CHAPITRE IV
L'ambassadeur ne doit, sous aucun prétexte, pour aucun motif, renoncer à sa mission, ou même la suspendre ^ avant qu'elle n'ait pris fin.
L'ambassade prend fin :
V Par la mort de l'ambassadeur.
2** Par un rappel, ordinaire ou extraordinaire.
3** Par un congé.
4° Par l'achèvement normal de la mission, en cas d'ambassade spéciale.
1* Moî't de r ambassadeur.
On ne peut pas dire que cette circonstance mette juridiquement fin à Tambassade. En effet, l'ambassadeur, s'il est seul, peut, en mourant, déléguer à son secrétaire ou même à quelqu'un des siens, à son fils ^.., sa mission, au moins provisoirement ; s'il fait partie d'une ambassade multiple, les pouvoirs de l'ambassade ne se trouvent pas modifiés*.
tJn ambassadeur doit mourir en ambassadeur. Le résident vénitien Trevisan, sur son lit d'agonie, à Lyon, exprime le re-
d) Devant une épidémie fie peste qui ravage la Savoie, Tambassadeur do Venise quitte son iwste sans autorisation : en arrivant à Padoue. il trouve l'ordre de rétourner. Il repart, prend la peste et nieui*t(mai loOO. Sanuto, IIl, r. :U5).
!2) Ambassadeur de France en Hongrie (Sanuto, Ht, G«{, 117).
3) V. ci-dessus t. I, 367 et II, p. 99.
338 tA DIPXX>MàTIE au temps DB BtfACâlAVEt
gret de ne pas mourir à Venise après avoir rendu compte de son ambassade * . Le résident de Portugal à Rome meurt en ecclésiastique bien appris, comme il avait vécu, la pensée fixée sur les bénéfices (car il passait sa vie à solliciter un évèché) : '^^ avant d'expirer, il a, correctement, la précaution de résigner
tous ses bénéfices, pour en laisser la disposition à son gou-
vcmementV
^: L'orgueil national veut que la mort d'un ambassadeur
^'^ tourne à la gloire d» son pays. Les obsèques doivent être
célébrées avec p«^mpe : réoti du pays figurera sur les côtés du
r^/! catafalque, au milieu, et Técu personnelde Fambassadeurdans
les coins'. Les Français, et les Savoyards (toujours assimilés aux Français), accolent Téeu du pays et celui de Tambassa-
f^, deur*.
En France, le gouvernement se désintéresse des obsèques des ambassadeurs étrangers ; c'est à leurs nationaux de s'en charger ; s'il s'agit d'un envoyé italien, toutes les nationalités italiennes y participent. Trévisan, faute d*argent, prie qu'on ne lui fasse pas d obsèques solennelles : mais, comme c'était la foire à Lyon, etque sa mort défraye toutes les conversations, Vami fidèle de Venise, Bonino, juge impossible, dans l'intérêt delà République, d'exaucer le vœu du mourant. Il ramasse quelque argent chez quatre marchands vénitiens, et organîse de très pompeuses obsèques. Toutes les cloches de Lyon sonnent : le corps porté par six prêtres, est placé dans un catafalque de drap d'or armorié ; nombre de cierges et de torches brûlent, dont dix huit aux armes de Venise ; deux hommes en noir portent des cierges en avant du corps, deux en arrière,
i) Sanuto, III, 1480.
2) 1511. Sanuto, XII, 483(16 pape disposait des bénéfices vacants par suite de mort en cour de Rome).
3) Sanuto, lU, 1481 .
4) Burchardi Diarium, III, 152.
CONGÉ ET DiPART DES AMBASSADEUBS
et, de chaque côté, liuit marchands vénitiens ou Venise en tiennent de très gros. On remarque aussi hreux flambeaux aux armes de Lucques, offerts par quois. Sur la convocation de Bonino, les confréries i représentées par quatre cent trente sept personnes, l religieux {soit trois cent vingt deux moines), les ma beaucoup de Lyonnais, les Florentins avec leur co Lucquois, les Génois assistentà la cérémonie. Six frai portent ensuite le covps à leur couvent, où on le dêp un baldaquin aux armes de S' Marc, au milieu de d cinquante chandeliers, avant de le descendre dans 1 provisoire. Bonino fait partir le corps pour Venise ( jours après, selon la volonté du défunt, et met en bagages et la maison. Il rend compte du tout par un la seigneurie!.
A Rome, les obsèques solennelles des ambassac lieu dans l'église de la nation. Les cardinaux y assisi envoient leur maison'. Si l'ambassadeur avait été j cardinalat, cette qualité l'emporte, et on célèbre des cardinalices. Ainsi les pompeuses obsèques du can liers de la Groslaie eurent lieu d'abord à deux repris l'usage), le 31 août et)e 9 septembre 1499, dans sa personnelle de S'^ Pétronille, à Saint Pierre ; huit < y assistèrent la première fois, quatre la seconde ; le ] diplomatique français n'y figura que dans la per procureur de France en cour de Rome. Le 3 octobr Louis des Français, nouveau service, k la francs oraison funèbre, auquel assistent tous les Français tance '.
1) Sanato, lU, 1431, 1481-1482.
2) Obsèques de l'ambassadeur de Savoie {Burck. Diarum, lU,
3) Burckardi Diarium, II, p. 557 els.,561, 364.
Dans les autres Etats italiens, le gouvernement se charge des obsèques. Le gouverneur de Milan, sire de Ciiaumont, adresse k Venise une lettre de condoléance sur la mort du chargé d*aflaîres vénitien à Milan : « Pour Thonorer, il a, dit-il, donné ordre aux obsèques, auxquelles assisteront quatre secrétaires et les fonctionnaires ; il y aurait été luimême, si le secrétaire était gentilhomme. » Le doge remercie le résident de France, qui remet cette lettre *. Le 3 mars 1306, les grandes cloches de S^ Marc sonnent, pour la mort de l'ambassadeur dTspagne. Le corps est transporté le soir dans une chapelle ardente, et, le 1, ont lieu les obsèques solennelles, conduites par le doge, le patriarche, le fils du défunt, Tambassadeur de France et des personnages de tout ordre. Le cercueil, couvert d'un drap d*or fourré de vair, était porté au milieu des torches. Il y eut une oraison funèbre, un baldaquin : les boutiques se tenaient fermées sur le parcours *.
Sitôt avisé de la mort d'un ambassadeur ', son gouvernement s'occupe (>ar les moyens dont il dispose de faire mettre en lieu sûr ses papiers, ses bagages, son argent*.
1) Oct. 1502 (Sanudo, V, 479). Un des deux ambassadeurs vénitiens k Milan étant mort le 24 décembre 1494, le ducdc Milan revient expi*ès de Vigevano le 26 décembre |>our lui commander de solennelles obsèques. Le corps est ensuite envoyé à Venise par le Pô (Sanudo, Spedizione, 181).
â) Sanuto, VI, 306. L'orateur de Ferrarc est enseveli à Venise ; ses obsèques solennelles ont lieu quatre jours après sa mort. Sa famiPe y assiste, ainsi que le dofje, le légat, l'ambassadeur de France, les patriciens. Il y a une oraison funèbre (23 déc. 1504. Sanulo, VI, 416).
3) Des nouvelles de Corfou annoncent la mort du secrétaire vénitien àConstantinople (avril 1503. Sanuto, V, 9).
4) Fr.'Foscari, qui remplaçait en France Trevisan, écrit, en substance, de Loches, le 2o février Io00(l50i). « Reçu hier vos lettres, avec copie de la dépêche à D. Bonino de Boninis où vous me mandez, par suite de la mort de Bened. Trevisano, d'envoyer le secrétaire à Lyon, dans le but indiqué. Cet aft'reux malheur arriva le 9. J'ai sur le champ écrit et donné des ordres |)0ur ses bagages, ses papiers et son argent. Avant l'arrivée de mes lettres à Lyon, Bonino avait tout réglé, comme il me l'écrit, et acheminé sur Venise, le VS,
2** Happel de l'ambmsadeui\
Nous qualifions rappel ordinaire le rappel qui met simplement lin à la mission d'un résident, rappel extraordinaire celui qui suspend les rapports diplomatiques.
A. Rappel ordinaire, — Comme nous l'avons observé \ les demandes de rappel sont fréquentes de la part des diplomates vénitiens ; les résidents s'ingénient à démontrer que leur mission a assez duré. Une résidence d'une année parait longue. Sébastien Badoer, en 1495, ne reste que huit mois* il Milan '. Le résident en Allemagne demande son rapatriement : « Voilà treize mois, dit-il, qu'il passe en pérégrinations de TAdriatiquc à l'Océan ! * » Giustinian, à Rome, accuse réception de sa lettre de rappel avec mille remerciements \ Un autre, en pareil cas, prie qu'on envoie le plus tùt possible son successeur". Dandolo, diplomate remarquable, dans sa première mission en France écrit, en janvier 1504, qu'il a une fièvre grave : « Dieu n'a pas voulu qu'il mourût, par amour pour ses sept enfants », mais il se déclare incapable de continuer, et demande instamment un successeur ; en attendant, il continue à envoyer son secrétaire chez le chancelier, chez le ministre dirigeant, et à écrire des rapports presque journaliers '. Onlui fait passer de l'argent, on
\o corps, les ba^^ages cl la famiglia. Je lui ai donné de Tangent selon vos ordres. Il écrit qu'il part de Lyon le 21 et que les autres 1800 ducats sont en lieu sûr. (^est donc lui qui doit avoir les reçus ; et je n'ai pu lui recommander le secrétaire. On accomplira vos ordres, k son retour, et je compte être alors plus près de Lyon » (Arcli. de Venise).
1) T. II, p. 343.
2) V. à Vappendice une constitution florentine fixant à huit mois la durée des missions en Italie.
3) Sanudo, Spedi^iione, p. 38o.
Â) 1503. Sanulo'v, 57i.
5) 1305. Dispacci di A. Giusiinian, III, 499.
6) sept. 1503. Sanuto, V, 443.
7) Janv. 4504. Sanuto, V, 709,
342 LA DIPLOMATnC AU TEMPS DE MACHUYEt
le nomme savio de Terre^ferme*: il insiste néanmoins. Le conseil, àTunanimitéf vote donc son rappel pour cause de santé et donne ordre à son successeur de partir dans un délaide... [sic)*. Dix ans plus tard, Dandolo revient encore en France rendre d'éminents8ervices;nîaisilconclutainsi,le22mai 1514, une dépêche très ferme et très importante : « Voilà quatorze mois que dure cette légation, après quatre ans de dure captivité, soit sept ans d'exil de ma chère patrie. J'ai cinquante huit ans, mes affaires particulières sont ruinées, j'ai une charge insupportable de famille. Mais à tout je préfère et j'ai préféré, depuis vingt sLx ans, comme je le dois, Tobéissance naturelle que j'ai vouée et que je vouerai toujours à votre Seigneurie, tant que le Seigneur Dieu me conservera la vie. J'espère qu'Elle aura égard avec bonté à mon très ardent désir de la satisfaire, et n'admettra pas toujours ma ruine irréparable. Voilà plus d'un an que Votre Excellence m'a pourvu d'un successeur, très sage, très expérimenté, qui depuis sept ans se trouve au nom de Votre Excellence à la cour de cette Très Chrétienne Majesté •. » Et, quelques jours après, nous trouvons sous sa plume cette phrase amère : « L'ambassade florentine vient de changer ; elle n a pas eu tant de peine que moi à arriver et à partir » ; et il parle encore de sa ruine, de sa nombreuse famille *.
Les autres ambassadeurs, surtout les diplomates de carrière, comme Machiavel, n'éprouvent pas les mêmes motifs d'impatience. Nasi, envoyé florentin en France, sollicite en 1510 son rappel, par découragement, parce que sanégociation ne réussit pas*. Mais Machiavel ne parle de rappel que lors-
i) Id., 734.
2) 44 mars 1504. Sanuto, V, 983.
3) Arch. de Venise.
4) Dép. du 28 mai 1514. Mêmes archives,
5) Desjardins, II, 503»
CONGÉ ET DÉI^ART DES AMBASSADEDÈS H3
qu'une négociation lui parait achevée , ou pour cause de maladie*. Parfois même, une résidence prolongée c^ée à l'envoyé des habitudes et une nouvelle patrie : Marino Tomacelli, ambassadeur de Naples à Florence depuis plus de dix ans, t< gia si poteva reputar cittadinfiorentino*. » Quant aut secrétaires, ils sollicitent un rappel sous forme d'avaûce* ment. Dans ce but, ils mettent en campagne leut ambasàa«i deur, ils ^'adressent au secrétaire d'Etat, au souverain ; fe*ils réussissent, ils écrivent de chaleureux remerciements ^ et promettent de prier Dieu ; ils demandent à rambâssadeuï*, avant de partir, un certificat de bons services *. En cas d'échec, ils s'inclinent par une lettre Respectueuse. Marguerite d'Autriche notifie, pat un office signé de sa main, au secrétaire Le Veau, qu'elle n'a pu lui accorder la faveur qu'il demandait, et qu'elle a dû suivre « le tour de roôle. » Le Véatl répond : « Puisque vostre plaisir est tel, j'en suis très éoùtent et doit estrc, espérant que par récompense me ferez quelque autre bien, ainsi que j'enay boûnë confiance en vous *• w
1) 11 demande son rappel dlmola, étant malade depuis douze jours : « si cela continue, je crains de ne revenir que dans un cercueil» (Dép. de Machiavel, d'Imola, 6 déc. 4S02).
ï) Sanudo, Spedizione^ 40.
H) Le Veau, secrétaire, écrit au premier secrétaire des Pays Bas (iSi2. Lett, de Louis X//,III, 136): «Mons', je me tiens et répute estre plus tenu à vous que à personne de ce monde, et congnois non l'avoir mérité^ la singulière affection que de vostre bénigne grâce ave/ h moy et à mon advancement, dont, Mdnsr, ne le vous seroye à jamais desservir, sinon de prier Dieu pour vous, el induire les myens à ce faire. (11 a obtenu une chapelle: il demande à être recommandé à l'empereur).» Il écrit à Marguerite d'Autriche (id., 17i): «... Et vous promects, Madame, qu'avez fait, et, si plus de bien me faictes comme j'espère, ferez ouvre très méritoire, vous en trouverez bien rémunérée deNostre Seigneur, envers lequel je feray à jamais prières importunées pour vostre très haulte prospérité, bonne el longue vye. »
4) André de Burgo recommande chaudement son secrétaire Le Veau, qui le quitte pour aller prendre possession du titre qu'il a obtenu à la cour : « et je vous en seray tenu austant comme luy mesme, et aussi il a bien desserVy » (mai 1512. Lett. de Louis XII, 111, 256).
5) Le Veau à Marg. d'Autriche, 1512 {Lett. de Louis III, III, 139).
344 LA DIPLOMATIE AU TliUPS DK NACHIAVLL
Mais un agent pput^^trc rappelé d'office : !<■ quand il ne plaît pas à la coup près de laquelle il se trouve accrédité ; 2* quand il sert mal.
Premier cas. Ou sait l'ambassadeur de Fcrrare en France mal vu du roi : le duc de Ferrare le rappelle ' . La cour intéressée peut môme réclamer le rappel, quoique celte démarche présente un caractère toujours très délicat'. Baluc, entré en France comme légat, selanceàcorps perdu dansdes intrigues intérieures et extérieures. Le gouvernement français demande le rappel de cet homme diavoloso, schandaloso, pastionato, et Anne de Beaujeu prie Laurent de Médicis d'appuyer la démarche. Sixte IV écrit à son légat, sous peine d'excommunication ou de révocation, de prendre une autre attitude, mais no le révoque pas. Un des premiers soins de Balue avait été de s'entendre avec le duc deBretagne ', adversaire du roi, ami du pape. Pour obtenir le rappel du cardinal-légat de Gflrck, Maximilien tente une sorte de coup de théâtre. Son ambassadeur réclame le rappel en plein consistoire, et déclare le légat si détesté de la population qu'on ne peut répondre de sa vie '.
Deuxième cas. Quand un ambassadeur remplit mal son mandat, son gouvememcntregardcextrémemeutà lerappeler. La seigneurie de Venii^e apprend avec indignation le langage de sonnouvel ambassadeur euFrance,CoudoImer, quiatrés mal
1) Sanuto, []l, c. 249.
3) Louis XI se croil le droU, bien à lort,dc coDgùdier lui-même un ainbas- Jeur (le Milan, dont lapréscnceluidéplail. V. sn IcUrederpcommandaltoii.cn ilalieD, au duc de Hikn, pour ranil>assadcur Panigarola, qu'il a congcdié ù deux reprises, jugeant sa présence inutile, « ma lo liabiamo trovalo duro al parlire a fi4l>8. Lelt. lie Louis XI, III, 30.'i). Au lieu d'un rappel, le duc de Alilan envoie nu roi'une lettre pour lui demander de garder son agent. Le roi répond, en français, sècliem eut, qu'il notifie sondésir de ne plus voir Panigarola à la cour (id., 2dH), et que le secrÉlairc suffira, cl il rc^sc l'envoi d'un autre ambassadeur |i:f. , p. 28î>).
3) Delalmrde.Jîxpéd. de Cli. VIU, p. t70.
4) Kév. 150.1. Disp. di Gdwimtan, I, WA.
CONGÉ ht DÉPART DSS AMBASSADEURS 345
pai-lc, très iital agi, sanstlignité, et qui a fait honte à larcpublique.La motion d'uu rappel passe en discussion. Le doge est d'avis d'envoyer une lettre de blâme, maïs de ne pas faire de changement'. — Il faut un cas d'urgence absolue, pressante, pour rappeler instantanément un ambassadeur, et on entoure le rappel de démarches près du prince'. On préférera toujours préparer la solution, en sondant l'ambassadeur. Le premier secrétaire de Marguerite d'Autriche écrit h André de Burgo que le président de Bourgogne demande à n'être pas envoyé en ambassade, que, d'ailleurs, on ne sait si Burgo serait satisfait d'être remplacé. Burgo répond avec vivacité qu'il ne demande pas mieux; il a désiré l'ambassade, mais il s'y trouve trop contrecarré par des gens mécontents de l'y voir, qui lui refusent le nécessaire ; « et je ne suis pas si beste que je ne congnoissc que, sy le bon vouloir estoit de me [Hiver, l'on n'en trouvit bien le moyen, et si le povoir n'y est pas, c'est tout ung pour moy, car je ne puis vivre du Sainct Esprit '».
D'ordinaire, l'agent s'aperçoit depuis longtemps du mécontentement de son gouvei-nement *. Mais il ne manque jamais d'excuses.
En cas d'erreurs très graves, le rappel est la seule punition. La monarchie française, particulièrement, très
1) Mai 1307. Samilo, Vil, 78.
i) Instro" de Ludovic Sfurita à Dernardin Yalerii, rem pla^'ant comme a^ienl près du duc d'Orléans Fi*" da Casale, dont Ludovic n'esl |ins satisfait. Casate, agent depuis trois jours seulement, est nommé commissairni G^ocs (16 juillet 1494. Arcli . deMilan, Pot., Est.. Franeia, U94-95J.
3) 20 avril 1312. Lut. de LouUXll, III, 234.
4) En apprenant l'écliec d'un projet de mariage de Cliarloltft d'Aragon; fille de Frédéric, avec le roi d'Ecosse, le roi Ferdinand de Naplos écrit une lettre furieuse â son ambassadeur Coppola, cliargé de la négociation- El le tance vertement ; l'atTairea été mal menée, on a compromis sottement la princesse, il prescrit de faire lousles efforts possibles pour reprendre l'affaire (7 novembre 1491. Trinchera, Codice Aragoneie, t. Il, p. r, p. 28).
346 LA DIPLOMATIE AU TgMFS DK MACHIAVEL
absolue en théorie, se montre en pratique pleine de débonnaireté pour ses serviteurs. Machiavel le remarque : a Quand un seigneur... désobéit au roi..., il n'a d*autre punition que d'être forcé d'obéir à tout prix ; quand il faut désormals obéir et quand cela n'a pas eu lieu, on se borne à Téloigner de la cour pendant quatre moist». En général, on ne tient donc pas rigueur aux agents du service diplomatique : il semble que la qualité d'ambassadeur puisse et doive couvrir les défaillances et les faiblesses ». Ouillaumo de Poitiers, dans son ambassade de 1494 en Espagne, joue un rôle déplorable ; il se laisse berner par l'appât d'intérêts personnels, et on le remplace, mais il devient ensuite ambassadeur en Ecosse, et meurt dans une haute situation en 1503 '. Accurse Mainier trahit à Venise son mandat ; le cardinal d'Ainboiso finit par le désavouer ouvertement * ; alors Accurse s'emporte et demande d'urgence son rappel au chancelier de Milan ; comme ce fonctionnaire répond, avec raison, qu'il n'a pas qualité ', Accurse abandonne le poste, sans l'agrément du roi, au grand scandale des Vénitiens ; le nouveau résident, en présentant ses lettres de créance, se voit
1) Machiavel, Du naturel des Français.
2) Il ne peut y avoir d'action mandati cniro un prince et son ambassadeur, parce que cette action ne s'applique pas à un acte de droit public (Martini Laudonsis, De legatis, q. 20). Cependant Louis XI, pour désavouer un ambassadeur, affecte d'ordonner contre lui des poursuites. V. Ordre du roi, renvoyant au jiarlement, sur la requête du procureur jïént^ral, après délibération du j?rand conseil, CJiarles de Martign\ , évéque d'Elne, pour avoir excédé ses pouvoirs et fait au roi d'Angleterre comme ambassadeur des concessions interdites (dans le traité de Londres, 13 février 1478) — (9 juillet 1480. Léonard, I, 203).
3) A. de GiûWerj Essai historique sur laharonnie de Clérieu, p. 105.
4) L'ambassadeur de Venise écrit de Lyon que le cardinal d'Amboise parle mal de l'ambassadeur de France à Venise : « Voyons, diUil, ce qu'écrit ce mato, qui a mal parlé à la seigneurie et m'a mis en soupçon : il faut envoyer à Venise, car ils sont sages... » (janv. 1504. Sanuto, V, 734).
5) Mars 1504. Sannto, V, 1033,
CO^GÉ ET DÉPART DRS AUHASSADEITilS 347
obligé de Ûétrir la conduite de son prédécesseur '. Malgré des faits si étranges, Accui-se repasse à Venise deux ans plus tard, comme ambassadeur en Allemagne et en Hongrie ', où, d'ailleurs, son dévouement aux Vénitiens devait le rendre penona grata*. Sort successeur à Venise, le poète Jean Lascaris.nc fut pas plus heureux ; paresseux, dépensier, peu dévoué k la France, il se mit aussi à la solde des Vénitiens ; on ne le laissa pas moins à son poste jusqu'en 1509, époque où d'autres circonstances le firent rappeler' : il quitta alors le service de la France. Albert Pio, seigneur de Carpi, avait désintérêts privés opposés à ceux du duc de Ferrare, et cependant, comme ambassadeur de Louis XU prés de Jules II, il devait prendre en main les intérêts du duc. Louis XII le maintint, en suivant de près ses actes. Mais^ bientôt, la crise imposa un brusque rappel. Albert Pio s'étaitrendu près de Jules II, contrairement aux vues du roi '. A son retour, il fut arrêté à Alexandrie ef enfermé au ch&teau de Milan. Louis XII lui fit rendre la liberté pour lui permettre de s'expliquer'; Albert Pio, au lieu de venir en France, reparut à Rome comme ambassadeur d'Allemagne. Il servit son nouveau maître contre la France avec beaucoup d'énergie et d'activité, et, comme on peut croire, avec une compétence exceptionnelle. Plus tard, il rc-
1) tSOi.Sanuto, VI, 101.
2) n va, en Allemagne, excuser le mariage de Claude de France avec le comte d'Angouieme ((.'106. Sanulo, VI, 3S7, 4(0, M5J.
3) Il conlinuail pourtant â traidr. Les réf^idents véniliens avaieni en lui un ami oKicieux (Dép. de Palmario, S5 mai (S04, de Mauroceno, 2t sc|il.
(504. Arch. de Venise). Il soutint contre le cardinal d'Amboise, légal d'Avignon, un proc>^s pour la baroonic d'Oppéde. et néanmoins il reste président du parlement de Provence.
4) Le roi trouve qu'il « e^l serviteur de la Seigneurie » <1S09. Sanuto, VII, 753).
5) 1511. UU. de Loms XII, U, (00.
6) Id.. 270.
devint ambassadeur tlo Fruiuo et mourut en Franee. Dans ces diverses tcansformations, il avait conservé un objectif unique : sa seigneurie de Carpi, ce qui lui permettait d'écrire, en l.'»22, A Jean Gibert : » Si garder safoy, estre entier, seur et fidèle serviteur, ii'estre point ny traisti-e desloyal iiy meschant homme, est coulpe et faute, jo confesseray que j'ay faUly' .).
En debors des rappels formels, le gouvernement peut accorder un congé à un ambassadeur ou le mander près de lui '. Mais CCS démarches, quoique normales, paraissent toujours suspectes de dissimuler un rappel '.
li. Happele-Tlraontinaire. — Le rappel extraordinaire, pour cause de rupture, n'est pas dans les mœurs de la diplomatie italienne : on y recourt bien rarement* : il faut qu'un sentiment de dignité l'impose, lorscjue le souverain refuse obstinément de recevoir ramlinssadcur *. ou lui donne formelle-
1) \\\i&ce\\\.Ephtrttaaxprtncti,ira.A. par Bclleforest, p. 80 *-".
3) Leltrc de Charles Vlll à ses ambassadeurs à Rome, annonçant son entrée à N.iples. mandant prËs de lui Jean Rabot el invitant rarchevAquc d'Embrun à rester .'i Ronie(Naplcs, H février l49o. Fr. tSHTO. n" i). Rillel de Chartes Vlll à Du Boucliage . « Je vous prie, inconlinant ces lettres veues, partcj; |iour vous en venir devers inoy, mais faictes la plus graul diligence que vous jKJurrei » (Lyon, 18 novembre. Fr. Ï9Î3, fo 3, orig.j.
3) LoiiiK XII avertit l'envoyé vénitien que l'ambassadeur de France Acciirse Alninier a demandé lieetUia pour aller voir son vieux père el qu'il va ]■ lui accorder (nov. 1500. Sanulo. III, <303> : Accurse Mainicr, ayantobteau son eon^è. annonce au conseil qu'il parlirn le 3 janvier lïSOt. Cependant, il ne part pas et déclare qu'il restera si la seigneurie le désire {Sannto, lil, 1254). En Tait, il rcslc.
i) LpO dOc. 151â. le s«'nat de Venise, ayant apprisla publication dclaligue entre le pajie et l'empereur, ordonne àl'iclro Lando,secrétaireeD mission près de (iïirck, l'envoyé impérial, de prendre congé du cardinal et de revenir à Venise ; mais il faut remarquer que cette négociation, toute accessoire, devenait sans ohjcl.
5) Instroii auxambass.de Venise à Rome, 5 mai 1309. I^sénal, informé. par jilusieurH voies, que le pape uc veut |ias voir ses ambassadeurs, leur prescrit de se retirer. Ils demanderont une audience, pour exposer, en termes jîraves.
ment congé, et, môme alors, Fambassadeur italien part aussi lentement que possible ^ Quand Jules II, tramant une ligue contre Venise, rappelle, en 1305, son légat dans cette ville, il le fait avec mille précautions : on prévient le résident vénitien à Rome que le pape va expédier un bref de rappel et qu'il n'enverra pas de nouveau représentant, mais, s'il en envoyait un, ce serait l'évoque d'Urbin, ami déclaré de la République : le résident vénitien, qui écrit ces détails, ne songe nullement à prendre congé lui même ^ En effet, les Italiens ne s'attachent pas, en pareille matière, à la réciprocité. Sur Tordre de Louis XII, Lascaris prend congé à Venise, avec l'expression de vifs regrets, et part : la seigneurie lui envoie 230 ducats qui lui étaient dus pour ses frais de séjour : on ne s'y trompe point, ce congé est un signe de guerre, on s'attend à voir le roi donner congé à l'ambassadeur en France et au secrétaire accrédité à Milan...', mais on ne leur envoie point de rappel. «Toujours praticquer, c'est la coustume d'Italie », dit Gommines^ : on estime sage et habile de tenir le plus longtemps possible. « On pourra dire que vostre ennemy en sera plus orgueilleux. Il ne m'en chault. Aussi scauray je plus de ses nouvelles, car, à la fin du compte, qui en aura le prouffit, en aura l'honneur.En ces cas icy, les plussaiges gagnent toujours* ». Les gouverne-
que, suivanl le désir du pape, ils se retirent, et demander des lettres patentes et une «scorte. Si le pape refuse, ils formeront eux mémos leur escorte aux frais de la S"*'. Si le pape refuse Taudience, ils lui feront parler par un des cardinaux vénitiens, et pourvoieront eux mêmes à leur sécurité (Arch. de Venise, Secreto 41, 171).
1) L ambassadeur vénitien Condolmcr part enfin de Franco ; il quitte Turin le 17 mars 1509, mais il marche à fort petites journées, au point de i)asser douze jours entre Crémone et Venise, au grand agacement de l'opinion publique Sanuto, VIII, 67, oO).
-2) 26 mars 1305. Dispacci di Giustinian, III, 462.
a) Janvier 1509. Sanuto, VII, 725.
4) Mémoires, H, 1170.
5) Mémoires, I, 264.
350 LA DIPUXUTIE 10 TIMPS DE MACHIAVEL
ineiits chorehcnt à maintcoir le plus qu'ils peuvent leurs ambassadeurs, pour avoir des nouvelles, pour essayer même de débaucher (les capitaines eanemis. Comminea agît ainsi'. Lorsque le roi parle de le rappeler de Venise, en avril 1495. il écrit au premier ministre (cardinal de Saint Malo) pour demander de rester. C'est à Venise, dît-il. qu'on penipratiquer les affaires. Un autre grave motif, quîl avoue, c'est la peur ; il ne sait comment s'en aller, n'osant plus passer par le Milanais'. Il obtient, en effet, l'envoi à Venise d'un secrétaire du roi, avec lequel il se présente à la seigneurie le 24 mai, et il a soin d'écrire que ce secrétaire n'est pas arrivé « sans péril », bien que les courriers circulent encore '.
En octobre 1504. l'ambassadeur de Venise à. Rome assiste d l'explosion de joie que fait éclater la nouvelle de la li^e entre la France, l'Allemagne et le Pape, contre Venise ; il dépeint ces démonstrations avec im grand sang froid : « Les ennemis de Votre Sérénité, écrit-il, la considèrent comme détruite* ».
La situation des ambassadeurs en pareilles cireonstances présente pourtant de tels inconvénients que tous ne l'envisagent pas avec un si beau calme. Eu mars 1509, lorsque la guerre est virtuellement déclarée et qu'on s'y prépare desdeux crttês, le résident de Venise reste à Lyon, au milieu des armements, comme un espion : il n'ose sortir, et il sollicite son rappel, sa situation devenant, dit-il, tout & fait honteuse pour Venise *.
1} Lemnseil de Venise avise très canlidentiellenient le due de Milan, par l'amliassadeur a Venise, quo l'iimltassadeur de France (Philippede Commiiws) est en train de dËbaiiclier un de ses capitaines <mai t49S. Kerrjn, LeUra el négociations, II, 301).
3) Kervvn. Lettre* et négociations. II, 188.
31 Id., 192, 193.
4) Disp. di GiutCinum, IQ, 3S3.
5) Sanuto, V[|, 8. Le 5 avril 149S, les ambassadeun vénitiens à Naples
COVBi. ST DÉPART DES AUBASSADKDRS 351
Les puissances non italiennes se montrent bien plus nettes et plus susceptibles sur la matière des iiippcls. En 1511, l'ambassadeur allemand prend formellement con^é do Jules II, qui lui répond : <( Puisque vous voulez tous en aller, adieu ' » . Un simple envoyé turc A Venise, qui réclame contre l'assassinat d'un de ses nationaux près de Padoue et n'obtient que de bonnes paroles, se rend solennellement à la seigneurie avec sa suite de huit Turcs et déclare prendre congé : onTadoucit, on le prie de rester un mois ; séance tenante, on nomme pro- Téditeur un de ses amis, qui va faire l'enquête avec le sobriquet de « provéditeur des Turcs » >. Les Italiens sont bien obligés de compter avec ces habitudes. Allié de Venise, Louis XII réclame le rappel des envoyés vénitiens accrédités près de ses ennemis ^
En cas de gnerre, les puissances tierces cherchent à faire disparaître leurs envoyés. En 1509, lors de la guerre de Venise avec la France, les ambassadeurs d'Espagne et de Ferrare restent d'abord à Venise en protestant d'une bonne amitié * : après la bataille d'Agnadel, l'un et l'autre prennent poliment congé le 19 mai ', et cependant, jusqu'au dernier moment, Venise espérait enrôler le duc de Ferrare comme capi-
près (ie Charies VIU reçoivenl au palais mSme du roi les lettres qui leur annoncent la conclusion de la ligue contre la France. Le roidinait : d^ qu'il se lève de table, ils demandent à lui parler ii part, et lui communiquent la nouvelle. Le roi entre dans une violente colère, et s'exprime dans' les termes les plus durs. Les aml>assadeurs ne répliquent rien et se retirent, sans que le roi leur rende leur salut. Ils renlrenl chez, eun et se hâtent d'écrire pour demander leur rappel, qu'on ne leur a pes envo\-é (Sanudo, Spedizione, 294-2««.
i) 26aTril )5H. Sanulo, XH, 140.
2) 1510. Sannto, XI, 134, 146.
3) JuillettEKH. Sanulo, IV, 83.
-i) Sanulo, VUl. 142.
S) Id.. 289.
taine ! ' ... Bien plus, le roi d'Espagne donne congé HTambassadeur vénitien accrédité près de lui ; il s'excuse, il proteste de son affection, mais, dit-il, il ne peut moins faire pour éviter les soupçons de la France '. Il ne reste plus à Venise qu'un ambassadeur de Hongrie quia de Fargent à réclamer '.
L'ambassadeur rappelé doit aller « demander son congé » au souverain, près duquel il est accrédité, et celui-ci déclare le lui accorder. Il y a parfois des congés dissimulés *, ou plus souvent de faux départs; après avoir demandé congé, Vambassadeur ne part pas, et tente, officieusement, in extremis^ un dernier effort*. Un ambassadeur turc àBude, qui est censé parti, reste, etmôme le gouvernement hongrois lui fait miUepolitesses secrètes *. En novembre 1509, le cardinal Grimani poursuit les négociations pour la levée de Fexcommunication fulminée contre Venise : en présence des violences de Jules II, il demande congé pour cinq des ambassadeurs vénitiens : « Non
1) Id., 297. Le duc se déclare toujours «bon fiolo » delà république, mais il n'a pu faire moins, dit-il, pour le pape et le roi (Sanuto, IV, iOO). i)Jd.y H48.
3) Sanuto. VIII, IX.
4) L'ambassadeur d'Aragon va prendre congé de Louis XII, sous prétexte de la maladie de sa femme. Le roi lui donne congé aussitôt, et ajoute qu'il va rappeler son ambassadeur d'Espagne, qui rentrera en France le jour même où l'ambassadeur espagnol en sortira. L'ambassadeur répond que cela pren^ drait un air de rupture, qu*il n'y a pas lieu, son roi ayant un nouvel ambassa^ deur tout prêt à envoyer : Louis XII répond qu'en ce cas il en enverra un autre. Louis XII dit à l'ambassadeur allemand que le roi d'Aragon a tort d'employer ces procédés (iolà. Lettres de Louis XU, III, 207-208;.
5) Les cardinaux français et M. de Gimel, ambassadeur, vont voir Jules II, le 8 août i5I0 au soir, et lui demandent de confirmer l'arcbevéché de Rouen au prélat désigné parle roi. Le pape refuse. L'ambassadeur dit avoir l'ordrCj en cas de refus, de demander congé. Le pape lui donne aussi tôt congé et le bénit(Sanuto, XI, 109). Cependant l'ambassadeur ne part pas. Le pape dit qu'il donnera Rouen au cardinal de Nantes, sinon à l'ambassadeur d'Angleterre (W., H4). L'ambassadeur part après une dernière conférence avec le pape qui le retient à diner(/rf., 189) : c'est encore un liiux départ (/rf., 196).
6) 23 déc. 1500. Sanuto, lU, 1267.
seulement pour cinq, dit le pape, mais pour les six, et douze né me feraient pas changer d'avis. » Deux jours après, les ambassadeurs recevaient des lettres de passage et « partaient pour Ancône » ; cependant ils se trouvaient encore à Rome en décembre ^, mais incognito, tandis que le cardinal Grimani poursuivait ses efforts de conciliation ' ; ils finissent par obtenir une commission de cardinaux à qui parler '.
A moins d'ordre formel, un ambassadeur sage doit toujours éviter une rupture. Eùt-il totalement échoué dans sa mission, qu'il parte doucement, « sans aucune rompture des matières * » .
Pour rompre sans responsabilité, on prend un biais : on produit des articles écrits par ailleurs et inacceptables, et on propose d'un air naïf de les accepter ^ Si les instructions obligent à une démarche péremptoire, il faut au moins Tadoucir par de bonnes paroles, par de gracieuses protestations *. Le congé le plus énergique qu'on puisse prendre est une protestation, dont un ou plusieursnotaires apostoliques, amenés àcet effet, dressent procès verbal séance tenante \
3* Congé donné à l'ambassadeur.
Le congé peut avoir pour but : V de retarder ou de rompre
\) Sanuto, IX, 305,321.
2) /rf,, 372.
3) /rf., 409.
4) loOl. Le Glay, Négociations, I, 49.
5) 1309. Le Glay, Négociations , I, 262.
6; Procès verbal, par deux notaires apostoliques, des proteslations des ambassadeurs de France ei> réponse à la réponse de l'arcbiduc (iSOri. Le Glay, Négociations, I, 87), en latin : signé des deux notaires : «Les notaires et lesmoings... cstoient derrière eulx tous prestz. . . »(/rf., 97). Les ambassadeurs arrangent de leur mieux la chose, en disant qu'ils feront « l*» plus doulîc et gracieulx rapport au roy . . . ».
7) Ordre du cardinal d'Aniboise aux ambassadeurs près de Maximilien, de protestera en présence de notaire et dudict seigneur », en cas de refus de sa part (1501 . Le Glay, Négociations, 1, 49) .
354 La dii»loiéatis au teMps de Machiavel
indirectement une négociation ; c'est ee qtië nonft Apt^ellerôns le congé relatif; 2" de rompre nettement tous raj^ports: congé absolu ; 8* de régler plus vite Une affairé : congé défaveur ou recréatacG.
1* Le congé relatif consiste à 'répondre à l'ambassadeur qu'on ftera porter la réponse par une ambassade spéciale *. C'est une formule qui déguise un congé plus ou moins définitif, selon qu'elle est ou non suivie d'effet * : elle est désobligeante ; on voit des ambassadeurs spéciaux, en pareil cas, demander « s'ils ont mal employé leur peine et travail », et ils reçoivent en réponse des paroles courtoises ; « c'est pour finir, pôUr aller plus vite », etc. *, à moins qu'on ne veuille au contraire accentuer le refus : le duc de Bourgogne, pour ne point entrer en discussion sur une affaire, mande l'ambassadeur de Milan au moment de monter à cheval, tout armé, et lui dit quil envoie à Milan un ambassadeur notifier ses intentions ^ Un tel congé confine au congé définitif.
Le congé relatif met fin à une ambassade spéciale : vis à vis d'un résident, il n'équivaut qu'à un déplacement de la négociation, médiocrement agréable pourl'ambassadeur, mais qui ne compromet rien *.
2* Le congé absolu consiste à refuser toute audience à un
i) Charles VIII, 1487 (Dupuy, Histoire de la réunion de la Bretagnet II, 99).
2) En 14*79, les ambassadeurs français se retirent peu satisfaits de leur échec complet: le pape, en leuraccordant rémission, annonce Tenvoi en France d'un légat (Ms. lat. 11802).
3) Lett. de Louis -X//,IV, 2t,
4) 27 mai iMQ {Dépêches des ambass. milanaiSy II, 196).
3) L'ambassadeur d'Allemagne, A. de Burgo, écrit qu'il <i sollicite » en vain le roi Louis XII et son conseil, pour avoir la réponse aux propositions qu'il a apportées de la part de l'empereur. Le roi veut envoyer sa réponse par un ambassadeur spécial (mars 1512. Lett. de Louis Xlly III, 212).
CONGÉ ET DÉPART DÈS ÀMBASSAbEURlS 3§5
ambassadeur, soit d'emblée », soit au milieu d'une négociation », ou, pis encore, à lui signifier en audience plus ou moins solennelle l'invitation de s'en aller. Cbarles VIII fait répondre aux ambassadeurs de Naples, en plein conseil, devant les ambassadeurs de Milan et de Florence, par des généralités ; «il ne réclamera que son droit, il le vérifiera » , mais le chancelier clôt la séance en invitant brusquement les ambassadeurs à quitter le royaume '.
En 1504, Louis XII, outré des manques de foi de l'Espagne, donne aux ambassadeurs d'Espagne une audience très solennelle, en présence de toute la cour. Il reproche au gouvernement espagnol d'avoir deux fois manqué de parole, il déclare qu'il ne se laissera plus amuser par de vaines négociations, et ordonne aux ambassadeurs de sortir de France *.
Le plus souvent, pour épargner une scène pénible, on fait signifier à l'ambassadeur son congé, * avec des tempéraments variables. Pour provoquer le départ des ambassadeurs de France,
{) Camille Pandone, envoyé en France par le roi de Naples avec une forte somme pour gagner les conseillers du roi, trouve à Moulins un secrétaire du roi chargé de le reconduire à la frontière (1494. Trinchera, Codice arago^ nesBy t. II, p. Il, p. 203, 302. Delaborde, Expéd, de Charles VIH, p. -299). Lorsque le cardinal de Sienne est envoyé comme légat près de Charles VIII à Lucques, Charles lui fait dire qu'il sera charmé de voir le cardinal, mais qu'il refuse de voir le légal (1494. Sanudo, Spedizione, p. 110).
i2) Décisionjde donner congé à l'ambassadeur de Gènes (mars 1.^07. SanulOj VII, 35). L'envoyé de Louis XII (milanais), ayant fait à Maximilien, puis aux princes et électeurs de l'empire, des communications à « grand esclandre, » Maximilien écrit directement à Louis XII qu'il ne Vexpédiera pas (Le Glay, Négociations y I, 204).
3) 1484. Delaborde, Expéd, de Charles VHI, p. 300.
4) Ferdinand ne fut pas sensible à l'outrage: on prétend qu'en recevant le rapport de ses ambassadeurs, il fit cette réponse célèbre: « Deux fois ! il a bien menti, l'ivrogne; je l'ai trompé plus de dix! » Peu après, il épousait la nièce de Louis XII (Guichardin, liv. iv, ch. vi).
o) Charles VIII, ne recevant pas de réponse des Florentins à sa mise en de-
356 LA DIPLOMATIE AD TEMt»S DE MACHIAVEL
le duc de Savoie leur écrit qu'il expédie à ses envoyés ou France Tordre de revenir *.
Louis XII a rappelé son ambassadeur à Home : Tambassadeur du pape en France était goutteux, et. de plus, avait toujours donné des marques de désir d'entente ; le roi lui fait dire qu'il est lil>re ou de s'en aller, ou de rester, selon son bon plaisir '.
Maximilien, pour chasser Tambassadeur de V^enise, donne congé à tous les ambassadeurs, puis il les fait revenir peu à peu, sauf celui-là '.
Un membre du conseil de Venise dit à Tambassadeur de France, Phil. de Commines, « spontanément, mais en termes qui semblaient lui avoir été suggérés par d'autres, qu'il vaudrait mieux qu'il se rendit près de S. M. très chrétienne pour Taiderdeses conseils et lui suggérer de faire la paix >» ; mais
meure d'alliance, ordonne l'expulsion des ambassadeurs florentins et des agents de la banque Médicis à Lyon ; toutefois, il éprouve un scrupule à saisir leurs biens (mars i49'i-. Delaliorde, p. 351^).
1) Lettre du duc de Savoie aux députés du roi sur l'affaire de Saluées : datée de Savillan (Savigliano), sèche, rapide, presque insultante : il les accuse de retards volontaires, u Et me semble que, si vous amez le bien et honneur dudit S^^ vostre maistre, deviez plus tost tacher a mettre tin a la matière ainsi qu'aviez en charge, que fouyr et empescher la cognoissance. » — « Voyant doncques que n'y avez, voulu faire voslrc devoir, je rescriplza mes di^? depputez qu'ilz s'en viennent devers moy sans plus la perdre temps. ..» Il déclare qu'il avertit le roi (31 mai 1488). Lcsambass. français répondent par une lettre courtoise, mais très ferme: La Savoie a rompu la trêve et a montré qu'elle ne voulait que rupture : t» Mons"", vous povez escripre ce qu'il vousplaist, mais, par ce que cognoissons, vous avez esté très mal adverty de la vérité... >» Nous étions prêt; à rester ici, mais puisque vous rappelez vos dcfuités, nous reparlons vers le roi. Suivent les formules ordinaires (5 avril 1488. Mand rot, Ymberi de Bartamay, p. .'U'i, 336-7).
2) 11 sept. fSIO. Utl. de Louis XU, II, 2(î.
3) Wicquefort. Mémoires.,,, p.î2S0. Louis Xll l'envoie à Lvon l'attendre (Desjardins, II, 280).
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CONGÉ ET DÉPAKT DES AMBASSADEUKS 337
Coinmiiics r p ):i J « qu*il ne s'éloignera qu'avec le eon^é du roi ou par TorJre formel de la Hépublique i ».
Voilà divers degrés de congé, depuis Texpulsion hrutale jusqu'à la simple suggestion officieuse.
Knlin, une manière très rare et très radicale de donner congé consiste djins Tenvoi d'un sauf conduit ; c'est traiter l'ambassadeur en simple parlementaire, comme en temps de guerre -•.
Le congé n'accompagne pas nécessairement la rupture : il peut se produire après ou avant.
La rupture se formule par une déclaration de guerre portée par un héraut, plus habituellement par une déclaration quelconque ', par un manifeste plus ou moins violent *,
I ) Janvier 1495.Kervyn, Lellres et négociations, II, 152.
'1) L'évOquc (le CarfKînlras et Tarclievôquo de Ravenne, venus en Angleterre négocier une trêve avec la France au nom du pape, reçoivent un sauf conduit pour partir (27 juin 1372. Rymer, 111, p. n, p. 200-201). En i49o, Ludovic S for/a offre à Louis d'Orléans un sauf conduit pour quitter Tllalie (Nouv. acq.fr. 1232,332).
3) Lettres royaux apportées par Mouson, « roy des heraulx de France» (de Xoj'on, Vu avril 1414), aux gens de Cambrai : « Tresgrans et bons amis, pour plusieurs désobéissances et delis fais et commis a rencontre de nous et de nostre seignourie par Jehan, nostrc cousin de Bourgogne (sans la mention : tluc), nous avons ledit de Bourgogne déclaré nostre enemi et adversaire, ce que par eftccl il a demonstré et demonstre notoirement cliascun jour » : il a commencé en prenant Compiègne. Prière de ne pas se rendr(î à sa levée d'armes et de se rappeler notre ancienne confédéral ion. Lettre analogue à tous « chevaliers, ccuyers et autres nos subgés » et aux alliés et bienveillants engagés au scr'vice du duc de Bourgogne tCopie anc. Ms. Moreau 1424, n" 62).
4) Manifeste de Maximilien, en mai 1492 (Le Glay.iVe^oci'a/ions.., p. 5). Patente de Charles le Téméraire (au camp de Beauvais, 16 juillet 1472», sur simple queue, u a tous no/. lieuxlenans, admiraulx, vis admiraulx. mareschaulx, nobles, chevaliers, escuiers, capitaines, routes et compaignies de gens d'armes et de trait, et autres gens de guerre, seneschàulx, bailliz, prevostz, escouseltes. bourgmaistres et maieurs, eschevins, gardes et gouverneurs de citez, bonnes villes, chasteaulx, forleresses^eta tous noz autres justiciers, ofliciers, serviteurs et subgetz, salut » ; dénonçant la perfidie de Louis XI, la violation des traités jurés : malgré ces traités, le duc de Guyenne
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plus OU moins public, par une lettre i, ou tout simplement par un fait de guerre*. Le congé est autre, et Tambassadeur italien,s'iln a pas son rappel^ reste à son poste jusqu'au congé.
a non seulement été privé de ses seigneuries, « mais aussi de sa vie, piteusement, par poisons, maletices, sortilleges et invocacions diabolicques, » comme Tont reoonnu en justice, à Bordeaux, son aumônier et son écuycr de cuisine, dans une enquête dont le duc de Bretagne nous a envoyé des extraits. Nous ne pouvons souffrir ce crime , « mais sommes tenuz, comme aussi sont tous princes et nobles personnaiges, a icelle mort vengier et poursuyr tous ceulxqui en ont esté cause et autres qui les vouldroienten ce porter, souslenir, deffendre et favoriser » (^Orig. parch. , grand sceau rouge. Ms. Moreau, 4426, n® 483).
4) « Mons. d'Orval, j'ay receu voz lettres contenans que trouvez estrange que les gens de guerre de nostre camp courrent journellement les suhgectz du Roy vostre maistre, veu que n'ayez encorres entendu que guerre soitdeclairée entre noz deux maislrcs et souverains seigneurs. Mons. d*Orval, puisque le Roy voslre mai^^trc, sans deffuT TEmpereur, luy a fait surprendre son royaulme de Navarre, et par mess^ Robert de la Marke, son serviteur, et les gens d'armes de ses ordonnances, luy faire la guerre es quartiers de par de> ça, il me semble que ne debvez trouver estrange que Tempereur se veulle detfendre. El sur ce, mons. d'Orval, prie noitre seigneur vous donner sa grâce. Escripl ou camp a Donzy le XX' d*aoust. Le tout voslre, P, deiVios- «OM » (Orig. Fr. !2934, f^ 26j. En Italie, on déclare même la guerre avec des formes amicales. V. la lettre de Ludovic Sforza à Charles Vil! (2 mai 1495) pour s'excuser d'être entré dans la ligue contre lui (.Arch. de Milan, Pot. Est., Francia. 4494-95).
2) Une déclaration de guerre résulte de faits de guerre, tels que donner des saufs conduits aux sujets du roi comme ennemis,ordonner à ses sujets en Franco de prendre un .sauf conduit pour un an, prendre les armes, brûler des navires, arrêter des sujets du roi et les déclarer prisonniers de bonne guerre (ïnstr>" de Louis XI, 4470. Fr. 8884, f» 280) : tléfendre d'armer des galères pour un belligérant et l'autoriser pour un aulre (Gênes, t494-9o. Varese, Storia délia reppublica di Genova. Arch. du Ministère des affaires Etrangères de France, Gênes 2, fo 230 \o) : défendre par grida, dans l'Etat de Milan, d'exporter sur les terres de Venise des chevaux ni des armes, d'aucune sorte, des blés, des animaux de boucherie (janv. 4509. Sanuto, VII, 738), etc. Une simple incursion ou pillage, même par des troupes régulières, ne constitue pas une déclaration de guerre et donne lieu seulement à une mise en demeure (Lettre du doge de Venise, 23 juin 4503. J. 991). Le fait de procéder à des armements, même très considérables, sur terre et sur mer, ne constitue pas non plus une déclaration de guerre, et un souverain peut péremptoirement repousser les observations formulées à cet égard (Lettre au sire de Clérencieulx. Ms. fr. 2962, fo51,orig.).
CONGÉ BT DÉPART DES AVBASSADBURS 389
JulesII fait, d'abord, imprimer à six cents exemplaires son ex* cotpmunication contre Venise, pour la répandre dans le monde, et ne refuse qu^ ensuite toute audience aux ambassadeurs de Venise ^ Le congé est un acte commini^toire, auquel on ne recourt qu'à la derjiièpe extrémité ^
C'est alors qu'éclate toute Tingéniosité du diplomate, bien plus encorç que lorsque la 'rupture vient de lui. L*ambaaaa* deur absolument congédié doit faire appel k toute sa dignité et à son sang froid ^ Lii^ règle est d amortir le plus possible le coup ; quant aux voies et moyens, c-est à l'imagination de l'agent, à son adresse, h son habitude du I^onde de ^estrou* ver, et il aura Fesprit d'autant plus inventif qu^il sentira sa responsabilité plus lourde.
Quelquefois, la crise se produisant sous une forme asses sim-
i)Sanuto, VIII, 182.
?) L'ambassadeur cillemand en France, en 1511, écrit qu'il a « pourchassé pour beaucoup de raisons que l'on (|cuit renvoyer cest ambassadeur du pape,» qui ne parait venir que pour troubler tout par des intrigues, « mais le Roy a esté d ad vis contraire et que l'on doit attendre la response qu'il vient du pape, pour veoir s'il se veult mettre en devoir » (Lett» de Louis XII, Ifï, 12). Cf. Boislisle, Etienne de Vesc, p. 192.
3) Les orateurs turcs, congédiés de VenisCj ne peuvent partir à cause du vent: mais ils sont « superbi », ils ont refusé la lettre que voulait leur donner l'ambassadeur de France: le navire est prêt (20 aoûtl500. Sanuto, ni,c.652),et ils partent le 21 (ïd,, 660). L'ambassadeur de Naples est mandé au conseil : on lui donne congé. Il répond : « Plaie prévue est moins cruelle ». Il prend congé et dit qu'il partira le plus tôt possible par mer(l«' juin 1501. Sanuto, m, 46). A Venise, où on no congédie guère, le 31 mars 1495, le doge fait venir Commines et lui dit : « Magnifique ambassadeur, nous vous avons mandé parce que,en raison do notre amitié pour votre roi, nous devons vous instruire de l'étal de nos affaires. Sachez donc qu'hier, avec la protection du Saint Esprit, de la glorieuse ViergeMarie et de révangélisteM»''S* Marc notre patron, une ligue a été résolue et conclue, ici, entre S. S. le pape, le roi des Romains, le roi et la reine d'Espagne, notre seigneurie et le duc de Milan: » il ajoute (naturellement) que c'est une ligue défensive. «Avisez-en votre roi. » Commines exprime sa surprise. — « Ecrivez-lui que par cette ligue nous n'entendons pas rompre nos bonnes relations et notre amitié avec lui ; elle n'a été faite que |)Our la conservation de nos ]^tats », Commines perd tout san^froid. Interdit,
360 LA DIPLOMATIK ID TVMtS DE MACHtAVklL
pie, il n'y a qu'à prendre acte ou lïpui'tir. Sur )a proinessc de Maximilicû de donaer à Louis XII TinvesHiure de Milan peuilant la diète qui devait se réunir k Francfort & ta fin de décembre, une ambassade française arrive à Mayence, et attend vainement une convocation ; à la fin, les ambassadeurs se rendent tt Francfort, le 25 janvier 1502, se présentent à l'Hôlel de Ville, entrent dans toutes les salles en présence du bourgmestre et du conseil de la ville, et dresseut procès verbal de l'absence de dicte et de leur protestation '.
Lors de sa brouille avec la France eu 1510, Jules II tient un langage des plus violents : il déclare qu'il ne conférera les évêchés de France qu'à des italiens, malgré le roi ; l'évéque de Saint Malo risque de timides observations, au risque d'être tirrêté. Le chef de l'ambassade de France, Albert de Carpi, prend congé et part '. Le second ambassadeur, M. de Giniel, reste à. Rome, en s'abstenant de paraître '.
Si on le peut, on s'efforce, de part et d'autre, de couvrir la
bldme, il se dirige vers la porte, sans saluer pergoonc, el descend le premier escalier. Puis il rem OQ le, appelle le premier secrétaire, et se bit répéter les paroles du doge, comme s'il avait tout oublié. Il prend ensuite sa gondole, malade, écrasé, et s'enferme cliez lui.... On j>eut juger du déplorable effet de celte conduite. Commines ne s'en aperçut que plus tard, et il prétend, dans ses ilfe»iO(r», avoir répondu Troidement icomnicil aurait dû le faire) que le roi savait déjà à quoi s'en tenir el avait pris ses mesures iBembo, Guazzo, Sanudo, Malipiero).
i) Recueil de Léonaril, 11, p. i. Kr. I280i, P" 5701.
S) Juillet lulO.Sanuto, XI, 8^0.
3)Juill. tolO.Sanuto. XI, 879. En juin Hlfl, k pape re(M)usso liénnitivenienl les demandes di>s ambassadeurs de la ligue italienne, soutenus |Hir la France et l'Angleterre, « et adoncques les ambassadeure de In dicio ligue requisrenl a noslredict Saint Perc qu'il voulsist mander cl faire assembler le concile gencml de l'Eglise universelle ainsi que nous plusieurs fois l'avions requis. Noslredit Saint Père leur disl qu'il ne crnignoil )M)inl ledit concile gênerai, mais eux le dévoient bien craindre » etc. Auparavant, ils avaient pris congé ainsi : n Et icoux ambassadeurs de la Ligue res pondirent qu'ils avoieni eu niandenicnt de leurs seigneuries de non davantage attendre, mais de eux
CONGÉ ET DÉPABT DES ÂUBASSADEUUS 361
retraite. La commission d'Alexandre YI. à Tévêquc de Tivoli, envoyé à Venise réclamer la remise du cardinal Ascagne Sforza, ordonne expressément, en cas d'échec, de renvoyer l'affaire à une autre fois, et de ne pas notifier au pape de refus absolu, pour ne pas l'acculer à des mesures graves *. En 1445, l'ambassade de France, dans l'impossibilité de s'entendre avec TAngleterre, sauve la situation en proposant une entrevue des deux souverains : le roi d'Angleterre accepte. « LorsPrécigny ouvrit en disant : Pleust à Dieu qttils fussent eiisemble et qu'ils .se peu^sent veoir ! Chacun dit atneti, et que ils feroient paix sans point de faulte ». De la sorte, on se sépare en très bons termes '. Vis à vis de leur propre gouvernement, les ambassadeurs parent doucement Féchec. Le sire de Marigny et Robert Gaguin, envoyés par Madame de Beaujeu en Angleterre, échouent, reçoivent congé, partent. De Boulogne, le 16 septembre(1489), ils écrivent à «Madame» (de Beaujeu), en substance : « Nous avons été près du roi d'Angleterre, nous avons remis vos lettres et déclaré bien au long la bonne volonté du roi et la votre. Le roi s'est montré en paroles fort désireux de continueE l'amitié, mais il a aperçu par notre charge que nous ne pouvions lui donner une réponse finale : il a voulu envoyer au roi le s''de Riselay , son chambellan, pour dire ses intentions, comme nous vous le rapporterons le plus tôt possible ». Impossible de mieux préparer le gouvernement à lavérité ^Un ambassadeur avisé sait d'ailleurs profiter même d'un échec *.
en retourner sur peine de perdre la teste, et qu'ils n'y debattroient plus rien et ne feroient autre chose. Et lors nostre dict Sainct Père leur distqu'ilzs'en pouvoient bien retourner quand bon leur sembleroit » (Copie moderne. Lat. 4i80â, fol96).
1) Archives du Vatican, j3 LV, fo 340 (Rome, 4 mai lîîOO).
2) Ms. fr. 3884, f« i83.
3) Gaguin n'a pas mis son nom au bas de cette dépêche, mais seulement sa qualité ; elle est signée a Marigny » et « le ministre gênerai de laTrinilé» (Ms.fr. 15538, nM88).
4) La mission des ambassadeurs d'Angleterre à Yalenciennes en 1337 dure
362 Ll DIPLOMATIE AD TKHPS DE MACHIAVEL
Un prince dispose de divers procédés pour se débapraKer sait» éclat d'une ambassade gênante: d'abord, de la faire surveiller étroitemeut et la df'/técher au plus vite : tels Ferdinand et Isabelto. vis K vis de MM. du Bouchage et do Clérieux, sous Charles VIII '. Madame de Beaujeu se défaitd'une ambassade bretonne en débauchant deux de ses membres, et en adressant au due une lettre où elle lui accorde partie de ses demandes, où elle ajoute des promesses pour le reste <. Le conseil de Louis XII n'envoie de réponse h Maximilien que quand il a calculé que l'ambassadeur d'Allemagne en France et celi^ de France en Allemagne seront partis, afin qu'elle arrive trop tard et que la négociation ait Heu en France \
A Bome, Martin V, disposé sans doute, comme Louis XI, à ne voir dans les ambassadeurs que des espions, essaya même de supprimer les résidents ; il édicta qu'il suffirait de faire
neuf mois. Pliilipjic de Valois n refusé d'eiilrer en pourparlers, mais ils odI négocié avec les seigtmurs allemaiuls iFroissnrt, 1, iOO). Ëii débarquant à Boulognu, les ambassadeurs en Anglelerra niaudcnt de suile au maréchal des Querdos que le roi d'Angleterre va faire une descente cq Bretagne (Boulogne, H heures apr^s midi, le 16 mars. Ms. fr. ISSil, n" l98>.
1) L'exemiileile 1h litouille la mieui envelojipéc nous esl lourni par une lettre de Lud. Sl'ur^a à Ei'usmc Brasca, son résident en Allemagne, Ludovic annunee qui' le roi de Franre n fait elioix de M. de Botsalia (Du Boucliat'o. jiisi|uc ih envoyé à Milan) pour t'cîivoypi- au si-r"" roi di's Bomains [lour la conclusion delà pratique ■ che vui sapeti » ; il ehargefirasca de lui faire honneur et « boiia com|iagnia », — « et circa la conclusione de la pralîca non ntancareli de solliciluillne et dilij^'ntia per rondurls con piu honore etsatis- 'actione del Hc Cbriuo die al uiondo sij |)ossihiIe u (.Milan, 13 iiov. 1494. Hs. fr. 292K, ^ ;l|. — /Vo(a. II s'ajiissait de ta faire échouer.
3) LettrcdircctedoCluirles Vlllau duc de Bretagne, 13 mars 1464 (Dupuy, lîist. de la réunion de ta Brelaynf. II, 30). Le conseil de Venise écrit à ses provédi leurs, en 14B.'i, de se mettre eulrèmement en ganle contre l'astuce connue des Krongais: quanta Commiiies, quia obtenu un sauf conduit jiour venir flucflmp,<'estunliommeaclifetsagaee: ordre alisolu de ne lelaisser séjourner sous aucun prélextedansVarméo, de le congédier aussilât après sa comni unication, et de l'escorter de manière que personne de sa suite ne puisse parler i qui que ce soit (Kerwn. Lettret et tiégocialioits, II, 23i),
3) Février 1512. Leit. di Lo%U XII, III, 18â.
CONGÉ ET DRPAnr DES AMBASSADEURS 363
notifier par un camérier à un ambassadeur que sa mission était finie, pour que cette mission diplomatique, avec ses privilèges d'immunité et autres, cessât sur le champ. Bien plus, il décida qu'en l'absence même de notification, toute mission cesserait au bout de six mois *. Mais ce règlement, peu correct, ne put être observé.
3** Nous appellerons congé de faveur ou recréance le congé donné àun ambassadeur en lui remettant une lettre de créance pour son propre souverain. Cette recréance s'appelle « quasicréance".»
Les rôles se trouvent ainsi intervertis, en faveur d'une solution désirée, puisque l'ambassadeur revient dans son pays comme porte-parole du souverain près duquel il avait été accrédité. La recréance à un ambassadeur étranger est assez usitée. Elle évite Fenvoi d'instructions écrites ou d'ambassades spéciales; elle assure mieux le secret et la rapidité de la négociation. C'est une marque de confiance sans inconvénient lorsque les intérêts se trouvent communs et bien mêlés ; c'est tout au moins une marque de politesse. La recréance nç comporte ni pouvoir ni instruction : simplement une lettre de créance', en termes habituellement ami-
i) « Intelliguntur finivisseambassiatamquandocumquedictum fueriteis per camerarium seu alium de mandato domini nostri papequod ambassiata eorum habetur pro finita, vel etiam si nichil dicatur post sex menses. . . a die acces- 8US sui ad eandem curiam » (D. E. von Ottenthal, Die pàpstUchen KanzlciregelUy von lohannes XXII bis Nicolaus V, p. 22.1).
2) <c Quasi credenlia » (Noie de chancellerie au dos d'une recréance de 4327, publ. par Omonl, Bibliothèque de VEcole des Chartes, 4892, liv. 3, p. 2S6).
3) Recréance de Fr. Sforzaau dauphin, de bon style : « 111™° princeps et excell*"* domine honorand"',» |)our « spectabilem » Gaston du Lion, qui nous a parlé « et prudenter et eleganter » (15 mai 1460. Lettres de Louis XI, I, p. 322). Recréances de Louis XI au duc de Milan, pour Em. de Jacopo (4465, 4466. Id., m, 40, 55), pour Pre de Gallera (W., p. 76). V. Desjardins, II, 70.
eaux *.Sans aller jusqu'à la rerréaiicc, ou l'emet parfois à rainbassadeur une lettre pour son souverain, surtout s'il s'agitcFun pays éloignes avec lequel on n^apas de relations constantes*, ou bien on fait suivre le départ de l'agent d'une lettre destinée à entourer de formules de politesse une réponse vague ou insuffisante '. Les lettres de ce genre contiennent facilement un éloge personnel de l'ambassadeur.
l/ambassadeur adroit ou intrigant juge utile de faire écrire son panégyrique, surtout par une cour amie, à propos de son départ. Gommines, dans sa mission de 1478, à Florence, ne manque pas de faire adresser au roi ses louanges,
Lettre (le Louis dauphin à Jean Grimaldi ; il a re^'u ses lettres par son neveu, auquel il a répondu verbalement et qu'on peutcroirei27 janvier 4449. Saigo. Documents, I, âlO). Lettre de Maxiinilien au cardinal d*Âml>oise, renvoyant au cardinal et au roi TéviNiue do l\'iris ;K)ur diverses communications (Anvers, â janvier l-îOS. Ms. fr. i960, fo )\\ Loi'uv de recrt^nce à Louis XI <Kr. 0974, fû iâ).
1) Réponse de Louis XI h la lettre de créance des Florentins, Paris, â3 avril (147o) : « Ludovicus...., carissimis et specialissimis amicis nostris prioribus lihertatis et vexillifero justicie populi tlorentini, salutem et dilectionem... Amicitiarum vestrarum litteras accepimus... » 11 rap{)elleleur amitié traditionnelle : « amicissimos ». Il annonce que Donato })orte]a réponse (Fr. H88â,
i) Lettre de la seigneurie de Venise, remise à un envoyé turc (févr. 1504. Sanuto, \r 6i5), aux ambassadeurs de Russie (avril 1400. /r/., III, 37â) ; lettre de Bajazet remise h un ambassadeur vénitien (oct. 1503. /</., V, 454), cette dernière avec ùloj;e de l'ambassadeur.
'A) Ou lorscfu'on a dit à Tambassiuleur qu*on répondrait. Lettre de Charles Vlll au doge de Venise, on latin, très onctueuse, tr^s aimable : « lll«"c ac potens princeps »: on a reçu ses lettres affectueuses, grâce û Dieu, pour la |mix de ritalic « pulchra pacc,» que nous aimons tant (Venise voulait la guerre) : éloge de leur ambassadeur « oratorem veslrum » (Ant. Loredano)elde ses rares vertus. Nous sommes heureux de le savoir arrivé à bon port. Nous desirons vous plaire, « Chrislo auctore. qui vos fellcitet » (29 novembre 1484. Reg, du conseil de Ch, Vlll, p. 191). Lambert Grimaldi demande sa protection au roi René, par un ambassadeur (son frère). Le roi répond, par une lettre latine, directe, qu'il a répondu à l'ambassadeur, et (assez vaguement) que le secours ne manquera pas; il l'exhorte à se toujours bien conduire (19 sept. 1458. Saige, Documents y l, 295).
CONtiÉ KT DËPAHr DES AUI1A3SA0R1HS 36.t
]>ai' le conseil de Florence, par Laurent de Médicis. Le conseil remercie le roi, comme d'une marque de faveur, d'avoir choisi un tel ambassadeur, « homme de très grande vertu, digne d'être aimé de Votre Majesté et de Lui être cher ; » à peine une restriction légèrement glissée (« autant que nous avons pu en jager, çuaitiim cof/no-werepoluimiis ») trahit-elle la source du panégyrique : Laurent de Médicis donne une lettre de recréance, de pure politesse, où il dit : « 4e vous recommande avec instances ledit Monseigneur d'Argenton, qui est un homme d'un mérite éminent, doué des plus hautes qualités... etc. etc. Je crois qu'il a peu de pareils, s'il en a même un seul, en Italie et en France .. '» etc.
4' Ackf^ement de la mission.
Les ambassades spéciales prennent fin d'elles mêmes, par l'accomplissement normal de la commission. Ou procède à la rédaction d'un traité ; s'il s'agissait dune simple communication, on prend congé'.
Il se peut aussi ([u'une circonstance antérieure mette à néant l'objet spécial de l'ambassade, et qu'il n'y ait plus qu'à prendre congé en termes convenables et it partir *. . . ■< L'ambassade de Bretagne aeslé icy et s'en est retournée. Hz y estoient a l'cure que Monsieur) d'Orléans s'en partit pour s'en aller A Nantes ; dont ilz ont fait fort des esbalz, disans qu'il n'en es-
\) Kervyn, Lettres et négociation*..., I, 192-194.
il Dépêche vénilieone à l'ambassadeur à Rome, 15 ocl. iôii (Arcl>. de Venise).
H) En apprenant que Florence traite avec la France, le ri^sideiil dorcnlin à Venise, sans autre ordre, prend congé (149i. Sanudo, Speditione, p. 109) , Au niomentdelabaOille de Saint Aubin du Cormier (1486), desambassadeur^ bretons négociaient la paix avec Cliartes Vlll ; » L.a chose ainsi advenue, dit Saiul (jclais, ils s'en retournèrent itans îHeM conclure. •>
toit nouvelles à l'eure de leur partemeiit. Le Roy y envoyé mous' de Bordeaulx*... »
— La mission des ambassadeurs prend -elle fin, de droit, par la mort du souverain mandant? Il ne le parait pas, même pour leslég-atsi Le Icgat alatef"^ reçoit une mission à temps*: quant au légat ordinaire, il va sans dire que le nouveau pape le rappelle '. Mais ses pouvoirs ne cessent jms ipso faclo * ; pendant la vacance du sièj^-e, les cardinaux n'ont même pas le droit de le rappeler ', et, en tout cas, il conserve son titre jusqu'à son retour*.
La légation pontificale cesse, ou du moins elle est suspendue, par une cause qui lui est spéciale : l'arrivée du pape dans l'endroit où se trouve le légat. En présence du pape, il n'y a point de légat ^.
A udiences de congé, présents^ départs.
L'ambassadeur, qui part normalement, s'attache à laisser un
1) Lettre de L. de Graville à Du Bouchage, 19 janvier (1487. Fr. 2923,
fo 28).
2) Lcjîation du cardinal d'Amboise.
3) Le légat du feu pape vient à la S"e de Venise dire qu'il attend son rappel d'un jour à Tautre. Il apporte trois lettres de cardinaux, l'une sollicitant une abbîiyo, Tautrc recommandant un neveu.... Aucune n'est exaucée (16 oct. io03. Sanulo, V, 172).
4) Joliannes Andréas déclare formellement que la légation n'expire pas par la mort du pape.
3 Bruneau, concl. xxxin.
6) Ouand le cardinal de Gûrck revient à Rome, en I50t, de la légation d'Allemajçne, quelques uns objectent qu'il était légat d'Alexandre VI et que sa légation était expirée. Jules II ordonne néanmoins de le recevoir comme légat (Paris de Grassis.lat. ol6i, fo 52, v»).
7) a Papa pnosenle, legatio cessât », dit Paris de Grassis (Frati, Le due spedisioni militari di Giulio 11^ 43). La légation cesse-l-olle de plein droit, ou seulement apré<^que le légat s'est présenté devant le pape t la question est controversée.
CONGÉ ET DÉPART i)È9 AliBASSAt>Ett\à 307
souvenir aimable. Florence, èri rappelant un envoyée Gênes, lui recommande de laisser une impression favorable et d'apporter des nouvelles précises*. En France, rambftîs^adeur prend congé du roi, puis de la reine ; il reçoit d'eux la mission de porter toute sorte de compliments à son souverain ^ Anne de Bretagne, quoique malade et ^ncoi^ au lit, reçoit l'ambassadeur d'Allemagne, qui vient prendre congé et lui présenter les hommages de rcmpereur'. En revanche, un ambassadeur de Hongrie, pressé de prendre congé deLouisXIpoTit s'en aller avant l'hiver, se résout à faire le même pèlerinage que le roi, pour essayer de le rencontrer ; mais on l'en dissuade, en l'avièrtiBàant, à sa vive contrariété, que le roi ne l'ecoit jamais que les personnes qu'il a désignées *.
Après le roî, on prend congé des hautes personnalités k qui Ton à eu affaire *.
L' audience de congé sert quelquefois à placer le « mot de la fin » , ce mot dont il faut se défier. Le roi d'Angleterre tire à part l'ambassadeur de Milan, qui part, et lui dit que le roi de France et le duc de Bourgogne vont avoir une entrevue pour enlever le Milanais aux Sforra et le donner an duc d'Orléans'...
A Venise, certaines audiences de congé sontentourées d'apparat. Quatre savij escortent l'ambassadeur turc en 1504 ' ; r ambassadeur d'Egypte, en 1307, à sa sortie, se voit accom-
i) Novembre 1403. Jarry, Vie.,^ de Louis de FraneSy p. 296.
2) Lettres de Louis Xll] II, 38, Desjardins, II, 231.
3) Mai lol2. Lettres de Louis A7/, HI, 258.
4) Septembre 1479. Kervyn, Lettres et négociations, III, o9.
5) Dép. vénitienne à Tambass. à Rome, looct. 1312 (A. de Venise). Au moment de partir, les ambassadeurs de Florence vont faire visite au cardinal d'Amboise. puis au chancelier qui est très content de la réception et des cadeaux des Lyonnais. Ils causent longuement aussi avec Hobertet, en sortant de chez le cardinal d'Amboise (Dép. de N. Valori, 22 février 1503-4).
6) 1476. Dépêches des amb. milany l, 346.
7) 27 février 1504 (Sanuto^ V, 904).
pagiier sur la place Saint Marc par les trompes du doge et d'autres instruments *.
Un gouvernement soucieux de sa<renommée tient, de son côté, à ce que les ambassadeurs remportent l'impression la plus favorable. Or, dans les idées du Moyen Age, la grandeur du rang a pour principal corollaire la générosité, à tous les degrés deTéchellc sociale, et par conséquent chez les princes. «Il fut prince )),dit Olivier de la Marche en parlant du plus économe des souverains, de Louis XI, car il u achetoit au poix d'or. * «Christine de Pisan, qui estime aussi la libéralité le premier devoir du roi, loue fort Charles Vd'avoii' consacré une grande partie de ses revenus à pensionner ses frères et parents, les « barons et chevaliers estrangers qui venoyent en France veoir sa magnificence, ou ambassadeurs à qui donnoit de riches dons .*» Humbert Velay, quand il parle avec distinction d*ambassadeui*s, dit que le roi « les a libéralement gratifiés deprésents*.» Le souverain fera donc des présents aux ambassadeurs qui partent, pour donner une haute idée de lui.
L'usage des présents est universel et absolu ; le prince ne saurait s'y soustraire *, ni l'ambassadeur refuser®. La qualité
i) Sanulo, VII, i:22.
2) Beaune et d'Arbaunionl, Olivier de la Marche j p. xcvii.
3) Le livre detfainet bonnes meurt dusage Roy Charles^ éd"" Michaud et Poujoulat, p. 614. Cf. <il reiilAio de regimmereelorù di fraPaolino, miaorita,pUblicatodaAdolfoMussafiawjC.xxii (Vienna, Tend 1er etcomp., Firenze, Vieusseux, 1868,80). De regimine principum, ï"" 42 vo, De liberalitate (Ms. lat. 13964).
4) Les Vcnlliens, en 1499, ch. m : les divers ambassadeurs italiens, même année, ch. xii.
5} En 1469, le duc de Guyenne fait aux ambassadeurs bourgui||;nons Taffront de les congédier sans cadeau, et cependant n aucuns lavoient averti de donner de la vaisselo d'argent auxdits Bourguignons, pour ce que c'est une chose accoutumée de faire aux ambassadeurs soit d'amis ou d'ennemis » (Dom Plancher, Hi$t. de Bourgogne, IV, 377). Louis XI refuse tout secours à Jean Coxa, « qui, venu pauvre, retourne mendiant » (Lettre de l'ambassadeur milanais, du 14 avril 1463. Ms. lat. 10133, P 27).
6) Le Grand Seigneur envoie à l'ambassadeur du sophi de magnifiques pré
CONGÉ ET DÉPART DES AMBASSADEUnS 369
seule des présents varie un peu, suivant Fintimité i. Timportance de l'ambassade, la situation personnelle de l'ambassadeur.
Un présent très apprécié^ qui ne coûte rien, et qui est par conséquent fort employé, consiste à conférer lachevalerie : Charles VIII, à Florence, fait chevalier un ambassadeur de Gênes, Luc Spinola, que, par la suite, on retrouve dévoué à laFrance. Le roi d'Espagne «décore de la milice «un envoyé vénitien '. Mais à cette démonstration on ajoute le plus souvent des présents moins platoniques. Robertet et Geoffroy Caries, ambassadeurs de France, quittent Inspruck : le roi des Romains leur donne une coupe d'or avec cent livres di argenti schieti, et fait chevalier, comte d'Yspola, le héraut Montjoie, auquel il remet, en outre, un superbe vêtement '.
senls. L'ambassadeur refuse en disant que son maitre veut des villes, et non de l'argent, dire qui excite un violent tumulte: l'ambassadeur manque d'être massacré et s'enfuit comme il peut saiis bagages. Un de ses gens avait acheté à Fera beaucoup d'tHoffes d'or et de soie (sept. 1S05. Sanuto, VI, 221, 222). Au dire de Razzi, ViedeFr. Valori. trad. par l'abbi André, Nie. Valori, ambassadeur florentin en France en 1503, aurait refusé la chevalerie.
1) L'ambassadeur du sophi reçoit, à la Porte, un habit d'or, ce qui est signe de satisftiction (aoiiti508. Sanuto, VII, 631). « Les ambassadeurs d'Angleterre, après avoir été bien fôtés et comblés de présents, retourneront chez eux dans deux jours » (Dép. de Machiavel, Blois, 27 juillet ISIO). L'empereur Henri IV, auprès de qui se rendit Isiaslaw banni, envoya à Sviatoslaw, qui occupait alors le trône deKiew, des ambassadeurs chargés de plaider la cause du prince malheureux. Eblouis par les richesses du trésor grand-ducal, ces ambassadeurs revinrent à la cour impériale, avec des présents qui causèrent Tétonnement de l'Allemagne. Henri fut désarmé par la libéralité de Sviatoslaw (S. de West-
man).
2) 1504. Sanuto, \l.M. CL ibid, 111, 4o3, 63, H7 (Hongrie), 41 (Portugal).
3) Janvier 1502 (Sanuto, IV, 214). Le roi de Hongrie invite fi dîner les ambassadeurs de France et celui de Pologne, le 13 juillet loOO : après le dîner, il fait chevaliers les deux ambassadeurs de France et le fils du premier. H leur donne une casaque d'or ancienne, richement fourrée, et au (ils une casacjuft de soie turque, fourrée, taillée à la hongroise, de mince valeur. H leur donne aussi deux coupes dorées et deux ronsine. Les ambassadeurs partent le 16,après avoir signé une ligue i.Sanuto, IIl, 566. Cf. ibid.^ IV, 248, envoyé de Moldavie
370 LA Dll'lilMAllE At TBtfPS DE MACHlAVlcL
A Rome, un ambassadeur, lors de son audience de congé, demande et obtient rémission, c'est à dire une absolution. Là aussi^ à cette faveur morale on ajoute souvent un présent matériel *.
On ne peut guère offrir une somme d'argent pur© et simple qu'à des ambassadeurs de médiocre importance : par exemple, à Venise, on donnera 400 écus à deux envoyés de Zante", 200 écus aux ambassadeurs de Riminietdix à leur secrétaire *. L'empereur envoie au roi de France, en 1474, un docteur « de grande autorité », Georges Hesler : le roi le reçoit bien, lui donne quatre cents écus et le fait reconduire par son écuycr Jean Thiercelin, — mal content*. En général, ne fut-ce que pour la forme, les dons en nature tiennent le premier rang. L'objet classique à offrir est une chaîne ou collier d'or, valant 200 ducats, ou de cinq à six cents livres ^ ; ensuite vient le don de quelques
à Venise ; V,823,eDVOYé de Veoise en Hongrie et en Polognc,qui reçoit^avecla chevalerie,un cheval et un habitd*or foarré). Le 31 déc. 4503, le pape donne à un ambassadeur de Lacques, avec la chevalerie, 300 ducats de bijoux {Burdi, tyiariumUlj 325). Au moment du mariage de Jean GaléasYisconti, le duc de Milan fait chevalier Pierre Alemani, ambassadeur de Florence, et lui donne une superbe robe de brocard d'or fourrée de peaux très fines i Relation contempo^ raine, i4S9. Archivio Sforzesco).
i) Jules II fait mille politesses aux ambassadeurs suisses, paie leur hôtellerie, leur donne des indulgences, promet le ehapeeui à leur éyéque, signe la ligue avec eux, mais ces ambassadeurs voudraient de Targent pour leur maître... (déc. 4510. Sanuto, XI, 6?8).
3) Sanuto, III, c. 252.
3) Janv. 1504. Sanuto V, 642. Le duc d'Orléans (arbitre) donne 300 fr. à Hub. d'Autels, qui retourne en Luxembourg avec un chevaucheur i24 juin 4397. Jarry, Vie.,, de Louis de France, p. 496).
4) Commines, 1. iv, c. ii. Cf. iMandement de 52 écus dor de Saint Georges, par le duc de Normandie et Guyenne à Phe du Crouleis venu vers lui en « messagier » de la reine d'Aragon i24 juill. 1346. Fr. 20590, no 3).
5) Certifient de J. de Beaune, du 20 déc. 4509, que le trésorier de la reine a donné de sa part à mess. Jacques d'Albion, chlior, ambassadeur du roi d'Aragon, une chaîne d'or payée 5631iv. t. à l'orfèvre (Fr. 7064, no59.CL CcUal. JawsanvauU, no 406). £)on d'un collier par le roi à Tambus. de Venise^ sui-
vêtements, d'étoffes plus ou moins riches : robes d'or, de velours, de damas^ de drap, de soie brochée*, etc. Une robe brochée d'or, fourrée de zibeline, ne vaut pas moins de 300 ducats à Venise *. A des robes, on peut ajouter une somme d'argent '.
Après une ^imbassade courte, de peu d'importance, ou qui n'a pas très bien réussi, il suffit d'offrir vingt brasses de velours *. Au contraire, pour accentuer les cadeaux, on donne des bijoux, de l'argenterie... Maximilien loue fort Marguerite d'Autriche, en t513, d'avoir domié aux ambassadeurs d'Angleterre, pour leur départ, 2,500 florins de vaisselle, et promet de la rembourser '\ En Orient, les ambassadeurs vénitiens
vanl l'usage (Desjardins, II, 280). Jules II donne une chaîne d'or, de 200 ducats (1504. Rifp. di Ant. GitiStiniany Hl, 343) : il donne une chaîne pareille à Marc Antoine Colonna, qui épouse saîille (1506. Sanuto, IH. 384).
1) Le roi de Hongrie donne à l'ambassadeur turc, expédié, une robe, valant 100 ducats (1504. Sanulo, VI, 81).
-2; 26 juillet 1507 (Sanuto, VU, li2).
3) Un ambassadeur deFrance à Venise était surle point de partir pour aller prendre son siège de conseiller à Milan ; le conseil des X décide de lui donner trois riches habits, de velours, de drap, de damas, fourrés de martre,et 300 ducats d'or « in una confetiera » (9 novembre 1499. Sanuto, III, 49). L'envoyé vénitien a reçu de la part du grand seigneur un habit d'or pour lui, et un autre pour le stratiote qui l'accompagne, et 60 ducats, qu'il a d'ailleurs dépensés en gratifications (février-avril 1500. Sanuto, 111,179 et s.). Le 27 février 1504, l'orateur du Turc vient prendre congé de la S'» de Venise; il porte une casaque de damaschin, don de la République : et il a reçu la veille 100 ducats, savoir 50 pour lui, 50 pour les dépenses des esclaves : on lui a en outre donné 32 ducats pour un bateau (Sanuto, V, 904).
4) Un ambassadeur de Naples à Venise, partant après une très courte ambassade, reçoit 20 brasses de velours cremesim et 20 de velours noir ; «il est richissime docleureta un frère banquier à Naples » (1500. Sanuto, III, 94). Décision de donner 20 brasses de velours paonazo k l'or.iteur hongrois qui part, u E nota, pcr il consejo di X,è slà datoli ducati 12 milia, zoè panni di seda et altro e conladi, e fato la dita per la Signoria nostra » (1508. Sanuto, VII, 652). M. de Gimel vient à Venise faire une réclamation, au nom du roi. Le sénat lui répond, et on lui donne deux habits de soie (juillet 1 501. SanutoJV, 83).
5) Lett. de Louis XU, IV, 165. A son départ de Florence en 1478, comme
acceptent volontiers des dons d'esclaves '. C'est, du reste, en Orient qu'on a Tusage des présents les plus somptueux.
Cette délicate question des présents est réglée par le souverain lui niônie *. Elle trahit son goût, ses habitudes ; un souverain, désireux de plaire, de montrer son faste, peut faire des dons de nature très diverse *.
L'ambassadeur reçoit les cadeaux, avant, pendant ou après l'audience de congé ; si c*est auparavant, il s'en pare à l'audience \ Habituellement, tout le personnel de l'ambassade a part aux libéralités ^,
ambassadeur de France, PU. de Gonimines reçoit des dons de la seigneurie, d'une valeur de 4 à 500 ducats, et de Laurent de Mcdicis des bijoux évalues 800 ducats (Kervyn, Lettres et négociations^ IK, 35).
1) L'oratcurdu Soudan, prenant congé du grand' seigneur, reçoit quantité de dons, notamment 30 esclaves et de l'argent (1510. Sanuto, X, 22).
2) Lettre des généraux des linanccs au roi (Charles VIH), portant que, suivant ses onlres, pour les présents de Hongrie, ils ont envoyé à Paris, « aMons. i ambaxadeur dudit Hongrie, \\V marcs d argent, vaisselle delà belle façon et myeulx assortie qu'avons [pu] m ; elle arrivera demain^ Quant à ce que le roi veut donner au roi de Hongrie, ornements de lôte, plumaulxt etc., ces objets seront envoyés à Tambassadeur dans huit ou dix jours, quelque part qu'il soit : on l'en avise (Fr. 15538, n» 195).
3) Charles d'Anjou lègue à Laml^ert G ri maldi deux galères (1471. Saige, Documents, l, 569).
4) "20 mai 1503. L'orateur turc va au conseil, faire jurer la paix par le doge. II est accompagné d'nne foule de patriciens. On lui fait les honneurs du )>alais. Il porte la casaque d'or donnée par la seigneurie, et est escorté de turcs richement vêtus. On lui donne une casaque de soie, et à son drogmaii une casaque de damas (Sanuto, V, 36).
5) Arcli. Joursanvaulty 648: don d'une houppelande à un chevalier venu dans Tambassade du roi des Romains. Au départ des ambassadeurs anglais, le roi d(î Portugal leur fait donner de l'argent dans de belles cou|)es dorées : au héraut, de l'argent dans un gant. Il envoie en outre au chef de l'anilrnssade un cheval magnitiquement harnaché (1489. Gai rdner, Uist» régis Henrici xeptimif p. 194-195) ; le roi d'Espagne leur fait donner à chacun deux chevaux, une mule, dix verges de drap de soie, et 60 marcs de monnaie ; au héraut, et au fils bâtard d'un des ambassadeurs, une mule et 25 verges de soie (/d., 184). A sa dernière audience, l'ambassadeur de Venise au Caire, en ioU, reçoit une robe magnifique: son fils et le consul d'Alexandrie en reçoivent de pareilles ; le secrétaire et le drogman de moins belles (Ch. Schefer, Le voyage d*outremer, p. 206).
Les cadeaux appartiennent en propre aux ambassadeurs, sauf  Venise, où, depuis le XIII* siècle, ils doivent être remis h TEtat* et vendus aux enchères publiques'; on 1307, on décida de les attribuer à la fabrique de Saint Mîirc.
L'usa,a:c des cadeaux aux envoyés étrangers s'étend aux hérauts ', aux simples courriers * ou huissiers '\ chargés d'apporter une nouvelle de quelque importance. Un héraut en service près d'une ambassade reçoit des présents de toute main ^
Même en cas de rupture, il semble de bon goût de faire un cadeau à l'ambassadeur. En 1509, Louis XII congédie l'ambassadeur de Venise en lui envoyant un collier d'or de grand prix,
1) Ordre du grand conseil du 20 sept. 1268, prescrivant de consigner au retour tout présent quelconque fait à ou par l'ambassade : l'ambassadeur n'est autorisé à garder, sans en rendre compte, que des victuailles jusqu'il concurrence de quarante sous, ou celles qu'il a consommées (Arcli. de Venise, Dcliberazionij Maggior Consiglio, rcg. Comune \, c. 59). Fro Giustiniani, ruiné par une ambasstide près de Franvois I*!", sol licite, en lo38, comme une extrême faveur le droit de conserver une petite cliainc d'or, Ccidcau du roi (Reumont, Diplomaziailallana, 22'#).
2) Viennent au conseil des gens des Raxon nnovc. ils portent quatre pots d'argent, achetés aux enclièrcs publiques pour 5 ducats le marc, et venant de Zuan Badoer, ex-orateur en Hongrie (20 février 1»04. Sanuto, V, 899).
3) Aumône de 30 sous, à un héraut d'Angleterre. — 60 s. 6 den. à un anglais qui a présenté au duc « ung bréviaire de cire » (C^**® de la trésorerie du duc d'Orléans, oct -déc. 1-480. Tit.orig, Orléans, Xli, 781).
4) Le duc d'Orléans donne 40 écus d'or, à un. chevaucheur de l'empereur, qui lui a apporté des lettres (1397, Circourt et van Wervecke, Documents /iixembourgeoiSf n» 14). Un courrier du pape apporte à Venise la nouvelle ' de la victoire de Jules H à Bologne : on lui donne un habit d'écarlate et quelque argent (nov. loOG. Sanuto, VI, 478), etc., etc.
5)«... A ung huissier de no.stre saint père le papequi est venu devers mondit SI" (le duc d'Orléans), lui apporter lettres de nostredit saint père le pape et des cardinaulx touchant l'eslection dudit saint pcre, en don a luy fait par le dit sr, la somme de XXXIHI 1. l. >> (TU, Orléans. XII, 847).*^
G) A la fin d'une mission en Bretagne (1490), le héraut anglais Richemont reçoit de la duchesse 20 francs, de Mme de Laval 20 sous, de l'ambassadeur d'Espagne une robe et un pourpoint, du maréchal de Rieux une robe de velours noir, des ambassadeurs d'Angleterre 10 écqs d'or, unç épéc dorée (J. G-airdncr, Hist. régis Henrici septimi, 221).
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avec cent ducats pourle secrétaire, et en lui faisant dire d'aller l'attendre à Lyon. L'ambassadeur se rend à Lyon et le roi s'apprête à partir pour l'Italie*, A Venise, en avril 1500, à Bude, en juin 1501, on congédie un ambassadeur turc en lui donnant une robe d'or et une bonne somme d'argent •. Froissart cite même des présents^ offerts très chevaleresquement à un héraut qui vient déclarer la guerre '.
Enfin, dans certains cas exceptionnels, une ambassade simplement de passage reçoit des présents *.
On fait encore plaisir à un ambassadeur en le chargeant d'une commission pour son souverain (simples compliments, communication plus ou moins grave avec recréance), ou bien d'un présent (un cheval, des vases d'argent •)....
L'ambassadeur part de suite après son audience de congé, imoinsd'empêchementmajeur'. Cependant,le résident ne doit
i) i4 février 1509. Sanuto, VU, 750.
a)Sanuto, III, 194, IV, 50.
3) « Gonsilla adonc que on cnvoiast hiraus devers le roy de France pour demander et accepter le journée de le bataille. » Le roi d'Angleterre envoie un héraut gueldrois, qui sait le français, a A laquelle roqueste, li rois de France eutendi volentiers et accepta le jour... Si s'en retourna li liiraus arrière devers ses signeurs bien reveslis de bons mantiaus fourés que li rois de France et li signeur li donnèrent pour les riches nouvelles qu'il avoil aporlées j) (Froissart, 1, 175).
4) Au passage de deux orateurs considérables de l'empire se rendant à Rome, on leur fait à Venise des présents pour cent ducats (1506. Sanuto, VI, 436).
5) Un des ambassadeurs de Flandre-Allemagne étant rappelé, le roi lui envoie le matin de son départ une lettre de créance pour l'empereur et des vases d'argent qu'il le prie de lui otîrir (sept. 1510. Lettres de Louis .Y//, II, 37). Louis XIÏ envoie à Henri VII par l'ambassadeur d'Angleterre qui prend congé un cheval de prix {Bemardi AndreoBy Annales Henri VIII, éd. by Gairdner, p. 101).
6) L'ambassadeur de France en Angleterre, retenu le 2 janvier 1508, au moment de son départ, par une indisposition, assiste leS à un grand dîner, et, la veille des Rois, à des comédies et à des fêtes à la conr (Bem, AndreœfAnnales Henrici VII f cd. by Gairdner, p. 103).
OOnat Kt DÉPART DES AHBASSIDEDRS
pas négliger d'assurer le service : ilattendsouvc Heur, veille k son eatrée, le présente au souverai les visites onicielles, rédige avec lui les première no prend congé, ne part qu'après avoir averti nement '. S'il y a lieu a un intérim, il laissera at choses bien en ordre. André de Burgo, autori congé,part de suite et laisse t< quelcua pour adr très, jusqu'à ce qu'il vyenne ung ambassadeur, saire que les postes demeurent icy... (à Blois), j que atiltre ordre y sera mis avant mon partemeni vertiray de l'ordre que laisseray icy. » Son sécréta me chargé d'aiTaires t. L'année suivante, délégué plaint d'avoir dû laisser encore à Blois le secré a besoin, et surtout d'avoir dû lui fournir quelqii réclame avec instance l'un et l'autre '.
Un ambassadeur circulaire, pour se donner de en quittant une cour, écrit et cherche h y conseï ports spéciaux : dans une ambassade de ce genr écrit il la duchesse de Milan que le roi, en répons port, « me mande qu'il m'avoue de tout ce que j dit... Il m'cscript, davantage, qu'il est trèscontei viteurs* ».
Dans les pays où l'on paie !e défrai de l'ami défi'ai, lors du départ, suit jusqu'à la frontière, i l'ambassadeur ne parte dans de mauvaises condil
i) ioOi.TMari, Dùpaeei di A.Giuslinia«,l,n.
2) 15H . Lett. de Louù Xll, III, 97.
3) 4612. Lelt. dt Ltmii Xll, III, 3SS.
i) U78. Kervyn, Lellrei et nigociatiom, I, 189.
S) Accurse Usinier, ambassadeur fort maladroit, vient pn avec les offres liabiluellcs de service. Il louche la main à lo du conseil, Cejwndant, on ne lui paie pas son défrai de retoi de Venise, et on ne lui fait aucun présent (18mar3l504, Sai
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ment, c'est une courtoisie employée quelquefois *. Pour honorer grandement un ambassadeur, on l'escorte à son départ de la cour comme à l'arrivée t.
L'ambassadeur garde son caractère jusqu'au jour où il passe le seuil de la résidence de son maître ^ k moins qu'il ne diffère son départ au delà des limites normales *. Il conserve donc rimmunité, sauf à prendre les précautions convenables ". Lors de la rupture avec la France, l'ambassadeur de Venise reçoit Tordre de brûler toute sa correspondance et ses registres : le bruit courait que les Vénitiens ne laisseraient pas sortir de leur territoire l'ambassadeur de France à Venise, jusqu'à ce que Tambassadeur de Venise eût quitté la
1) C'est l'usage constant en Espagne (Gairdner, Hutoria régis Henriciseptimi, p. 183). Cf. une lettre de Tristan de Salazart,au roi : cliargé d'accompagner Tambassade de Hongrie, il écrit qu'il partira le lendemain, et qu*il emporte <( des lettres pour adresser aux villes ou le chemin s'adonnera » (Fr. i;)o4t, no 196) : la lettre de Christophe de Plailly au roi Charles VIII, lui rendant compte de l'escorte de l'ambassade de Hongrie jusqu'à la frontière. 1^ insiste en faveur des offres du roi de Hongrie (Fr. 4554, n» 135).
2} Sanuto m, 194. En 1512, au départ de l'envoyé vénitien en France, on lui donne une mule et on lui offre ce dont il aurait besoin. A Pavie, on l'entretient et on l'envoie à Milan àTévéque de Lodi, qui lui donne l'hospitalité quelques jours (Dép. vénitienne aux amb. àRome, 15 oct. 1512. A. de Venise). En octobre 1487, l'ambassade hongroise est escortée par le grand Maître, MM. d'Amiens, de Sens, le prévôt de Paris, le capitaine Jean Blosset, le chevalier du Gué et autres. L'ambassadeur charge l'un des gentils-hommes, le sire de Plailly, de le recommander humblement (k la grâce du roi. Tristan de Salazarl, archevêque de Sens, va jusqu'à la frontière (Fr. 15538, f*» 196). Cf. Mandement pour remboursement des dépenses faites à conduire les ambassadeurs de Hongrie l'an dernier, lorsqu'ils repartirent |)Our l'Angleterre (Blois, 19 janv. 150-2. Ms. fr. 25718, 70).
3) C'est, du moins, ce que décide Martin de Lodi pour les légats du pape {De legatis, q. 33). Jean Bruneau dit des mêmes légats (Traclatus de dignîtateetpotestafelegati, c. xv) que leur pouvoir de juridiction cesse avec leur mission.
4) Mart. Lànd., De legatis, q. 11.
5) Ce principe, en fait, est, cependant, quelquefois violé ou contesté. D'après la constitution (inappliquée) 'de Martin V, un ambassadeur à Ronie perdait son titre le jour même où il recevait congé et ne devait
France, mais ce bruit était faux ^ Au même moment, les ambassadeurs de Venise à Rome demandent pour partir une escorte : Jules II leur envoie uiie escorte et un sauf conduit ; mais sur la nouvelle que Venise en appelle au futur concile de son excommunication, il entre en courroux et suspend le sauf conduit ; les. cardinaux vénitiens s'entremettent et les ambassadeurs jurent qu'ils ignoraient Tappel*... Le 10 décembre 1494, à la suite d'un consistoire, Alexandre VI donne congé aux ambassadeurs français, qui partent le jour môme, avec une forte escorte de troupes pontificales : (lommines prétend qu'ils furent un instant arrêtés, puis relâchés ; rien ne confirme cette imputation '.
Sur son passage» l'ambassadeur reçoit les mômes bonneurs qu'à son arrivée *. Il se heurte souvent à des difficultés matérielles. Un résident vénitien se voit obUgé délaisser à Rome, en juin 1502, partie de ses bagages, parce que
plus être traité, à partir de ce moment, que comme particulier et selon sa qualité personnelle (Ë. von Ottenthal, Die pàpstlichen Kanzleiregeln, p. 221). Jean d'Auton (t, lïl, p. 477, édon delà Société de THistoire de France) raconte l'aventure du roi d'armes Champagne, le soir de la bataille de Cerignoles : ému de voir le corps du duc de Nemours, tout nù, parmi les morts, il se dépouilla, sur le conseil perfide des Espagnols, « d«i sa cote d'armes semée de fleurs de lys, et sur luy la gecla. Par quoy, les Espaignolz, voyant celuy estre desarmé de son lys, le tuèrent, disant que plus de franchise n'avoit : dont firent œuvre de crédulité, et luy emprise de foulye, » ajoute J. d'Auton. Rigoureusement, les Espagnols en avaient le droit, la robe du héraut étant son seul litre.
i) i509. Sanuto, VII, 736.
2)Sanuto, VIII, 182,310, 311.
3) Delaborde, p. 499.
4) Le légat est à honorer, même sa légation finie (Viltadiego, De legato, q. vi). Maximilien mande à sa fille Marguerite que l'ambassadeur de Navarre, qui a pris congé de lui, va s'arrêter près d'elle; il la prie de réconduire poliment, pour ne pas donner ombrage au roi d'Aragon (1512. Lett. de Louis XII, IV, 39). Jean Lascaris, ambassadeur à Venise, prend congé [)our aller saluer le roi à Milan. Le conseil écrit aussitôt sur la route de lui rendre les honneurs (1507. Sanuto, VII, 95).
378 LA DIPLOMATIE AD TIMfS DC MACHIAVEL
tous les mulets sont pris pour Tannée du duc de Valentinoisi.
Un des ambassadeurs vénitiens envoyés à Rome, en 1505, perd, au retour, son fils, qui expire dans ses bras à Bpolète, de la poste '.
L'ambassadeur, sa mission remplie, ne rentre pas toujours dans son pays. Venise semble exercer sur les résidents une attraction indicible : Accurse Mainier, l'ancien résident de France, demande à y être fait patricien ; un ancien envoyé de Pise sollicite une chaire à Padoue '. Ou bien, pour un motif quelconque, Tagent s'arrête à mi-route. En 1512, Tenvoyé de Venise en Espagne, congédié parle roi, va à Rome*.
Eu principe, l'ambassadeur doit venir exposer le résultat de sa mission au roi lui même *, et remettre ses comptes'. L'accueil qui l'attend ^ varie suivant le succès '.
i) Villari, Dispacci di Giustiniant I, 22.
2) Sanulo, VI, 169.
a) ioOO. Sanuto, III, 95.
4) Sanulo, IX, 9.
5) V. un billet de six lignes de l'évAque d'Albiau roi, lui annonçant le retour de Berne et Zurich, de Jean de Castelnau, envoyé en mission, qui va rejoindre le roi (Lyon, 40 mars. Ms. fr. Iii541, n® 427).
0) V. Ms. fr. 2841, fo 209, le curieux compte de voyage de Rinçon, ambassadeur de France à Gonstantinople (on 4539-4540).
7) Le léjçat reçoit, à son retour à Rome, les mômes honneurs qu'au départ. Los cardinaux Tonl solennellement le chercher à la porte de la ville et Tescopient jus(ju'au baise-pied du pape, qui conclut la mission. Le cardinal attend le cortèjje à Sainte Marie du Peuple, s'il entre de ce côté : le maître des cérémoni(îs fait lendredes tapisseries, disposer des bancs pour aider les cardinaux à monter sur leur mule. Le légal dit sa messe de bonne heure, et fait habiller soig[ieus(»menlsa maison. Les palefreniers,de guet à la porte,signalent l'arrivée de chaquecourrier de cardinal ; Testafier «î cheval vaau devantde chaque cardinal et l'escorte : les palefreniers ])rennentlecnapeauducanlinalelse joignent aussi à chaque escorle. Le légat reçoit chaque cardinal avec un cérémonial i\ue dépeint minutieusement Paris de (irassis. Le cortège, pour se rendre au palais, se compose des eslafiers, des famiylte, de l'aristocratie romaine, des massiers. des cardinaux, du légat, et des ambassadeurs accouplés à un prélat. Arrivés au Vatican, les cardinaux entrenl, le consistoire .s'ouvre, puis le légat est inlroduil. On trouvera à ce sujet de minutieux détails dans le Diariunule Paris de Grassis (M.lat. 546'*, fo» 52, 56).
8) Les ambassadeurs de France, en 1479, sont trompés par le pape,plus fin
Lorsque rimpression parait bonne, le gouvernement écrit quelquefois pour remercier de l'accueil fait à son représen* tant, et cette lettre peut servir de créance pour une nouvelle ambassade S
A Venise, à Florence, le retour de l'ambassadeur est régulièrement constaté. A Venise, l'ambassadeur doit, le jour même, se rendre àlachanceUerie, et signer un registre d'arrivée ; il doit aussi, dans les trois jours, rendre les chevaux que la République a fournis '. et dans les quinze jours lire sa relation. Il produit à la trésorerie le compte de ses dépenses V
A Florence, le retour, comme le départ, fait 1 objet d'un certificat sommaire notarié *, noté sur le registre de la chan-
qu'eux. Un orateur milanais écrit « qu*ils ont été étranglés par des promesses» ; Laurent de Médicis déclare qu'ils sont « ou menteurs ou grandement trompés». Louiç XI reçoit fort mal, au retour, le cliefde l'ambassade, le traite de fouet refuse d'entendre ses explications (Delaborde, Expéd. de Ch. Vlll, p. 432, 133). Laurent de Pesaro, ambassadeur milanais à Rome, tombe en disgrâce pour n'avoir pas, en négociant la paix, stipulé la réserve des obligations réciproques de Milan avec la France. Louis XI prie le duc de Milan de lui pardonner et de lui rendre ses dignités (1468. Leti. de Louis Xly III, 279). L'ambassadeur qui se serait rendu coupable de divulgation de secrets diplomatiques, serait passible de la peine capitale, selon Villadiego,
i) Lettre des maîtres jurés et conseil de Liège à Louis XI ; ils le remercient de l'accueil que leurs « ambassadeurs» rapportent avoir reçu ; ils lui envoient, de nouveau, Gielhc de Uuy, chevalier; créance pour lui (4;i juillet 4467. Gacbard, Analectes, cxxviii). Francequin Nourry étant revenu d'une ambassade à Milan, créance de Louis XI au duc de Milan pour ce qu'il « vous en escripra par ce porteur...; car..., pour aucunes noz afllaires, nous l'avons détenu par deçà... » (1464. Lett. de Louis XI, II, 222).
2) Arch. de Venise, Deliberazioniy Maggior ConsigliOy reg. Comune I, 59 vo, ordre du 30 mars 1269.
3) Arch. de Venise. Ibid., I, 60, ordre du 40 avril 1273.
4) Certificat du 2 août 1502, d'un notaire constatant l'arrivée à la douzième heure, de l'ambassadeur revenant de France (Arch. de Florence, Legazioni, reg. 4, fo 31) : « Millesimo ([uingentesimo secundo, indiclionc quinta, et die secunda mensis augusti, actum et ex presentibus. Fit breviter fides qualiter, superscripta die,Spï»s vir Petrus, olim dominiThomeLaurentii Nodecimis (?), orator apud serenissimum regem Franchorum, rediit suprascripta die. hora duodecima, ad urbem Florentie. Et in fidem hoc scripsi. Ego... » (Sign.du
■è"TTi •v'^r '■
cellerie >. L'ambassadeur doit faire remettre le compte de dépenses le plus tôt possible '.
notaire). La formule était la même que pour les retours de commissariat (même rc^., fo 163 : certificat de la rentrée du commissaire Franvois Pandolfmi, le 8 oct. 451:2).
1) D('*ci$ion de 1408, à Vappewlice.
2) Parle massier do Tanihassade, chargé de le tenir (IK'Tision «lu 9 mars 1430-1431, à Vappendice).
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