DUBOIS AU CONSEIL
En quelques mois, l'abbé diplomate avait indiqué et réalisé un système de gouvernement dont le grand mérite était l'extrême simplicité. Il avait découvert et réuni, en Angleterre et en Hollande, dans ces pays qui, depuis cinquante ans, décidaient en Europe de la paix ou de la guerre, tous les hommes favorables à une politique pacifique. Hardi, avisé et clairvoyant, il avait achevé de les déterminer à la paix, par la satisfaction de leurs intérêts particuliers, et des intérêts de leurs concitoyens. A force d'activité, de ténacité et de bonne grâce, il les avait liés au duc d'Orléans dont la paix assurait les pouvoirs et les droits.
Au lieu d'une politique hésitante et contradictoire, il avait donné à son maître un vrai gouvernement, et des alliés. Il fallait qu'après avoir pensé à lui le Régent pût encore par ses soins, appuyé sur la Hollande et l'Angleterre, régler les différends, se concilier l'amitié de l'Espagne, de l'Empereur et des puissances du Nord. Arbitre de la paix européenne, il devenait l'arbitre du royaume, mieux que par les moyens termes qu'il avait jusque-là employés et préférés. Un contemporain qui connaissait bien Dubois, un ami de ses dernières années, confident de sa diplomatie, diplomate et lettré comme lui, jugeait les services de l'abbé et expliquait ainsi son crédit sur son ancien élève naturellement hésitant et indécis'. « Ce ministre, écrivait le comte de Hoym, le 10 novembre 1720, a l'avantage d'avoir un plan, au lieu que le Régent n'en a pas, et ce plan est celui de M. Stanhope ou en approche. Le Régent qui suit presque toujours les idées qui lui viennent, sans s'arrêter à aucune, est ordinairement arrêté et fixé par celles de l'abbé Dubois lesquelles, si elles ne sont pas accompagnées d'autant de lumières que celles du Régent, sont au moins soutenues par quelque chose de plus solide et par un plan fixe et suivi dont le Régent est incapable. » Tel était le secret de la fortune de Dubois. II avait trouvé et fourni au duc d'Orléans le triple moyen de gouverner la France pendant la minorité, après la majorité, et peut-être après la mort de Louis XV.
1. Baron Pichon, Vie de Charles Henry, comte de Hoym, 1694-1736, d'après les Arcii. de Dresde (Techener, Paris, 1880, t. I, p. 3.5).