AMBASSADEUR DE FRANCE A ROME
On ne peut mieux expliquer le mécanisme de la correspondance adressée de la cour à un ambassadeur qu'en analysant une de ces correspondances. Il faut les chercher dans des collections privées, et on les trouve rarement, car, outre les causes générales de destruction, plus d'un ambassadeur a certainement anéanti lui même les papiers de sa mission.
Albert Pio de Savoie, comte de Carpi, entré au service de la France comme membre du conseil du roi, prit possession de l'ambassade de Rome au mois de janvier 1510, et fut rappelé à la fin de juin. Albert Pio était un esprit éminent, un écrivain très distingué, amateur d'art et de lettres comme tous les souverains italiens de cette époque. II se fit le patron d'Aide Manuce '. Son portrait se retrouve dans les fresques qu'il fit exécuter au château de Carpi : la belle statue tombale qui a passé de l'Eglise des Célestins au musée du Louvre le représente, non plus dans l'attitude antique de la prière ou du sommeil, mais couché, accoudé et tenant un livre, sans doute son ouvrage contre Erasme.
Un ambassadeur de ce genre, littérateur et diplomate italien, c'est à dire classique et méthodique, et, de plus, intéressé à strictement conserver la trace des affaires qu'il maniait, devait classer et garder ses papiers. Quel a été le sort de ses dossiers ? Nous ne saurions le dire ; la Maison Sforza-Cesarini, qui représente la descendante d'Albert Pio, n'en possède point. L'un d'eux a été acquis jadis par la famille de M. le prince Pio de Savoie, marquis de Castel- Itodrigo, chef d'une des branches espagnoles de la maison Pio. Conservé d'abord à Ferrare, il a été récemment transporté à Milan, vérifié etclassé : M. le prince Pio a eu l'obligeance de nous le communiquer. Ce dossier, simple épave, suffit pourtant à montrer exactement le mécanisme delà correspondance d'un ambassadeur. Nous allons l'analyser.
1) V. M. de Nolliar, Les correspondants d'Aide Manuce.
1° Lettres du roi.
Les lettres du roi (Louis XII), au nombre de dix-sept, originales, sont écrites en forme de missives, avec signature autographe du roi et contreseing d'un secrétaire (le corps n'est pas de la même main), sur des feuillets de papier simples, avec marge en blanc. La lettre contresignée : « Cotereau » est libellée -.«Monsieur de Carpe » ; toutes les autres portent : « Mon cousin ». Elles se terminent toutes par une formule de missive : « Et a dieu, (mon cousin), qui vous ait en sa garde », ou une autre analogue. Elles sont datées de lieu, jour et mois, avec le nom du lieu et le chiffre du jour inscrits au moment de la signature. Elles sont pliées en huit, cachetées de cire rouge, et adressées, sur le second compartiment gauche du recto, comme il suit : « A mon cousin le sire Albert conte de Carpij, mon conseiller et chambellan ordinaire et ambassadeur à Rome » ; ou « ambassadeur à notre saint Père le pape en court de Borne.. . » etc. La lettre de Cotereau, dont nous avons signalé la particularité, porte cette adresse irrégulière : « A Monsieur le conte de Carpy, mon cousin, et mon ambaxadeur en court de Rome » : le titre de « cousin du roi » aurait dû passer en tête.
Quant à leur substance, les lettres du roi ne sont que des recommandations en faveur de personnalités diverses, ou des missives accompagnant des lettres adressées directement au souverain près duquel est accrédité l'ambassadeur (dans l'espèce, au pape). En voici le détail :
1. Blois, 27 février. Envoi d'une lettre pour le pape, dont le double est joint à la dépèche, pour prier vivement le pape d'autoriser le cardinal de Finale à rester à Brescia comme lieutenant général du roi, et de ne procéder contre lui à aucune « privation ni dégradation » , car le cardinal ne désire qu'aller à Rome et se soumettre. Obtenir du pape à ce sujet quelque petitbref adressé aucardinalou au roi. [Contresignée : Robertet] :
APPENDICE. B. CORRESPONDANCE d'à. PIO 439
2. Blois, 17 février. Envoi du double des lettres que le roi écrit, de rechef, au pape et aux cardinaux, pour réclamer instamment l'évêché de Lesca ' en Béarn, actuellement vacant, en faveur du cardinal de Nantes î. Invitation de l'obtenir, le roi y tenant absolument. [Contr. Cotereau].
3. Paris, 22 mars. Avis que le roi écrit de nouveau au pape, pour faire réparer les abus commis par frère Pierre Terrasse, général de l'ordre de N. D. du Carmel, pour laisser agir la réformation du cardinal d'Amboise, pour permettre aux religieux de se réformer eux mêmes, sans que le général les en empêche, et de vivre sous un vicaire réformé, comme les frères réformés de S' Dominique et de S1 François. Ordre d'obtenir à ce sujet les provisions nécessaires, selon les minutes jointes à la dépêche. Que le pape excuse l'absence au prochain chapitre général, qui se tiendra à Naples, de frère Louis de Lyra, nécessaire en France pour la réformation des carmes. Qu'il autorise les provinciaux et le prieur de l'ordre à envoyer leurs religieux étudier à Paris, malgré les défenses de P. Terrasse. Le roi ayant cette question très à cœur, invitation d'y tenir la main ferme et de répondre de suite. [Contr. Robertet].
4. Paris, 24 mars. Sur la demande de l'ambassadeur de l'empereur, invitation de soutenir dans ses démarches maître de Mota, conseiller de l'empereur, en ce moment à Rome. [Cont. Robertet].
5. Melun, 5 avril. Avis que le roi a reçu les lettres, que le cardinal d'Amboise y répondra ; invitation d'écrire souvent. Avis que le roi va partir pour Lyon et qu'il écrira 3. [Cont. Robertet].