‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 166 sur 246 · Bolhinar, Mémoires, p · texte numérisé non relu

Bolhinar, Mémoires, p

4. Dubois au Régent, 15 janvier 1718 (A. KTR., Ang., l. 314, i' 130) ; 17 janvier 1718 {ibid., t. 314, f" 163'.

LE DUC D'OlUJ- ANS, l/ESPAflNE ET LES ESPAGNOLS 275

rarlicle du démemhremcnl de la Toscane^ », le duc d'Orléans déclara son op[)osilion dans les premières conlercnces qu'il eut avec Stair, Schaub et d'IIuxelles, les 9 et 10 février.

La discussion fut très serrée des deux côtés : d'IIuxelles et ïorcy accumulèrent les objections contre le traité : ils en firent d'abord de génér;'los, puis ils discutèrent point par point. Toute la conversation roula exclusivement sur les intérêts du Régent, (jue d'IIuxelles déclarait sacrifiés, que Stair prétendit assurés par le projet. Elle donna môme lieu à une altercation fort vive entre eux : « Je savais bien, dit l'un, que le roi (rEsj)agne avait ses partisans en France. » « Et moi, dit l'autre, je connais mieux que vous la nation française: et ce quelle ne voudra ]tas faire, les étrangers ne le lui feront pas faire, el le Régenl n'aura pas la Couronne-. »

N'était-ce pas un spectacle singulier de voir, dans une conférence où on aurait dû, semble-t-il, discuter les avantages du royaume, d'Huxelles, le chef officiel de la diplomatie française, réduit à combattre les projets de la diplomatie de l'Angleterre par des arguments personnels au Régent. De la France, il n'était guère question que pour essayer de la convertir aux vues de la Maison d'Orléans. On ne discutait pas davantage les intérêts de l'Espagne, mais ceux de la maison Farnèse qu'on essayait d'attacher })ar la promesse de la Toscane à la Triple Alliance. Pas un instant, on n'envisagea l'inconvénient d'une guerre qui pouvait mettre aux prises deux nations amies, liées par une même dynastie, des intérêts de même ordre et les souvenirs d'éj)reuves récentes, vaillamment supportées en commun.

La conférence du 13 février, la suivante, fut plus grave encore : cette fois, le maréchal d'IIuxelles en fut exclu. Il s'agissait de régler les articles secrets du traité, la déclaration officielle de guerre à l'Espagne, si elle refusait de souscrire aux conditions proposées, les secours à fournir à l'Empereur, pendant cette

1. Diil.nis ,'ui Rrgent, 25-31 jjinvier 1718 (A. ÉTR., Ant:-., t. 3M, f^" %4, 313).

'i. Bothmar, Mémoires, p. 234, 236, d'après une dépêche de Stair, du 19 féveier 1718; Naiicré à Dubois, 14 février 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 315, {"> 76, 83). Aposlille du Régent : « Je suis résolu à tenir bon sur i'arlicle de la Toscane » ; Schaub à Stanhope, Vienne, 14 mars 1718 (Rec. Off., Germany-Wiesener, II, p. 128).

guerre. C'était la conclusion nécessaire de toute cette affaire, et le dernier terme du Secret de Dubois^ Comme on prévoyait de la part du maréchal une résistance désespérée, on décidait d'en venir à bout d'une manière bien simple, en le supprimant. Et le Régent accepta alors, en dehors de son ministre des Affaires Étrangères, une convention qui exposait la France à une guerre prochaine. Le soir même, Schaub demandait une audience particulière au duc d'Orléans, et le priait, au nom du Roi son maître, de renvoyer d'IIuxelles, trop attaché à l'Espagne'^. Lorsque tout fut bien réglé au gré de l'Angleterre, il partit le 18 février 1718 pour Vienne, emportant à l'Empereur enfin cet instrument de guerre contre l'Espagne^.

S'il acceptait ainsi les plans des Anglais, le duc d'Orléans s'était réservé pourtant les moyens de calmer la colère probable des Espagnols. 11 en avait trouvé un surtout, excellent, de leur prouver son affection. Le 11 novembre 1717, Dubois, avant son départ de Londres, lui avait fait savoir que Stanhope pourrait peut-être déterminer son maître à céder Gibraltar à l'Espagne. Le duc d'Orléans saisit avec empressement cette ouverture. Proposer Gibraltar à l'Espagne, c'était s'assurer à tout événement les sympathies des Espagnols. Le Régent chargea Nancré de porter cette offre à Philippe V pour le déterminer à la paix, et s'en faire un mérite auprès de ses sujets*. Le 14 janvier, Nancré faisait ses préparatifs de déjiart; le 15, Dubois, de retour à Londres, répétait qu'il pouvait offrir Gibraltar en recommandant seulement de n'en parler à personne"'. Quelle meilleure occasion pour le duc d'Orléans de continuer ses manèges en Espagne, auprès des Grands'-'!

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