AVANT-PROPOS
Le cardinal Alberoni a réuni pendant deux années, contre sa personne et sa politique les principales puissances de l'Europe. Il a semblé alors si redoutable que ce ne fut point trop des armées de la France et de l'Empire unies aux flottes anglaises pour exécuter l'arrêt rendu contre lui à Londres en 1718 par les signataires de la Ouadruple Alliance. On ne voit guère dans les temps modernes d'homme d'Etat dont les desseins aient provoqué une opposition aussi générale, dont la fortune ou les ambitions aient ameuté tant de colères et des jalousies aussi unanimes. Les motifs donnés par les contemporains, désir et nécessité de maintenir la paix, ou de l'imposer à Philippe V, d'arrêter les entreprises désordonnées et chimériques de son ministre, ont pu faire illusion à l'abbé de Saint-Pierre et le persuader que la chute d'Alberoni allait être le prélude de la paix perpétuelle. Les espérances du bon abbé, autant que les prétendues craintes des politiques européens, présentent une telle disproportion entre la cause et l'effet qu'on doit s'étonner de l'importance donnée à ce cardinal qui ne fut ni un Ximenès, ni un Richelieu et pas même après tout, quoique Italien, un Mazarin.
En fait la grandeur du rôle que tint alors Alberoni dans la politique européenne eût été depuis longtemps expliquée si l'on avait connu les mobiles secrets de sa carrière, la participation des ducs de Parme, dont il était le sujet et resta toujours le ministre, à sa fortune, l'influence décisive et occulte des princes Farnèse sur ses desseins et sa conduite.
L'action de la politique Farnèse a été très grande sur les événements européens du temps de la Régence. Mais elle s'est