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LE SECRET DF HEGENT ET I-E CONSEIL DE REGENCE

dans la capitale, mais dans toutes les parties du royaume'. » On conçoit ([ue le Régent hcsiltU à s'engager dans une i>uerre contre l'Espagne, plus impopulaire encore (jue la banfjue dcLaw ou les décrets de la cour de liome. Allait-il rester seul contre tout le royaume, appuyé seulement sur l'étranger? Dans des conférences du 13 au 18 juin, il approuva les idées de d'IIuxelles et de Villeroy, et chargea l'abbé Dubois de présenter comme un ultimatum à l'Empereur la garantie des Successions à l'Espagne, au risque de rompre absolument avec lui, s'il refusait-. 11 refusa d'adresser le même ultimatum à Madrid. C'était un retour à l'Espagne, une menace de guerre à l'Autriche : la cabale contraire à la négociation l'emportait une fois de plus^.

Ce fut encore un coup pour Dubois, exposé chaque mois à un nouvel assaut. Ses dépêches trahissent son angoisse. « L'éloignement où je me trouve de votre Altesse Royale me met dans un état plus près de la mort que de la vie *. » « Je plains son Altesse Royale encore beaucoup plus que moi, et j'aurais honte de me fascher de ce qu'on fait à mon égard, quand je vois ce que l'on fait contre Elle''. » Les étrangers eux-mêmes constatèrent son embarras. « A la vérité, écrit Rothmar, il était aussi renversé que les ministres anglais, et se plaignait tout haut d'être le seul qui eût inspiré au Régent jusque-là de sages pensées^. »

En cette détresse il eut recours à son ami Stanhope, espérant que les Anglais l'aideraient encore une fois à se tirer de ce mauvais pas. l\ ne lui restait qu'une ressource, c'était de

1. Torcy, Mémoires inédils, lit, f" 902; Saint-Simon (édil. Cliéruel, XV, p. 282).

2. Noc6 à Dubois, 18 juin 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 319, f" 110). « Le Régent a eu plusieurs conférences avec MM. de Torcy et d'Huxelles. Il nie paraît avoir changé de système, et vous ne pouvez pas douter que tous les gens opposés à ce truilé ne se servent des chanqemenls que l'Empereur ij a faits pour le faire écJiouer. » — Chavignyà Dubois, 13 juin (M., ib., f°60). " M. le maréchal de Villeroy vous recommande sur toutes choses les sûretés nécessaires pour l'établissement des garnisons dans les places de Toscane. » Chavigny à Dubois, 18 juin {II)., ib., f° 172). « Tous les changements ont été débattus. La négociation a été renvoyée à Londres. S. A. R. vous envoie son ultimatum, c'eSt-ù-dire les réflexions de M. le maréchal d'IIuxelles : S. A. R, ne peut aller plus loin. »

3. Dubois à son neveu, 11 juin 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 319, f. 07).

4. Dubois au Régent, 2G juin 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 319, f" 20).

5. Dubois à Noce, 22 juin 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 319, f° 219).

G. Rothmar, Mémoires, p. 255. On croirait lire les dépèches mêmes de Dubois à ses confidents.

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les engager formellement à souLenir le Régenl en toute occasion, de guerre ou de négociation, à lui en porter même Tassurance formelle. S'il ne devait plus avoir que cet appui, il fallait au moins le lui donner pleinement et sûrement. Une certitude de ce genre pouvait seule le tirer de l'embarras où il était. « Il faudrait, disait Noce, quelque démarche du roi de la Grande- Bretagne qui donnât plus de confiance et de certitude, au cas que TEmpereur ne veuille pas accepter, qu'on resterait intimemenl uni avec l Angleterre et la Hollande pour maintenir la paix de r Europe ^ »

Les Anglais comprirent celte nécessité : « Stanhope aimait le Régent presque autant que sa patrie-. » Sur cette affection intéressée il avait édifié sa fortune. La Régence était presque son œuvre : pour la soutenir, Georges L' offrait môme au duc d'Orléans de l'argent contre le Parlement'^ Dubois n'eut pas grand' peine à dresser avec Stanhope les articles d'une convention particulière qui fût l'expression et la garantie de ces sentiments. Les termes en étaient formels, l'essentiel de la Quadruple Alliance en quatre articles : 1" Renonciation de Charles \\ au trône d'Espagne en faveur du Régent; 2° Renonciation de l'Espagne à la Sardaigne en faveur de l'Empereur qui la céderait contre la Sicile au duc de Savoie; 3" cession éventuelle de Parme et de la Toscane aux enfants d'Elisabeth Farnèse, garanties /)«/• des (jarnisons neutres, suisses; 4° un délai de trois mois à Philippe V et à l'Autriche pour accéder à ces conditions volontairement. Enfin entente étroite de V Angleterre et de la France, pour i) contraindre celle des deux puissances (jui refuserait ''.

« Il était difiicile, dit Lemontey, (h; tirer du chaos où nageait l'Europe un arrang(MU(Mit sinon plus juste, au moins j»lus pacili(|n<î et plus modéré''. » On a peine, cependant, à trouver

1. Noce à Dubois, IS juin 1718 A. ÉTR.. Anii., t 3!'.), 1' 110).

2. Dubois au Régenl, '-'(t juin 171S Aoif [i;iij:(' pivccHlcnlc noie 4).

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