‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débuts (volume 2)Chapitre 82 sur 189 · Lettre d'Alberoni ;'i Rocca, 1^ décembre · texte numérisé non relu

Lettre d'Alberoni ;'i Rocca, 1^ décembre

Elle subit l'étrange remède que lui imposèrent les médecins cette fois inquiets, avec l'espoir de reprendre un peu de vie au sein des nourrices qu'ils lui amenèrent Philippe V avait enfin compris : il assistait, inconsolable, à ces crises de toux et d'éloufïement qui enlevaient à sa femme condamnée un reste de vie. Il suppliait son grand-père de lui envoyer sans délai le médecin Ilelvetius et demandait aux docteurs un miracle. Elle se désolait de sentir approcher la mort, et savait encore se faire joyeuse en ses bons jours, pour consoler son mari, s'oubliant comme à l'ordinaire. Ilelvetius la vit le 11 février; il n'arrivait que pour porter le diagnostic qui avait échappé à ses confrères d'Espagne. Le 16 février, Marie-Louise reçut l'arrêt, éloigna ses femmes qui pleuraient et le Roi, fit venir son confesseur et lui dit avec un sang-froid étonnant à cet âge, que « d'abord mourir lui avait semblé bien cruel, bien pénible, que se sachant désormais condamnée elle mourrait avec courage comme si elle n'avait jamais vécu ' ».

« C'était la plus grande perte que put faire l'Espagne. » Témoin de cette mort qu'il a décrite avec une pitié et une admiration sincères, Alberoni n'en a pas exagéré en courtisan les tristes effets. Le coup n'était pas moins cruel pour le Royaume que pour le Roi. L'œuvre de Marie-Louise lui survivrait-elle? Oui pouvait, à défaut de la Reine succombant à la peine, veiller sur toutes les réformes à peine ébauchées dont elle avait été l'inspiratrice, et commander2 à ces conseillers hétérogènes, français, italiens, espagnols qu'elle avait par sa grâce et sa volonté enchaînés et associés à son effort. « Je l'ai bien connue, disait à Parme Alberoni, et à fond. Je l'ai vue et pratiquée aux heures les plus difficiles. Et je ne l'ai jamais quittée sans admirer ses décisions qui n'étaient ni de son âge, ni de son sexe. » Et il concluait avec tristesse : « pour moi la perte est grande, non poulies bienfaits seulement et les honneurs dont elle m'avait com-

1. A ces détails que l'on trouve dans la correspondance d'Alberoni au comte Rocca (p. 272, surtout p. 303), il faut joindre les relations envoyées par Brancas, ambassadeur de France à Torcy, citées par de Courcy, L'Es pag >ir après la paix d'Utrecht, p. 48, et par Baudrillart, Philippe F et Louis XIV, p. 373.

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