LA MÉDIATION FIUNCO-ANGLAISE A MADRID (AVRIL-MAI
en Kalie'. » — « Au risque de passer pour un innocent, je crois, disait Nancré, Alberoni disposé à la paix sincèrement^. »
Ce ne fut pas en effet la faute d'Alberoni, si la négociation échoua : les petits princes d'Italie, les Farnèse, les Médicis, les princes de Savoie tinrent entre leurs mains le sort de cette transaction et détruisirent les mesures que toutes les grandes puissances étaient en train de prendre pour la paix. Leur politique secrète fit avorter ce qu'avait préparé la politique secrète du Régent et de Stanhope.
L'appareil de la paix formé à Londres semblait à ces petits princes aussi funeste que les préparatifs militaires. C'était à leurs dépens que les puissances avaient résolu d'accommoder l'Empereur et l'Espagne. A la Maison de Savoie elles enlevaient la Sicile pour lui donner un équivalent qui n'en était pas un, la maigre Sardaigne. Elles établissaient le droit impérial sur Parme et la Toscane et livraient ces duchés à une armée d'occupation espagnole. On ne leur demandait pas leur consentement. La justice faisait une triste figure dans cette bagarre de diplomatie et de guerre^. « Les Cabinets de l'Europe ont perdu la raison : on a mis à la place de la politique le caprice de quelques individus qui, sans rime ni raison, peut-être par des motifs particuliers, coupent et rognent des Etats et des royaumes, comme s'ils étaient^des fromages de Hollande^. »
Ainsi menacés, les princes italiens faisaient entendre dans toutes les cours leurs protestations : les Médicis par leur agent, le marquis Corsini qui alla se plaindre à Paris et à Londres^;
1. « On nous a reproché, disait Dubois à Nancré, le 23 mars 1718, que non contents que la maison des Bourbons ait deu.x monarchies, nous voulions qu'elle en eût une troisième en Italie. » (A. ÉTR., Ang., t. 316, f° 152).
2. Nancré au Régent et à d'Huxelles, 18 avril 1718 (A. ÉTR., Esp., t. 269, f" 117-135).
3. M. de Mazade a fort bien exposé cela, d'après les dépèches des envoyés de Savoie {Revue des Deux-Mondes, 1860, t. 30, p. 183).
4. Alberoni à Dodington, 16 avril 1718 (Coxe, Bourbons d'Espagne, II, p. 411).
5. " Corsini qui est devenu cardinal et premier ministre à Rome. Le grand duc l'envoya à Londres représenter l'injustice qu'on lui faisait en disposant de ses États contre son gré », fm février 1718 (Torcv, Mémoires inédits, III, f" 130, 279-280 ; Saint-Simon, XIV, p. 446; XV, p. 20-21. On peut voir aux Affaires Étrangères (Ang., t. 314, f" 248) les conversations que le jurisconsulte attitré de Dubois, Saint-Prest, avait avec cet envoyé toscan à Paris, à la fin de janvier.
le prince de Savoie par Provana, son agent à Paris; au même moment (début de mars) le duc de Parme par son envoyé à Londres, Claudio Ré qui avait été mêlé aux négociations d'Utrecht et de Hanovre. Toutes ces protestations restèrent vaines. Les Médicis, les princes de Savoie et les Farnèse eurent recours à d'autres moyens : les uns se cherchèrent des avocats et des défenseurs auprès de l'Empereur à Vienne, oîi se trouvait un ami et un représentant tout désigné, le prince Eugène ; les autres, les Farnèse, auprès de la Reine et d'Alberoni, à Madrid.
<( On prétend, écrivit Dubois à Du Bourg, qu'à Vienne le motif de la résistance peut être une négociation du roi de Sicile de la part duquel il y a quelqu'un pour faire un accommodement avec l'Empereur, et traiter d'un mariage du prince de Piémont avec une archiduchesse ^ » « Vous devez, ajoutait-il à Stair, le 11 avril, vouloir Ijien du mal au roi de Sicile qui veut étouffer votre enfant dans le berceau. Mylord Stanhope dit que si le duc de Savoye ne veut pas être roi de Sardaigne de notre façon et nous dame le pion, nous aurons un pied de nez -. »
Si Dubois pénétra le secret de cette résistance, ce fut par l'indiscrétion de deux agents savoyards, Piaz et Sol, qui, croyant le résident français Du Bourg hostile au Régent, s'en allèrent sottement la lui découvrir 3. L'Angleterre, renseignée par Dubois, y mit ordre; elle adoucit le prince Eugène en admettant la branche des Soissons à la succession de la Sardaigne, au risque de mécontenter l'Espagne*. L'Empereur accepta les propositions des médiateurs et rejeta celles de la Savoie tout autant que la requête du grand duc de Toscane''.
Les Farnèse, à Madrid où ils avaient établi l(Mir nièce etaui)rès
l. Dubois à Du r.ourg, 25 mars 1718 (A. HTR., Ani,^, t. 316, f- 5G8; Torcy, Mémoires inédits, III, f" 492; Saint-Simon, XV, p. 95). — Mémoire de Torcy du 5 avril 1718, envoyé à Dubois. « On parie beaucoup d'un accommodement prochain entre l'Empereur et le roi de Sicile. On croit donc que si l'Empereur rejette le projet proposé par l'Angleterre, il aura auparavant traité avec le l'oi de Sicile. » (A. ÉTR., Ang.,t. 316, f 213-214.)