LE SECRET DU RÉGENT ET LE CONSEIL DE RECENCE
au piège de leurs propres finesses, il tenta une résistance désespérée : « Après avoir applaudi à rullinialuni dans toutes les conférences, il refusa malhonnêtement de le signer'. » Son courage tardif ne lui fit pas plus d'honneur que sa diplomalie peureuse auprès des étrangers, du Régent et des courtisans. L'écho de ces critiques s'est conservé dans les Mémoires de Saint-Simon qui ne l'aimait pas'-.
Pourtant, la partie qu'il soutenait eût été belle à jouer : c'était le dernier effort de la diplomatie officielle, gardienne des intérêts sacrifiés de la France, humiliée par la diplomatie secrète du Régent, vaincue jusque dans les Conseils du gouvernement par les Anglais. Quelle cause à défendre, si elle n'eût pas été compromise déjà par les concessions antérieures et les petites ruses du maréchal d'Huxelles ! Le maréchal de Villeroy, qui parut l'assister, ne fut guère plus digne. Ce personnage, fanfaron de courage, le premier du gouvernement après le Régent, ne trouva en lui-même aucune ressource. Il pria seulement le neveu de Dubois d'avertir son oncle, sans donner son nom, de l'affliction que cette convention lui causait, et à tout le royaume. Saint-Simon, qui a tant critiqué le traité dans ses Mémoires, se borna à de timides reproches '''. Si on l'en croit, l'opposition du Conseil aurait été si forte que le duc d'Orléans dut employer la menace. « Il fit donner à d'Huxelles l'option ou de signer ou de quitter sa place '*, et l'ordre immédiat de préparer le plein pouvoir pour le comte de Cheverny, membre du Conseil des Affaires Etrangères. Le comte de Cheverny était prêt à signer en la place du maréchal. » C'était une histoire arrangée pour faire valoir aux Anglais la bonne volonté du Régent. Le neveu de Dubois mieux informé, sut par Noce l'exacte vérité : le Régent n'avait pas
1. Neveu de Dubois à Dubois. 9 juillet 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 320, f" 108). Stanhope à Craggs, 6 juillet 1718 ^Wiesener, t. Il, p. 189).
2. La scène est rapportée par Saint-Simon, dans ses Mémoires à la signature de la Triple Alliance (Xlll, p. 266-267). Les lettres du neveu de Dubois et de (Ihavigny, témoins presque oculaires, permettent de reporter la scène à sa véritable date et de préciser le rôle de chacun des personnages, même et surtout celui de Saint-Simon.
3. Dubois au Régent, 13 juillet 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 320, f 192). — Saint-Simon, Mémoires (édit. Chéruel, XIII, p. 267-268).