LA TRIPLE ALLIANCE ET DUBOIS VICTORIEUX
qui se préparaient en Espagne détenninèrcnt le duc d'Orléans à revenir aux Anglais el à Dubois : à quoi bon négocier plus longtemps avec les Farnèse, quand les circonstances et sa diplomatie secrète allaient leur retirer tout crédit en Espagne?
Dubois arriva justement à I^aris pour recueillir les avantages de ce nouveau revirement, La })artie était gagnée. Dès son arrivée, il put écrire avec une satisfaction évidente à son ami Stanhope* : « Monseigneur le duc d'Orléans n'a point changé de sentiment et ne sera ébranlé par aucune proposition contraire, si avantageuse qu'elle puisse être, pourvu que l'Empereur consente à une Renonciation pour toujours, et accorde la Toscane. Je tiens le parti que Son Altesse Royale a pris, au cas que ces deux points soient accordés, si ferme, si assuré, qu'il me paraît inutile que je reste ici plus longtemps, et cela me fait prendre la résolution de m'en retourner incessamment en Angleterre pour ne pas apporter le moindre retardement à la conclusion de cette affaire, d'abord que l'Empereur aura pris les i-ésolutions que je prie Dieu de lui inspirer pour le salut de toute l'Europe et pour la gloire qui reviendra à Sa Majesté Britannique d'avoir au milieu de la tempête donné le calme à toute la chrétienneté. »
En conséquence, l'abbé priait dans les mêmes termes les ministres allemands Bernstorff et Robethon de décider l'Empereur à conclure au plus vite avec le Régent, du moment qu'il consentait à se détacher de l'Espagne. « Si Sa Majesté Impériale accorde les conditions sans lesquelles il est impossible à Son Altesse Royale de traiter avec elle, l'artifice de l'Espagne sera inutile, car je m'en retournerai bien autorisé à conclure avec l'Empereur sans attendre personne-. »
C'était là le point : grâce auxcirconstances, àl'avantagequ'eut toujours un esprit vigoureux et volontaire sur un esprit indécis, Dubois avait réussi à remettre sa négociation en l'état où elle se trouvait, avant les entreprises militaires et diplomatiques, conseillées par les Farnèse à Philippe V. Son maître était de nouveau bien déterminé à conclure 'avec l'Empereur sans se soucier ni de Parme ni de l'Espagne.
1. Dubois à Stanhope, 8 décembre 1717 (A. ÉTR., Ang., t. 303, f" 110).
2. Dubois à Robethon, 11 décembre 1717 (A. ÉTR., Ang., t. 303, f" 125),
268 SIX MOIS DE TRÊVE (JUIIXEÏ-DÉCEMnRE 1717)
Le Régent s'était cru un moment forcé de s'éloigner de l'Empereur par la politique d'Alberoni, ^ qui avait chauffé l'humeur martiale des partisans traditionnels de la Maison d'Autriche en France ' », parla crainte de mécontenter un parti puissant autour de lui. La maladie de Philippe V l'avait détourné de s'associer plus longtemps à la fortune d'Alberoni qui parut alors compromise : les conseils de Louvillc le poussèrent même à hâter sa chute; ceux de Dubois, toujours fermes, Técartaient définitivement des Farnèse et de l'Espagne, et le ramenaient, comme au mois de juillet, à l'alliance des Anglais et de l'Empereur.
En prenant ce parti, le duc d'Orléans espérait sans doute encore qu'il n'aurait pas à se déclarer contre l'Espagne. S'il comptait obtenir de l'Empereur des avantages pour lui-même, cette Renonciation formelle au trône d'Espagne faite pour favoriser une nouvelle lienonciation de Philippe V à la succession de France, il sollicitait aussi des concessions pour le Roi d'Espagne, la Toscane en échange de la Sardaigne et de sa Renonciation-. Les Anglais pouvaient-ils lui refuser d'obtenir le consentement de l'Empereur, s'il s'efforçait lui-même d'avoir celui de Philippe A ? Tandis que Dubois rej)artait pour Londres, le 25 décembre 1717, avec des pleins pouvoirs pour conclure avec l'Empereur, le roi d'Espagne et les puissances maritimes, le Régent allait envoyer à Madrid son plus fidèle collaborateur, Nancré. L'un était chargé de négocier avec les ministres anglais l'adhésion de Charles \T, l'autre de procurer, avec ou sans le concours d'Alberoni, celle de Philij)j)e \ .
Cependant la fin de l'hiver appi'ochait : la Régence avait perdu en intrigues compliquées et contradictoires le profit de la trêve qu'elle eût pu employer à prévenir la guerre. Celle guerre, assou})ie seulement alors entre les drux puissances (piOii xoulail accorder, allait se réveiller au printemps. La France risquait d'y être entraînée, i)uisqu"ellc s'engageait à conclure avec 1 Empereur s'il aflli('rail aux condilious des alliés de La Haye, à