ENTRE HANOVHI-] ET FAMNÈSE, HÉSITATIONS DU REGENT ^GS
Torcy, Nancré et Noce, il se faisait fort de faire encore « que S. A. soit le maître, et qu'après la conclusion de ce traité qui assurera ses droits et son autorité, et sauvera le royaume, il ait l'approbation de toute l'Europe* ».
Au moment où il adressait à son maître cet appel désespéré, le duc d'Orléans lui envoyait l'autorisation qu'il souhaitait (22 novembre 171 7j. pourvu qu'il « fît prendre un tour à sa course qui ne pût donner d'ombrage à Pentenridter et lui faire croire à une rupture de la négociation- ». L'abbé ne se le fit pas dire deux fois. Le 29 novembre, il était à Paris, prêt à livrer au parti espagnol un dernier et suprême combat, ou, comme dit Torcy, par un charmant euphémisme, « à concilier les différents sentiments de ceux qui composaient le Conseil de Régence^ ».
Lorsqu'il arriva, il trouva le terrain mieux préparé qu'il ne l'avait espéré. Les circonstances avaient travaillé pour lui. La négociation entamée par le maréchal d'Huxelles avec le duc de Parme et Alberoni avait reçu, d'un événement imprévu, un coup fatal. Le roi d'Espagne fut pris, au mois d'octobre 1717, d'un de ces accès de mélancolie qui devaient plusieurs fois mettre en danger sa vie et sa raison.
Si d'un côté, informé par Alberoni, le duc de Parme, pour sauvegarder l'avenir de sa nièce et son autorité en Espagne, préparait bien vite un testament, valable dans les deux cas de mort et de folie; si, le P"" novembre, à deux heures du matin, ajant appelé son confesseur et son médecin, puis Alberoni, Philippe V signa ce testament en faveur d'Elisabeth Farnèse '', bien vite aussi, les ennemisde la Reine etdes Italiens à Madrid s'entendaient avec l'ambassadeur de France, Saint-Aignan, toujours en intrigues secrètes avec eux et mandaient au duc d'Orléans de se déclarer contre Alberoni et la Reine. Le duc d'Orléans les écouta volontiers. Au moment où Monti arrivait à Madrid pour sceller
1. Dubois au Régent, 17 novembre 1717; à Nancré, même date (A. ÉTR , Ang., t. 302. f" 195 et 293 ; Dubois à Xancié, 22 novembre 1717 {Ibi>l.,i. 302, foSOl;.
2. Nancré à Dubois. 22 novpmI)re 1717 (A. P^TR.. Ang., t. 302, f" 296-297).
3. Toi'cy, Mémoires inédits, II, P 1001: Saint-Simon (édit. Chéruel. XIV, p. 261).
4. Alberoni au duc de Parme, 12 octobre 1717 (Arch. Nap., Farnesiana, 1.59); Relazione dell Abbafe del Maro (Acad. de Turin, 1861, p. 133).— Le duc de Parme à Alberoni, Piacenza, 28 octobre 1719 (Farnesiana, I. 59). — Alberoni au duc de Parme, 1" novembre 1719 (Farnesiana, 1. 59).
266 SIX MOIS DE TREVE (.lUILLET-DECEMBRE 1717)
la réconciliation de la France el d'Alberoni, le pacte entré les d'Orléans et les Farnèse, le Régent avait déjà renoncé à suivre cette voie. M était prêt à s'entendre avec les Espagnols,» lés bien intentionnés conlre le goiwernemenl italien, pour exclure Elisahelh Farnèse et Alheroni de la Régence^ ». Il prit même des mesures militaires pour revendiquer, à main armée, le gouvernement de l'Espagne, au nom de ses neveux.
Les étrangers ne s'y trompèrent pas : le ministre hanovrien Bothmar, à cette date écrit dans ses Mémoires : « La plus grande sûreté du Régent eût été la mort de Philippe V, qui était si mal en novembre 1717, qu'on doutait de son rétablissement. Quoique le Roi eût institué par son testament la Reine régente et associé Alberoni à son gouverhemenl, il était à présumer que les Cortès, en cette occasion, se seraient souvenu de leur antique liberté et auraient enlevé à la belle-mère la tutelle de ses beaux-fils, chassé les ministres étrangers et repris le pouvoir-. )) Alberoni, le principal intéressé, se fit moins d'illusions encore; il comprit que du coup, c'en était fait de la négociation de Monti et des Farnèse. Il l'écrivit au principal négociateur^ à son maître, le duc de Parme : « Je crains bien qu'informé de l'état de l'ami (Philippe V), le duc d'Orléans ne change d'opinion >\ »
A la fin de novembre 1717, le Régent avait résolu d'abandonner l'intrigue formée pai' le maréchal d'IIuxelles. Peterborough, le duc de Parme le sollicitèrent en vain pendant tout le mois de novembre de la poursuivre*. Il fit la sourde oreille, et voici ce qu'il écrivit, le 24, à Dubois qui était encore à Londres : «// faut mâcher aux Espagnols la besogne à prendre ou à laisser. Il ne s'agit donc plus que des conditions du plan : l'I'Lspagné y viendra, soit le gouvernement présent siil>sislant, sod (ju'it ari'ive des changements. Si vous venez ici, je vous })arlerai plus en détail ^. » Ainsi l'espoir surtout et le souci des changements