Le même au même, 7 mars 1718 {Ib., ih., I
5. Torcy, Mrmoirrs inédits, III, f- 19, 20, 22, 28, 29, IIl, f"* 259-260; Sainl-Simon, Mémoires, XIV, p. 415-418, XV, p. 13; note de Torcy pour Dubois, 22 mars 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 316, f°102); Dubois à Nancré, 23 mars 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 316, f° 142).
Il reprochait nu duc d'Orléans de favoriser dans son intérêt particulier, différent de celui de l'État, les agrandissements de TAutriche : peut-être qu'effrayé et se sentant découvert, le Régent n'oserait pas provoquer la colère des P>ançais'. Quand Alberoni apprit le voyage de Nancré, il déclara et fit déclarer par Cellamare qu'il serait le bienvenu, mais que son voyage ne servirait de rien. Les résolutions de son maître étaient bien prises: c'était un ultimatum aussi ^.
En arrivant à Madrid, le 23 mars, Nancré le trouva dans ces dispositions. Ses instructions lui prescrivaient de mener en trois temps la négociation délicate dont il était chargé. Ces trois temps devaient correspondre aux démarches qui se faisaient simultanément à ^^ienne : 1" Jusqu'à ce que l'Empereur eût accepté ; puis 2° signé; 3" enfin jusqu'à ce que le délai accordé à l'Espagne fût écoulé. Le langage de Nancré devait être gradué suivant cette proportion : très modéré, quoique ferme, au début, affectueux pour conserver l'amitié de l'Espagne, au cas où l'Empereur refuserait ; plus net ensuite, sans rien de dur ni de désobligeant pourtant, plus précis pour faire souscrire Alberoni aux conditions du traité, cassant et menaçant à la fin, pour obtenir par la crainte ce qu'on n'aurait pu avoir autrement, avec des espérances cependant encore, telles que la restitution possible de Gibraltar -^
Au début, et tant que l'acceptation de Charles VI resta douteuse, Nancré exécuta ponctuellement ses instructions. Il trouva Alberoni prévenu des intentions de la France et de l'Angleterre et très irrité contre leur négociation. « Que donne-t-on à l'Espagne, s'écriait-il, avec des emportements qui allaient jusqu'à la fureur, une promesse de succession illusoire? Ce qu'il
1. (c Ennemis en général du nom Autrichien » (Saint-Simon. W, p. 127. — Torcy, Mémoires inédits, III, f°' 36-37; Saint-Simon, XIV, p. 420).
2. « Quand Nancré aurait l'éloquence persuasive de Ciccron et Démosthène, il ne trouverait pas le secret de contenter la cour avec les avantages peu solides du projet formé par les médiateurs. « (Torcy, Mémoires inédits, III, f" 289); note de Torcy pour Dubois, 24 mars 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 316, f'^ 142); Dubois au Régent. 10 mars 1718 (Ih., ih., f°» 61-65).
3. Instructions de Nancré, février 1718; première rédaction de Dubois (A. ETR., Ang., t. 315, f"' 38-53) ; rédaction défmitive (A. ÉTR., Esp., t. 268, f" 23 et s.).
314 LA QUADRUPLE ALLL\NCE
faudrait, c'est régler le sort de la Sardaifjne '. » La réponse dWlberonl était juste : entre TEspagne et l'Empereur, la condition n'était point égale. C'était })récisément rargiiment que les Anglais avaient employé pour déterminer l'Empereur à accepter les avantages qu'on lui faisait. Mais le cardinal se trompait quand il croyait les Anglais opposés à toute guerre avec l'Espagne et qu'il insistait, avec l'espoir d'obtenir d'eux par menace leur concours effectif à la conquête de Sardaigne.
« Le ministère anglais, lui répondit sagement Nancré, dispose du Parlement selon les vues du Roi, et le Roi, gouverné par son ministère allemand, ne désirant que Brème et Verden, est très lié avec l'Empereur : rien ne lui est si cher que l'intérêt de ses Etats allemands^.» « En aucun cas, le Régent, concluait-il, ne pourrait se séparer de l'Angleterre, ne fût-ce que pour l'empêcher plus complètement de se donner à l'Autriche^. » Nancré ne négligea rien pour convaincre Alberoni de cette vérité essentielle, fondamentale. Pour lui prouver sa bonne volonté et la réalité de ce qu'on promettait en Italie à la Reine, il était autorisé à offrir une garantie de plus, l'établissement de garnisons espagnoles dans les Etats de Parme et de Toscane. Il le fit : cette concession ne provoqua de la part d' Alberoni que des critiques. « Elisabeth Farnèse était trop délicate pour se résoudre à cette captât ion de testament^. ^)
Ces premières conversations, de dix heures chacune au moins, avaient pourtant fourni au ministre espagnol des arguments pour Héchir l'obstination d'Elisabeth Farnèse et combattre l'influence belliqueuse de la cour de Parme.
« A bien prendre les choses, disait Alberoni à ^ladrid et à Plaisance au début d'avril 1718, l'occupation de la Toscane et du Parmesan valait mieux, pour l'Espagne et pour les Farnèse, que la Sardaigne. Elle préparait la reconstitution d'un Etat espagnol
1. Nancré au Régent, 28 mars 1718 (A. KTR.. Lsp., t. 268. f" 203). Alberoni à Dodington, 6 avril 1718. « Votre ministère n'est plus .\ngiais, il est devenu Allemand; il s'est \cndu vilcincnlà la coiiv de XH^nw'. " ('.axi\ Bourbons d'Espagne, Irad. fr., Il, p. 410;.
2. Nancré au Régent. Ihid. ; Torcy, Mémoires inédits, III, f" 381.
3. Dubois à Nancré, 23 mars 1718 (A. ÉTR., Ang., l. 316, f° 150).