U LA DIPLOMATIE
telles comparaisons n'ont rien d'offensant.
Dans un régime où les rois représentaient rÉtat tout entier, une domesticité fidèle et sans bassesse était une forme naturelle du patriotisme. Une bonne part de ces vies voyageuses s'écoulait aussi dans des recherches de sensualité et d'élégance, dans des fêtes somptueuses dont ils étaient tour à tour les convives ou les hôtes. Partout où ils posaient leur tente, ils donnaient le signal des plaisirs. Singulier passe-temps, dira-t-on, pour les dépositaires des destinées des peuples ! Mais ce jugement serait aussi superficiel que pédant, car, si leur polique était frivole, leur . frivolité était bienplus souvent politique. Ces divertissements n'étaient qu'une occasion de rencontrer sur le terrain pacifique d'unsalon, au
milieu des chants, des fleurs et des festins, le rival de la veille devenu Fami douteux du jour, de l'observer au dépourvu dans Tentraînement du plaisir, et, par l'agrément des relations privées, d'adoucir le maniement trop rude et d'amortir le contact trop heurté des intérêts publics. Aussi quelle aisance à porter le poids des plus lourdes affaires ! quel art à en dénouer les nœuds î Dans le laisser-aller d'un entretien futile ou piquant, quelle réserve exempte de gêne !
Quelle stratégie cachée sous la bonne humeur! Quelle finesse à insinuer! Quelle vivacité dans la repartie! Confiés à ces mains légères, les rapports orageux des peuples gardaient jusqu'à la veille des conflits armés et reprenaient dès le lendemain des combats ce caractère d'aménité facile pro-
pre.au commerce des gens de haut rang et de même éducation.
C'est dans ce monde si bien policé, formé, pétri de conventions et de traditions, faisant son ménage en famille, que la révolution française vint subitement lancer le principe qui en détruisait le fondement même. En proclamant, avec la généralité absolue qui caractérisai toutes ces maximes, qu'une nation appartient non à ses rois, mais à elle-même, que la souveraineté est son bien, son droit, dont elle ne peut déléguer que l'exercice, dont elle ne peut se dessaisir que par un mandat toujours révocable et condi* tionnel de sa nature, la révolution française dissolvait cette union de la dynastie et de l'État, cette confusion de la propriété et de la royauté qui était le nœud de tout le sys-
tèrae politique de la vieille Europe, La souveraineté populaire sapait la base de tous les traités existants, en même temps qu'elle renversait idées, habitudes, sentiments, le fond même de Tespritde tous leurs négociateurs. Si la proclamation abstraite ne fut pas sur-le-champ comprise, les faits qui suivirent ne tardèrent pas à en donner une explication trop claire. La surprise causée par le principe ne fut égalée que par l'horreur de la première application. Un roi, quel roi 1 l'héritier du type de la royauté par excellence, descendant l*un après Fautre tous les degrés du trône pour monter ensuite toutes les marches d*un échafaud, voilà sous quels traits repoussants la nouvelle doctrine se fit connaître aux esprits qu'avait formés une éducation