours, pendant lesquels plusieurs Turcs vinrent les voir au nom du Grand Seigneur. Ils avaient avec eux un orateur de Rhodes, frère Mathieu. On les conduisit enfin dans une tente, où ils reçurent deux pachas. Après les salutations, un de ces pachas demanda l'objet de leur ambassade, et où étaient les présents destinés au Grand Seigneur : les hérauts répondirent que leur roi n'était pas dans l'usage d'envoyer des présents, et qu'ils ne devaient exposer leur ambassade qu'au Grand Seigneur lui-même. Les, pachas se levèrent et les conduisirent à la tente du Grand Seigneur, que gardaient deux eunuques. Les pachas entrèrent : peu après, on introduisit les deux hérauts. Le Grand Seigneur se leva et leur tendit la main. Ils tendirent la leur, baisèrent la main du Turc, et s'assirent sur un escabeau. On les avertit de ne pas spudar devant le Grand Seigneur; Montjoye répondit : « Nous le ferons, si nous avons à le faire ». Il présenta la lettre du roi, la baisa et, malgré les protestations du drogman qui les avertit que cela était contraire aux usages, il voulut la remettre dans la main même du Grand Seigneur, qui la passa aux pachas. Le héraut dit alors : « Le roi s'étonne que tu aies rompu la paix avec Venise, son alliée, amie et confédérée, et t'envoie dire de rendre ce que tu lui as pris, et de faire la paix,
Cette mission montre bien le bon et le mauvais côté des hérauts. Montjoye et son collègue, d'après leur récit même, désavoués par l'ambassadeur de Rhodes qui les accompagnait, agissent avec peu de tact et avec une jactance inadmissible, tandis que Bajazet, en souverain civilisé, désireux d'entrer dans le concert des nations, traite fort correctement Louis XII de cousin et accueille les hérauts comme des ambassadeurs, en sacrifiant même certaines exigences du cérémonial. Son entourage, parait-il, trouva le sultan trop généreux, car les hérauts prétendent avoir été dépoudlés d'une bonne partie des présents du (irand Seigneur sous prétexte qu'ils n'y avaient pas droit ' . Bajazet remit aux hérauts deux lettres pour le
sinon tu auras affaire à la France et à ses confédérés. — Quels sont-ils, dit le Grand Seigneur tranquillement. — Le pape, l'Espagne, le Portugal, l'Angleterre, l'Ecosse, la Marchia, la Hongrie, la Russie et tous les confédérés du roi. — Le Grand Seigneur pâlit un peu. Or les hérauts ignoraient que Ludovic le More eût repris .Milan : les pachas, au contraire, le savaient. Le Grand Seigneur dit simplement, en turc : « Comment va mon cousin le roi de France? » Les hérauts répondirent : « Bien »; puis il leur donna congé, en ajoutant qu'il leur ferait réponse plus tard. Les hérauts attendirent douze jours : ils reçurent de riches présents, d'une valeur de 300 ducats, et de l'argenterie du poids de huit marcs. Enfin, dans une nouvelle audience, le Grand Seigneur leur déclara désirer la paix, pourvu que Venise en observât fidèlement les conditions : il était venu ici, dit-il, un ambassadeur qui lui avait proposé l'abandon de Motion. Napoli et Corfou; il avait adressé un envoyé à Venise, il attendait la réponse : il désirait la paix par amour de son cousin. Les hérauts revinrent à Rhodes, où ils rendirent compte de leur mission au grand maître, puis à Venise où ils firent de même au conseil, le 29 juillet 1500. Ils se plaignaient amèrement de l'orateur de Rhodes, qui, à les en croire, les trahissait, disait du mal d'eux, et avait négocié subrepticement pour son compte. Cet orateur persistant à les accompagner jusqu'en France, ils demandèrent à la Seigneurie de Venise de le retenir à Venise : ils viennent au conseil, écrivent au roi, et communiquent au conseil leur lettre comme des ambassadeurs ordinaires. Mais l'ambassadeur de France évite de se présenter au conseil avec eux (Sanuto. III, c. 567). Ils demandent même la grâce d'un bandit, et prient qu'on leur paie leurs Irais de séjour (Sanuto, 111,574).
I) .Sanuto, III, 3d8-.j(30.
roi de Franco, où il s'intitulait par la grâce de Dieu et donnait à Louis XII le titre de très-chrétien: « Sultan Bajazet, khan, par la grâce de Dieu empereur grand et puissant, dominant l'Asie et l'Europe et ses dépendances, etc.. , à l'illustrissime et potentissime et christianissime roi de France, salut». Une de ces lettres était datée de l'hégire, l'autre de l'ère chrétienne1. Enfin il fit accompagner les hérauts par des ambassadeurs turcs et promit de ne rien faire jusqu'à la réponse. Tous les torts sont donc du coté des hérauts, et cependant Montjoye étaitun homme âgé et habile. Quelques années après, envoyé par Louis XII, sur la demande du roi de Danemark, près des Frisons et Ostrelins, il entama si habilement les négociations qu'on lui fit honneur de la paix intervenue au profit du Danemark2. Lorsqu'il arriva en 1500, avec une escorte de cinq chevaux, signifier la guerre à Venise, les Vénitiens envoyèrent à son avance un accompagnateur pour le faire parler ; il s'en tira spirituellement 3, et pourtant, à l'audience du doge, son discours respirait, dit Guichardin *, « plus de véhémence que de vérité et de justice ». Le doge répliqua froidement. Bref, un héraut ne peut pas, ne doit pas parler le langage d'un ambassadeur.
Le héraut, d'ailleurs, est toujours lettré, polyglotte s, dis-
1) Sanuto, III, 263.
2) Seyssel, Hist. du roy Loys X[I&, p. 24, v°. Cf. Lettre du roi de Danemark à Louis XII, pour le remercier de la mission de Montjoye à Lubeck et de la paix qui en est résultée (20 juillet 1507. Fr. 2756, f> 263).
3) 5 avril 1509. Sanuto, VIII, 89, 94, 95.
4) Guichardin, liv. vin, cl», il.
5) Deux hérauts du roi des Romains arrivent au camp vénitien, d'où le tuaitre de camp les envoie à Venise. On les loge dans la maison d'un homme actuellement en prison. L'un sait l'italien, l'autre est allemand. Des curieux vont les interviewer. Les hérauts refusent de dire l'objet de leur mission (qu'ils ignorent peut-être), mais ils assurent qu'elle est 1res favorable (ocl. 1509. Sanuto, IX, 238). Reçus en grand costume par le conseil, en passant par la maison du doge, ils proposent un échange de prisonniers. On se demande si c'est
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cret1, ferme, capable même d'un Langage doux et persuasif pour préparer une trêve ou ouvrir une négociation '. Il accomplit son pôle de parlementaire militaire avec distinction : il sait se présenter et conquérir une autorité personnelle5. A un tournoi donné le 18 février 1501 à [nspruck, Maximilien constitue juges deux des ambassadeurs de Bourgogne et le héraut do France '.
une ouverture de paix déguisée. Puis, le matin suivant, ils repartent avec une garde, pour qu'ils ne parlent à personne, el iin secrétaire (id., 239).
1) On presse de questions à la cour de France le héraut d'Angleterre (avril 1512), pour savoir si sa mission signifie que le roi veut la guerre; il répond n'avoir charge de dire que ce qu'il a dit, tellement qu'on ne comprend pas très bien comment vonl les choses ni ce qu'il veut dire (Lett. de Louis XII, III, 238). Le! juillel 1495, le héraut de France envoyé à l'armée vénitienne est questionné sur les perles françaises à la bataille, de Fornoue; il répond qu'on a perdu dix-huit hommes (Benedetti, // fatto d'arme del Taro, édition 1863, p. 07).
2) Généralement. — Le roi d'Angleterre envoie, en avril 1M12, un roi d'armes à Louis XII, signifier son intention d'aider le pape, de secourir l'Aragon, el proposer une Irôve marchande de deux mois. Louis Xll répond qu'il trot cela bon, saufla trêve marchande dont on n'a pas besoin, puisqu'il n'y a pas de guerre. Il envoie un héraut en Angleterre savoir les intentions du roi. Le héraut d'Angleterre dit au trésorier Robcrtct qu'il y avait un corps de débarquement anglais tout prêt, et que de toute façon il faudrait bien l'utiliser quelque part. Robertet se déclare 1res étonné de ce langage (1542. I. titres de Louis Xll, III, 242).
3) Le roi d'Angleterre envoie au roi des Romains trois hérauts, avec des paroles très douces et des prières, pour l'induire à un accord : puis un orateur (oct. 1510. Sanuto, XL OilO). Un héraut de France est envoyé en Espagne pour avoir les trêves Ijanv. 1504. Id., Y, 734). Comme, en février 1476, on a vu passer des hérauts de France se rendant à Fribourg, on en conclut que Louis XI prépare quelque ligue (Gingins la Sarraz, I. 278).
'k) Le héraut envoyé par Charles VIII avant la bataille de Fornoue fut traité en diplomate : on l'introduisit au conseil de guerre et on lui lit une réponse verbale. Le héraul lui-même appuya verbalement l'invitation du roi. Il produisit bon effet; on vit en lui un homme accorto, el on pensa qu'il avait profité de sa mission pour se rendre compte de la situation île l'armée. Après la bataille, le roi envoya ce même héraut l'aire de nouvelles ouvertures, et l'on parlementa encore avec lui (Benedetti, Fatto d'arme, lib. 1<>).
.;i) Sanuto, IV. 217.
Quelquefois, le héraut a vraiment rang d'ambassadeur '. Nous voyons le héraut bourguignon Toison (for participer, comme ambassadeur, à une grande ambassade bourguignonne en 1456».
La personne du héraut est sacrée 3.
Le héraut ou le roi d'armes porte un nom d'emprunt, qui lui est donné par le roi 4. Il est vêtu d'une cotte d'armes brodée aux armes de son seigneur r\ fleurdelisée en France 6.
Comme, d'ailleurs, les secrétaires d'ambassade, le héraut
1) Le héraut Richemond, envoyé par Henri Vil en mission en Bretagne (1490), part avec un secrétaire breton, qui retourne (J. Gairdnerj Histona régis Henriei septimi, p. 211). V. une longue lettre officielle en français, du roi d'armes anglais Jarretière à un ambassadeur de France, sur la négociation pendante, en 1445 (fr. 4054, f« 44).
2) Duclos, Hist. de Louis XI, IV, p. 153. Cf. ci-dessus p. 382.
3) On arrête le héraut Scales, porteur de lettres du roi d'Angleterre pour diverses personnes; le roi les intercepte et les lit, mais respecte l'envoyé (1473. Jean de Roye). Le héraut Bretagne vient signifier au duc de Bourgogne que les ducs de Bretagne et de Normandie ont renoncé à son alliance et traité avec le roi : il court des dangers, parce que le duc, n'y pouvant croire, le traite de faussaire (1468. Commines, 1. n, c.v).Le héraut non commissionné peut être fait prisonnier de guerre (fr. 15541, nu 42).
4) Louis XI, choisissant comme poursuivant d'armes un certain Janin de Wendin,lui imposele nom bizarre de Tout Monde (Xivscn, Catal. Bourré, 1353),
5) En 1474, Louis XI voulant envoyer à l'armée anglaise un héraut, et n'en trouvant pas sous sa main, prit un valet, de mauvaise mine, mais de formes douces. Le valet se jeta à genoux et supplia qu'on le laissât tranquille; il se croyait envoyé à la boucherie. On le rassura, on le fit diner, on lui promit une bonne récompense; on improvisa avec un drapeau une cotte d'armes, et on l'envoya sous cet affublement. Il fut bien reçu (Commines. Mémoires, 1, 348-49.) *
6)Unhérautdu roi des Romains, qui remet une lettre au conseil de Venise porte un habit à la française, avec l'aigle noin1 brodée devant et derrière (févr. 1.j08. Sanuto, VII, 292). Un héraut anglais arrive en France en 1512, conduit par un homme de M. de la Gruthuze, non en cotte d'armes comme on le supposait, mais habillé en gentilhomme. Quand il fut dans la chambre du roi, on fit sortir tout le monde, sauf le roi et cinq ou six personnes, et le héraut répéta alors ce qu'avait dit l'ambassadeur revenu d'Angleterre (Lett. de Louis XII, III, 236),
accepte, au besoin, un pour-boire, ni plus ni moins qu'un simple ménestrel1.
En Orient, le rôle du héraut est dévolu aux drogmans : drogmans attachés au service des sultans, ou à celui des ambassades. Mais le drogman a un rôle tout intérieur; on ne l'envoie pas au dehors. Il est chargé des rapports du gouvernement avec les chrétiens: il introduit clans le pays, sur l'ordre du sultan, une caravane de pèlerins, et veille à sa sécurité ; il sert particulièrement pour tous les rapports entre la cour et les ambassadeurs : il va porter les communications, faire les convocations, il introduit l'ambassade, il sert d'interprète, il remet les cadeaux, etc., et, au besoin, il reçoit un « pour-boire » s.
L'huissier d'armes est un personnage inférieur qu'on peut attachera une ambassade3.
Le trompette n'a qu'un pur rôle accidentel de parlementaire, en campagne4 . Si sa mission prête à quelques ex-
1 1 Quittance de Guillaume de Labbaye, dit Touteville, héraut du roi Charles VI, « pour et au nom des autres héraulx, mes compaignons et ménesterclz » à Etienne Courtet, receveur générai du comte de Vertus, de 11 "livres .') sols tournois reçus « en bonne estraine le premier jour de l'an » (6 janvier 1412-13. Calai, de vente, Eug. Charavay, ±~ mai 1887). Kn Allemagne, les hérauts de l'empereur viennent, avec les ménestrels, demander un pour-boire ii une ambassade (1397. Circourl et van Wervecke, Documents Luxembourgeois, n° 34). Le duc d'Orléans donne 12 écus d'or au héraut du marquis de Moravie (1397. Circourt et van Wervecke, ibid., n" 17), 20 fr.au héraut du comte de Wurtemberg (fr. n. acq. 363.'), n° 1422).
2) Les drogmans du Soudan d'Egypte sont en général d'anciens chrétiens, même des italiens (Ch. Sçhefer, Le voyage d'outremer, p. 188, 189, 191). Le tlorentin Frescobaldi rapporte qu'en l?64, le grand drogman du soudan du Caire était un renégat vénitien, qui avait épousé une renégate florentine (ii/., p. xi) : le grand drogman Tangriberdy était né espagnol («/., p. xlv.CL
p. XXIIl).
3) L'huissier d'armes. Jean de Lizac, écuver. ambassadeur en Caslille (fr. i()(M~ . !" 236*) : Baudet de Bauvilliers, huissier d'armes, ambassadeur de' Bretagne (1377. Ms. fr. 20590, 11 .
1] Instructio tubicinis, du 11 sept. 1495 (Archives de Milan). Sommation du 27 août 151! (Sanuto, XII, 41!)). Envoi de trompette par Commines (7 sept. 1493, Benedetti, // fatlo d'arme, édition 1861!, p. 20't), etc., etc.
plications, on lui fait l'honneur de l'assimiler au héraut1.
Le sergent d'armes s'emploie pour escorter un étranger2.
Le courrier ou chevaucheur d'écurie a charge de porterdes lettres ' et de les remettre en mains propres. Le fait d'être à la livrée du roi lui vaut une quasi-importance diplomatique '. Sur sa route, les diplomates l'interrogent et cherchent à en tirer des nouvelles °. Le conseil des Dix de Venise se montre très alarmé, en 1514, d'un projet de mariage de Renée de France, qui aurait été révélé à l'ambassadeur d'Espagne par un chevaucheur français envoyé à ce propos0. L'ambassadeur Andréa Gritti écrit à Venise, le 12 décembre 1512, pour se plaindre d'un chevaucheur vénitien qui, de passage par Lyon, « a sonné la trompette » et a déclaré porter la paix ; indiscrétion vraiment grave1. Un chevaucheur, dit-il, doit porter les lettres et se taire.
Quand le chevaucheur apporte la ratification d'un traité de paix, il assiste à la publication et en rapporte la nouvelle 8.
1) Le 3 juillet 4495, deux trompettes français vinrent au camp italien successivement ; l'un, mené dewnt les provéditeurs, prie le comte de Caïazzo de venir parler au roi. On refuse en disant que C.aïazzo est homme de la ligue. Le trompette « ou vrai héraut » réplique... Le second propose le rachat d'un prisonnier (Sanuto, Spediztone, 454).
2) 1390. Ms. fr. 20590, 10.
3) V. not. Titres Orléans, XII. 83. On envoie de Venise un courrier au consul en Angleterre, avec des lettres pour savoir des nouvelles. Ce courrier ne porte aucune lettre de marchands (janv. 1509. Sanuto, Vil , 718;. Il passe par Blois, d'où il revient à Venise en toute haie (c. 750). Un courrier du pape apporte à Venise la nouvelle de sa victoire (nov. -1506. Id., VI. 478).
4) L'ambassadeur de Milan considère comme un grand succès d'avoir obtenu, par ses intelligences à la cour, des lettres du roi de France aux gens d'Asti; il les adresse au duc de Milan, en l'engageant à les faire porter à Asti par un homme trompeusement affublé de la livrée de courrier du roi de France (1478. Kervyn, Lettres et négociations, III, 36).
5) 1475. Ginginsla Sarraz, Dépêches des ambassaiieurs milanais, I, 246.
6) Lettre du 15 sept. 1514, à l'ambassadeur en France (Arch. de Venise).
7) Arch. de Venise.
8) Ordre du duc de Bourgogne., au camp devant Granson, de faire publier
missions d'apparat, extra-diplomatiques Eï SECKKTES 141
Les chevaucheurs sont livrés à bien des tentations. Louis XII dut faire dégrader un des siens. Le jurisconsulte Villadiego estime coupable du crime de faux le cheyaucheur qui communique les lettres : il édicté l'action injuriarum contre celui qui les lit et les divulgue, l'action de dolo et lata citlpa contre celui qui les perd. 11 n'absout que la rupture involontaire du sceau, si la lettre n'a pas été ouverte ni lue '.
On peut remplacer le chevaueheur par un huissier de la chambre, pour porter une lettre avec plus d'honneur *.
Quant à l'huissier judiciaire, commis par le parlement pour assigner un grand feudataire, sa mission ne relève pas de la diplomatie, mais de la justice : mission pénible, s'il en fût, et dangereuse 3 !
3° Agents officieux ou secrets.
L'agent officieux est un envoyé sans commission régulière, un personnage ou agent quelconque, chargé d'allées et venues ', ou d'une mission spéciale entre deux pouvoirs qui ne veulent pas constituer d'ambassadeurs3, ou encore chargé
son traité avec l'empereur, en présence du chevauclieur impérial (i476. Gingins la Sarraz, p. -288).
1) De legato, p. m. quest. i.
2) TU. Orléans, 847.
:! Le duc de Bourgogne, assigne'' par un huissier du parlement, le fait arrêter (1469. Commînes, I. ni, c. i). Sous Charles VIII, l'huissier Travers, commis pour citer le duc de Bretagne, est grièvement blessé par la populace bretonne.
4) Olivier de la Marche, constamment envoyé, de l 'tll.'i à I 468, par le duc de Bourgogne, en Normandie, en Angleterre (Bcaune el d'Arbaumont, Olivier de la Marche, p. xi.ii, xi.v. xi
5) Le roi d'Angleterre, en liT.'i, donne la liberté au premier prisonnier qu'il tait, un valet, lui remet un noble, et le charge de le recommander au roi s'il peut le voir. Louis XI t'ait arrêter et gardeç ce \alcl comme espion présumé (Commines, liv. iv, ch. vu.) Le duc de Bourgogne envoie, après Nicopolis. le sire de Vergy et le « souverain » de Flandre, en Hongrie et a « Bazat », pour la délivrance du comte de Nevers. Guillaume Doré, clerc du
d'entamer, de poursuivre une négociation à laquelle on ne juge pas opportun de donner pour le moment un caractère officiel1.
Nous classerons aussi parmi les agents officieux les gens attachés au service ou à la personne d'un ambassadeur, et que celui-ci utilise pour le service de l'ambassade ; ainsi, en 1514, Claude de Seyssel, évêque de Marseille, ambassadeur à Rome, envoie à Louis XII un archidiacre de Marseille porter des renseignements détaillés et recevoir des instructions8.
A côté des agents officieux, qui aident au travail des ambassades, nous signalerons les agents particuliers, dont la commission ne se rapporte qu'aune spécialité extra-diplomatique: agents accrédités pour ramener un artiste3, pour acheter des
sire de la Trénioillc, va avec eux pour chercher son maitre Guy : Pierre Yalce et Barthélémy d'Escutigny sont envoyés a Venise et à Pera pour chercher Guy, et aller vers le Soudan (L. de La Trémoïlle, Guy de La Trémoïlle, p. 104, 105).
1) Guillaume de Les I range, évoque de Carpentras, et Philippe Pelée, archevêque de Ravcnne. après l'échec de leurs négociations de médiation au nom du pape entre l'Angleterre, la France, ayant dû quitter Londres, y envoient pour suivre les négociations deux sous-agents choisis par eux, sans caractère officiel, Raoul de Leslrange, frère de l'éveque-de Carpentras, et Bertrand de Chavagnac (septembre 1372. Rymer, m, p. n, p. 206). Louis XII envoie par la poste un maître d'hôtel dire à l'archiduc que des ambassadeurs espagnols sont à Lyon pour la paix. L'archiduc, qui n'y croit pas pour le moment, envoie en France son greffier ou secrétaire privé. 11 compte adresser plus tard un ambassadeur de poids (janvier 1504. Sanuto, V, 822). En 1508, Jules II dépêche h Louis XII Maxime, secrétaire du cardinal de Xarbonnc, puis ce cardinal lui-même, alors évêque d'Auch (Guichardin, liv. vm, ch i). Un maitre d'hôtel de l'évêque de Genève va à Dijon et à Berne pour négocier la paix entre la Bourgogne et les Suisses (juin 1475. Gingins la Sarraz, De'p. des ambass. milanais, p. 168).
2) Dépêches de Dandolo. tint. 19 mai 1514 <Areh. de Venise).
3) Ou sa famille. 9 août 1497. Reçu, devant Jean de la Rue, notaire et secrétaire du roi, par Jean de Coulongne, de la somme « de quarante-trois livres quinze solz tournois, qui sont xxv escuz, comme ce faisans la quarte partie de cent escuz courans, que ledit seigneur lui a ordonné pour ung voyage qu'il fait au pais d'Italye, pour aller quérir la femme de maistre Guydo Pagangno, faiseur d'ymages, que ledit seigneur a amené pardeçà de son royaume
œuvres d'art', pour aller chercher un saint*... pour traiter de matières ecclésiastiques3. En avril 1501, Yves d'Alègre, capitaine de l'armée française, l'ait au nom de Louis XII diverses démarches près de la seigneurie de Bologne et lui présente des lettres du roi : il n'agit point comme diplomate, mais comme représentant militaire du roi, comme agent spécial \
Mais on ne saurait comprendre parmi les agents diplomatiques officieux ou particuliers, les personnes attachées, privément, au soin des intérêts d'un prince étranger. Marguerite d'Autriche a un avocat, attitré et pensionné, au parlement de Paris pour ses affaires s. Cet avocat est et reste évidemment un avocat, quelle que soit la nature des affaires confiées à ses soins.
Enfin, il est d'usage, surtout ;\ Venise", de recevoir avec honneur les simples étrangers de distinction. Leur ambassadeur les présente à la Seigneurie, le doge leur tend la main, et on leur fait visiter le palais, l'arsenal7. Dans ce cas, et malgré l'absence de tout caractère diplomatique, on peut dédo Sicille, et lequel il tait tenir pour son service au chastel d'Amboyse » (îns. fr. 26105, p. 1235, orig.).
1} La Pieta de .Michel-Ange, à Saint-Pierre (alors appelée X.-l). de la fièvre), fut faite en 1 198 par -Michel-Ange pour la chapelle de l'ambassadeur de France, Villiers de la Groslaie. François I", dans une lettre à Michel- Ange, accrédite près de lui l'abbé de Saint-Martin, de Troyes, en le priant de lui céder, « en les vous bien payant », quelque chose d'excellent, et en le priant d'autoriser qu'on moule le Christ de la Minerve et la Pieta (8 février 1545-46 : lettre reprod. par Artaud, Machiavel, II. 232) .
2) Guinot de Lozières, envoyé pour chercher saint François de Paule.
3) A la diète de Francfort, en niai 1397, se rendent des députés de l'université de Paris, avec la recommandation du roi (Jarry, p. 198).
4) Lettres de la Seigneurie de Bologne à Louis XII, des |er avril 1 50 1 , et 3 mars 1501 (Archives île Bolog
5) l.'itl. Lett. de Louis A'//, II, 211.
6) Sanuto, III, c. 1333.
7) 25 juillet 1500. Sanuto, III, 540.
sirer que ces étrangers ne voient pas telle ou telle chose, telle ou telle personne ; on s'arrange donc pour ne pas leur en laisser le temps, en les comblant de prévenances et en leur donnant quelque bon cicérone1. Yves d'Alègre, traversant Venise, fut ainsi reçu au Collcgio en séance et logé à Saint- Georges Majeur8. De même, dès que l'armée de France, envoyée en 1501 à la conquête de Naples, arrive près de Rome, les capitaines vont faire une visite au pape: Alexandre VI leur fait grande réception, leur tient de joyeux propos, donne un cheval magnifiquement harnaché au commandant ; le cardinal San Severino leur offre, dans un jardin planté d'orangers et de grenadiers, un banquet exquis, pendant lequel « chantres, ménétriers, tragédiques et comédiains » ne cessent de se faire entendre 3.
Ainsi, un étranger de distinction, sans aucun caractère diplomatique, reçoit un accueil en quelque sorte officiel.
En abordant, au contraire, la matière des agents secrets, nous touchons à un ressort essentiel de la diplomatie du moyen âge. Toutes les variétés d'ambassadeur, du prince au chevaucheur, se retrouvent, comme dans un miroir, à l'état secret. Cependant, nous croyons pouvoir distinguer plusieurs catégories très différentes d'agents secrets, d'après la nature du secret.
1° Ambassades officielles, régulièrement accréditées, mais tenues à garder le secret total de leur mission. Ambassades officielles et publiques, dont une partie de la mission est secrète (variété extrêmement fréquente) ;
1) V. la curieuse lettre écrite par un cicérone de ce genre, à Pavie, le 8 août 4494. publiée dans Yllisl. de Louis XI f, t. III. 2)Sanuto, III, 66.
3) Jean d'Auton, II, 34.
•2 Envoyés secrets, non accrédités, connus d'un seul gouvernement ;
3° Espions militaires ;
4° Gens secrètement chargés d'un attentat ;
5° Envoyés secrets, adressés à ou par quelque membre important d'un gouvernement, pour son profit personnel;
(i° Porteurs secrets de dépêches.
1° Nous trouvons bien des exemples d'ambassades partiellement ou totalement secrètes. Le due de Bourgogne et Louis XL avant de se brouiller, échangent, nous dit Commines, « maints ambassadeurs, tant secrets que publics'. » On mentionne sans détour « ung petit ambaxadeur secret au roy de Behaigne -. »
Les ambassades secrètes ont mille raisons d'être*. La duchesse d'Orléans, attaquée par Louis XI, obtient de l'empereur l'investiture d'Asti par ambassade secrète, expédiée de Gueldre en grand mystère *.
Olivier de la Marche, après avoir été souvent chargé de missions secrètes, va comme ambassadeur d'apparat de l'archiduc, féliciter Charles VIII, en septembre 1483, de son avènement; sa mission est en partie secrète ; il doit, en même temps, étudier la situation, ('/est pourquoi on le voit aussitôt assister a l'entrée du due d'Orléans à Orléans".
L'obligation du secret est consacrée par les jurisconsultes,
1) 1471. Commines, liv. m, cli. vin.
-t-à-dirc de Bolinue, 1460. Fonds Bourré, I, 96, « Si l'empereur le veut, nous lui enverrons un ou plusieurs ambassadeurs, secrels ou non » (Instruction de Bart. Firmiano, 'o nov. Io09. Arcli. do Venise, Secreto 12, 77 \o).
3) Il y a aussi des missions plus ou moins son dos el spéciales; par exemple, pour recruter des arbalétriers .(1354, mission de l'écuyer lombard Jean de Ca/al. Ms. Clairamb. 146, t» 322o).
5) Beaune et d'Arbaumont, Olivier de la Marche, p. lxxiw
d'après le droit romain : « Se aucun estoit envoyé en ambassade devers les adversaires ou pour les espier, et il révelloit sa légation, il encouroit pareille peine » (la mort) '. On emploie pour assurer le seeret les moyens les plus divers. A Venise, on fait écrire les dépêches secrètes par une seule personne, nommément désignée *. L'envoyé secret part sous bonne escorte3. Il voyage de nuit4, travesti, costumé eu marchand5. Il arrive sans bruit, il a des conférences nocturnes". Louis Xll avoue tout bas a l'ambassadeur florentin, le 28 mai 1514, qu'il tient dans sa propre chambre, sans l'en laisser sortir, un prélat romain secrètement envoyé par le pape et porteur d'une lettre autographe7. En réalité, dans cette diplomatie, selon le mot de Joseph de Maistre, tout est mystère et rien n'est secret. La sagacité des autres ambas-
1) Le Jouvencel, t. II, p. 13.
2) Le 4 mars 1 i95, le conseil des X donne ordre à Marc Giustinian d'écrire de suite en grand senct à Andréa Gritti, marchand à Constantinople, au nom de la Seigneurie, pour lui raconter la mort de Djem, en arrivant à Naples, mort naturelle par suite d'un catliarro, et d'en informer de suUele sultan, au nom de la Seigneurie (Arch. de Venise, MistO 26, p. 144).
3) Un gentilhomme envoyé à Liège par Louis XI, pour « implorare Leodienses » contre le duc de Bourgogne, est conduit de Dinar) à Liège par des Liégeois (I46.'>. Johannis de Los Ckroniron, p. 26).
4) Voyage de l'agent d'Armagnac en Bretagne (Interrogatoire de Nemours. Perret, L. Malet de Graville, p. 40).
5) Quatre Turcs, venant de Bosnie en tenue de marchands, se présentent à la Seigneurie de Venise, le 28 déc. 1509. Ce sont des agents secrets des pachas et sandjacks, pour négocier la ligue proposée (Sanulo, IX, 421). Deux agents travestis viennent à la Seigneurie, proposer un accord avec les Suisses (25 janvier 1502. Sanuto, IV, 6.r>8). Un envoyé incognito de Bologne vient au conseil des X, avec lettres de créance, et t'ait des déclarations confidentielles (17 mai 1500. Sanuto, III, c. 324).
6) Fr. de Narni, agent français, arrive à Borne par les postes, et a, de nuit, deux longues conférences avec le pape, le cardinal de Volterre et l'ambassadeur de France icontre Venise. Dépêche de l'ambassadeur de Venise, 21 déc. 1504. Dis/), di Giustinian, 111, 344).
7) Déf>. de Dandolo. Arch. de Venise.
MISSIONS D'APPARAT, EXTli A-DIPLOMATIQUES ET SECRÈTES 4't7
sadeurs pénètre le mystère, et ils se bornent à l'écrire, sans aucune démonstration tragique*. Il est arrivé ici un envoyé secret du marquis de Mantoue ; depuis son arrivée, on est mieux disposé en faveur du marquis », écrit tranquillement Machiavel'. Le duc de Milan envoie à Louis XI un agentsecret. Celui-ci e>t reconnu par un agent de l'évêquede Genève, qui en avise la cour de Savoie; de Moncalieri, l'envoyé milanais annonce à son maître que L'agent est découvert, et qu'on sait le but de sa mission '.
Le secret a l'inconvénient de prêter à rire*. Le sire de Craon et le chancelier de France Doriole viennent deux ou trois fois près du duc de Bourgogne négocier secrètement la paix. Os la rédigent, le duc la jure, et ils emmènent un écuyer du duc pour la voir jurer au roi. Après quelque délai, le roi refuse de la ratifier, parce «pie les circonstances ont changé, et on se moque du duc de Bourgogne '.
Et puis tout le monde m1 sait pas manier un secret, même partiel, et à jouer de finesse un ambassadeur inexpérimenté peut succomber. Charles VIII charge Jean Cloppet, président des Comptes de Grenoble, d'aller à Milan sous un prétexte
1) Cependant, le 20 juin l.'JOO. l'orateur de France à Venise vient dire à la Seigneurie qu'il a appris la présence d'un envoyé secret de Milan, On lui répond que c'est une erreur (Sanuto, 111, i09).
2) Dép. de Blois, 18 août 1510. « Pâma erat Leodii venisse. . . legatos ex Francia » (1467. Joli, de Los Chron'icon, p.ol).
3) 9 juillet 1478. GingiosJa Sarraz, Dèp. des ambass. milanais, I, 177.
4) Mésaventure, déjà citée, de Buzardo, agent secret du pape près du Grand-Turc, arrêté, près de Sinigaglia, par le seigneur du lieu, Jean de la Rovère, qui saisit ses 40,000 ducats et la correspondance du pape avec, le Grand Turc, qu'il envoie a Florence pour en taire taire des copies authentiques. La Rovère fut, il est vrai, destitué et désavoué par les Vénitiens : niais il entra aussitôt au service de la France (Delaborde, Expédition de Charles VIII, p. 47!».)
5) 1471. Commines, liv. ni, ch. ne.
quelconque, en réalité pour se livrera une enquête secrète sur la situation de Bonne de Savoie. Cloppet ne sait pas se tirer de sa mission, et se met par le fait aux ordres de Ludovic Sforza '. D'ailleurs tout lo inonde se délie des gens qui jouent double jeu \
2° Il est infiniment plus sûr et plus pratique de se livrer à des pratiques purement secrètes. Deux sortes de personnes alimentent d'abord la diplomatie secrète officieuse : les moines et les femmes. Leur caractère leur permet de passer partout et de tout savoir ; on ne se défie pas d'eux.
Dès son avènement, Louis XII trouva un moine hongrois qui séjournait en France, et l'envoya, en mission secrète, près de Vladislas II, roi de Hongrie, pour lui faire des propositions d'alliance 3.
A Rome, un moine espagnol d'Ara Cœli est fort employé par le pape ; il répète à l'ambassadeur vénitien un mot de
1) 1492. Delaborde, |>. -258.
2) Bened. Trevisan, ambassadeur de Venise, écrit de Lyon, le i juillet i.'iOO, une lettre de recommandation à la Seigneurie, en laveur de Mathieu Coppola, sur sa demande. Coppola, envoyé à Venise parle roi avec des lettres générales cl des lettres particulières pour le Conseil des X, désire s'entendre personnellement avec Venise (Archives de Venise. Dispacci, 1). Coppola se rend à Venise dans ces conditions, et là personne n'a foi en lui. Fr. Foscari, successeur de Trevisan près la cour de Fiance, écrit, en substance, le 7 février 1500-1501, de Blois, par chiffre : « J'ai reçu vos lettres du 13 janvier. J'ai compris votre avis sur Coppola, que je connais en effet parfaitement. J'ai toujours cru, qu'il parlerait beaucoup à Accurse, car nombre de ces gens parlent se7iza rispecto, mais je crois qu'il fera, en mystère, un rapport plutôt bon, parce qu'il souhaite ardemment l'expédition de Naples. A sa demande, je n'ai pas usé de vos lettres. 11 dit qu'il vaut mieux que je ne voie pas le roi, que sa recommandation n'aurait pas grand poids, mais qu'Accurse lui a donné 24 capittdi à communiquer au roi et au cardinal ». Coppola écrit au roi et à la cour, mais ne reçoit guère de réponse, et Foscari n'a confiance ni en sa personne, ni en son crédit : « Puisque, ditil, Coppola promet ses bons offices, je lui donne et lui donnerai les meilleures paroles, pour aldirlo cl temporiser » (Archives de Venise, kl.).
3) Fraknoï.
Jules II sur le roi de France : fste gallus vult omnes gaÙinas * .
On pourrait citer beaucoup de missions diplomatiques plus ou moins secrètes bénévolement assumées par des moines \ Les prêtres ou moines qui voyaient servent surtout à donner de très utiles et sûrs renseignements 3.
Quant aux femmes, très rarement revêtues de missions offilicielles*, la diplomatie vénitienne, souveraine maîtresse en matière de secret, en emploie comme agents secrets ou espions 3. En 1470, «ne demoiselle va de la part du roi Edouard d'Angleterre trouver Mmc deClarence ; elle agi! avec beaucoup d'habileté et de discrétion et trompe les plus lins politiques".
1) Sanulo. X. S40.
2) En mars 149't, un franciscain espagnol, messer Emmanuel, vient voir Charles VIII, soi-disant au nom de Sienne, et l'assurer du dévouement de cette république. 11 se trouva qu'il avait fort exagéré (Dclaborde, Expédition de Charles VIII, p. 865). Frère Jean de Mauléon, religieux français de l'ordre de Saint-François, négocie la restitution du Roussillon à l'Espagne. En l't9o, il accompagne à Venise l'ambassadeur de la reine de Naples et veut négocier les affaires de Naples. En 1494, il se fait envoyer, par le pape, audevant de Charles VIII à Plaisance; il porte au roi un bref pour essayer de l'arrêter, et, en même temps, il le sonde sur l'accueil qui serait fait à un légat, ou au pape lui-même, venant dans le même but (La Pilorgerie, Campagnes et bulletins de la grande armée d'Italie, p. 85 : Sanuto, La Spedizione di Carlo VIII, p. 673). Le frère gardien de Jérusalem, espagnol, est reçu à Venise en audience secrète : il remet une lettre du Soudan (mars 1504. Sanuto. V, 962). L'ambassadeur florentin à Rome signale l'arrivée de deux chartreux, venus à travers le territoire de Florence, qui ont apporté tout un courrier de Pise (13 sept. 1501. Archives de Florence).
3) Nouvelles de Suisse apportées à Corne par un chanoine deCoire (déc. 1476. Gingins la Sarraz, II, 389). Nouvelles de la guerre de Lorraine, recueillies par le capitaine de Lugano, d'un prêtre venant de Strasbourg {id., II, 378; : d'autres nouvelles viennent d'un franciscain envoyé à Home (id., I, 168), d'autres d'un bénédictin, serviteur de l'evêque de (ienève (id , I, 200). Renseignements donnés à Venise par un prêtre à qui on promet un bénéfice de cent ducats (Sanuto, VII, 396). Nouvelles d'Allemagne par l'évêquc de Feltre, qui les tient d'un homme digne de foi (1508. Sanuto, VIL 598).
4) Cependant, dit Ilolman, une femme peut être très utilement chargée d'une légation, dans un sens pacificateur {Traitté </*' V ambassadeur, 11, §34).
5) V. Malipiero, Annali Ycncti, Arck. st. ital., t. VII, p. n, p. 709, 710. Lamansky, Secrets d'Etat, p. 701.
6) Commines, liv. m, ch. v. 29
Lorsque Isabelle d'Esté se rend en 1493 à Venise, Ludovic Sforza, son mari, la charge d'une mission secrète pour dénoncer très secrètement les projets dos Français sur Naples, projets auxquels Ludovic Sforza collaborait activement d'autre part ; sauf d'imperceptibles nuances, son mari lui trace une ligne de conduite à peu près analogue à celle des ambassadeurs ordinaires1.
Les lépreux ont servi aussi d'émissaires secrets s.
Venise disposait d'une catégorie d'agents secrets qui lui était spéciale : celle des médecins. Elle avait l'avantage de fournir des médecins aux voïvodes de Moldavie et de Valachie 8, et à diverses autres contrées. Ces médecins envoyaient à Venise de véritables rapports diplomatiques, politiques, commerciaux, sur les pays où ils se trouvaient *.
1)11 ne lui donne pas de pouvoir, mais une instruction détaillée, sous le titre de Memoriale. Il lui prescrit, après sa visite à la Seigneurie, de demander à conférer très secrètement avec les deux gentilshommes qu'on lui indiquera, — comme un ambassadeur (Archivio Sforzesco). — La femme de Barthélémy d'Alviano, venue à Rome en nombreuse et brillante compagnie pour assister aux fêtes de la Semaine sainte, exprime à l'ambassadeur vénitien le désir de son mari d'avoir une conférence avec lui (1505. Disp. ai Giustinian, III, 455).
2) Ordre de Louis XI de les surveiller (1465. Lettres de Louis XI, II, 253).
3) Un ambassadeur de Moldavie vient, de la part du voïvode Etienne, présenter une lettre où celui-ci demande un nouveau médecin qu'il promet de bien payer, en remplacement de son médecin vénitien qui vient de mourir. « Multocies ad V. E. nostros homines misimus pro medicis » (21 déc. 4503. Sanuto, IV, 579). Le voïvode de Valachie envoie deux ambassadeurs à Venise, pour lui chercher un médecin et acheter du drap d'or. Un de ces deux orateurs ira jusqu'à Rome (février 1501. Sanuto, 111, 1467).
4) Rapport d'un médecin vénitien au doge, sur tous les événements de Moldavie (Sanuto, IV, 735). Rapport politique et commercial par un médecin établi à Damas (1504. Sanuto, VI, 57). Longue lettre de nouvelles d'un médecin de Damas, communiquée au conseil par le destinataire (juill.et sept. 1510. Sanuto, XI, 477). Nouvelles de Hongrie données par un médecin, par lettre à un ancien ambassadeur (Sanuto, VI, 34, 49). Nouvelles données à Venise par le médecin de l'archiduc (1504. Sanuto, V, 822. Cf. t. 111, c. 601).
MISSIONS d'aPPAHAT, EXTRA-DIPLOMATIQUES ET SECRÈTES 451
Los banques italiennes, si nombreuses en France, constituaient aussi pour leurs pays d'origine des agences politiques autant que financières1. Les représentants de la maison de Médicis à Lyon, par exemple, avaient l'art de se procurer des relations à la cour ; ils tenaient une sorte de bureau de renseignements sur les affaires politiques de France*. Quant aux Vénitiens, L'espril de solidarité nationale, qui faisait leur force, transformait leurs commerçants en autant d'aides officieux de leur diplomatie3. Quelquefois même, à l'étranger, un com-
l) Ainsi Buonaccorso l'itti. négociant et agent florentin en France, était écuyer du duc Louis Ie' d'Orléans [Chronica di Buonaccorso Pitii : comte de Circourt, Le due Louis d'Orléans, 11. 29).
•2) Delaborde, Expédition de Charles VIII, p. 181. Après avoir rappelé son ambassadeur en France, le duc de Milan entretient néanmoins près de Louis XI, en 1 i~.'i. «les agents secrets qui le renseignent exactement. Lorsque l'année suivante il voulut renouer des rapports, il envoya à Louis XI un agent officieux, un italien établi à Lyon, à qui le roi accorda une audience privée, mais qui reçut à la cour, comme ■> bourgeois de Lyon »,un médiocre accueil (Gingins la Sacra/.. Dépêches..., 1. p. xvi).
3) Nouvelles de Naples à Venise, en janvier 1494, par l'ambassadeur, le consul et un marchand vénitien qui en envoie souvent (Sa nuto, Spedizione, 214 . Nouvelles parmi marchand vénitien qui en revenant de Londres a passé à Inspruck, où il a parlé à Ludovic le More (oct. 1499. Sanuto, III, 22). Nouvelles d'Alexandrie par des marchands qui en arrivent (ïd., VI, 149). Ne pouvant pénétrer le secret des délibérations du roi de Hongrie, l'ambassadeur vénitien Pasqualigo prie un négociant vénitien, domicilié à Budc, Antonio de Zuanc de la Seda, de se rendre à Vesprim pour se renseigner. Celui-ci se borne a demander aux seigneurs qui rentraient de cette ville qui s'était passé. Il écrit à Pasqualigo, le 20 décembre, qu'on gardait le silence le plus rigoureux sur la décision relative à la proposition de l'empereur. L'ambassadeur s'adresse alors à Bakoes, mais il ne reçoit pas de réponse. Quelques semaines après, le primat lui relate de vive voix qu'on avait résolu d'envoyer des ambassadeurs auprès du pape, du sultan et du prince de Moscou (dépêches de Pasqualigo, des i. .'>, il. 30 décembre t.'ilO et du 11) janvier 1511, analysées par le Dr Fraknoï). Les collecteurs pontificaux de dunes pour la croisade envoyaient aussi au pape des rapports politiques; mais ces collecteurs étaient des agents officiellement accrédités, sinon comme agents politiques, au moins comme agents religieux, et ordinairement des légats. V. Rapport politique au pape de Jean de tiigli, collecteur ponti-
merçant italien quelconque fournit des renseignements à une
ambassade d'un autre pays italien1.
En dehors de ces sources classiques de renseignements, on envoie des agents secrets, ou, mieux encore, on entretient dans le pays même ce qu'on appelle dans le langage diplomatique du temps « un ami fidèle »; autrement dit, cette pseudodiplomatie possède, elle aussi, des agents temporaires et des agents résidents. Les Italiens excellent dans cette utile organisation des amis fidèles, dont nous trouvons la trace à chaque pas 2. Les amis iidèles, dans leur correspondance, signeront volontiers d'une simple initiale 3, d'un simple prénom *, ils cacheront sous un nom supposé le nom du fonctionnaire auquel ils s'adressent 5... Les ambassadeurs disposent
tieal de décimes en Angleterre (Campbell, Matcrial for a history ofthe reign uf Henry VU, I, 198) : Gigli, évoque de Worcester, était légat (Gairdner, Vita Hcnrici septimi, p. 51).
1) Carlo Mantisi, originaire de Bologne, envoie par divers intermédiaires des renseignements sur l'Allemagne au duc de Milan (Gingins la Sarraz, I, 258). Le duc reçoit même des renseignements par une lettre d'un négociant allemand d'Ulm, qui a longtemps habité Côme (id., I, 173.) On s'en procure d'ailleurs par qui on peut, par un étudiant de Metz, allant à Bologne (id., 178), par deux flamands arrivés à Côme (p. 191). par un marchand qu'on interroge (t'r. 15541, n° 158).
2) L'orateur de Venise envoie le rapport à lui l'ait par « l'ami fidèle » de Provence, à Aix; il envoie un ami en Normandie. Un ami fidèle a causé avec le comtede Ligny : paroles de celui-ci (mars 1501. Sanuto, III, 1619-1(520). Nouvelles de Lyon par un ami fidèle en 1509 (Sanuto,VIII, 73). Venise est renseignée à Rome par des amis fidèles, elle en a qui vont dans le camp français (1510. Sanuto, X, 731, 732, 818 etc.). Le podestat de Ravcnne envoie des lettres à Venise, des nouvelles de Faenza, écrites par un ami (1500. Sanuto, III, 1049). Nouvelles de Franc*', par Jean Blanco, Lyon, 6 juin 1466 (Arch° St'orzesco). L'agent de Milan envoie ses lettres et le portrait de Bonne de Savoie par l'intermédiaire d'un nommé Choyro de Lyon (12 février 1466 : id).
3) Lettre à la duchesse de Savoie, signée J. L. (juin 1475. Gingins, I, 153).
4) Lyon, 21 déc. 1495. Lettre de « Thomas » à Ludovic Sforza, annonçant la mort du dauphin (Arch. de Milan, Pot. Est., Francia, 1494-95).
.'il Lettre d'un émissaire secret envoyantdcs nouvelles de France à «Simon dePavie», pseudonyme du chancelier de Milan (1475. Gingins, I, 206).
dos amis fidèles : ils peuvent leur réclamer des rapports, ils
leur confient une correspondance pour la transmettre '. Il y a des agents dece genre attachés a l'ambassade -, qu'on envoie de côté et d'autre pour prendre des renseignements 3.
Parfois, c'est un régnicole même qui sert d'ami fidèle, pour un motif ou pour un autre \
Les Suisses ont une organisation analogue ' : mais la diplomatie française ne la possède qu'à l'état bien rudimentairc. Louis XI entretient des agents secrets *, notamment dans ses
1 1 Nombreuses dépêches, notamment : Avis de l'agent secret de Milan, daté de Seurre (Côte-d'Or), qu'il est impossible de taire passer la dépêche qu'il a reçue à Panigarola, ambassadeur près du duc de Bourgogne: les passages sont entièrement coupés (août 1 IT.'i. Gingins la Sarraz, I, 21-2).
2) Ils dépendent de l'ambassade. .Mais on ne peut admettre l'étrange conflit qui faillit taire verser du sang entre l'ambassade de France au Caire, en 1512, et le capitaine du navire qui l'amenait. Le capitaine voulut absolument intervenir à la réception du Soudan, sous prétexte qu'il était ambassadeur aussi et que le roi lui avait donne une mission secrète. El l'ambassadeur céda ! (Ch. Schefer, Le Voyage d'outremer de Jean Thenaud, p. 43).
3) L'ambassadeur vénitien en France Fr. Foscari avait sous ses ordres un certain Boninode Boninis, qu'il expédiée Lyon pour régler les affaires de l'ambassadeur défunt Ben. Trevisan, qu'il envoie en Provence, en Normandie, prendre des renseignements sur les armements : il transmet à Venise les rapports de Bonino, et reçoit copie des ordres directemenl transmisde Venise à Bonino (dépêches du 2a février 1508-1501, du 30 avril 1501. Archives de Venise). On a promis à Bonino, comme gages, des bénéfices ecclésiastiques en Frioul, jusqu'à concurrence d'un revenu de deux cents ducats. L'ambassadeur insiste sur celle promesse. Honino, dit-il, esl très dévoué, ila souvent exposé sa vie, ses services sont très utiles « inquesta Francia » (dépêche du 30 avril).
ii Lettres de renseignements d'un citoyen notable de Baie (Jean Irmy) au duc de Milan février-mars 1475. Gingins la Sarraz, I, '>'■>. l29).Ces lettre .<onl en italien. Irmy signe «. fïdelis famulus, Dominalionis Vestrae fidelis servitor», il se proteste^ famillio et cortisan de laSignoriavostra».
5) On constate que les Suisses savent ce qui se passe chez leurs adversaires, et ont des moyens secrets d'information dans les divers pays (1416. Gingins la Sarraz, I. 291).
G) Lettre à Louis XI d'un agent secret. Jo. de Nyveiilieim. L'agent lui envoie le porteur qui vient de lui apporter des nouvelles confidentielles; il propose au roi d'aller, en son nom. trouver les archevêques de Cologne et de Trêves. qui sont mécontents du duc de Bourgogne et divers grands seigneurs, c'qu'ilz
rapports avec les Liégeois ; Charles VII eut aussi des agents temporaires1, mais sans organisation régulière. En 1501, au moment où Maximilien envahissait la Bourgogne, le comte de Nevers, gouverneur du duché, se horne à donner des gratifications aux gens qui lui apportent des nouvelles d'Allemagne, et le chiffre de ces gratifications ne se monte pas à plus de cent livres pour toute l'année *. En France, la diplomatie, comme l'armée, agit et parle haut : mais elle ne s'occupe pas suffisamment d'éclairer ses approches.
L'Angleterre envoie aussi des agents secrets3.
3° L'espion, en latin explorator, est employé surtout à proximité des frontières. Venise en fait très grand usage4. L'espion fait son rapport à l'autorité la plus voisine 5. Si la Seigneurie
sont bons franeoys secrès >. (Trêves, 2(1 février 1471.Quicherat, Th. Bazin, IV, 3(33). Un Liégeois, Jean Dumcton, reçoit 55 s. t. pour avoirété. de Chalonsà Liège, porter des nouvelles du roi (13 sept. 1465. Vaesen, Calai, du fonds Bourré, n" 365). Olivier de Coelmen annonce à Louis XI que le sire de Ravenstein a vu les Infants d'Autriche et qu'on désire la paix à Gfand (nov. 1482. Id., no 99(J).
1) Ms. t'r. 20590, f° 13. — 11 mai. au Bois de Vincenncs. Don du roi de 8'-n 15 liv., en cent écus d'or, à dom Jeronymo de Portugal, pour « lui aider à vivre», et en paiement d'un voyage en Italie pour les affaires du roi. Reçu de Patris cM de Baudouel, chevalier de l'ordre, de 1.000 écus d'or pour services rendus au roi au delà des monts (services militaires ou diplomatiques 1 15 mars 1497. Kr. 22275) Cf. ms. fr.^392l, H> 110, un rapport secret adressé au XVI» siècle au cardinal du Bellay, et publié par nous dans la Bévue d'Histoire Diplomatique.
2) Ms. fr. 2926, I* 10 v°.
3) A la nouvelle de la mort de Charles VII, le roi d'Angleterre envoie en France deux espions, dont un près du cardinal d'Amboise(Oergenroth, Calendar of lelters, despatches..., belween England and Spain, p. 156).
4) C'est par des espions que Venise apprend en 1811 la trahison d'Antonio Savorgnan (Sanuto, XII). Un explorateur, venanl d'Inspruck, apporte des nouvelles du roi des Romains (mai 1500. Sanuto, III, 348).
5) Un podestat milanais de la frontière envoie en Suisse un agent intelligent et fidèle pour savoir ce qui se passe (1475. Gingins la Sarra/., 1. 149. On voit par ce recueil que le duc de Milan avait partout des agents en Suisse). Nouvelles d'Allemagne données à Venise par le podestat de Feltre, qui les
de Venise croit devoir le recevoir, onle fait pénétrer au palais bous un travestissement, el on l'introduit par l'appartement privé du doge '. En matière militaire, tout t'ait de guerre non ouverte (déguisement, manque de parole...) met hors la loi et constitue la trahison, punie de mort. L'espion joue donc sa tète : mais rien de plus difficile à prouver que son crime. En juin 1501, un individu présumé espion turc estarrêté à Capo d'Istria; on l'envoie à Venise8... La curieuse relation d'un certain llerman Vlicestede, publiée par M. Quicherat, nous montre le mécanisme de l'agence secrète, compliquée d'espionnage. Vlicestede. flamand, vient en France offrir ses services à Louis XI ; l'évèque de Poitiers, au nom du roi, l'envoie comme agent secret et espion en Flandre. A Boulogne, les Français l'arrêtent, mais « il montre sa charge»; à Gravelines, ce sontles autorités flamandes, et là on le met à la torture, mais il n'avoue rien ; dans le doute, on le déclare « de prise » ; il se rachète pour la modeste somme de dix livres. Arrivé à Gand, il fait dire à ceux de la loi qui il est par un ami, et aussitôt on le reçoit secrètement; il dit ce qu'Usait sur le roi et la cour, c'est-à-dire peu de chose, et il envoie en France des détails circonstanciés sur l'état de la ville 3.
i Le "conseil des Dix de Venise subventionne volontiers, par une forte prime, payable.après coup, les gens qui se chargent d'exécuter secrètement pour son compte un crime utile : empoisonnement, assassinat. Ce système figure, jusque vers le milieu du XVIII0 siècle, dans nombre de ses délibérations *.
a d'un explorator (Sanuto, III, eu. 377), par un explorator envoyé de Bassano (juillet 1508. ld., c.512-513), par un explorator du podestat de Feltre (août 1500. Id., 582).
1 1 Espion revenant de Milan (1540. Sanuto, X, 271). Sanuto, IV, 49.
3) Juillet 1488. Quicherat, Th. Bazin, IV, 386.
i) V. Lamansky, Secrets d'État de Venise.
Nous nous bornerons à citerla prime promise à un agent secret pour l'empoisonnement de Charles VIII : le 28 juin 149o, Basile délia Scala, citoyen de Vicence, offre de mettre le feu à la provision de poudre de Charles VIII, d'anéantir ainsi les ressources de son expédition, et de « procurer par certains bons et prudents moyens » la mort du roi. A l'unanimité de seize voix sans aucune abstention, le conseil accepte chaleureusement cette proposition de haute fidélité, ufidelissimam»; il promet à Délia Scala (qui était exilé) sa grâce et une très ample gratification 1. Toute réflexion faite, Délia Scala trouve la condition de tuer le roi bien ardue ; il se fait fort, en tout cas, d'incendier les poudres et demande seulement l'exemption du bannissement édicté contre son frère et lui. Par une nouvelle délibération, le conseil l'encourage et lui promet non seule.ment une exemption, mais une rémunération qui leur assurera pour toujours, à tous deux, une existence à Venise commode et pleine d'honneur -'.
Ce mode d'action appartient en propre à Venise. Bien souvent on accusa d'autres puissances italiennes, et, en France, le roi Louis XI, d'y recourir, mais sans en donner de prouve péremptoire. Le duc de Bourgogne voulut tirer parti de cette réputation de Louis XI, et se procurer la preuve qui manquait. Il envoya à Louis XI un affidé, pour proposer de l'assassiner, lui, duc de Bourgogne ; il pensait que le roi accepterait. Louis XI pénétra le machiavélisme et se hâta de le dénoncer, comme « ung bien détestable cas et deshoneste 3 ». En Italie, on ne veut voir partout qu'empoisonnements ou tentatives d'empoisonnement', môme sous les formes les plus
1) Arch. de Venise, Misto26, C. dei X, 166. 2)/d., 166 v».
3) Instruction aux ambassadeurs en Bretagne. Kr. 3884, i'o 278 v°.
4) « Boccone occidunt itali » (J. de Terra Hubea. op, cit., t'u c.xvm).
MISSIONS D'APPARAT, KXTRA-D1PLOMATIQDES ET SECRÈTES 4;>7
bizarres. Ainsi on prête aux gens de Forli le projet de tuer Alexandre VI par un poison subtil et violent, émanant d'une lettre, qu'un musicien appelé a la cour portera cachée dans une canne...1 Il est bien évident qu'il faut accueillir avec une extrême réserve ces racontars d'imaginations surexcitées, d'autant plus quedes faits positifs et avérés les démentent souvent.
11 est plus fréquent de solder à l'étranger quelque personnage, petit ou grand, pour troubler une situation ou organiser une révolte5. En 1492, le roi d'Angleterre ne craint pas de correspondre en personne avec un breton de fort médiocre importance. Pierre l'ennec, qui prépare une insurrection contre la France : « Très cher et bien amé, lui écrit-il, nous vous mercions de la peine et travail (pie prenez pour nous faire service 3 »...
Enfin, et c'est peut-être la plus dangereuse de ces diplomaties occultes, certains grands seigneurs se prêtent à des rapports personnels avec l'étranger, lui 149!), le comte de Ligny envoie très secrètement à Venise son secrétaire offrir un échange de bons offices pour les affaires de Naples. La seigneurie de Venise reçoit cet envoyé et le doge lui adresse une réponse toute diplomatique, très courtoise, mais vague, prudente. Il proteste d'affection spéciale pour Ligny, il déclare qu'on va envoyer une ambassade au roi. En réalité, on craint les indiscrétions, dans une matière si délicate ; Venise expédie aussitôt un agent secret spécial pour voir Ligny en tète-àtête, partout où il se trouvera, et s'expliquer avec lui. Cet
1) V.Thuasne, Diarium de Burckard, II, p. o7'J.
•2) Louis M charge M. d'Armagnac de rompre le compromis entre In Castille et l'Aragon (Fonds Bourré I. 11).
:!; Complot breton de MCCCCXCIl. parM.de la Borderie [Archives de llrctatjne, t. III).
agent, chargé des plus expresses recommandations de secret, de prudence, ne confiera sa mission qu'à l'ambassadeur de Venise, et devra veiller a ne porter ombrage ni au maréchal Trivulce ni à personne '. En décembre 1512, Trivulce envoie de même un secrétaire à Venise ; mais cette missionlà est très correcte, elle a lieu avec l'agrément du roi et pour ouvrir les voies à une négociation officielle *-.
Quant aux porteurs secrets de dépêches, ils opèrent de la manière la plus diverse ; ici, c'est un moine, soi-disant pèlerin, là, « un homme secret » qui porte une lettre de trois lignes de la main du duc de Guyenne, ployée très menu, « dans un loppin de cire »\ Les missions de ce genre présentent des risques de toute nature, ne iïit-ee que l'infidélité du commissionnaire *; la prudence conseille de ne rien écrire et de confier la communication à la mémoire de L'envoyé \
1) 15 septembre 1499. Arch. do Venise, Secreto 37, 122 v°.
2) 18 et "22 décembre 1512. Archives de Venise.
3) 1409. Commines, liv. ni, ch. i.
4) Un agent secret des Bretons, nommé Gaston, porteur de correspondances compromettantes, se fait arrêter volontairement (1487. Dupuy, Hist. de la réunion de la Bretagne, II, 99).
5) Envoi du moine Chaumart à Home par Louis d'Orléans {Histoire de Louis XII, t. H). Le baile vénitien à Gonstantinople ne pouvant écrire charge un homme qui vient à Ancone d'aller à Venise donner des nouvelles verbales (avril 1508. Sanuto, VU, 440).