LA GUERRE BALKANIQUE 2G
que cette dernière avait refusé de se plier aux volontés d'Alexandre III, était en 1905 intervenue énergiquement contre un simple traité de commerce serbo-bulgare qui servait de masque à un traité d'alliance conclu en 1904, Les négociations de 1911 aboutirent le 29 février 1912 à un traité serbo-bulgare, suivi le 16 mai d'un traité gréco-bulgare. Ces traités furent complétés par des conventions militaires dont la dernière fut conclue le 22 septembre. Seule la Russie avait été tenue au courant de ces négociations : la Serbie avait, en effet, besoin de son appui pour contenir l'Autriche qui sans cela l'eut attaquée. La Russie procéda même à un « essai de mobilisation partielle )) sur les frontières de la Galicie orientale quand le moment de l'entrée en campagne des Balkaniques contre la Porte fut arrivé. Comme le secret avait été bien gardé, cette dernière fut prise au dépourvu. Le 8 octobre, le Monténégro, le premier, lui déclara la guerre ; les autres états suivirent, La Porte se hâta de signer des préliminaires de paix avec l'Italie à Ouchy, le 15 octobre, mais trop tard pour changer le cours des événements. Battus à Kumanovo et à Lule Bourgas, les Turcs durent rétrograder en toute hâte vers Tchataldja avec le gros d^ leurs forces, pendant que les débris du reste s'enfermaient dans Andrinople, Janina et Scutari, Les Balkaniques, qui avaient craint une guerre « de longue durée et très difficile », se trouvaient avoir vaincu en 15 jours.
Les grandes puissances furent aussi étonnées qu'eux. Elles avaient cru aussi à la victoire de la Turquie. L'Angleterre et la France s'employèrent à
«viter la guerre générale. M. Poincaré, alors président du Conseil des ministres, proposa que les six grandes puissances prissent un engagement mutuel de désintéressement.
Seule l'Autriche hésita à le contracter. Elle finit cependant par y consentir. Elle y était obligée par ' l'attitude de l'Allemagne qui trouvait derechef le moment défavorable pour faire la guerre, aucune diversion n'étant à espérer de la Turquie, ni deè Balkaniques, et l'Italie n'ayant évidemment pas l'intention de faire la guerre pour aider l'Autriphe à s'agrandir. Si les Balkaniques étaient restés d'accord entre eux et avec la Russie, il est fort possible que l'Autriche aurait fini par se résigner à cette déception, mais leurs discordes avaient commencé à lui faire entrevoir des possibilités de revanche.
Les causes de ces dissentiments étaient multiples. La première, dans l'ordre chronologique, celle qui dut ranimer les espérances des Autrichiens au commencement de novembre 1912 était la recrudescence du sentiment hostile à la Russie chez les Bulgares.
Quand ils avaient fait aUiance avec les Serbes et les Grecs sous l'égide de la Russie, les Bulgares, ne sachant ce qu'ils pourraient conquérir, avaient laissé prudemment de côté la question de savoir ce qu'en cas de conquête on ferait des territoires situés du côté de Constantinople. Les victoires de Kirk Kilisse et de Lule Bourgas ayant ouvert le chemin de cette . ville, les Bulgares, grisés par leurs succès, se croyaient capables d'y entrer.
Certains niembres du gouvernement russe pa-