‹ La diplomatie de Guillaume IIChapitre 86 sur 133 · RUSSIE ET BULGARIE · texte numérisé non relu

RUSSIE ET BULGARIE

raissent l'avoir cru (ou craint) aussi. Ou connaît les vieilles convoitises des tsars sur Coiistantinoplc. Pour tout homme sensé, il est évident que depuis le traité de Berlin (et étant donné ^'état actuel, non seulement de l'Europe, mais même du monde), la Russie n'a aucune chance d'y entrer, et que, par conséquent, il valait mieux pour elle y voir la faible Bulgarie (qui n'est pas sa voisine) que la puissante Turquie (sa dangereuse rivale en Arménie). On est toujours l'ennemi d-e ses voisins, dit le plus sage des proverbes diplomatiques. C'est par application de cette maxime que Guillaum.e avait si adroitement manœuvré pour mettre la Russie aux prises avec le Japon. Puisqu il ne pouvait 8 voir Constantinople pour lui-même, Nicolas eût dû eu faire l'application dans ce cas-là, mais soit qu'il ne s'en soit pas rendu compte, soit qu'il ait voulu donner une satisfactiou à l'Autriche qui était menaçante, il paraît probable qu'il fit conseiller,amicalement, aux Bulgares de s'arrêter. Grande colère de ceux-ci. Dans un discours prononce en 1914 au Sobranié bulgare, M. S. Kostourkofî a dit : « L'unique but était, ainsi qu'on l'a vu plus tard, d'aller à Constantinople. On avait l'ambition démesurée d'ériger la Croix sur la Mosquée de Sainte- Sophie et de f»ire dire un jour à l'histoire que Sisaiéou, il est vrai, est arrivé jadis aux portes de Constautinople, mais que les Grecs lui ont brisé la tête, tan-dis que le roi Ferdinand y est entré en vr.inqueur ! » (^)

(^) D'après M. E. Daudet, Ferdinand de Bulgarie avait autrefois confié à sa mère et au duc d'Aumale que son ambition ne serait satisfaite que lorsqu'il aurait été sacré à Sainte-Sophie de Constantinople

Ne pouvait donc plus obtenir de la Russie l'appui dont il avait besoin, Ferdinand se retourna vers l'Autriche. Le 29 octobre 1912, écrit M. Guéchofî (p. 54), « M. Danefî nous informa que le haut commandement avait débattu la question de son voyrge éventuel à \ienne d'où i^enait la principale opposition à la liquidation finale de la Turquie d'Europe... Il fallait tâcher de rallier l'Autriche à notre cause ». Depuis de longues années, l'Autriche ne pratique d'autre politique dans les Balkans que celle d'y exciter les États les uns contre les autres dans l'espoir de les soumettre l'un après l'autre grâce à leurs divisions. A ce moment même, elle excitait la Roumanie contre la Bulgarie. Danefî paraît avoir été bien accueilli à Budapest (^) et l'espoir que ses ouvertures firent concevoir n'a peut-être pas été étranger à l'âpreté avec laquelle^ à ce moment-là, l'Autriche' poursuivit la Serbie dans l'affaire Prohazka et lui contesta l'acquisitio'»! d'une porte de sortie sur l'Adriatique. Danefî rentra en Bulgarie le 14 novembre ; le 17, l'armée bulgare commença la bataille de Tchataldja ; elle aboutit après trois jours d'une lutte sanglante à un lamentable

empereur d'Orient. [Revue des Deux Mondes, l^'' novembre 1916, p, 128.) (^) En tout cas, à Berlin, on changea subitement d'opinion à ce moment là. « Jusqu'au 18 octobre, il ne fallait pour rien au monde toucher au statu quo ; aux premiers jours de novembre, M. Schiemann qui emprunte une bonne part de son autorité de publiciste à ses relations avec Guillaume II, mettait en jeu le sort de Constantinople ; il écrivait : « Nous tenons pour impossible que le prix de la victoire, Constantinople, s'ils le conquéraient, puisse échapper aux Bulgares. Nous ne voyons pas non plus de qui l'intérêt bien entendu serait de s'y opposer... »En même temps,un communiqué de la Gazette de l'Allemagne du Nord disait : « L'Autriche attendra la fin des hostilités pour régler la question de l'Adriatique et du port serbe. » (Iancovici, Essai sur la crise balkanique, p. 109.)

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