Lettre du 27 novembre 1713, p
espérances de sa jeunesse. Sa patience, cette vertu qui jamais ne lui fit défaut, la grande ressource du paysan qu'il était, semant et espérant toujours la récolte prochaine, fut mise à une rude épreuve. Après Vendôme, il allait perdre son meilleur protecteur, le duc de Médina Sidonia, l'un des premiers personnages du royaume, dont la faveur et l'entière confiance étaient l'élément essentiel de son autorité à Madrid1. Et bientôt, cette mort lui présageait un malheur plus grand encore pour l'Espagne et pour lui, la disparition de cette jeune Reine en qui il avait mis comme les sujets de Philippe V ses espérances. N'était-ce point Marie-Louise qui, incapable d'oublier Vendôme, avait relenu à sa cour, pour l'honorer dune faveur particulière, l'ami qui l'avait tour à tour servi et pleuré avec elle?
Ce dernier événement, fatal, n'était d'ailleurs que trop prévu. Les exigences du roi d'Espagne, autant et plus encore que la tâche royale qu'il avait abandonnée à une jeune femme de seize ans, presque une enfant, devaient avoir raison de cette frêle nature, dont les ressources physiques n'égalaient pas la vaillance morale. Marie-Louise se brisa sous le double poids de la maternité et du gouvernement.
La naissance du prince Ferdinand au mois de juillet 1712 fut suivie, à six mois d'intervalle, d'une nouvelle grossesse qui acheva d'épuiser la pauvre Reine. Elle s'alita cinq mois, aussitôl après l'accouchement. Au mois d'octobre elle fut prise de lièvre, d'une lièvre lente, symptôme de la phtisie qui se déclarait. Les médecins ne s'inquiétaient pas encore, ils crurent au mois de novembre la fièvre passée. « Le Roi a repris sa place auprès d'elle toutes les nuits, écrivait l'abbé. C'est donc signe qu'elle va mieux. Pourtant elle ne mange point. » L'hiver vinl : Marie- Louise fut prise de faiblesse et ne sortit plus aux cérémonies officielles. On la purgea presque de force ; on voulut la faire changer d'air. Courageuse elle s'imposa encore en janvier I obligation de recevoir l'ambassadeur de France, se mil du rouge et se coiffa, et se tint debout pour donner le change.