CHAPITRE XIII
L'ambassadeur doit, avant tout, s'assurer Toreillc de son propre souverain, connaitre son caractère^ ajialyser les influences qui agissent près de lui* ; ainsi armé, il entreprendra la même étude sur le souverain* près duquel il se trouve accrédité.
Dans ce but, il approchera le roi constamment, il lui parlera le plus souvent possible. Une démarche d'apparence secondaire ou privée peut donner lieu à une conversation politique intéressante et la masquer*. Ainsi, quelque peine qu'il lui en coûte, l'ambassadeur s'efforcera de suivre le roi dans tous ses déplacements'. Son logement est rçquis, selon l'usage, par les fourriers de la cour, qui le marquent à la craie sur la porte, soit d'office, si l'ambassadeur n'est. pas là, soit avec le sénéchal de l'ambassade.
i) Machiavel, ïnsh'uciion à Raph. Girolami.
2) Dispacci di A*. Giiistinian, II> 93.
3) L'évéque de Gûrck, ambassadeur d'Allemagne, suivant le roi de Tours à Blois, reçoit à dîner et coucher au château d'Amboise, où se trouvent Mme d'AngouIôme, son fils, M. et Mme d'Alenç.on. Après diner, il va faire la révérence à Mesdames d'Angoulême etd'Alençon (lolO. Lett. de Louis XII^ II, 48). M. d'Angoulême le reçoit, et le lendemain, le fait déjeuner et le convoie lui-même à cheval, jusqu'à un jet d'arc des faubourgs, avec toute sorte de politesse» (W., 53). Cf. Ttt, Ortéans XI, f« 769, Compte de septembre i47-2 ; la duchesse écrit au cardinal grec Bessarion, légat du pape ; ordre de le joindre n'importe où : on le trouve au pont de Sauldre..
â LA DIPLOMATIE At TEMPS DE MACHIAVEL
Pendant les séjours à S'-Germain, la cour et les ambassadeurs logent ainsi (à Poissy *).
La présence des ambassadeurs constitue, pour les souverains, une servitude à laquelle ils cherchent vainement à se soustraire '. Louis XI s'y dérobait avec obstination : les correspondances diplomatiques montrent quelle peine on éprouvait à le suivre à la piste '. En juin 1479, l'ambassadeur mila nais Ch. Visconti expose que le roi a indiqué Orléans comme le point d'où il ne s'éloignerait jamais à plus d'une journée de marche. Arrive une dépêche importante : Visconti envoie solliciter une audience : le roi l'adresse à Montargis. L'ambassadeur y court, arrive à l'aube, et, tout botté, tout mouillé, monte au château ; « par bonheur », Louis se rendait à la messe; U prie l'ambassadeur d'attendre dans une chambre ; il va à la messe « dîne, part et envoie deux délégués Texcuser sur la nécessité d'un pèlerinage éloigné et urgent : « on lui ferait plaisir d'aller l'attendre à Paris ; il y convo-
1) Dép. du résident vénitien Dandolo, iO juili. 1514 (À. de Venise).
8} Bergenroth, Calendar of letten,.. between England and Spain^ p. 150, lettre du 5 juin 1498, de Bruxelles à., , Le roi de Franee est, dtt*on, venu faire une neuvaine à un couvent près de Reims ; les ambassadeurs d'Espagne Tout accompagné.
3) Louis XI voyage par eau, sur la Loire, sans qu'on sache au juste ses projets. .(lommines conseille aux ambassadeurs de suivre le roi par terre, sans attendre d'autres ordres, « car l'envoyé de Venise lui avait dit qu'ils étaient ici par la volonté du roi » (Dép. d'an amb. milanais, 4479. Kervyn, Letires et négociations, III, 48. Chargés de remettre des lettres im^rtantes au roi,les ambassadeurs milanais se rendent à sept lieue» de lui et lui dépêchent un courrier. Le roi est avec Gommines dans un lieu sauvage, où l'on ne peut loger et où on ne peut aller le voir sans autorisation (juin 1480.1(1., 81). Le comte de Gastiglione, envoyé en Espagne, suit Charles Quint à Madrid, Tolède, Sévilie, Cadix, Grenade, Valladolid, Burgos. Yincenzo Quirini, ambassadeur vénitien près de Philippe le Beau, se rend à Strasbourg (févr. 4305), dans les Pays-Bas, s'embarque avec la suite de Philippe, fait naufrage en Castille et revient de là à Venise après la mort du prince (Reumont, ùiplomasia italianat 178, d'après la Relation de Ovirini).
t»nOCÈDÉS VERBAUX DE NÉGOCIATION 3
quera bientôt les ambassadeurs. » En réalité, il chasse dans les environs et ne convoque personne. L'ambassade milanaise se rend donc à Paris : là encore elle ne peut saisir le roi, qui échappe comme une anguille : il chasse toujours, il va en pèlerinage à S*-Denis, il part en pèlerinage en Bourgogne. On ne voit toujours que les deux conseillers délégués*...
Louis XI laisse en arrière sa chancellerie, ses conseillers et voyage presque seul *.
Les Italiens se font avec beaucoup de peine à ces habitudes.
Lorsde l'expédition d'Italie, Alonzo de Silva, ambassadeur d'Espagne, suit Charles VIII. Le roi, fort ennuyé, finit par le prier, à Pavie, de ne pas aller plus loin, « montrant ainsi, dit Sanuto, peu d'égards pour le caractère diplomatique, comme c'est la coutume en France '. »
Quant à Louis XII, il ne retrouve de liberté qu'aux heures de chasse*.
L'assistance des ambassadeurs devient tout à fait gênante et indiscrète, lorsqu'elle s'étend aux opérations de guerre, aux entrevues • et même aux conférences diplomatiques *.
i) Kervyn, Letirês et négoeiations, I, 252, 256, 267.
2) Jrf., in, 55.
3) Ut mos est Francorum (t49i. Sanudo, Spedizione, p. 48).
4) Le trésorier Robertet, en chasse avec le roi à la Héronnière, écrit à l'ambassadeur d'Allemagne qu'il a remis de sa part sa lettre au roi, qui a répondu très favorablement. 11 lui adresse quelques nouvelles. II l'appelle M Monseigneur » (2 juin lolO. Lett. de Louis XH, I, 242). Même lettre pour lui accuser réception d'un mémoire envoyé par le secrétaire Le Veau. H le prie de ne pas ajouter foi aux bruits qui courent à Lyon et d'attendre le retour du roi (6 juin 15i0. W., 244). Le roi entend la messe dans une chaise à porteur, entouré des cardinaux de Rouen et de Final : l'ambassadeur de Venise vient lui parler par une fenêtre (nov. 4507. Sanuto, VII, i79).
oï Les ambassadeurs milanais reçoivent l'ordre d'accompagner le duc de Bourgogne à une entrevue projetée avec Louis XI ; ils devront témoigner beaucoup de respect à Louis XI, mais éviter toute discussion et toute confidence. Ils aviseront le duc de Bourgogne des menaces du roi (i474. Dép. des ambassadeurs milanais, I, 283-84).
6^ Le cardinal d'Âmboise aurait bien voulu que l'ambassadeur d'Aragon ne
Elle ne parait pas moins pesante à lambassadeur.
D'abord, elle lui impose l'obligation de savoir s'ennuyer. En 1489, les ambassadeurs' français écrivent qu'ils trouvent fort monotone le séjour de Francfort : « Nous y restons,... pour ce que nous connaissons clairement que la dissimulation et demeure que nous faisons servira à empêcher l'octroi de Taide » demandée à la diète par Maximilien et qu'elle lui accorderait sûrement *. Un ambassadeur vénitien à Londres écrit modestement qu'il rend les plus grands services : des marchands qui rentrent à Venise témoigneront, dit-il, s'il passe son temps à dormir, ou avec des dames ou des filles, ou à la taverne *. Machiavel, qui, malgré ses airs graves, n'aimait qu'à s'amuser, écrit à Fr. Vettori, en termes que nous ne pouvons reproduire ; « Supposé que je fusse arrivé au milieu de vos dispositions austères, moi qui ne suis amateur que de femmes, je me serais bientôt aperçu de la chose et je vous aurais dit : Il n'y a pas ici plus de garçons que de femmes ; quelle maison est-ce donc? Magnifique ambassadeur, il ne s'y trouve donc que des fous ?.., — Quelques divertissements, loin de nuire à la réputation, ne pourront que lui faire honneur, si elle est sûrement établie... On dira que c'est un homme universel, à la main et bon compagnon '. »
L'ambassadeur doit se tenir constamment en haleine ; il quittera son souper, si le souverain le mande \ André de
le suivit pas à Cambrai, en i508, mais il n'osa Tempécher (Guichardin, liv, vui, ch. i).
1) Dupuy, HxbL delà réunion de la Bretagne, II, i8o.
2) Oct. 1510. Sanuto, XI, 690.
3) V. Nourrisson, Machiavel, p. 111-113.
4) L'ambassadeur vénitien soupait : Jules 11 l'envoie chercher. L'ambassadeur fait son rapport le soir mémo (juin 1510. Sanuto, X, 541). L'ambassadeur,. en juillet 1510, se trouve en pleine ébullition; il envoie jusqu'à trois rapports, le 5 juillet. Jules II ne lui laisse aucun répit, il l'envoie chercher pour dincr avec lui. L'arilbîlssadeur arrive, et trouve le pape à moitié de sott
Burgo, agent des Pays Bas en France, à en croire ses dépêches, « n'a même plus le temps de dormir » ; lui et ses deux secrétaires ne peuvent suffire à tout*... Si l'ambassadeur s'amuse, il ne choisit ni Theure, ni le genre des divertissements : invité à une promenade en barque *, à une chasse à courre, il ne consultera pas ses goûts, son Age, ses aptitudes; il n'y verra qu'une marque d'intimité '. A Rome, le pape prouve ordinairement son amitié en offrant à l'ambassadeur une tranquille partie de campagne dans sa vigne*: Jules II emmène à Ostie les envoyés des Pays Bas pour leur donner desplaisirs de chasse et autres \ En avril 1494, Charles VIII, à Lyon, introduit l'ambassadeur milanais Galéas de San Severino dans ses appartements particuliers, où étaient ses maîtresses; il en prend une par la main et la présente à Galéas ; il en choisit
repas. Le p&\ïe lui fait préparer à dîner dans une cliambre voisine, et ne le laisse aller que fort tard. Jules II est tout feu {Id,, 746, 747).
4)Andr6dc Burgo, ayant envoyé un de ses secrétaires demander de l'argent à Marguerite d'Autriche, réclame instamment l'un et l'autre, « quia secretarius meus in latino est die et noctu tam in scribendo quam inaliisitaoccupatus quûd non possum facerc quH* debeo.» Il réclame une provision, de manière à n*ôtre pas obligé tous les deux ou trois mois d'envoyer un secrélaire,de perdre ainsi de l'argent et un ou deux mois de service du secrétaire. Il ne demande, dit-il, que ce qui lui est dû, bien que cela ne suffise {>as à ses dépenses (juill. 1510. Leit, de Louis XII, ï, 267).
2)Dép. de Dandolo, 20 mai 4514 (Arch. de Venise), racontant une promenade dans la barque du roi, où il a cause avec le comte d'AngouIéme.
3) L evéque de Gûrck, ambassadeur d'Allemagne, passe les deux premiers jours de son arrivée aux Montils les Tours, près de Louis XII, à chasser avec le roi ; Louis XM lui montre son écurie, puis il le laisse à Tours pour voir la ville et les reliques de saint Martin, et ordonne au général de Beaune de lui donner à souper <oct. 1510. Lettres de Louis X[f, 11, 43). Le roidesRomains engage l'orateur vénitien à venir voir voler ses faucons : en route, à cheval, l'orateur apprend diverses nouvelles (Ai fév. 4503. Sanuto, IV, 793j. « Il y a trois jours, invité à la chasse par le roi, je m'en tirai de mon mieux, contre ma profession et mon naturel ; j'y vis Angouléme, qui me dit, etc. . . » (Dép. du résident vénitien Dandolo, 26 mai 4544. Arch. de Venise).
4) Mars 4504. Sanuto, III, 4565.
5) Févr. 4509. Sanuto, VU, 748.
une autre, et chacun s*amuse ainsi pendant deux heures. L'am* bassadeur s'empresse de raconter cette marque de haute faveur à Ludovic Sforza, régent de Milan qui était en même temps son beau*père. Ludovic répond avec beaucoup de sang-froid : « Les grands honneurs que fait chaque jour le roi très chrétien à notre gendre et fils messer Galéas, tels que de rintroduire dans ses appartements, de Tassocier à ses plaisirs domestiques, bien qu'ils ne dépassent pas notre attente, n'en sont pas moins de nature à nous causer la plus grande satisfaction, à exciter en nous une reconnaissance infinie*. » Aucune considération morale ni physique ne doit retenir l'ambassadeur dans ces matières. L'ambassadeur qui vient de perdre sa femme en est quitte pour s^habiller de noir * ; Accurse Mainier, à Venise, reçoit la nouvelle de la mort de son vieux père ; malgré son trouble, il se rend à l'audience •. Cependant, à Rome, M. de Gramont manque une audience du pape, à cause de la mort de son fils, âgé de vingt huit ans ^. En cas d'épidémie, Tambassadeur ne peut davantage s'éloigner de la cour ' : que d'autres partent ; lui, il restera *. Il bravera la fièvre '. Souvent, le médecin lui donne l'ordre de garder la
i) Gorrespondce de Belgiojoso, Areh. de Milan, Pot Est., Francia; citée, Delaborde, Expéd, de Ch, Vlll, p. 342.
2) Sanuto, III, i286.
3) Sanulo, IV, 330.
4) Juillet 1502. Dâpaecidi Giustiniany l, 74.
5) Le roi va de Lyon à Paris par Montargis, en août 1500. Les ambassadeurs le suivent, malgré la peste. L'orateur du pape reste majade en route, celui d'Espagne « non è sano » (Sanuto, III^ 644).
6) Le cardinal Gornaro quitte Rome pour Venise, sur le soupçon de la peste (juillet i504. Disp, di Giustinian, U\, 176). L'ambassadeur de Venise à Rome, ayant perdu en deux jours un de ses gens, de la peste, croit*on, quitte son palais et se retire dans celui du cardinal deNaples (mai 1504. /d.^III,89).
7) L'orateur vénitien suit la cour à Nantes, en octobre 1500. Malade de la fièvre, il envoie son secrétaire au cardi^i d'Âmboise (Sanuto, IH, 1050). Jean Lascaris arrive à Venise avec la fièvre (1507. Id., VU, 119) ; révoque de Paris, ambassadeur de France, arrêté par la maladie à Crémone, va pourtant àMan-
PROCéotS VEnBAU]^ DB NÉGOCIATION 7
chambre, mais il faut sortir pour aller chez le roi \ Plus d'un ambassadeur meurt au retour dans sa patrie ',
i£neas Silvius nous a laissé un tableau affreux des épreuves des courtisans : il nous dépeint leurs nuits À la belle étoile, dans de mauvais lits, près de lépreux : les disputes pour trou* ver un abri. , . , le vacarme des joueurs ', des parasites, des cour* tisanes^... Il y a du vrai dans ces traits. Près de certains souverains, la vie des ambassadeiu^ consiste à coucher sur les grandes routes. L'ambassadeur vénitien près de Maximilien, de retour en avril 1507,expose qu*il vient dépasser vingt mois presque toujours à cheval en Allemagne ^, « J'ai fait, écrit un ambassadeur de Milan à Florence, cent quatre vingt milles avant de pouvoir trouver le Magnifique Laurent ; venu mardi à Pise où Sa Magnificence avait écrit qu'EUe se trouverait, et ne La rencontrant pas, j*ai chevauché jusqu'aux bains situés à quarante milles de Pise. Sa Magnificence en étant partie pour revenir à Pise, j*y retournai en toute hâte. Ne La trouvant pas encore là, j'ai pu La joindre hier soir ici, dans un de Ses châteaux, près de Volterra, où la goutte La retient ; » et, quand on Fa rejoint si péniblement, Laurent de Médicis se borne à répondre que les souffrances de la goutte Tout em* péché de s'occuper de rien, jusqu'à ce jour*.
loue, et en repart pour Crémone, malgré sa fièvre, parce que le pape refuse de le recevoir, sinon privôment (février 1511, Id., XIL 90, 88).
1) Dép. de Ben. Trevisan, Lyon, 19 juin 1300 (A. de Venise).
î) Darisoles, ambassadeur de France en Angleterre, meurt en voyage, h son retour (^511. Leit. de Louis XII, III, 116).
3) Jean Le Veau, chargé d'affaires d'Allemagne en France écrit que, pendant qu'il regardait jouer à la paume au château à Blois, on lui a volé sa « gibecière », qui contenait tout son argent, et il en est fort dolent (1511, Lelt de Louis XII, III, ISO). Est-ce vrai ?
4) iEneae Sylvii, Libellus, aulicorum miserias copiose explicans (Schœffer, i517), fo 16.
5) Sanuto, IV, 48.
6) Dép. du 2 juin 1487 (Archivio'Sforzesco).
OMATIE tu TEMPS DE MACHIAVEL
D grand rôle*.
ien Dandolo écrit de Paris, le 1 1 septembre sçu de vos lettres, je montai achevai et mtlhéry... Jepus lui parler un instant seul 'ai dû revenir de suite à Paris, à cause intense et d'un catarrhe. Les médecins ;e voyage, et je m'en suis mal trouvé. On les qui n'agissent guère. Hier matin, le roi lut, le soir, aller le voir, lui faire marévéde ne pas m'être présenté k son avance... M. d'Angoulême,... puisRobertet',., »
Les ambassadeurs milanais (M. PaUavicîni e) accompagnent de Moncalieri A Genève lie, qui s'en va, éplorée, trouver le duc de
i à Blois, apprenant le 1^ déc. 1S08 le traité deCamde Robertct aucune explication, monte à cheval lel4 ant l'heure delà messe, â dix milles de Blois, dansun achasse. Lcroi lui fait dire de ne pas partir,qu'il lui ateur diDe donc à la table des chambellans, où sont ic de Calabre ; après diner, il va voir le roi, qui lu' i un peu vagues (Sanulo, VU, 695). L'orateur de ! 18 juin, àCivitaVerchia;lcl9, Jules II dinesurla L château ; l'oraleur s'y présente, mais l'ambassadeur ivant de Rome. Le vénitien se retire : le soir, au moit mandé par le pape qui le retient fort Inrd (1S10. /d,, urs de Venise, d'Allemagne, d'Espagne ont une conuis l'ambassadeur monte il cheval et vn à Ostic voir XI, 196]. L'ambassadeur de Venise h Rome, au reçu , courliPorlo voir le cardinal de S' Georgcs(Riario), ipe Jules II. Aprits celle conférence, il revient W Rome pport; sur une nouvelle dépêche, il repart pour Ostie, nade sur la Marine, dine avec lui, confère, revient Ji "i mai un nouveau rapport (1510. Id., X, â76). Ayant tante de la seigneurie, l'ambassadeur vénitien court le trouve dînant avec quatre cardinaux. Jules 11 les relient l'ambassadeuren conférence (avril 1310. Id.,
l sept. 1514 (Areli. de Venise).
Bourgogne. Le voyage présente d*horribles difficultés. Comme on ne sait où trouver des gitcs^deux ambassadeurs milanais se détachent en avant, à cheval, pour faire les logements, et le résident reste en arrière, à une journée de marche. Partie de Suze le 18 février, à travers une tempête de neige, la duchesse arrive le 22 au soir à Chambéry, et à Genève le l^"" mars *. On se réunit à la porte de Genève, pour faire une entrée.
D'autres circonstances ne nécessitent pas moins de dévouement, surtout en temps de guerre*. En 1494,1e sénat de Venise ordonne à ses ambassadeurs de ne pas quitter un instant Charles VIII pendant son expédition •.
Dans la bagarre qui suit la bataille de Grandson, l'ambassadeur milanais près du duc de Bourgogne se sauve à cheval, va chercher à Orbe ses collègues extraordinaires, qui ont fui déjà, et fait dix lieues à cheval, la nuit, au mois de février, dans les montagnes du Jura*.
A la suite de la disparition d'un courrier, l'ambassadeur milanais au camp bourguignon, de Lausanne, prend peur; il demande son rappel, estimant une prolongation de séjour inutile et dangereuse, car Tennemi massacre tous les lombards, sans regarder s'il s'agit d'un caporal ou d'un chef d'armée, d un homme du monde ou d'un brigand '.
L'ambassadeur du Moyen Age a donc besoin, dans certains cas, d'une vigueur, d'une bravoure, que, d'ailleurs^ il ne possède pas toujours '.
i) Dëp. desamb. milanais^ I, p. 29o, 307.
2) En 1495, Ger. Lioni, ambassadeur de Venise, donne asile à Ludovic, lors de sa fuite du château de Milan (Benedetti). Un a ambassadeur de Venise, lequel mouroit de peur », est cerné en 1500 avec l'armée française dans le château de Milan (Jean d' Au ton, I, 166).
3) instron du 27 décembre 1494 (Arch. de Venise).
4) Dép. des amb, milanais, I, 311, 316.
5) Avril 1476. Jd.,n, 89.
6) A Rome, à la S^ heure de la nuit, au mois d*octobre, Machiavel avoue
10 LA D1MX>MAT1K AU TEIIPS DE UACHIAVEL
L'ambassadeur n'a pas à régler les audiences, à réclamer son admission en conseil ou en consistoire... Il ne peut que se présenter et demander à être reçu ; en son absence, son secré* taire chargé d affaires agit de mème^ A Rome, les ambassadeurs de petites puissances contestées, pour obtenir une audience, mettent en campagne quelque compatriote, servie teur intime du Vatican ^ En France les audiences s'accordent plus difficilement qu'à Rome ; le roi renvoie volontiers toute discussion d'affaires aux personnages compétents, et il arrive même que ceux-ci en délèguent d'autres '. En cas de conférence importante, le souverain ne reçoit qu'un ambassadeur à la fois, et, si l'audience doit se prolonger, il fait avertir les autres de ne pas attendre \ ou bien il reçoit au hasard des circonstances : il sera quelquefois utile à un ambassadeur d'obtenir audience devant un autre ^ sauf à attendre le départ de ce témoin pour achever la conversation ^ Une manière de communiquer une nouvelle consiste à parler à l'oreille du souverain devant un autre ambassadeur, assez haut pour être entendu \
Louis XI va plus loin ; pour convaincre de trahison le conné-
ne pas oser sortir, parce que les rues ne sont pas sûres ; il envoie un billet au cardinal Soderini (Dép. du oct. 1503, Postrscriptum).
1) Un secrétaire chargé d'affaires va voir le chancelier, le roi, fait agir son u compagnon » (Leti, de^ouis Xll, III, i24).
^) Dispacci di A. Giustinian, II, 78.
3) Commincs, obligé de s'absenter, se fait représenter à son tour par deux autres conseillers, MM. du Bouchage et Boffile de Juge (oct. 1479. Kervyn, Lettres et négociations, III, 89).
4) Quand une conférence se prolonge, un cardinal peut retenir à diner l'ambassadeur (1503. Dispacci di A, Giustinian, II, 58, 79).
5) Louis XII dit à Torateurde Venise, en présence des orateurs du pape et d'Espagne : « Il parait que le roi des Romains se plaint de mon alliance avec la seigneurie » (juillet 1500. Sanuto, III, 525).
6) Dép. d'unambass. milanais (Dép. des amb, milanais^ II, il6).
7) Disp, di Giustinian, I, 374.
table de Saint Pol, il donne audience à son agent, en présence de l'ambassadeur de Bourgogne caché derrière un paravent ; si bien que le duc, édifié, abandonna le connétable. Dans une cii*constance analogue, pour convaincre Ludovic le More de duplicité, Pierre de Mcdicis se dit malade et reçut son ambassadeur dans sa chambre à coucher, après avoir fait cacher Tambassadeur de France dans un cabinet ^
Les souverains appellent habituellement les ambassadeurs u Monsieur lambas^adeur, Domine orator^ » ou « Ambassadeur ». Dans rintimité, ils appellent un résident par son pré* nom. On tutoie les secrétaires italiens. L'ambassadeur dit au roi : « Sire » '.
En France, à moins d'absence du roi ou de solennité spéciale, il suffit de se présenter, le matin à la messe, ou, pour une conférence sérieuse, à Tissue du dîner du roi qui a lieu de bonne heure ^. Quand le résident va communiquer le texte même d'une dépêche, apportant, par exemple, la nouvelle d'une victoire, il emmène un secrétaire, pour lire la dépêche : le roi présente d'aJBPectueuses félicitations *. Si le résident arrive au milieu d'un cercle de cour, le roi le prend à part, pour causer affaires ^ Quand le roi est malade, il fait approcher le résident de son lit et écarte les témoins '. S'il est encore à table, il fait joyeusement entrer le résident, et le reçoit sans se déranger'' ; ou bien il lui demande la per-
1) Wicquefort, Mémoires,.,, 547.
2) Desjardins, II, 601.
3) Dép. de Condolmeri, Blois, 23 janv. 1507-8.
4) Dép. de Dandolo, SI avril d5i4.
5) Dép. de Dandolo, 19 novembre 1514.
6)Sanato, Y, 861,880(fév. 1504). Dép. de Dandolo, du 19 novembre 1314.
7) L'ambassadeur va voir Louis XII, en partie de chasse, pour une affaire urgente. Le roi le reçoit très gaiement en déjeunant ; ensuite, la conférence a lieu dans une chambre, en présence du trésorier Robertet (1511, Lett, de Louis XII, II, 189 : Cf. Lyon, juin 1500, Sanuto, III, 422).
8 interrompre une partie de cartes '. Louis XII 1 langage très franc, et se pique d'une loyauté oi d'Espagne, dit-il un jour au résident véni- Ire autographe, revôtue de son sceau secret, ce que je voudrais, pourvu que j'abandonne is mieux me ruiner, perdre ma femme, mes eur, ma vie... ' »
veiit parler à un résident, il le mande : mais de lancer une parole, pour qu'elle soit de
! que, mémo lorsqu'ila lieu de se défier, l'amgne toujours beaucoup de bon vouloir *.
rament du souverain qui imprime aux audiene caractère ; ce caractère variera donc infinis princes.
né, de bonne heure, à savoir plaire, possédait '. Il parlait italien, et les Italiens trouvaient sentiers battus. » Il semble qu'il ait été élevé ars vécu en Italie, tant il s'y connaît », écridcur milanais en 14f>3*. Malheureusement, il ins l'intrigue et la fourberie' : il aimait, dit [•1er eu l'oreille V ^1 II était goguenard, fami-
t IKOO. L'ambassadeur va conférer ensuite avec le eardi- «,111. c. 673).
andolo, 19iiov. 1S14.
. prise de flrcscia, le roi dil 1res liaul : o Je veulx ijuc l'on line dame Marguerite " (d'Autriche). Ce mot est immédiaambassadeur, qui l'écril dans les Pavs Bas (toii. Lett. 4-185).
lulo, VU, S91.
Expéd.de Charles VIII, p. 74. Thomas Bazin dit qu'il le Ferrand de Naples et FraDçois Sforza (II, 95). uitie française, [, £47.
puocSoÉs vkrbaux db négociation 13
lier : un ambassadeur milanais rend compte d'une audience de première importance, où l'on aborda les plus graves questions i< dans une butte de paysan fort misérable ' ». Il se moquait de tout, et se parait d'un certain cynisme. Lorsqu'il revit en 1466 le comte de Charolais, auquel il avait eu le grand (ort de faire teuii-par l'ambassadeur Morvilliers unlangage trop arrogant, il lui rappela gaiement la réponse que « le roi s'en repentirait dans l'année » ; comme il avait eu lieu de s'en repentir, il riait aux éclats, et disait qu'il aimait à traiter avec des gens qui tenaient ainsi leur parole *. 11 ne dédaignait pas non plus les petits coups de théAtre. Un jour que l'ambassadeur de Milan insistait sur un projet d'accord, LouisXt répond qu'il a été trop souvent trompé... Tout à coup, il seire les mains de l'ambassadeur, puis, Atant son chapeau et faisant une révérence : " François, par cette main et cette foi que vous m'avez données, me promettez-vous que le duc de Milan observera tous les traités et les obligations que nous avons ensemble ?... n L'ambassadeur promet de tout son cœur. Louis XI alors se déclare satisfait et entre en négociations *.
Charles VIll, en général, écoutait sans répondre les communications des ambassadeurs. Rarement Jes ambassadeurs de Ludovic Sforza le virent s'emporter ; dans ce cas spécial, il parlait avec volubilité *.
Louis XII avait une rondeur et une bonhomie naturelles*, la parole libre et gaie. Les ambassadeurs aimaient le voir; il
-1) 1418. KerVvQ, Lett. et nigociatitm, 1,333.
3) Commioes, c. xit.
'A) Kervyn, Lellrei et négoeialioni, III, 2.
4) Delaborde, Exp. de Cli. VIII, p. 290.
SJ « Il y a clans ses lellrcs, a dil très bien Jean Godefroy, un air de bonté, de sincérité et de candeur, qui ne conviendrait pas au temps présenl. On juge par celles qu'on lui écrivait qu'il ne voulait pas être flatté dans tes affaires dont ob devoit luy rehdK compte » {Lettrei de Louit XII, préface).
LA DIPLOMATIE AD TElfPS DE MACItrAVEt
S recevait souvent et aussi lon^ement que possible. On .usait avec lui des afTaires courantes, on discutait la conduite suivre ; le roi donnait des noovelles, que le résident cher- Lftit d'ailleurs à lui tirer le plus possible *. Le cardinal d'Am- )i9e, cher qui que les affaires se traitaient, se montrait moins itient*.
Autant le style des dépêches officielles est compassé, guindé, uvent prudhommcs que, autant dans les conversations diomatiques on aime le mot vert, salé, plaisant : veràa volant. >uisXII s'y complaisait*. En 151 1, dans une conversation avec Lmbassadeur allemand sur un grave projet d'cntrerue, il dit l'i! rappellera àMapguerited'Autriche,etqu'il lui reprochera, ris tes n maquerellages » qu'elle lui a fait jadis, et plusieurs itres choses,qu'il est résolu à la « déshonorer » devant l'emf eurson père,« et,ce fait » la princesse sera" « sa mignonne. . . n ambassadeur saisit l'occasion de dire, en riant aussi, que
l> Voiri, comme spécimen.le résumé d'une dépAchednvèmiienCoDdolnwri, éede Bourges,le 18 février ISOT (ISOSj.Averli qn'nn secrétaire trésorier du ff* Itre de Milan, nommé Nicolas, envoyé par les postes, a Gonduil ici un homme roi des Romains, ponr traiter de la paix, je parlai an roi devant mon sclaire. Je lui demandai des DOnvdles de Milan,sur ce qu'on disait qu'us se- (aire venait d'apporter la nouvelle d'un complot.— Le roi répondit : Il n'y a r trace de complot, Dieu merci, « .Uonsignor Ambassator » ; tous les sus- :ts sont en France, il ne reste, que des guelfes, j'ai doublé la garde dn ehlu. Cesoatlitdâs bruits en l'air. Uais Nicolas est venu avec un homme du roi : Romains, qui oiTrait un accord. Il propose de vous donner ce que je vous iit l'autre jour, pourvu qoejevons abandonne. Je ini ai répondu comms Espagnol. Je ne ferai rien sans vous et, si l'on vous ofTcnse, c'est moi qu'on insera. — Je remerciai vivement el lui dis que je m'étonnais que le roi Romains nous IraiL-tt comme des Pisans ou des Lucquois. Pour lînir la )rre, il faut une victoire, et reslAssions-nous seuls, nous sommes forts ! Hais -oide France est magnanime! — Le roi fut fort Ému de ces paroles,elrépli- 1 vivement : « M. rambas3adeur,jamais,jamaisvousne verrez cela, j'aime mi que tout le monde me trahisse que de trahir une seule personne- • !| Dépêche de N. Valori, 19 février 1503-t.
1} Louis Xli reçoit en plaisantant l'ambassadeur de Venise.n J'espère, dit-il, i messier Zuanne sera bon français « (août iSOO. Sanuto, flL 699).
Procédés veRBAOX de végocution J5
Marguerite se plaint du roi, qu'elle a reçu une dépêche » uu peu maigre » ; le roi répond qu'il n'a pu faire autrement '. En 1509, dans une circonstance solennelle (la même Marguerite faisait rendre hommage pour la Flandre), le roi répond à l'ambassadeur (un vénérable magistrat) qu'il est « bien joyeulx d'avoir une telle dame pour vassalle, et aymcroit mieulx baiser sa vassalle que celluy qui reprent pour elle ». Il répète cette plaisanterie deux fois ', Il aimait àégayer ainsi les matières les plus purement politiques '.
A Rome, avant ou après une tenue de chapelle pontificale, dans la chambre du papegai, les ambassadeurs abordent le pape sans audience particulière, et peuvent lui remettre une note *. Ils sont, d'ulleurs, reçus au palais chaque fois qu'ils se présentent, et c'est un indice de froideur, soigneusement noté par autrui, que de ne pas s'y présenter tous les jours '.
i)lMt.deL4mùXIl,\l,n.
3) lett. dt Louu XII, 1, 149, 199.
3) Dépêche deN. Vatori, il févrierlS034.
3) L'ambassadeur de l'emperenr se plaint qne Louis XII ail reço un émissaire du duc de Gueldre ; te roi répond que !e duc voudrait de l'argent, que si, lui ambassadeur de l'empire, veut !ui en prêter, le roi le lut donnera, sinon non fl914. £«11. d« Louis XII, III, 26). Lonis XII dit qne, par la foi de son scrmenl, quand l'cmpemir serait son frère germain, il ne pourrait &ire plus pour lui auprès du duc de Gueldre (ISH. Id., (J, 210) ; il déclare A l'ambassadeur d'Allemagne qu'il va écrire au duc de Gueldre de se UmiT IranqDrlle n de par IMeu ou le dyable ■, autrement qn'il y remédierait {Id., n, 166).
4) Borkard, III. 64.
5) L'ambassadeur de France est méconlent du pspe : Toilit deux jours qu'il n'a mis les pieds au Vatican (37 déc. 1500. Sannto, in, 1130) : « Viene poco sd fm\di7.T.i} » (Jean d'Autnn, II, 86, notej. Mars 1501. L'orateur de Venise va voir le pape presque tons lee jour», npr^s le dîner, selon Vhordme. Va jour, il ne peut avoir audience, le pape étant allé au château ; le lendemain, en attendant l'audience, il cause avec un envoyé de Rhodes "(rni lui parle du Turc (Sanulo, IH, 1631 , 1 135, etc.)- Mes II ayant été malade, le jour où il reprend ses audiences (IS octobre 1504), tons les ambassadeors toitt au Tatican el lui apportent l'un après l'autre leurs félicitations {Diip. di Giutliman, m, 263k
Au besoin, le pape envoie chercher un ambassadeur par un écuyer ou par quelque fonctionnaire équivalent; alors, il le reçoit, toute affaire cessante, le soir, ou le matin de très bonne heure*. Les ambassadeurs attendent dans la salle du papegai ; le pape les reçoit les uns après les autres, par ordre d'arrivée, à moins qu'il ne préfère en admettre plusieurs à la fois, si^rtout s'il s'agit d'affaires communes *. Le pape est entouré de cardinaux, ou tout au moins assisté d'un secrétaire. A l'inverse des autres cours, c'est chez lui que. les affaires se résolvent. Le carnaval seul suspend les audiences*. Les ambassadeurs appellent le pape « Pater Sancte » et « Votre Sainteté » : le pape leur dit habituellement « Domine orator » *, quelquefois « Ambassador » ', ou, sur un pied de froideur et de cérémonie, « Magnifico ambassador» '.Suivant la coutume du temps, on parle un langage italien mêlé de mots latins.
Alexandre VI est le personnag;e diplomatique le plusintéres • sant de l'époque. Il a l'accueil très sympathique'. En 1502, nous le voyons, un jour, causer debout avec les ambassadeurs d'Espagne et de Venise, mettre la main sur l'épaule du second.
i) Jules II, lorsquMl traite avec Venise en mai loiO, reçoit tous les jours, et môme deux fois, Tambassadeur de Venise ; il l'envoie chercher, il le voit le soir ou dès l'aube (Sanuto, X, 452-434. Cf. XI, 761-762, 780 ; X, 397 : dép. de Machiavel, 19 sept. 1506).
2) Pendant une audience de M. de Trans, le pape fait entrer les orateurs florentins, en disant que c'est une matière commune (1501. Sanuto, III, 1599). Pour l'affaire du Turc, le 31 déc. 1500, le pape reçoit en môme temps les envoyés d'Allemagne, de France, d'Espagne, de Venise, de Savoie, les cardinaux, et confère avec eux tous (Id., 1256).
3) 22 février 1501. Tout est aux masques ; le pape ne donne pas audience (Sanuto, 111, 1473) : cependant,le mardi gras, l'ambassadeur vénitien parvient jusqu'à lui pour une affaire urgente (id., 1476).
4) Jean d'Auton, pièces, I, 331, 332.
5) Sanuto, V, 569. Disp. di Giustinian^ III, i.
6) Dispacci di Giustinian, I, 266.
en lui prodiguant les témoignages d'affection, caresser Tambassadeur d'Espagne et lui passer la main sous le menton*. Il reçoit dans son lit, quand il est malade, avec beaucoup de bonhomie '. Il excelle à dire : « Ambassadeur, sachez que nous vous parlons avec une entière confiance, comme si vous étiez de la famille '. >
C'est un diplomate de premier ordre, doué d'une mémoire extraordinaire, plein d'activité et de présence d'esprit. Le 29 mai 1503, « Domine orator, dit-il à Tambassadeur vénitien, vous avez reçu les lettres de riUustrissime Seigneurie. — Oui, et je venais les communiquera Sa Sainteté. » Alexandre se met à lui réciter la lettre mot par mot, « ad litteram. »11 en avait reçu copie par son légat à Venise *.
Alexandre VI avait aussi le don de la séduction, de la verve, de l'esprit, une extrême prévenance, de la politesse, de la grâce. La conversation prenait autour de lui un tour simple et cordial ; chacun disait son mot *. Il savait plier ; Tambassa-
1) 22 juill. 1502. Dispacci di A. Gtustirtian, I, 65. ^) 3 juillet 1500. L'orateur de Venise est reçu par le pape malade au Ut, qui lui prend la main dans la main et lui parle affectueusement (Sanuto, III, c. -469). Alexandre YI reçoit l'ambassadeur de Venise sur son lit, habillé toutefois ; il lui parle avec bonhomie de sa maladie, puis il a une longue conférence (Il juill. 1503. Dispacci di A, GinstiniaUj II, 66).
3) « Non altramente che se foste de le carne nostre » (Villari, Disp. diAi Giustiniariy II, 3) .
4) Id., II, 23.
5) Voici une dépêche florentine sur une audience d'Alexanare:... a Magnifici.*. Et sono stato con la Sanctità di No Sig^, quale di già sapeva délia staffettaet do\sesene,mapassaras*ela.Do\mïconS. Santità délia partitadi Piero,chesebene io credessi certo che fussi non solum senza suo consenso, ma contre ad ogni 8ua voluntà,nondimeno era per dare ombra assai alla Città, di quello havessino V. Sig»® ad imprimersi o persuadersi di S. Sanctità o délia Excell. del Duca. Etcomehavendomi hieri detta S.Sanctità,ct io ne haveva scripto,che volendo venire il Duca per il vostro Dominio, fussi proveduto per li sue danari del bisongno,io dubitava che per questo mosso di Piero non sarieno acceptate sue
48 LA DIPLOMATIE ATT TialPS DE MACHIAVEL
deur d'Allemagne, en 1499, va le trouver, plein de menaces, mais, écrit-il, le pape me répondît « tant de belles paroles que
genti nelDominio nostro corne amiche; S.Bealitu line^parendolicheio volessi dubitarede Bdeeius,sialter6 ctdixemi: Voi non mi conoscete ancora ; io sono ito, et vo liberoet sincero con epso voy : et volessi Idio che cosi fussi andato con me; et sono per cliiarirvi. Et chiamo chi U portassi una bolgetta. Et fecela venire, et trassvne 3 UUere, daa del duca ai Piet'o de* Medici, et il cardinalêt et un* altra che era del Sig'^ Paulo pure ad Piero : et monstromme le suggellate, et dixemi : Queste sono lettere ad questi Mediei et io non le ho^ mai volute dare perché so quello chele dicono : et hoHo falto» perche io non voglo che H Duca faccia alcuna casa contro ad quella Citlà, anzi che sia figliuolo di quêUa : et so molto bene conoscere che tuUo quello faceui il Duca^ in fatto saria il Papa, et Io ufficio mio non è rimettere li ueciti vostri con Carme, ma d'acordo si potendo, Io vene ho parlato et non pièce, et perô non voglio pcnsar più là» et prego Dio mi facci essere in quel pericolo hoggi, ch'io fui il di di S. Piero, et amarzimi, si io vi ho mai di questa çosa decto allro che il vero. Confesso bene che il Duca è infestatOt è giovane et è inclinato ad seguire chi Io infestât ma non piace ad me, et è per fare ad modo mio : et ha dipoi hauto le mia lettere^ et mess. Troccio sarà stato in Firenze : et sperate ; che il Duca non ha ad sare se non quel che voglio io, che in facto è (^ello che io vi ho detto. Et aperse una di quelle tre lettere, oioè qnella del Sig^ Paulo, et lessemela : quale è fatta de 3 dia 18 hore, et contiene adviso a Piero corne il Duca vuole fare la impresa per luy, et rimetterh costi, et che Io aspetta, et che vcnga subito sa huy et che te pm volare che voit. Cïie del medesimo tenore doveano essere Toltre, quali perô non aperse altrimenti, et scongiurommi che io non parlassi, per cliô non vorria havere ad giostrare con li Orsini, dà quali nasce taie dispositione del Duca et la partita di Piero di qui. Et che ad questi di havea decto al Cardinale di Medici che pensami ad aliro, perche non era per patire che il Duca fkcessi taie impresa, dimonstrandoli che non faccano bene ad mettere in tal salto la ExcclU^ di quel Sige, elc, et abundommi in moite parole per volermi persuadere la sua mente buona con la Gitlà : concludendomi infînc che io vedrei in facto che luy mi è ito sempre con il vcro. Non mancai di convenientc risposta al S& Beatitudine, dimonstrandoli che le Sigi« V' ne credono cosi, et che oltrc al mio scrivcre, ne facci inclinarc le Sig^* Vo in laie iudicio Io esser cosa che facci per S. Sanctità et per la Excell»» del Duca, ricordandoli che Systo non fu imprudente et fece tanto per ridurre cotesta Città al viuere che è hoggi, corne ad piîi conveniente gove7*no, et dal quale la Chiesa, et il conte Hieronimo per Io Stato suo in Homagnia polessi sempre più sperarc che da Io essere costi tmo padyvne di tutto, come ne insegnava ad luy la expcrienza, et confortai S. Sanctità ad pensarese era bene fare quilche rimedio, o di scrivere al Ducat o
mon papier n'y suffirait pas ; s'il en fait seulement la moitié, ce sera admirable*. »
On ne le trouvait intraitable que pour ses intérêts de famille. En 1499, pendant qu'il se liait intimement à Louis XII contre Ludovic le More, il avait entrepris d'obtenir de Ludovic une très riche abbaye pour le cardinal JeanBorgia. Il avouait bien que son fils César allait s'engager au service de la France, devenir quasi-français, mais il se défendait énergiquement de prêter la main à quoi que ce fût contre le duc de Milan, auquel il avait, disait-il, mille obligations, et que César lui-même n'attaquerait pas davantage. Guasco, l'ambassadeur milanais, savait à quoi s'en tenir : à l'arrivée du dernier courrier de France, on avait vu le pape afficher sa joie, caracoler
altrc, per questa partita di Piero. Risposemi che credea bastarsi quello havea scripto per altra, et forse che scriverrebbe, et non U premendo quanto ad voi, pcitea passarsela, lo ne scrivo volentierî ad pieno le parole sue ad le Sig*« Ye, perche quelle, in questi termini in quali sono le cose vostre, possino farne più conveniente iudicio : et io per me non credo al Padre ne al Figluolo, se non quanto mon?treranno gli effelti ; et parmi che dal prineipio al fine si mendicki et adcatti forse. Et le Sig" V«, che sono sapientissime, non mancheranno di conoscere et provedere ad tucto, ricordando ad quelle che qui si mettono se cose vinse per H uscili, et vantorsi che in quattro o cinque di al più saranno in case, et credesi che al Papa fussi nota questa partita di Piero ^ et cosi etiam io credo. Et non li dispiàcef*d si tenti per loro, ne manco^ che riesce, et pero bisogna che le Sig" V« sperino in Dio et in se stesse, né confidino di parole : et chi vi ama mi dice : Non confidate nette g ente del Duca net vostro dominio sobto soeranza di amtci... Ringratio S. Beatïtudine le Sig>« V^ di haver le^ vati i Hgluoli del Conte di costi, se sia vero et durera : che cosi dixe... Ritraggo che questi Medici sperono fuvore et adiuto da Baglioni, et per moiervi uno et eodem tempore da Perugia, da Pise, da Bologna et ÇMn il Duca : et io non so più che farmi in questa cosa, et ne ho manco dispiacere quanto che io non ho mancato di predirla benespesso... Intendo in questo punto Piero dei Medici essere voltato ad la via di Orvieto et di Penigia... Ex urbe die YIH maii 4501. Servitor, Franciscus de Pepis, doctor, oralor » (Archives de Florence, class. X, dist. 4, 7% 65: f*» 184 et s.).
4) Jean d'Auton, pièces, I, 329.
20 LA DIPLOMATIE AU TKMPS DK MACHIAVEL
dans Rome, sans escorte, d'un air ravi. Guasco protestait donc respectueusement, priant Jean Borgia lui-même de ne pas insister; « le cardinal gagnerait mille pour cent, h laisser Tabbaye au cardinal d'Esté * » : « Bah, dit Alexandre, j aime mieux un seul Borgia que sept Este. ». Sur ce mauvais calembourg, sur l'insistance plus que vive du cardinal, Tambassadeur, perdant son sang froid, s'écria qu'on aurait le château de Milan avant Tabbaye '.
On savait ce côté faible d'Alexandre VI, sapassion familiale, et on le pratiquait '.
Alexandre avait d'autres faiblesses, également connues du monde diplomatique. Très jeune et très vert, à soixante -treize ans^, il aimait les femmes, et il fallait k cet égard lui faire des concessions. La veille de l'anniversaire de son couronnement, le 25 août 1502, le Saint Père suspend toute audience,et passe la journée à festoyer avec des dames '...
On connaissait aussi son manque absolu de franchise ; les
1) Beau-frère de Ludovic.
2) Il ne pensait pas dire si vrai . Au moment de cette scène de famille, le S3 juin 1499, l'avant-garde de l'armée française se concentrait à Asti ; peu après, le cardinal Borgia allait à Milan recevoir Louis XII et l'ambassadeur Guasco devenait lui-môme sénateur français (Jean d^Auton, pièces, I, p. 336 et s.).
3) L'ambassadeur de Venise à Rome écrira, par exemple, que, pour chercher des nouvelles et les rapporter, il va au Vatican, seul, parce que son secrétaire était malade. Le pape le reçoit à merveille, et lui demande s*il y a quelque nouvelle. On parle du Turc, puis de la prise de Gamerino par César Borgia, dont le pape témoigne une grande joie. Le pape vante la grandeur d'âme de César, sa prudence» son expérience consommée de vieillard malgré sajeunesse, enfm il le trouve supérieur à tout autre homme. L*ambassadeur approuve, et renchérit encore « pour mieux gratter les oreilles du pape », puis la conversation passe aux généralités, et l'on se sépare «n excellent accord (27 juillet. Villari, Dispacci di A. Giustinian, I, 73).
4) Relation d'un ambassadeur vénitien (Sanuto, III, 846] .
ë) Dispacci di A, Giustinian, I, iOO. a Chaque jour, il fait danser des dames, et donne des réjouissances où interviennent toujours des demoiselles. C'est son habitude » (W., 118).
PnOCÉDÉS VERBAUX DE NÉGOCIATION 21
ambassadeurs partent du principe qu'il « affecte toujours de ne pas vouloir ce qu'il désire * ». S'il jure, c'est qu'il veut être cru ou paraître en colère *. En 1503, il annonce que son fils va revenir à Rome..., les ambassadeurs croient immédiatement le contraire '. Sous cette réserve, on causait beaucoup avec lui. Il aimait à faire l'ignorant et à laisser raconter, avec force détails,des nouvelles qu'il savait; il répondait en donnant celles qui lui agréaient, puis, dès que l'entretien avait assez duré selon son gré ou ses occupations, il congédiait l'ambassadeur *.
Bref, « Alexandre VI ne fit jamais que tromper les hommes, dit Machiavel ; il n'y eut jamais d*homme qui réussit plus à protester, et qui avec plus de serments affirm&t une chose en l'observant moins. Cependant ies tromperies lui réussirent à souhait, parce qu'il connaissait bien cette partie des affaires * ».
On l'accusait aussi très ouvertement de vénalité et de simonie •.
Jules II était un soldat, d'une énergie qui semblait rude à son entourage. Au début de son pontificat, il parut s'adoucir et ne pas négliger les moyens diplomatiques. Le résident vénitien écrit, en 1304, que, mandé au Vatican pour une communication importante . il reçoitde Jules II tant de protestations aimables que sa modestie Fempêche de les répéter ^. Le caractère du pape ne s'échappait alors que par des bojLirrasques de colère' ; mais
i) Dispacci di A. Giuitiniany I, 32.
5) Le Prince f eh. xtuk '
6) V. Trinchera, €odie$ Aragonete, t. II, p. ii, p. 43, 7 juin i493 ; dépêche de Ferd. de Naples à son ambassadeur en Espagne (vif réquisitoire contre Alexandre YI).
7) Mai 1504. Diip. di Giustinian, III, ilO.
8) «9 déc. 12)03. S^auto, Y, 610.
à la fin de sa vie, Jules II devînt indomptable, il n'admettait plus aucun conseil sous aucune forme * : tout devait plier, même la maladie. Au lit, avec la fièvre, il se lève et mande des ambassadeurs ' ; il se moque des médecins, et n'en admet qu'un seul, un juif, nommé Rabi'. En décembre 1510 et janvier 1511, il passe en personne des revues, au camp ; il se fait porter, à travers des tourmentes de neige, pour tout voir * ; puis il part brusquement et met toute sa cour sur les dents. Il bénit la rose d'or au camp, mais sans Tenvoyer.... Ccst une vraie /wna', violente, changeante. Jusqu'à son dernier jour, il reste debout, à expédier les affaires^ avec une incroyable vigueur. Et quand les médecins désespèrent de le sauver, il leur dit des sottises, il déclare qu'il mangera et boira ce qu'il veut, et que, s'il meurt, ce sera leur honte. Bien plus, il parait se remettre, et, pour ainsi dire à son agonie, les médecins le déclarent « de nature si bizarre qu'il peut durer encore un peu •. »
Un tel homme n'est pas l'homme de la diplomatie. Il ne se gêne pas pour dire à un ambassadeur vénitien : « L'empereur est une bête ' ». Machiavel le qualifie à merveille : « Le pape Jules procéda dans toutes ses actions avec impétuosité et trouva les temps et les choses si favorables à sa manière de procéder qu'il réussit dans toutes ses vues.... Toutes lui ont prospéré ; la brièveté de sa vie ne lui a pas laissé connaître le contraire ' » .
1) Disp, di Giustinian, III, 45.
â) Oct. 1510. Sanuto, XI, 494.
3) Nov. 1510. Sanulo, XI, 633.
4)Sanuto,XI, 730, 782.
6) 30 avril 1511. Sanuto, XII, 96.
6) Sanuto, XII, 398, 449, 483, 484.
7)1510. Sanuto, XI, 262.
8) Le Prince, ch, xxv.
PaOGÉDÉS VERBAUX DK NÉGOCIATION 23
Léon X appartient à une école toute opposée ; c'est un Médicis, amoureux de la vie présente et de l'action d' autrui. Il se lève très tard ; chaque matin, il reçoit au lit J. M. Giberti, secrétaire du cardinal de Médicis, auquel il renvoie l'expédition des affaires d*Ëtat les plus importantes, et le dataire, pour lesbénéfices^ La vie des ambassadeurs devient douce et facile.
A Venise y l'ambassadeur se présente presque tous les matins ' à la seigneurie y pour apporter des nouvelles ou pour eu demander * ; on l'introduit immédiatement, à moins de séance intérieure \ ou d'audience secrète ^ En cas d'urgence, il revient dans l'après-midi'. S'il se présentait plus rarement, on y verrait une marque de réserve et de froideur'. Lorsqu'il y a lieu de mander un ambassadeur pour une com* munication spéciale , le doge lui envoie un secrétaire : le secrétaire de la seigneurie est un important personnage, qui a dans ses attributions les rapports avec les ambassadeurs ; (( ce sont leurs messaigés ^ »• Ea 1494, par exemple, le doge fait prier un ambassadeur de se rendre le lendemain matin devant la seigneurie : à l'audience, il lui tient le dis-
4) Rel. de L. Gradenigo, citée par Petrucclli della Gattlna, Hist. deseonclavêif I, 497.
2) Les affaires ne chôment jamais, même pour un deuil de famille : le doge, malgré la mort d*un frère, vient au conseil, mais vôtu d'écarlatc en signe de deuil (1510. Sanuto, XI, 360).
3) Sanuto, Spedizmie, 219 : Diarii, pasfim, not. III, 1268, YII, 844. Le le*" octobre 1503,rorateur de France s'excuse de n'avoir pas pu venir depuis quelques jours (/d., V, J09).
4) L'orateur de France attend un peu pour entrer au conseil, parce que les chefs des X y sont (Sanuto, Y, 1028).
h) Quand un orateur a des communications secrètes, on fait sortir tout le monde, et le secret est absolument gardé. Cela est assez fréquent (not. Sanuto, in, 1047, 412, 473, etc.).
6} 7 mai 1500 (Sanuto, III, 295, 296).
7) En 1509, la guerre étant déclarée entre Venise et la France, l'orateur espagnol à Venise vient peu à la seigneurie (Sanuto, VII, 116).
8) Kervyn, Lettres et néyociations, II, 185.
cours suivant : « Ambassadeur, voulant maintenir les bons usages établis avec vos seigneurs, et comme il convient envers de fidèles amis, à qui nous tenons à faire part de ce que nous apprenons d'important, nous avons jugé utile de vous demander, pour vous communiquer, etc.. » L'ambassadeur remercie en termes mesurés et appropriés. Le doge souligne ses communications par une expresssion de visage appropriée*. Ajoutons que Venise est le pays de la mesure, et aussi du mystère. Une sorte d'ombre plane sur les décisions de la seigneurie, si bien qu'on soupçonne toujours, et non sans raison, des décisions secrètes, horribles*. Le travail y est extrêmement actif ; chaque jour, et de toutes les directions, des dépêches, des copies de documents, des nouvelles arrivent s'ensevelir dans les archives et l'on n'en dit que ce qu'on veut dire. Une prudence excessive caractérise les communications. Le 25 février 1495, la seigneurie vote une adresse de chaleureuses félicitations aux Français pour la conquête du royaume de Naples; puis elle fait appeler l'ambassadeur d'Espagne et — , dans la même séance — , le doge lui annonce la résolution formelle de travaillera l'expulsion des Français '. Le 31 mars, à une demande d'explication de l'ambassadeur de France, le doge répond par des généralités ; le lendemain soir, la ligue contre la France était signée dans son appartement *. Dans un pareil milieu, on abuse, on rit de la naïveté
1) Lettre d'un ambassadeur de Florence, 1494 (Kervyn, Lettres etnégociariorî5, II, i21).
2) Un pécheur trouve, en péchant dans le canal Orfano, un cadavre. Le conseil des X défend d'y pécher. On soupçonne des exécutions (30 oct. 1499, Sanuto, m, 46) .
3) Arch. de Venise, Secreto 33, fo 68.
4) Commines, II, 419. Le 4 mai 1495, le sénat décide de répondre à une lettre du duc de Milan, présentée par le c^e de Gaiazzo, de la manière la plus sympathique et la plus énergique. « Nous aussi, nous croyons que Charles YIÏI ne peut revenir que par Pise. Non seulement nous ferons ce que de-
PROCÉDÉS VF.KBAUX DE KËGOCIATION 25
d'un ambassadeur tel qu'Accurse Maînier, qui verse des larmes en apprenant la prise de Moâon par les Turcs ', qui s'écrie, en pleine audience, à propos d'une lettre du roi des Romains : •< Scribitstultus juxtastultitiam suam' ». Toutefois, les événe- . ments de la ligue de Cambrai donnèrent lieu à des scènes très violentes avec certains ambassadeurs '.
A Milan, comme dans le reste de l'Italie, on procèdevolontiers parla duplicité ^ sauf çà et là quelques boutades passablement cyniques '.
Le roi des Romains n'est pas d'un abord bien facile ; il
mande le duc, mais davnntage, de manière à assurer le repos de l'Italie. Nous avons 1.000 hommes aguerris répandus dans le Brescian et prêts à piplir au premier signal. Nous donnons ordre en outrË,aumi>deMantauede lever 4,000 fantassins, dont 2,000 allemands, et de la cavalerie légâre, dont nous fturons davantage et dont vous connaissez la valeur. Quanta la réponse à Taire si le roi demande amiablcitienl le passage, nous croyons comme vous qu'il faut tout faire pour faciliter son retour. Nous attendons un de ses secrétaires qui est annoncé, et on verra alors, u Adopté sans débats, h la presque unanimité (180 voix contre 4). Le même jour, le sénat répondait aussi énergiquement à l'envoyé de Jean Benlivoglio (Arcli. de Venise, Secrète 35, p. 9S \i, 97). Cependant, on faisait bonne mine à l'envoyé de France, Pbil. de Commines. C'est le 24 mai seulement que Commines se présenta devant le sénat pour se plaindre qu'une ligue eût été conclue à son insu. « Quoi qu'il convienne peu à la grandeur du roi de donner des cxpli' calions, dit-il, il est prêt à le faire. Quel mal a fait Charles VIII dans toutes les villes qu'il a traversées? Aucun. A Pavie notamment, il a été bien reçu. Les forteresses de Florence qu'il délient, c'est Florence qui les lui a livrées, et il veut les rendre. Il veut retourner en France cl ne demande aide à personne ; mais il pense aussi que personne ne l'empêchera de passer, pas plus le duc de Milan qu'un autre. Il veut voir l'empereur en Italie on en dehors, pour s'entendre avec lui sur la croisade ; des pourparlers sont engagés dans ce sens. » Le sénat ne répond rien à ces objurgations (/li., Secreto 33, p. 107 vo).
11 Août 1500. Sanuto, 111, 611.
3)36déc. 1300. Sanuto, 111,1219.
3) Dépêche vénitienne du S août 151S, à l'ambassadeur à Rome, sur une explication avec Alberto da Carpi (A. de Venise).
4) Dipêchtt dti ambcusadeurs milanaU, p. xvi.
5) Dépêches de Foscari, 1 sept. 1496 ip. 843, 844).
voyage perpétuellement et maude les ambassadeurs où et quand cela lui plaît *. Prince vertueux, religieux, libéral jusqu'à la prodigalité, et par suite exti*émement populaire , il manque pourtant de prudence et de bon sens. Son horreur de la France lui fausse le jugement*. Sa parole franche, nette, atteint souvent à la rudesse, même à la grossièreté, il traduit ses impressions en termes très verts ^
Le roi de Hongrie Yladislas ne joue pas un grand rôle personnel ; c'est, d'ailleurs, un bel homme, un peu sculp-
1) A. de Milan, Pot, Est., Francia, 4494-95 : rapport de Tarchevéque de Sens et de La Trémoïlle, au roi, sur leur ambassade près de l'empereur (tradou italienne). L'empereur a mandé le prince d'Orange et l'attend ; il nous a reçus à Munich, il va à Spire (1494).
2)Sanuto, VII, 493.
3) 1503. Sanuto, V, 275. Dépèche de Foscari du 8 août 4496 (lirchtvio stoi*%co ilalianot t. VII, p. 797. 798). L'empereur dit que la libération du royaume de Naples rend inutile sa venue en Italie. Mais il voit bien que, si le roi de France tentait un effort contre Milan, comme il semblait vouloir le faire, le duché se trouverait en grand péril, à cause du mécontentement de tous les peuples. Il savait de source certaine que le roi de France avait à Milan un parti. « Peut-être, ajoutait-il, la seigneurie de Venise ne veut pas voir ce péril. Mais il ne faut pas se fier aux Français ; dans la tranquillité actuelle, qu'on fasse la paix, le roi de France ne l'observera pas : dans un ou deux ans, à la première occasion, il marchera sur Milan, s'en emparera facilement, ainsi que de toute l'Italie. Le danger est que le roi de France ne s'entende avec les bétes d'Allemands (queste bestie di Alemanni) dans ce but. Quanta lui, il préférerait perdre la Bourgogne que voir la France s'étendre en Italie. Il a, dit-il, déjà dépensé pour la libération de ritalie,lui pour qui elle a un intérêt moindre, quelques 200,000 florins, au point de se priver quelquefois du nécessaire.» En parlant ainsi, l'empereur avait pour ainsi dire les larmes aux yeux. Il s'étendit encore sur les difficultés de la situation : les Italiens, eux, pouvaient s'aider de l'argent de leurs sujets, mais en Allemagne tout retombait sur la cassette impériale. Cependant, on ne peut faire avec le roi de France une paix solide et sérieuse. Il parlait encore sur ce ton quand se présenta l'ambassadeur milanais^ les mains pleines de nouvelles. De toutes, il résultait que le roi de France tentait un effort pour envahir l'Italie. — Bref, l'agitation était extrême à la cour impériale : les ambassadeurs de Venise, de Naples, de Milan tournaient et bourdonnaient. Cf. la dépêche datée de TiranOi le 48 août 4496 (p. 809), etc.
tural, grand, distingué, parlant peu, d'extrême piété, qui consacre sa matinée k entendre trois messes, plus honnête homme que roi, timide, éloigné des femmes et laissant tout faire au cardinal de Gran ^ .
Quant au roi Henri VII d'Angleterre, il n'aime qu'à thésauriser un peu bourgeoisement : il marche avec TAUemagne. Henri VIII dut, malgré lui, se rapprocher de la France. Un jour, en 1514, il se plaignait que l'Allemagne n'eût pas assez d'égard à sa fidélité, et qu'avec l'Espagne elle eût, à son insu, accepté de la France une trêve. L'ambassadeur impérial riposte que, s'il y a eu un tort « il vault mieulx ungmalque deux », que le roi peut intervenir aux négociations de la paix ; le roi répond brièvement que, pour toute chose qui n'intéresse pas son honneur, il eût obéi à l'emreur comme à un père ; mais en traitant sans lui, qui a fait tant de dépenses et « qui n'est pas encore sans puissance, courage et conseil, l'on luy a faict trop de déshonneur envers amys, ennemys et ses propres subjects *. »
Ferdinand le catholique a une réputation de mauvaise foi très établie *.
Dans les petites cours, l'ambassadeur éprouve parfois des difficultés à obtenir une audience du prince, retenu par des occupations personnelles ; le duc de Valentinois était d'un abord très malaisé \ Charles le Téméraire, au contraire, d'après Gommines, se levait à six heures du matin, et prenait « grande peine à recueillir et ouir » les ambassadeurs.
Il ne suffit pas de voir le roi, dans les pays monarchiques ;
l)Sanuto, IV, 860.
2) 1344. Lett. de Louù XII, IV, 337.
3) « Un prince du temps présent, qu'il ne serait pas bon de nommer, ne prêche rien autre que paix et bonne foi,et il est ennemi de Tune et de Tautrei et lune et Tautre, s'il les avait observées, lui auraient fait perdre sa réputation et ses Etats » (Machiavel, Le Prince, ch. xviii).
4) Machiavel, Dépêches de la légation à Imola,
LA DIPtOUATlE AU TEMPS DE ÏIACHIAVËL
élément, il y a près de lui un homme de sa confiance, édie en réalité les affaires. Cette situation est plus ou iffirmée et le premier soiu des ambassadeurs sera, en Joute, de la tirer au clair. Le résident vénitien Trevisan le Louis XII laisse au cardinal d'Amhoise la direction es les affaires ', et son successeur Dandolo écrit de [ue « Rouen » et le chancelier ' ont l'autorité majeure
roi et dans tout le royaume, qu'il est nécessaire de rirleur bienveillence*. Machiavel indique, eu termes [ue Jean de Casai, ambassadeur de Milan, est l'homme ssantprès de la comtesse de Forli *.
iXI,au contraire, ne laissaità personne le soin des dccit Tonne trouvait auprès de lui que des intermédiaires ; l l'étudier et le conquérir : mais ou le connaissait bien, ■t Grimaldi, dans ses instructions ô Jean Grimaldî, lui
les moyens de s'insinuer près du roi: >< Il suivra les avis le Bresse. Il ne trouvera probablement pas le terrain grande Sacrée Majesté du Roi s'intéressant fort d touffaires d'Italie. Il tAchera d'obtenir le commandement mipagnie. S'il sent le vent favorable, il poussera plus ihercheraà obtenir d'autres faveurs graduées'... etc. » immencement du XVI' siècle, le cardinal de GOrck le l'Allemagne. C'est lui qui reçoit les courriers, et il le ù Maximilien le dépouillement *. £n Hongrie, le l de Gran gouverne ; en France, le cardinal d'Amhoise. bassadcur doit à ces personnages la première visite, : roi, et leur remet, comme au roi lui-même, une
du 19 juin iSOO, à Lyon.
Grand Chancelier », pour les Italiens.
de Lyon, 37 sept. ISOâ.
du 17 juillet 1500.
), Doeumentt, I, S74-58S.
de Pr. Vetlori, 34 février 1508.
t»ROCÉDÉS VERBAUX DE NÉGOCIATION 29
lettre de créance spéciale *. Il écrit ensuite le récit de cette réception '. Ses intructions mentionnent le langage à tenir '. Les premiers ministres correspondent avec les souverains *, et signent des lettres de créance en faveur de particuliers (ju'ils recommandent* : ils sont traités par les souverains étrangers avec la plus haute considération * ; les souverains leur adressent ou leur font remettre par Tambassade des lettrés d'un genre abandonné, où, fût-ce à propos d'une petite affaire, les 'louanges atteignent un diapason convenable ^ Ils reçoivent
i) Lett. de Louis XII, I, 483. Lettre de créance de Marguerite d'Autriche au cardinal d'Amboise (1509. Lett, de Louis XII, \, 152), en français, portant prière de croire l'ambassadeur et de a donner tel et si bon ordre que toutes choses voisent à la raison. » Instruction de Louis XI, du 22 novembre 1473 (fr. 3884, fo 293 et s.). Créances de Maximilien à Louis Xlï, et au cardinal d'Amboise, pour ses ambassadeurs (1509. Le Glay, Négociations, I, 244,245).
2) Lett. de Louis XII, \, 146 et suiv.; Dépêche de la S>e de Bologne à Mino de Rubeis, 29 avril 1500 (Arch. de Bologne, Comune, Litteraj'um, 4500-1505, 8 vo).
3) Instron de Laur. Lenzi à Machiavel (1500).
4) L'orateur revenant de Hongrie apporte une lettre de Vladislas et une du cardinal.de Strigonie, à la S^'^^, toutes deux en latin, disant la môme chose, protestant de dévouement et d'amitié (Sanuto, IV, 864). — Ms. fr. 2811, 62. Lettre d*A. de Groy à Louis XI. Il a reçu la réponse du roi par son serviteur (à lui),Warigny : il renvoie Warigny parler au roi verbalement. Lettre respectueuse, courtoise, ne disant rien, datée de Ghastel en Porcien, le xxvinme jour de mars à lxiii (sic), avec souscription entièrement auto«> graphe.
5) Jacq. de Valperga envoie à Tours son beau-frère Jacques de Bueil, avec des lettres de créance pour Tamiral (1454. Favre, Introduction du Jouvenccli p. ccxii).
6) Maximilien écrit au cardinal d'Amboise, en latin, en style officiel : c< Maximilianus. . ., etc., » ; signé : « Per Regem », etc. (1501. Le Glay, Négociations, l, 59).
7) Dans une circonstance importante, Philippe le Beau adresse au cardinal d'Amboise diverses dépêches officielles et charge son ambassadeur de lui parler ; il lui écrit aussi une longue lettre, de sa main. Il l'appelle « Monsieur le légat, mon cousin et mon amy, — mon bon cousin et vray amy...» — « Ne me suis voulu déporter, lui dit-il, vous escripre ouvertement coitime à celûy à qui ay tousjours dit et signiHié entièrement mon
LA DrPLOMATIE AC TBJ^PS DÉ MACHIAVEL
es très officiellement. Le cardinal de Granselève, sa iL la maîii,i)endant la lecture d'une lettre de la seigneu - 'ambassadeur de Venise ; puis il déclare remercier fort curie de ses bons offices'. A ces démonstrations de le, se joignent des bommages plus réels, les presl'argent dont nous avons parlé.
& l'audience du roi, s'ajoute, presque snr un pied d'é- 'audience du premier ministre, élément essentiel de ;gocîation.
ime do conliance du roi exerce en toute matière un lortant comme substitut personnel du roi; mais les s extérieures dépendent intimement de lui ', parce is toutes les monarchies, le roi se les réserve, tandis
aflection » {24juill. 1506. Lett. de Louù XII, 1, S6). LeUrc de G d'Amtxiise au cardinal d'Amboise, pour lui recommander une 10. Lelt. de FMuis XII, I, 336), en français : « Monsieur le légat, n. « Lambert tîrimaldi écrit à Cicco Simonetta, secrétaire ditcal le l<rjuin 1461 (Saige, Docuntïntt.t, 493) : aMagnifice ac prestan- Ics, et domine tanquam pater colendissime », termes répétés mâmc 'esse extérieure de l'envoi. Il le qualifie.' « Votre Magnificence >,
par cette formule : « MagnificenlieVestrelanquam lilius.»— "Sire.
deux paires de lettres de vous, dont l'une est escHle de vostre ous mercie très humblement de la peine ({ue vous en a pieu prenit le cardinal d'Amboisc au roi de Castille (Le Olay, Négociations, }ngue lettre de Henri Vil au cardinal d'Amboisc pour lui annoncer illes de sa lille Marie avec le prince de Castille et protester de son t de son désir de ré^ïlcr toutes les difficultés, comme il l'indique par nis à d'Ariioles. Kicliemont, 29 décembre, " Votre cousin et amy, Ft. ^960, a« IS). Lettre de Maximilien au cardinal d'Amhoise, Insmars 1501. Recommandation un faveur du sire de Vcrg>-, à qui on rendre ses places {Id., fo S). Anvers, 2 janvier liiOS, Recréance de n au cardinal d'Amboise pour l'évêque Je Paris ; si^ée : « Maxi. jsin > {Id., fo 3).
.1510. Sanuto. XI, 847.
mort du cardinal d'Amboise, tous les ambassdaurs se rendent aux à sa chapelle ardente, et font leurs compliments de condoléance h , en présence du chancelier et de la cour (1510. Desjardins, Né- , II, 505).
t>ROCéDÉS VERBAUX DE NEGOCIATION 31
qu'il adélégué ses pouvoirs administratifs, judiciaires ou militaires : pourtant ce grand personnage ne porte aucun titre spécial : le cardinal d'Amboise, officiellement, n'est que membre du conseil du roi et archevêque de Rouen : et même, il appartient, comme légat, au corps diplomatique. Le ministre officiel des relations extérieures est le chancelier ; mais ce haut fonctionnaire n'intervient qu'à titre documentaire ou judiciaire, comme chef de département technique : en principe, il fait au roi les rapports, prépare les rédactions, assure les expéditions* ; magistrat, jurisconsulte*, il représente le droit, le protocole, précédents ; savant, intègre, raide, comme les magistrats de cette époque, la direction politique lui échappe et les ambassadeurs ont peu affaire à lui ; en général, sa conversation présente un médiocre intérêt diplomatique ' : cependant, comme son rang lui permet de rendre des services, les ambassadeurs lui présentent une créance * : « Nous avons esté advertis par aucuns que M. le Cancelier s'est fort acquittié à faire le rapport au Roy, et croyons que ad ce faire y ont aidié les lettres que lui avez escript à ceste cause ; nous semble que feriez bien de lu y escripre unes bonnes lettres en le remerchiant de Tadresche qu'il a fait aux matières, » écrivent les ambassadeurs de Tarchiduc, en 1506 '.
1} Louis XH, en vrai roi constitutionnel, ordonna que le chancelier exé cuterail purement et simplement les décisions du conseil, sans avoir môme égard aux volontés royales (Ord. de 1499, art. 43o).
2) « Clerc et bien fondé en loix,. . . homme pour rcspondrc soit en latin ou en la langue du royaulmc. Et doit cstrc homme droiturier, droit en justice, el en ses jugemens hors de toute faveur » (Olivier de la Marche, IV,133) .
3) Le chancelier (Ganai), tête chaude et fort irascible, fait aux ambassadeurs de Florence une vigoureuse sortie contre Florence (Dép. de Machia- Yel du 31 juillet 1510). Dans une conversation avec le chancelier de Bourgogne G. de Rochefort, l'ambassadeur de Milan dit que Tambassadeur de Napies est « un fou » (1476. Dépêches des amb. milanais^ II, 179).
4) Fr. 3884, fo 293 et s. (créance de Louis XI pour le chancelier de Bretagne).
5) Lettr. de Louù XH, I, 31 .
LA DIPLOMATIE AU TEMPS DE MACHfAVEL
Le prcoùer ministre (nous appelons ainsi, pour plus de clarté, l'homme de confiance du roi) et le chancelier reçoint les visites des ambassadeurs, mais ne les rendent pas. Le emier ministre, qui désire parler à un résident, le mande r un secrétaire du roi ' , et ne va pas le voir, à moins de cas ceptionnel ; par exemple, en cas de maladie, pour lui donr une marque de haute sympathie '. Louis XI ccritau chanlier Doriole : « M. le chancelier, nonobstaot que ce n'estpas coustume, je vous prye que alliez visiter l'ambassade d'Anîterre. .. , et envoyiez quérir tous les bons docteurs que vous iez menés avecques vous à S' Quentin pour le fait d'Anglc- Te, car nous en avons bien besoîng' )■.
Sous Louis XII, si le cardinal d'Amboise était absent ou ilade, on attendait'; on ne pouvait que causer avec le roi, bien exposer l'affaire au chancelier et au trésorier Robertet, les priant d'en référer au ministre ',
Pour une négociation sérieuse, on conférait avec le cardi- 1, avant ou après l'audience du roi ' , et on lui exposait iguement la question '. Lorsque le cardmal d'Amboise it résider à MUan comme lieutcnant>général, c'est là que se >uva transporté en réalité l'oflice français des relations térïeures ; c'est de là que le cardinal négociait avec les Suis s, et traitait les affaires de l'Europe. Une longue dépèc de Coraaro, l'ambassadeur vénitien à Milan, du 17
l) Lyon, i6 juillet iSOO. Sanulo, III, 341. Desjardins, Négociations, II,
t) Juin 1500. Sanuto, lll, 374.
)) 1479. Mémoire* dé Comminei, édit. Dupont, III, 191.
i) Desjardins, Ségocialù>ns, II, 260-261, 312. DépÈche de Blois,30 janvier
38 (Archives de St-Georges, à Gènes, Lettere)^
S] Desjardins, 496.
7) Id., 163.
fr '
juillet 1501, rend compte d'une très importante conversation du cardinal. Tout en se référant sans cesse à la volonté de son maître, le cardinal parle en roi: il garantit aux Vénitiens l'appui de la France : le roi « perdra sa couronne plutôt que de manquer à sa foi. » Il déclare qu'il y a deux hommes néfastes pour Tltalie, Ludovic Sforza, Maximilien ; « à la fin, ils porteront la peine de leurs péchés » : et il entre à ce sujet dans des développements de haute politique *...
Le cardinal, comme le roi, dînait et soupait en public * ; les ambassadeurs Tentretenaient au hasard d'une rencontre * ou dans son cabinet ; mais il était ferme, difficile à convaincre* ; avant de le voir, on causait avec un personnage secondaire, tel que le secrétaire Robertet,pour deviner les objections et préparer l'entretien ',ou bien on se présentait d'abord chez le roi, afin de se forger une arme % ou bien encore on allait après l'audience chez Robertet pour appuyer''. Le cardinal n'aimait point les longs discours, et parlait fort peu lui-môme ; il fallait une grande habileté pour prolonger la conversation •. Aussi les ambassadeurs préféraient-ils infiniment voir le roi, avec qui l'on causait, et qui s'ouvrait sans difficulté •. Dans une négociation importante, nous voyons les ambassadeurs flo^ rentins parler d'abord à Robertet, ensuite au cardinal, ensuite au roi ".
1) Arch. de Venise.
2) Dép. de Yalori, 9 févr. 4504.
3) Desjardins, 382^
4) Dép. de Machiavel, 26 août 1500.
5) Dép. de Machiavel, 26 août 1500 : Desjardins, 264.
6) Desjardins, 166.
7) Desjardins, 341. Dép. de Valori, 29 janv. 1504, 9 et 22 fév. 1504.
8) Dép. de Valori, 29 janv. 1504.
9) Desjardins, 197, 233, 114, 195, 199, 209, 182, 184, 99-100. Dép. âë Dandolo, du 3 mai 1514 (Arch. de Venise).
10) Desjardins, 224.
obertet, georétaire du roi, puis trésorier, représeatait >re près de Louis XII un facteur diplomatique important. Il asait de la confiance du prince, et travaillait sans cesse par voies souterraines à accroître son influence*. Les ambaslursle considéraient comme leur providence. Non-seuleitil il leur rendait de petits services, tels que de faire idier gratuitement leur correspondance ', mais,& partir de née 1506, quand sou astre grandit, c'est lui qui reçoit les idences des ambassadeurs et qui alimente leurs démar- )*. 11 en arrive à s'entremettre secrètement pour eux*; i une circonstance difficile, les secrétaires de l'ambassade ïutine resteat en permanence chez lui pour avoir des noues, et, le lendemain matin, il fait aviser l'ambassade, par »mi, qu'il n'a rien pu obtenir du cardinal *. Malgré ce rôle indiscret d'awji, Robertet devint, avec l'évêde Paris, le véritable lieutenant du cardinal d'Amboise ', .prés la mort du cardinal, le principal gérant de la politîfrançaise.plutût, à vrai dire, comme un UeutenantpoBtfaune comme un successeur.
obertet n'agissait qu'à la manière d'un commis, au jour lur, sans vues d'ensemble, sur les ordres du roi ; mais fl faisait parler, car il ne fut jamais maître de sa lan- . Il allait même rendre les visites des résidents ', Un jour,
Valori écrit qu'il a cru devoir envoyer Machiavel, qui arrivait, chez
rtet. Roberlel désirerail que tous les membres du corps diplomalique
ni l'attention de lui faire une visite d'arrivée, et il trouve insuffisantes
arques d'estime et d'affection qu'on lui donne en public (Dép. do Valori.
nv. 1303-4).
Dëp. de Machiavel, du SI juillet 1500.
Desjardins, 1S6, 173,173,316,370,360,427, 43S, 484.
Desjardins, S78.
Dép. de Giov. de Serici ei Eb, Spinola,de fliois, 30 janvier, et Bourges,
lars 1308 (Arcli. de Si-Georpes, à GCnes, LtUere}.
Dép«clic de Machiavel. 9 août ISIO. Dépêches de Orilti, tS déc. tStS,
il a le bon e8prit,sup une interrogalion du résident yénitien,de répondre que les nouvelles ne sont pas encore déchiflrées * ; mais il confie les chiffres à son frère, qui se livre à des confia dences indiscrètes ". Il lui échappe, à lui-môme, des mots fâcheux. Très peu de temps après la mort du cardinal d'Amboise, un peintre apporte chez lui un portrait du cardinal, au moment où Machiavel s*y trouvait : « mon cher maître, s'écrie Robertet, si tu vivais encore, notre armée serait aux portes de Rome ! » Effusion déplacée. qui confirme aussitôt Machiavel dans toute une série d'inductions *. Le résident vénitien écrit, en 1514, que, dans une longue conversation, il vient d'échapper à Robertet ce mot : « Ah ! le pape, nous comptons bien maintenant qu'il doit être en bon chemin. » Ainsi, conclut le résident, rien n*est fait, on attend le traité avec TEspagne *, etc.
Robertet n'a donc pas beaucoup de poids. U finit d'ailleurs par prendre la tête d'un parti à la cour, le parti gibelin, et par se brouiller avec le comte d'Angouléme au point de ne plus oser lui parler qu'en cas de nécessité *. Le roi ne le traitait pas en ministre : le 24 août 1813, le résident Dandolo insiste près de Louis XII sur la nécessité d'expédier une affaire urgente, retardée par les occupations de Robertet : « On ne peut mieux dire », répliqua le roi, et, séance tenante, il envoya Du Bouchage ordonner à Robertet d'expédier l'affaire •.
de Dandolo, 8 mai 1314,28 déc.iSiS, 19 mai 1514, 29 juillet 1514, 8 juillet i5l4, 11 sept. 1514 (Arch. de Venise). Dépêche deSauli, 11 avril 1511 (Arch. de St-Georges, à Gênes).
1) Dép. de Dandolo, 28 déc. 1513 (A. de Venise).
2)Dép. de Dandolo, 26 mai 1514 (A. de Venise).
3) Dép. de Machiavel, 5 sept, 1510.
4) Dép. de Dandolo, 24 août 1514 (A. de Venise).
o) Dép. de Dandolo, 8 mai 1514 (A. de Venise).
6) Dép. de Dandolo, 24 août 1513 (A. de Venise).
On comprend quel genre de considération mérite un homme tel que Robertet aux yeux des diplomates', ^ambassadeur d'Allemagne écrit, en 1511, que le trésorier Robertet a « terriblement aydé à la matière » dans une aflaire contre le duc de Gueldre, et qu'il serait bon d'écrire une lettre de remerciements, soit directe, soit à lui montrer, en le priant de poursuivre le règlement d'une autre affaire (de Nevers) : on lui a promis aussi un présenjt pour cette affaire '. — Marguerite d'Autriche répond : « Poursuivez toujours le trésorier Robertet du fait de Nevers... et incontinent icelluy dépcsché, luy envoyerons son argent sans faulte nulle '. »
' Rarement, un ambassadeur est appelé au conseil du roi * : il n'apprend généralement les décisions du conseil que par des indiscrétions '. Cependant, le fait se produit quelquefois •. Un ambassadeur milanais en France raconte que le conseil l'a fait mander : à son arrivée, tout le monde se lève ; le chancelier lui annonce que, par cgarJ pour son Illustrissime Seigneur, on autorise les marchands à venir à Lyon avec tout ce qu'ils voudront, et il lui demande le secret parce que Venise sollicite la même faveuret qu'on ne veut pas
i) A la cour d'Espagne, le jour de PAques 1313^ vient par la France la rumeur de Téleclion de Léon X. Dans la nuit, le secrétaire du roi, Almazan, écrit à Guichardin que la nouvelle se confirme. Guichardin envoie à Florence copie de son billet (Dép. de Guichardin, 30 mars-â avril 1513. Opère inédite, YliS9),
2) 1511. Leti. de Louis Xll, II, 127.
4) «Fui quottidie cum concilio, ut haberem rcsponsa... », écrit cependant le chargé d'affaires des Pavs Bas en France (mai 1512. LeU. de Louis Xllf III, 264).
5) Not. Dép. de Dandolo, 18 juill. 1514 (A. de Venise).
6) « Dimanche matin, écrit le résident vénitien Dandolo, arrivèrent deux courriers d'Espagne envoyés aux orateurs espagnols, qui curent une longue audience du roi et après diner vinrent au conseil, où ils restèrent fort. Je n*ai Hen pu savoir... » (30 mai 1514. Arch. de Venisc)i
PROCÉnÉS VKHBAUX DR NÉGOCIATION 37
la lui accorder *. Eq avril-mai 1494, le conseU du roi, à Lyon, se tenait même chez l'ambassadeur milanais ' ; mais, de l'aveu de l'ambassadeur, cette mesure étrange produisait chez les merabes du conseil TefiTet le plus contraire aux vues de Charles VIII '. Guichardin s'étonne lui-même de Finfluence exercée encore en 1496 par les ambassades italiennes sur Charles VIII, et, par conséquent, sur les décisions du conseil. Nous voyons aussi, danades circonstances toutes spéciales, la duchesse de Savoie faire appeler à une séance de son conseil privé Tambassadeur de Milan pour délibérer*. Louis XI, encore dauphin, croyait bien faire d'envoyer, àpart, au grand conseil de son père, la copie des lettres qu'il adressait au roi ; mais sa diplomatie présente à cette époque le caractère le plus fantaisiste *.
A Rome, seulement, les ambassadeurs sont régulièrement admis en consistoire ; on les y convoque, lorsqu'il est question de croisade ^ Mais, là, on ne discute pas, on formule des propositions, ou des contre-propositions. L*ambassa<deur, chargé d'une protestation en consistoire, demande, à genoux, Tautorisation du pape ; puis il parle debout, tourné vers l'assistance, la tête découverte ; il achève sa protesta-
1) Dép. du 22 janvier i 466 (Arch. Sforzesco).
2) V. aux archives de Milan la correspondance de Galéas S. Severino, nolamment la dépêche du 31 mai 1 494, dans laquelle il rend compte de ses déclarations au roi ; il lui a dit que ses ministres le trompaient, etc.
3) Rapports deBelgiojoso. Arch. de Milan, Poienze estere, b'rancia,
4) Juin i47o (Dépêches des ambats, milanais, 1, 143).
5) 26oclobre 1436 (Lett. de Louis XI, I, lxi). *
Gj 11 mars 1500. Consistoire où sont convoqués les orateurs : y assistent l'orateur du roi des Romains, l'orateur de France (évoque de Tréguier) et autres. Le pape rappelle ses lettres d'octobre dernier à tous les princes chrétiens contre les Turcs ; comme personne n'y répond, il renouvelle son invitation. Un prince, paralt-il, «i dit qu'il vaudrait mieux s'occuper d'abord de la paix entre les chrétiens. On juge le langage du pape inspiré par Venise (Burchardi DiariutUf III, 24).
± DIPLOMATIE AC TIHP8 DE UACH11VEL
ne de requête, en se retournant à genoux vers Q, i] s'adreise au procureur fiscal, et requiert la lap instrument régnUei''. Telle est la procédure le autre produit mauvais effet, lubliques italiennes, le chef de l'Klat reçoit tousadeur en séance du conseil dirigeant : il peut, cas très exceptionnels, provoquer une asserae des corps de l'État'.
tnt être les rapports de l'ambassadeur avec ses corps diplomatique 7
leur se montrera aimable envers ses collègues, pte de la qualité et du grade de chacun, de ioncilier leurs bonnes dispositions '. Il visitera, au moins les ambassadeurs des grandes puissur un pied de politesse et de généralité, ilever à la cour aucune susceptibiUté '. Cette n devoir.
eur de France ft Venise, en 1503, se plaint qu'A isadeur de Venise ne fait pas « la chère accoude Trans, l'ambaSHadeur de France. L'inculpé, B^ouvememcnt, proteste vivement ; il entretient
de l'ambassadeur de t'rence(BurchBrd, III, 353). Leclurgé Bgne, mécontent d'une n^ponse du pajii!, faitun éclat en plein ' sept. 1509; il dil qu'on ne lient pas assez de compte de I s'en repentira.. .Alexandi-e VI répond d'abord avec colère, esque aussitôt (Dup. di Giuttinian, I, i'M).
jya S Gènes le prince de Salerne et Baltaiar « Poslecula, ■ emblée solennelle du conseil et des magistrats, lîrentdegrannom du roi et du duc d'Orléans. « Le roi est (out dévoué à era pas loucher II ses intérêts : ceux qui le serviront seront eltre de remerciement ft Ludovic, SO juillet 1494. Arch. de m, 36, 1813).
mne de ISOS.Villari, Disp.diA. Giuilinian,l, 5,6. mne du iù juillet 1498, aux ambass. en France (A. de Vç-
PROCÉDÉS VERBAUX DB NÉGOCtATlON 39
avec tous ses collègues étrangers d'excellentes relations ; sans distinction. « M. de Trans, dit-^il, a été presque toujours absent ; c'est un homme plein d'orgueil, dont leis allures ne sont pas les miennes ; néanmoins, quand je Tai vu, je me suid efforcé de lui prouver ma sympathie par tous les moyens. Cela ne suffit pas à M. de Trans, qui Voudrait sans doute qu'on s'employât à accréditer les fables qull débite. » L'ambassa* deur ne pense pas devoir jouer ce rôle, mais il promet d'avoir toujours pour son collègue français d'aussi bons procédés que pour les autres ^
Les relations entre ambassadeurs comportent une certaine réserve; les intérêts différant', on s'en tient au langage officiel * ; il convient d'éviter trop d'empressement vis-à-vis d'ambassadeurs mal vus à la cour * : dans le cas d'une situation tendue, on ne leur fera même de visite qu'après s*être assuré préalablement de l'agrément du ministre dirigeant \ Sans doute, la communauté de vie et de fonctions « établit peu à peu quelque cordialité ; mais cette cordialité ne dépassera jamais une limite assez étroite. « Avant son départ,
4) Dispacci di A. Gituiinianf II, 80.
2) Il est arrivé un ambassadeur de Tempereur, son secrétaire, et fort estimé de lui. Je ne manquerai pas d'épier ce collègue, écrit en propres termes N. Valori (Dép. de Valori, 29 janvier 11)03-4).
3) A l'occasion de la publication de la trêve entre la France et TBspagne, le résident florentin Valori va faire visite aux ambassadeurs d'Espagne ; il ajoute fort peu de foi à leurs paroles (Dépêche de N, Valori, i4 février 4804).
4) N. Valori écrit qu'il n'ira faire visite aux ambassadeurs de Tempereur qu'après leur audience du roi, et après en avoir parlé au ministre (Dép. du 2 février 4503-4).
5) Valori demande au cardinal d'Âmboise s'il doit aller voir l'ambassadeur, nouvellement arrivé, de l'empereur, et les ambassadeurs d'Espagne. Le cardinal l'exhorte à leur faire une visite et à leur parler d'une manière ami- C4ile pour eux et honorable pour le roi de France (Dépêche de Valori, 2? janvier 4503-4).
LA DIPLOMATIK AU TEMPS BB UACIIIAVEL
itle résident vénitien en France Dandolo, j'ai entretenu berto Accaiuoli, résident florentin, devenu mou amipar une qiientatioQ de quatorze mois ; je lui ai parlé de la commisa qu'il disait avoir reçue du pape. Il a repondu qu'il ne ivait parler qu'au roi, sous peine d'excommunication ». Et ndolo ajoute lui-même : « Je parle toujours avec gravité et erve'... » L'ambassadeur d'Allemagne en Bourgogne vient r l'ambassadeur de Milan et s'incite ji dtner pour le jour me ; il amène GuiUitume de Rochcfort, chancelier de Bour- !;ne. Bien que pris de court, Tambassadeur milanais s'efce de les recevoir honorablement ; mais il ne peut pas ce p-là expédier de rapport, et il a l'air de trouver son coluc passablement indiscret *.
sauf ces nuances, de bonnes relations rendent de grands vices. Les ambassadeurs se rencontrent souvent à la cour en ville *. En les visitant, on voit chez eux d'autres personnes*. Nombreuses sont les conversations politiques qui nais- ■t de ces rapports : c'est le moyen d'apprendre des noules, de recevoir des ouvertures indirectes ', de juger du actère ou des vues des princes ; et le résultat figure souit dansles dépêches des ambassadeurs '. On s'attache surt à voir et à faire parler les ambassadeurs ou secrétaires
I Dép. du SOmailSU.
I 4 mai 1476 {Dép. des amb. milanais. II, 117).
) A la messe. Ditp. di A . Giuitiniaii, II, !">,
I L'ambassadeur de Venise à Rome trouve chez l'ambassadeur de Frauce
lamérier du pape (6 nov. 1500. Sanulo III, 1063).
) Eh5p6che vénitienne du ûi août ISlâ, fi loraleur in curia (Rome). Le
e ayant communiqué des ouvertures du roi de France, une lettre de la
e, cl une de Jean-Jacques Trivuke, ordre à Foscari d'en parler à l'am-
ladeur d'Espagne |)Our lui montrer que son maiire n'es) pas aussi loyal
le pape. Les Français ne clterclienl qu'à mettre la jalousie et la zizanie
s notre li^çue (Arcli. de Venise).
) Villari, Ditp. di A. Giuslinian, not. Il, :tâ, SS.
qui arrivent*, qui passent, qui partent V« Edouard Bullion vient de passer par ici, écrit Machiavel. Je n'ai eu le temps d'en rien tirer, mais cela est inutile, puisqu'il va vous voir'. »
Lies conversations ne servent pas seulement à recueillir des nouvelles, on y traite bien des affaires. Le résident de Venise à Rome s'empresse d'aller voir les cardinaux nommés légats en Allemagne, en Hongrie. . .et s'entretient avec eux des affaires des Turcs*. L'envoyé bourguignon àMoncalieri, en 1475, communique k renvoyé milanais une lettre d'un grand personnage bourguignon, le président du parlement de Dole, qui s'étonne, qu^allié de la Bourgogne, Milan ne fasse rien pour elle. L'envoyé milanais répond qu'on n'a rien demandé au duc de Milan, mais que certainement il est prêt à remplir ses engagements \ Dans des cas comme celui-là, les bonnes relations personnelles de l'ambassadeur servent son gouvernement.
Pendant l'agonie de Pie III, en 1503, Jean Lascaris, ambassadeur de France non pas à Rome, mais à Venise, rencontrant au Vatican l'ambassadeur de Venise à Rome, cause longuement avec lui, pour arriver à lui demander les votes des cardinaux vénitiens en faveur du cardinal d'Amboise : « Donneznous, dit-il, cette marque d'amitié : vous voyez bien que notre
i) Claude de Scyssel,en arrivant de Rome à Paris^va voir le résident vénitien et cause du pape avec lui (Dép. de Dandolo, 4 mars i514-i5. A. de Venise) : un envoyé de Clîiude de Seyssel à Paris, va le voir (Dép. du 28déc. i513. /d.). Dandolo et le résident florentin cherchent vainement à faire parler un agent qui arrive de Rome (Dép. du 13 avril 1514. /rf.).
2) L'orateur vénitien rend compte d'une conversation avec l'ambassadeur allemand, sur les rapports du papeetdu duc d'Urbin avec Venise (mars 1505. Disp. di Giuslinian, III, 441). M. deTrans revenant de l'ambassade de Rome, l'ambassadeur florentin en France va aussitôt le trouver pour parler des affaires d'Italie (Dép, deN. Valori, 13 février 1503-4).
3) Dép. d'Imola, 15 oct. 1502.
4) 6 oct. 1500 (Sanuto, UI, 909).
5) Dép. du 9 juin 1475 {Dép. desamb» milanaiSf 1, 151).
PLOMATIE AU TOIPS DE MACHUVÎX
ircment pas la majorité : ainsi, magnifique ustrissime Seigneurie peut nous donner ces èsultera rien ' ».
un ambassadeur pourra amorcer par uDe lies négociations en debors de sa mission me alors à recevoir les ouvertures et k tes ecréiaire de Pandolfo Petrucci, de Sienne, l'ambassadeur vénitien, présente une lettre |u'îl n'a d'autre ambassade k accomplir que iBsage de son maître. Il tire de sa poche une mbassadeur répond très courtoisement, et ;opie de la dépécbe'....
ible pour un ambassadeur de se rapprocher les puissances amies ou sympathiques ' : sans services mutuels, tels que celui de porterune c'est le moyen d'influer indirectement sur la td'avoirdesQouvelles: l'Jeme suis rapproché 1 pape, du roi des Romains et de l'archidue, aves, Décrit le résident vénitien Maiiroceno'. plus étroits doivent rester très secrets '. Il
diA. Giuttiniati, 11, Soâ.
icei di Giustinian, III, 61). Le ducd'Urbin.de passage Il l'ambassadeur vénitien par son secrétaire une lettre , 418). L'archevêque d'Amalil, agent de Gonsalve de nbassatteur de Venise ii Rome avec aa lellrede créante
Venise â Borne reçoit l'ordre de se leniren termes obladcur d'Allemagne. Il s'empresse d'aller le voir (déc. ion, 111, 350).
1, du b sepl. 1II06. v Je visiterai en voire nom les amrit le résident Dandolo.el, par eux, j'enverrai les lettres i;lcterre, qtti m'enverra les siennes pour vousa(Dép. de \. de Venise).
104 (A. de Venise).
fout, en communiquent des nouvelles importantes, convenir d'une discrétion rigoureuse, et parler bas \ Il y a aussi les, rendez'Vous nocturnes, * les rendez-vous donnés sous main, les rencontres au château comme par hasard *. Commines, ambassadeur à Venise, en est réduit à profiter d'un jour de gros temps, qui, en rendant impraticable le grand canal, le sépare deTambassadeurdeMilan, pour voir mystérieusement l'ambassadeur de Florence *.
Les rapports trop intimes entre certains ambassadeurs excitent de vives suspicions •. Par lettre directe au roi d'Angleterre, Marguerite d^Âutriche se plaint que Tambassadeur anglais à Rome « pratique journellement » avec l'ambassadeur vénitien*.
On ne peut déchirer les voiles qu'en cas d'alliance avouée ; alors, un appui mutuel fait partie du programme ; ainsi Venise, prescrit en 1509 à ses ambassadeurs à Rome de recourir aux bons offices de l'ambassadeur d'Angleterre ^ Des ambassadeurs alliés pourront officiellement se présenter ensemble ', ils combineront leurs démarches ', ils feront simul-
\) Conférence des ambassadeurs de Lucques et de Yenibe (Dép. de Mauroceno, 24 sept, et 15 déc. 1504. A. de Venise).
S) Le soir du 13 mars 1504^ le pape a eu une conférence mystérieuse et prolongée avec l'ambassadeur d'Allemagne. Son but est de, rapprocher TAllemagne et la France contre Venise. La nuit suivante, l'ambassadeur d'Allemagne va lui-même tout raconter à l'ambassadeur de Venise, qui, sur l'heure fait partir un rapport (Disp. di Giustinian, III, âO).
3) L'ambassadeur espagnol fait dire à son collègue de Venise d'aller au Vatican, où il le rencontrera et lui donnera d'importantes nouvelles. Ils se rencontrent ainsi dans la salle del Paramento (avril 1504. Disp, diGiustiniayit
4) 1494. Kervyn, Lettres et négoc., II, 131.
5) Desjardins, 11,492.
6) 1511. Lett. de Louis XII, II, 96.
7) Instr. du 28 déc. 1509 (A. de Venis^.
8) Les orateurs du pape et de France vont ensemble à la seigneurie de Venise (27 octobre 1500. Sanuto, III, 979) ; les orateurs de France et de Venise conviennent d'aller ensemble au consistoire (oct. 1500. W., 953).
9^ A Home^ en 1500, les ambassadeurs d'Allemagne, d'Espagne^ de Na-
de', il se prêteront assistance*. Il nbaasadcur subdélègiie & un autre entente, au besoin, ira plus loin :
dront par correspondances ' ; mais
emenl), pour empfclicr le )>ape d'accorder nnuto. III, 498). Pour It's afTitires de Saluces ambassades de Savoie, de Milan, de Berne
gneb Venise insistent ensemble, sur* la dcappuyée par le pape, de certaine abbaye : le rlc net 400 ducats, il offre au cardinal une eut donner l'abbaye à un prélat vénitien bien
)assadeur de Venise à Rome reçoit h 6 lieurcs eu rd'lils pagne, qui lui annonce sa visite imde ne )>as sq déranger, qu'il irait le lende- I arrive. Après une phrase sur l'amilié de I qu'il sort du Vatican, où il vient d'avoir avec wrlante et qu'il a voulu la communiquer à son chei lui. Il a plaidé la cause de Venise près ra demain consistoire, il offre ii son collègue soir mi^nie, part un rapport circonstancié liait, 1, 369). L'ambassadeur d'Espagne sert isadeurs de France et Maximilien (1501. Le v.K Maximilicn refuse, pendant quatre mois, ancc; l'ambassadeur d'Espagne suit ofncieu- IX (Id., 46). Lettres de Louis XI, fi ses nm- [>our les inviter k recommander au pape le 6. Lelt. dt Louft XI, III, 112), et au duc de rès du pa|)e la demande de ces ambassadeurs n (Id., 114). Lettre de Louis XI au cardinal h continuer ses bons ofTices nu duc de Milan lan. W.,IU, 95).
■adeur de l'empereur près du pape, écrit qu'il ur d'Espagne à Venise de proroger la trôve . qu'il sera supplée par le vice-roi de Naples *,'■
(, ambassadeur d'Allemagne en Italie, à l'c- ! France : de Modène ; il lui donne des nou- <ui$ XII, II, 136. Cf. id., 137). Dépêche de trite d'Autriche pendant les négociations de |ue l'Angleterre croirait nécessaire de suivre ;on (ISOa. Id., 1, 13S).
r-ri-r-
nous n'avons pas besoin d'ajouter que, si les intrigues dépassaient les bornes d'une extrême prudence, on risquerait toujours de fâcheux conflits. Le résident français à Venise Mainier a un agent à Rome pour faire ses commissions, et, par chaque courrier, il aTimprudence de lui écrire des lettres très chaleureuses en faveur de Venise. Ces lettres, publiées partout, produisent d'autant plus d'effet que M. de Gramont, résident français à Rome, parle, lui, de Venise avec froideur, si ce n'est avec dédain*.
En résumé,les rapports officiels des ambassadeurs entre eux sont réglés : V par Tordre de préséance ; l'ambassadeur doit la visite aux ambassadeurs qui ont le pas sur lui ; il reçoit les visites des autres *, qu'il fait même mander au besoin ' ; 2** parleurs communs rapports avec la cour près de de laquelle ils se trouvent. A moins d'alliance, il faut ne se rapprocher qu'en secret et avec beaucoup de précaution des ambassadeurs amis de son propre gouvernement ; au contraire, il faut avoir des rapports avec tous les ambassadeurs bien vus du gouvernement local : on peut même, en cas de guerre, voir les représentants des puissances ennemies de son propre gouvernement. Gommines se vante (sans doute à tort) d'avoir ainsi obtenu, à Venise en 1494, par ses collègues pontifical et napolitain, des détails sur les préparatifs faits à Rome et à Naples contre Tarmée française.
La mission entière du résident repose sur son habileté à
i) Sept. 1502. Dispaccidi A. Giustinian.
2) Conférences des ambass. ^e Venise et de Lucques, citées ci-dessus.
3) L'ambassadeur de France, Gommines, envoie son secrétaire k Tambassadeur de Florence l'excuser de ne pas encore « l'avoir fait mander », parce qu'il a toujours « Tambasseur de Milan sur les talons ». Le florentin répond que, lui aussi, s'est abstenu de remplir ses devoirs, pour ne porter ombrage à personne. Ils communiquent par le secrétaire (1494. Kervyn, Lettres et négo* ciationsi II, 123).
i6 LA Dlt>LOUATlE AU TEUP9 i>B MACHIAVEL
savoir les nouvelle» ; il s'y appliquera donc avant tout : pour en obtenir de bonnes, d'utiles, il lui importe extrêmement d'en avoir aussi A donner: en sorte que sa vie entière se passe dans ce commerce, où les négociations d'affaires proprement dites occupent peu de place.
Pour arracher une nouvelle, le meilleur moyen est de donner discrètement à entendre qu'on la sait. Un ambassadeur milanais raconte à son maître, en 1478, qu'il vient d'obtenir ainsi d'importants renseignements de Philippe de Commines ' .
L'ambassadeur qui veut obtenir une communication, commence par affecter une oontianoe spéciale. S'il ne réussit pas, si son interlocuteur pénètre sa pensée et se moque de lui, il se dira, en ^ise de consolation n qu'on ne peut faire des hommes plus qu'ils ne veulent '. » S'il a eu la dextérité de découvrir une bonne nouvelle, il se hAte, sans fausse modestie, d'informer sa cour : << Je viens, écrit un milanais, de faire parler con ogni dextreza possibile, le secrétaire... » ; bref, on s'en vante, quoique les renseignements ainsi arrachés soient souvent sujets à caution *.II ya de brillants succès dans ce genre : par exemple, Charles VIII communiquant au roi d'Angleterre la nouvelle, surprise par ses ambassadeurs en AUemagne, que Maximilien voulait favoriser le complot de Perkin Warbeck contre lui *. A notre époque de nouvbllisme à outrance, nous pouvons difficilement comprendre le prix qu'on donne aux nouvelles, dans la pratique du commencement du XVP siècle : It ce moment là, une nouvelle est la première arme diplomatique. Ainsi, sur l'heure où parvient A Venise la nou-
1} Kervyn, ùeltmel négoeiatwnt, 111, iS.
3) Rapport d'un ambassadeur milanais (1479. Rervyn, Lettrn «J né§oe
tioM, m, 41).
B) Rapport d'un ambassadeur milanais {Mp. det amh. mit.. Il, 308).
4) Delaborde, Expiait, de €k. VIII, p. 333.
PROGÊOIÉS VfiHBAÛ^t DE NÉGOCUTIOK 4?
vellede la capture de Ludovic le More par la France, la sei» gneupie fait écrire à Rome, à Naples, en Hongrie, et prend des mesures pour la faire savoir aux Turcs*,
Rome est le pays du monde où Ton apprend le plus de nou^ velles ; on y cause beaucoup, on y reçoit des renseignements do toutes parts, chaque ambassadeur y possède des amis à faire parler. En temps de guerre, c est par là qu'on se ren-< seigne le mieux sur Teni^emi. En 1509, les Vénitiens tirent de Rome leurs nouvelles sur la France',
A Rome on obtient les nouvelles surtout par les cardinaux
et par les ambassades ^, Dans les autres Etats, les nouvelles officielles viennent du souverain.
A Venise, quand l'ambassadeur apporte des nouvelles* et en demande, la seigneurie affecte toujours d'en donner, et de les donner soi-disant toutes, spécialement lorsqu'il y a une guerre et que Venise conserve la neutralité.
i< Je fus appelé ce matin en présence de l'Illustrissime &ei«* gneurie, écrit un ambassadeur milanais, he prince me dit qu'on m'avait mandé pour observer envers Votre Excellence l'usage
ordinaire, en me communiquant les nouvelles importantes, afin que je pusse vous les transmettre... » Ou lui avait fait part,précédemment,de l'arrivée d'un ambassadeur de France : le doge lui communique sa propre réponse ; il la fait lire par un secrétaire, et en remet copie. Même communication est
DSanuto, III, 215.
S) Sanulo, IX, 408.
3) £q 1504, l'ambassadeur d'Espagne à Rome informe Tambassadeur de Venise de tous les faits et gestes du pape, et de toutes les nouvelles (Dwp. di Giwtinian,\{\, 107,263): l'ambassadeur de Venise à Rome va voir le duc d'Urbin ; il a d'importantes conversations avec le cardinal de Naple», le cardinal de St-Georges (fèv. 1505. Id. , III, 398). Quand 1« pape est malade, Tambassadeur est aux aguets pour en avoir des nouvelles vraies. Il est utile alors d'avoir un cardinal pour ami (/d., II, 117 et suiv.).
4) Sanuto, III, 714.
I DIPLOUATlt AU TtMl'S DE MACHIAVEL
>yés du pape, de Naples, de Ferrare, succcssilart *.
& chaque audience, le roi donne les nouvelles iropos. Ainsi, en 1510, Louis XII reçoit jours nouvelles d'Italie, et les communique à l'amlérial '.Innombrables sont les dépêches où l'amhâte de cousigucr les nouvelles venant du roi. )us à en citer quelques exemptes au hasard, latin le roi, qui est arrivé ici (à Paris) en bonne de ses derniers ennuis, écrit le résident vénitien [514 : en remettant le détail à plus tard, le roi a certitude du traité avec l'Angleterre, et d'une pape, Venise, l'Angleterre, Florence et probauisses ; le roi des Romains sera vaincu et sans spagne également. Il me dit de ne pas m'émou- ;rai le premier informe. Il me demanda de vos répondis que je n'eu avais pas, mais je lui parlai
votre situation critique... ' »
: H Ayant appris l'arrivée d'un agent d'Espagne, roi, avant les joittes. Il y avait cercle de priné ; on parlait joûtes.'Le roi me prit à part : J'ai, grandes nouvelles. Le roi d'Espagne, par une ,phc, me propose tout ce que je veux'... ii.etc.
matin le roi, je lui ai dit ma joie des nouvelles, le les tenir de lui pour vous les transmettre, que rien n'était conclu, qu'on avait été parfois lUt...' i> etc.
n. Lettres et négociation*, II, H9-t2t.
lù XII, II.
ill. 1S14 (A. de Venise).
iov.l514(A. de Venise).
uiUetlS14(A. de Venise).
Nous n'insisterons pas sur ces extraits- Il en ressort que Tambassadeur recueille les nouvelles officielles de la bouche du roi, ou au moins par le premier ministre ou le secrétaire du roi. Le souverain etTambassadeur échangent leurs nouvelles ; cet échange varie extrêmement, suivant le degré d'intimité des rapports. En cas d'alliance, la communication des nouvelles est due ^
Quant aux nouvelles officieuses, l'ambassadeur les prend de toute main ; d'un ancien ambassadeur près de sa cour, d'un membre influent du conseil, d'un parent de grand personnage, de personnes qui désirent garder l'incognito*. On ne saurait émettre à ce sujet aucune espèce de règle. Tous les moyens sont bons, pourvu que la nouvelle soit sûre. Le résident vénitien Condolmeri écrit de Bourges, le 29 février 1508 : « L'envoyé allemand couche dans la maison de notre ami très fidèle ; celui-ci a pu dérober avec beaucoup de précaution (cautissimamente) les chapitres et réquisitions du roi des Romains ;il me les a apportés. Mon secrétaire et moi^ nous les avons copiés tout de suite, et nous les avons traduits en chiffres que nous vous envoyons '. » Dandolo, résident vénitien, joint à sa dépêche du l''*' février 1503 une note, sans signature, d'un ami^ qui déclare ce qui suit : « A. Gênes, dans un hôtel, j'ai fait la connaissance du trésorier français, chargé
i) Louis XII communique immédiatement à Tambassadeur impérial, son allié, des ouvertures de paix de TambassadeUrd* Aragon (i512. Lett, de Louis XII, m, 498).
â) Le frère du général de Normandie (Arch. de Venise. Dép. de Dandolo, 5 juillet 1514), Alexandre de Trivulzio, frère de l'ambassadeur de Venise (td., 28 avril 1S14, 18 déc. 1513), un ami du maréchal de Gié {id., 10 déc. 1502), le cardinal de Baveux, membre très important du conseil (id., 49 avril 1514). Cf. les dépêches de Machiavel des 8 nov. 1502, 16 nov. 1503, 31 aoûtl506, 26 juillet 1510, 27 août 1510,6 sept. 1506, 21 juillet 1510 : Desjardins, Négociations, t. II, p. 435, 106, 112, 594, 76, 151, 169, 256.
3) Dép. du 29 fêv. 1507-1508 (Arch. de Venise).
SO LA DlPtOHATIK AO TEMPS DE MACHIAVEL
à Milan de tous les paiements militaires, et venu & Gènes pour son serrice. Je me suis lié avec lui ; il est très intelligent, très prudent, cependant j'ai pu en tirer des renseignements. Un secrétaire de M. de Chaumont, homme d'autorité, est venu loger avec lui ; comme ils dînaient ensemble dans leur chambre, j'ai écouté la consen'ation à travers la cloison. Ils parlèrent fort de Venise... Crémone, disait le trésorier, est la première forteresse du Milanais ; personne, ni le roi non plus, ne peut souffrirde la voir aux mains des Vénitiens. M. de Chaumont a des intelligences dans la ville et les environs ; dernièrement, à la suite d'avis secrets, il a écrit au roi que, quand on voudrait, il se chargeait d'occuper facilement Crémone et le territoire : le roi a répondu de cultiver en grand secret ces relations, mais que le moment n'était pas venu d'agir'... »
Ce natf récit n'attire aucun blâme du gouvernement. Au contraire, on ne reproche aux ambassadeurs que de ne pas donner assez de nouvelles. Dans une dépêche du 12 novembre 1505, le vénitien Mauroceno se défend avec énergie contre une accusation de ce genre. Son curieux plaidoyer nous montre qu'il a fait tout le possible, qu'il a obtenu bien des secrets ; il rappelle, avec raison, ses précédentes dépêches : il rejette sur son gouvemementla responsabilité de l'insuccès. On ne le soutient pas ! On ne répond pas à ses communications 1 On ne veut faire aucun présent ! On lui a refusé des faucons pour le roi et le cardinal d'Amboi^e ! '...
i) Noie du îi janvier, annexée à la dépèche de Dandolo du U' février JB02-3(A. deVenise).
S) Voici l'analyse de cette dépêche : Vous m'avez reproclié de ne vous avoir donné sur !c traité aucune pafliCularitÉ digne de foi. J'ai mis tous mes soins, toute ma peine à en avoir copie ou ii en obtenir des détails. J'y si mis loule mon intelligence. J'en savais l'importance. Si vous avez copie des traités faits k Trente, puis à Lyon, la cour en aura bonne nouvelle, parce
PROCÉDÉS VERBAUX DB NÉGOCIATION Si
Bref, le rôle du résident consiste à pénétrer ce qui se passe et à en informer son gouvernement *. Le gouvernement seul décide et oriente la politique. Le résident, dans toutes ses démarches^ ne pense qu'à sa dépêche. ATinverse, si quelque nouvelle favorable à son État se produit, il s'empressera de la colporter et de la répandre '. Ce rôle de pur observateur remporte de plus en plus sur le rôle d'intermédiaire :
que, de l'arrivée du chancelier de Tyrol à la conclusion et au serment, le roi n'a pas eu le temps de demander en Allemagne ce qui peut être intervenu . Le pape triomphe: on ne peut craindre que du trouble contre vous. Mais je ne les crois pas bien sincères, tous. Il devient urgent de vous rapprocher de l'empereur, ce qui paralyserait le pape et les autres Italiens : de faire en tout cas des provisions, de s'entendre avec les Suisses. Je vous ai dit mon en-*, irevue avec Rouen ; je n'ai pas cru devoir lui demander copie des capitula ; il me les aurait donnas à son gré ou refusés. Lui et le roi n'avaient cessé d'af* iinner qu'ils ne feraient rien contre jus federis. Je vous ai signifié aussi ce que j'ai pu savoir du chancelier et de Tévôque de Paris. Je me suis rapproché des ambassades du pape, du roi des Romains, de Tarchiduc, qui vous savent braves,du roi et de Rouen t que j'ai cherché à éloigner de toute malveillance et à persuader de votre confiance ; j'ai tout fait pour avoir des nouvelles. Personne, dans cette cour, à ma place n'eût mieux réussi. Quand je vous ai écrit de Blois ma conversation à Ghaumont avec Rouen et le chancelier, une réponse de vous m'eût aidé à faire mieux. Je vous ai adressé les indications se^ crêtes de l'orateur de Lucques, qui les tenait du secrétaire de l'évêque de Sisteron, c'est-à-dire du pape, et qui avait vu des copies : aucune réponse de Tons n'a approuvé et encouragé mes démarches 1 Je vous ai communiqué les confidences de Melphes. Mais vous abandonnez vos orateurs ! Je vous ai demandé aussi des faucons pour le roi et le cardinal, qui feraient très bon effet : m La forza de presenti è grande in questa corte : chi dona ê bon veduto,et sono assai facili a removerse da qualche impressione corne etiam facilmente le pigliano per la loro natura. In questa corte la Sublimita Vostra ha pochi amici et se discessi niuno non fallaria.» Pardon du retard de celte dépêche : je n'avais pas de courrier à expédier (A. de Venise).
i) Machiavel avoue n'avoir pu savoir si le départ du comte de Ligny pour l'Italie en 1500 est motivé par une mission politique, comme on le dit, ou par une amourette (Dép. du 26 sept. 1500). Cf. les dépêches de Machiavel du 12 août 1500, du 20 nov. 1502, du 22 février 1504, 14 juin 1508.
2) Florence, 3 mai 1487, dép. de l'amb. Milanais (Archivio Sforzesco). Il a été annoncer à Laurent la défaite des Suisses. Laurent la savait depuis la veille et félicite chaudement l'ambassadeur de la leçon infligée à a ces barbares. »
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5^ LA DtPLUllATIi: AL' TKMPS DE SlACttlAVEI.
c'est pourquoi les ambassades pemianentcs vont devenir d'un usage universel et supplanter, faire oublier même les ambassades spéciales, où le délégué remplissait une mission beaucoup plus caractéristique.
Dans celte diplomatie nouvelle, « tout est mystère et rien n'estsecret, » selon le mot de Josepb de Maistre '. On prend, en très grand mystère, des décisions que tout le monde connaît sur l'heure. Lors des premières ouvertures de paix entre Venise et l'empereur, la seigneurie de Venise, le plus mystérieux des gouvernements, décide d'envoyer deux ambassadeurs « secretissime » : la nouvelle devient ii l'instant publique, et il n'est pas question d'autre cbosc *. L'ambassadeur de France et le cardinal de San Severino ayant eu avec le pape un entretien assez viT, les autres ambassadeurs en pénètrent immédiatement le secret et l'écrivent*.
Quant au langage que doit tenir en affaires un ambassadeur, résident ou spécial, la règle générale est la mesure et la réserve. Il ne faut jamais de langage trop vif * même à l'égard des tiers'jîi moins qu'il n'y ait plus de ménagements à garder ; on se gardera de trop prolonger une discussion, et de la laisser s'aigrir '. L'ambassadeur d'une petite puissance se montrera certainement plus souple et plus insinuant que ce-
1) Cf. Desjardins, ^égoeilUio>li, U, 363. S) Dec. 1309(Sanulo, IX, SSi).
3) Villari, Ditj). di Giuttiniaa, I, 3t.
4) V. une aliercation de Louis XII avec l'eDvoyè du pape, en 1309 (Ocsjardins.ll, S23}.
5) Un des ambassadeurs de Flandre Icoanl contre Klorencc des propos virs^ Robertet répond avec fermeté. Leï deux autres ambassadeurs prennent sus sitôt la parole, pour réparer la maladresse de leur collègue (1509. Uesjardins, yégocialions, II, 438).
6) « Paucis verbis, quod nimic dispulationes, cl spccialiler de rcbus non gratis, ut plurimum soient turbare bonis conclusiones » (Sénat de Venise, l3 dec, ii(}3.nc\a\[\\ù,LaFri\ifefnOntiil.l\ |33).
PBOCÈDKS VRKKAUX DE NÉGOCIATION 53
hii d'une grande : et dans l'attitude de ce dernier, on sent toujours un écho du caractère de son souverain. Un envoyé de Charles VIII restera volontiers vain et impérieux, un envoyé de Louis XI, au contraire, s'en tiendra à une exécution ferme et obscure des volontés du roi. Naturellement, dans les missions spéciales, l'ambassadeur tieiit le langage dicté par les dépêches de son gouvernement : il aura à présenter une sorte de plaidoyer % à formuler des protestations dont on lui envoie la teneur*, à suivre une conduite minutieusement prévue... Ainsi le duc de Milan dicte à son fils Galéas, qu'il envoie en France pour épouser une belle-sœur du roi, la conversation suivante : Le roi parlera delà campagne qu'il compte faire cet été ; Galéas répondra qu*il est trop jeune, qu'il connaît trop mal le pays pour exprimer un avis, qu'il s'en réfère à la très haute sagesse et prudence du roi, qu'il suivrases ordres ; il consultera les ambassadeurs de Milan et se bornera à répéter, d'accord avec eux, quelques généralités, pour ne pas paraître ignorant. Le roi parlera ou fera parler du projet de mariage ; Galéas répondra qu'il a Tordre de faire tout ce que désire le roi. S'il s'aperçoit que le roi désire traiter la chose avec certaines formes et avec maturité, il pourra montrer son pouvoir et annoncer l'arrivée de Malleta ; sinon, il se mariera de suite. Après le mariage, si on le requiert d'arriver à la consommation, Galéas demandera à réserver cetacte pour Milan : il alléguera rusage,dansnos pays, de consommer le mariage àla maison du mari, avec des solennités et des fêtes. Cependant, si le retard de cet acte contrarie le roi, Galéas s'arrangera pour faire le nécessaire : « c'est, en effet, un acte plus important de contracter
i)Dép. des 16 de Bologne à Ant. Saxigliono, 4 nov. 1500 (Ârch. de Bologne, Comune, Litterarum, 1500-1305, 33 ro).
2) Dép. des 16 de Bologne^ Yinc. QudriolQ,25 sept. 150^ (4rch. de BoIot gne,îi., 147 yo).
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54 tA DIPLOMATIE AU TEMPS DE MACHIAVKI4
paarîage que de le consommer ; ayant fait la chose la plus grande, on ne doit pas se refuser & faire la moindre. » Il de« mandera cniin si le roi a Tbabitude de se servir d'étendards, afin de s'en procurer ou non pour la campagne future. Enfin Galéas» pour se faire bien venir, donnera les nouvelles que son père lui envoie de Milan, de Naples^ de Rome, de Florence, de Venise ^
Dans toutes les négociations, Tambassadeur qui arrive parle Je premier et formule ses propositions*. A Tappui de son dire^ il dispose de deux sortes d'allégations, toutes deux classiques : d*abord, désir de la paix, puis allégations de droit, d'honnê* teté ; les premières s'adressent au sentiment, les secondes & la raison»
L'allégation de paix est une formule banale qui se retrouve non seulement sur la bouche de Tambassadeur, mais dans tous les actes de la diplomatie. Nous nous contenterons de la signaler une fois pour toutes. Elle se mêle fréquemment à la formule du Turc, dont nous avons précédemment parlé. La plupart des négociations spéciales, fût-ce en vue de la guerre ', à plus forte raison, pour la paix ou pour une trêve, allèguent Tutilité de la paix, soit en elle*même, au point de vue chrétien ^
1) Instruction da 3 mars 1466 (Ârchivio Sforzcsco).
2) Mémoire de 1445. Ms. fr. 3884, fo 181 V.
3) Le roi de Naples déclare se lier avec les Florentins^ malgré son amour de la paix, pour se défendre (Trinchera, Codice kragonese, II, p. II, p. 46). Alexandre Yl, qui allait voir avec tant de satisfaction César Borgia conquérir la Romagne, proteste qu'il veut en tout et pour tout « la paix universelle d et l'attaque des Turcs (Instruction de 1498 à ses nonces en France, Procédures politiques du régne de Louis XII, p. 1109). « Le roi ne désire que la paix avec tout le monde : puisse Dieu la donner, pour qu'on guerroyé contre les Turcs et non contre les chrétiens ! » Lettre du cardinal de Saint-Malo, peu avant la bataille de Fornoue. Arch. de Milan, Post.Est., Francia, 1494-95 (datée de Valmentone, 30 mai) .
4) Pouvoir du roi d'Angleterre pour une trêve, invoquant le nom de Dieu : a Régis Magestatis officium » est de chercher la paix (Rvmer» III, 200). Pou-
OU philosophique S goit pour faire face au Turc. Ou veut la paix, on ne veut pas autre chose : mais tel prince Tenfreint ou menace de Tenfreindre ; or le Turc, si on le laisse agir, va dévorer toute la Chrétienté ; il est donc indispensable de régler à très bref délai les querelles des chrétiens. Là-dessus, on se fait la guerre. Mais les peuples ont applaudi au mot de paix, et voté les fonds de guerre. Parfois, on obtient de l'argent en présentant comme un traité de paix un traité qui va décider la guerre '. Le désir de la paix est si criant que, d un camp & Tautre, on se rejette avec une extrême vivacité l'accusation de la troubler '.Ces accusations portent coup jusqu'au milieu des populations de Tennemi \
voir de Ferdinand et Isabelle pour la paix avec la France (Aff. du Roussil* Ion, 6 juillet 1492), rappelant les paroles de paix du Christ (K. 4638, d. 8). Ordonnance financière de Charles YIII, Ljon, 5 fév. 1465-96 (Commines, édition Dupont, IH, p. 425 et suiv.), sur la bataille de Fornoue. — Aucuns advertissemcns donnas au Roy, nostre sire, par son humble subget VospUalier de Rolides, Le grand maître dissuade le roi de la guerre : une pai^U^onorable est le premier des biens, c'est le legs de Dieu à la terre quand ït montaa es cieulx. Et par la guerre advient tout le contraire, car pour elle tous biens se consument, le service de Dieu est délaissé, tous énormes péchés se accom* plissent, blasphémemens du nom de Dieu, forces d'églises et de femmes, meurtres, pilleries viennent tous contre les commandemens de Dieu. Dont advient plusieurs foiz que Dieu se courousse et en fait griesves punicions sur ceulx qui en sont causes » (Fr. 2922» 51).
1) Instruction de Ferdinand et Isabelle pour la paix générale à leur ambassadeur & Londres (avril 1498. fiergenroth, Calendar of IcUers, despatches ûf State papers rel, to the négociations between EngUmd and Spain, p. i49).
2) Les États de Flandre, sur la demande de l'empereur, lui votent 300,000 ccus et à la duchesse douairière de Savoie 60,000 1. pour les avoir fait comprendre dans la paix de Cambrai (31 mars 1508-1509. Gachard, knalectes, 8q série, ccxLvii).
3) Lettre de Louis XI au corps municipal d'Amiens, déclarant que le duc de Bourgogne veut la guerre, attendu qu'il a renforcé la garnison et fait convoquer . le ban etrarrière-ban. Lettre du due de Bourgogne (Bruges, Iw mai 1467) en réponse à ses Amiénois, qui lui avaient envoyé copie de la lettre du roi^ protestant énergiquement et démentant le roi (Gachard, XnalecteSy 11^ série, cccxvi).
4) Lettre des États de Flandre h Charles VIII, 18 mars (1489), sollicitant
56 LA DIPLOMATfE AD TBSIPS DE MACHIAVEL
A plus forte raison, le diplomate utilisera ce procédé, qui coDstitue, k vrai dire, la base même de son action, sa raison d'être. Dans l'opinion publique, un ambassadeur n'est pas autre chose qu'un messager de paiv ; c'est ainsi qu'on le symbolise. Un artiste du Moyen Age représentera l'ambassadeur à cheval, assis de cAté comme un cavalier d'occasion, une branche d'olivier à la main*.
La formule de paix enveloppe tout et s'accentue en cou • leurd'amitié.ËUea même une grande utilité rétrospective pour effacer le passé. Un nouveau pacte de paix et d'alliance avec un ancien allié qui vous trahi ne se présente pas, dans le langage diplomatique, comme un nouveau pacte, mais comme une réconciliation une consécration de l'union, de l'amitié, de la bienveillance, si vieilles entre les parties *.
Chaque parlieprendsoin aussi de dcmontrerqu'elle aie droit pour elle. On allègue à. cet égard soit les simples notions généralas de probité *, soit des arguments de droit plus ou
soD aille contre le roi des Romaina, l'eavoi de gens d'armes à Tournai, de H. de Vendôme chez eux, d'EngJtbert de Clëves en Hollande. Ils redemandiintla paix de 1483, et engagent le roi â se délier du comte de Nosshu qui veut seulement sa liberté (le comte de Nassau, prisonnier, s'était chargé de nègocierla paix). L'arcliiduc aussi proclame qu'il veut la paix ; il veut la guerre. Ils réclament donc l'assemblée de tous les États de tous les pays,» pour la seurlé du traiclé, et qu'il soit sans fainte et queue, » car aucune des paii de ces dernières années n'a duré, et l'on voudrait une paix sérieuse et définitive. L'archiduc, discnl-ils, « les tient (tous ses peuples) en guerre par force, contre leur nature cl oppinion ; que ne peut estrc chose de grant durée ; ■ il les a « subjuguer par force, eau tel le ou souhtivilez » {Gachard, AruUeeUi, ccxxt).
1) Miniature du ms. fr. 367, f* i:), reproduite par H. Léon Gautier dans son bel ouvrage, La Chevalerie, p. 713, et qu'il a bien voulu nous autoriser a placer sur la couverture du présent ouvrage. C'est une allusion classique i la branche d'olivier passait pour l'insigne des ambassadeurs de l'antiquité (Le Maire de Belges, Let Illustrations de Gaule, ch. v, f. ix).
3) Non une « nova lega, ma reconsilialione et rcinlegnitione de la unionc, amicilia et bcnevolentia antichamenic slala » (Lett. du duc de Milan, 13 avr, 1473. Dép. des amb. milanaû, I, 103).
^l I/iuis XI demande à F. ^forsa de rompre Iç mariage arrêté ep Ire s^
moins raffinés, mêlés ou non à des arguments de sentiment K On ne craint pas, en matière internationale, d'aller chercher loin ses arguments : ici, c'est le fait accompli', là, au contraire, le fait préexistant '. Sans doute, la guerre est le jugement de Dieu, qui sanctionne le droit et la bonne foi * ; mais, en réalitéja diplomatie enregistre plus de plaidoiries d'avocats que de jugements. On peut envoyer une ambassade dans le seul but de faire valoir un droit ' ; en fin de compte, les seuls
fille el le fils de Ferrand de Naples : « Respondemo che nuj se rendiamo certi che la Sma M'&del Re per sua summa sapientia, justitia, et hooesla, non voria da nuj cosa che ne fusse in grandissimo mancamento et vergogna et che dovesse despiacere et a Dio et al mondo. Ë perla qualle niuna persona, maxime alcuno principe, may non prenderia fede ne bono concepto de alcuna nostra promessa » (Réponse de François Sforza à Louis XI, i2 octobre 4461. Arch. Sforzesco).
i) Charles YIII, dit-on» lève des soldats, pour les envoyer en Bretagne (qu'il occupe et qu*il doit rendre). La duchesse ne peut le croire, « elle qui est sa parente, et orpheline, la tuition de laquelle il devroit plustost embrasser^ comme tous les princes, que de la spolier de son patrimoine et de l'héritage de ses prédécesseurs » (juillet 1490. Dupuy, Hiit, de la réunion de la Bretagne, II, 207).
2) Lettre de Ferrand de Naples au prince d*A1tamura, 22 juillet 1493.11 lui rappelle qu'Innocent YIII, pressé de donner au roi de France Tinvestiture de Naples, l'a refusée, parce qu'elle appartient au duc de Calabre (Trinchcra, Codice Aragonete, t. II, p. II, p. 165). Il se plaint que le pape ait eu trop de respect pour le roi de France. Il rappelle sans cesse le refus d'Innocent YIII. Certes, les rois d'Espagne, d'Angleterre, l'empereur sont avec moi, dit il : j'étais intime avec le feu roi Louis, et bien avec celui-ci : nous échangions des ambassades et des dons (p. 328) ; il n'a aucun motif de m'altnquer. Ferdinand prie instamment le pape d'intervenir (Ferrand de Naples à L. do Paladinis,o déc. 1493. Trinchera, Codice Aragonese, t. H, p. II, p. 322).
3) Les Pisans demandent leur annexion à la France (duché de Milan), par des motifs de droit, comme ayant appartenu aux Yisconti et séparés d'eux seulement par la violence fjuin 1500. Jean d'Auton, I, 303).
4) « Et est venu le tort de la part des Anglois, et par eux tousj ours continué et à la fin par le vray jugement de Dieu, comme raison estoit, leur est ledict tort demouré. Et ne faut faire double que en tous lieux d'honneur, soit en la présence du pape, du concile général, et de tous les princes chrestiens la querelle du Roy de France ne soit bien et deuement fondée » (Traité des différente,,, dédié'à Louis XI. Ms. fr. 7079, fo 208 vo).
5) Anjbass^dç circulaire en Allemagne, 6 Qvril ^459, poqr fi^irç Vî^loir les
>L0MAT1E AD TESfPS DE MACHIAVEL
ceux, qu'à tort ou & raisou, sanctionnent un ement, personne n'a jamais tort; la force ce. La diplomatie ne connaît pas les conqué- It que le triomphe du droit et de la justice, ins son discours de créance k Venise les pro- [■ain sur le royaume de Naples, Philippe de qu' Il il n'a jamais été dans les usages de la ce de s'emparer du bien d'autrui, que le roi a ne saurait le suspecter, lui qui a généreupignan à l'Espagne et plusieurs villes à l'ar- § n'a pas la moindre prétention sur l'Italie, ir le royaume de Naples qui lui appartient et encore n'est-ce que pour arriver àrecones les provinces et villes usurpées par eux.
même pas à Naples, si elle ne voyait dans le œuvre chrétienne ; le royaume reconquis, us les seigneurs leurs possessions, de sorte u de chose, étant donnés les sacrifices nécesenir l'ordre dans le royaume ' ».
mix tient une certaine place dans les couver- [ues, qu'il parait toujours inspirer ; l'argu- I contraire , n'en occupe pas beaucoup : on le >ujours par écrit, comme nous le dirons plus
in argument presque classique, pour toute
prétend sur le LuKem bourg contre le duc de Boiirgoi3t'n, IV, 349 et s.)- A la mort du roi d'Aragon, ins- VII pour représenter à Rome ses droits et ceux du roi '1 au droit et k la raison (3 septembre i iS8. Arcliivio
inrienx compte de dettes de U Bretagne envers l' Anambassadeurs anglais et accepté par la France (V. le cet effet, 1493 ;J. 919, n°g8).
t négodationt, II, 112.
négociation importante près la cour de Rome ; la menace de concile *,
L'argnment de la force doit apparaître très discrètement. Si Ton est puissant, on s'en vante ; si Ton est faible, on s'en vante également, en déclarant que cette situation double la reconnaissance '.
Une arme enfin qu'un ambassadeur doit être habile à manier est celle de la temporisation ; Tart de se retrancher successivement, de se dérober de réduit en réduit sans rien risquer'. Souvent, il est très difficile de faire sortirrambassadeur de son système de temporisation agaçante, de ses réponses vagues ou dilatoires ; dans ce cas, il faut brusquer le dénouement. On y arrive, en prenant au mot l'ambassadeur, et en mettant en relief avec colère le trouble qui s'en suit. Ainsi agit Charles VIII en 1494, vis-à-vis des ambassadeurs florentins. Ces orateurs arguaient du péril de leur république à se déclarer pour la France ; ils demandaient un rempart de troupes. Charles VIII, dans une audience privée, déclare les prendre au mot. Aussitôt, les ambassadeurs restent « stupéfaits, morts, comme #
i) En 1469| voulant obtenir de Rome la punition de Baluc et de FévAque de Verdun, et sachant bien quelle résistance il trouvera, Louis XI commence par mettre en branle toute l'Europe avec cette question. L'Espagne et l'Ecosse sont prêtes à appuyer tout projet de réforme. L'Allemagne (ou du moins partie des électeurs) se montre contraire, ou froide : les princes allemands se déclarent sujets soumis de Rome et de Louis XL Louis XI est ébranlé (Ghinzoni, Galeazzo Maria Sforza e Luigi A7, note, p. 14).
2) Lettre de Louis dauphin à Fr. Sforza,! 8 juillet 1459 (Lett. de Louis IX* I, p. 103).
3) Le conseil des Dix de Venise envoie, le 29 novembre 1512, à Andréa Gritti, l'instruction suivante : « Le pape et l'empereur ont conclu une ligue contre la France, et nous ont donné un délai pour y entrer. Nous devrions fournir de l'argent pour attaquer la Bourgogne. Nous temporisons, pour avoir la réponse du roi. Nous retirons notre armée sur l'Adige, jmur agir suivant le besoin. Elle a 1,200 hommes d'armes, 7 ou 8,000 fantassins, 600 statiotes, autant de chevau-légers. Que le roi se décide! Mous envoyons Antonio Juslinian » (Arch, de Venise).
60 LA DII'LOMiTtE AD THUPS DE MACtII&VBN
BÏ un couteau leur entrait dans le cœur. > Us liathutient. Alors le roi.se retournant vers ses conseillers avec une cerlaîne colère : h Ah, s'écrit-il, mon cousin le duc de Bari avait raison ! Voilà leur malignité ! » Après cette chaude alerte, les ambassadeurs se réfugient dans leurs derniers rctrancheflieiits: « Absence de pouvoirs suffisants, nécessité d'enréférer. » Il est plus facile de triompher sur ce dernier point, car les pouvoirs sont connus, etsi, réellement ils sont insuffisants, on assigne un délai rapproché '.
1) Desjardins, Ségoeialion*, I, 361-363 : rapport Je Belgiojoso, 4 fûvTÎcr, Arch. de Uilan, Pot. Est. Frmeia).
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