‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 230 sur 246 · Dubois à Noce, 22 juin 1718 [Ibid., t. 319, f · texte numérisé non relu

Dubois à Noce, 22 juin 1718 [Ibid., t. 319, f

G. Voir, sur cette mission, Wiesener, /c Re'gent, 11, p. 182 et suivantes.

Londres entre les alliés pour attacher le Régent à Georges P"" et le détacher du maréchal d'Huxelles. Il était convenu qu'on exigerait de d'Huxelles la signature de l'acte, « pour le forcer, s'il la refusait, à se démasquer et à se retirer au besoin sur-lechamp «. On espérait ainsi « lai faire montrer la corde ^ ».

Dès que Stanhope eût été reçu au Palais-Royal, Dubois s'aperçut de l'efficacité de son intervention. Rapprit qu'entre le Régent et les ministres anglais il avait été question de la retraite du maréchal et se vit au but. « Je ne ferai plus la petite bouche sur l'utilité qu'il pourrait y avoir pour le service de S. A. R. que je fusse auprès d'elle : je verrai l'arrangement que milord Stanhope pourra faire sur cela. »

Il comptait désormais sur Stanhope. Il engagea Noce à désabuser enfin le Régent du maréchal, ce mauvais serviteur: « il n'y a aucune sûreté à le laisser à la tète des Afi'aires Etrangères- ^). Il précisait alors ses plans et ses espérances : « Il fallait que S. A. R. rétablît la cliarge de secrétaire d'Etat des Affaires Etrangères, et en revestît quelqu'un de si dévoué à sa personne, et si intéressé à ne s'éloigner jamais d'elle, (/u'il l)orne son ambition à travailler sous ses ordres.

«On lui adjoindrait au besoin un Conseil d'Affaires Etrangères, composé des maréchaux de \ illeroy, d'Huxelles, et surtout de Torcy dont le caractère est tel qu'il choisit mieux qu'il n'imagine et n'invente. » Pour se les concilier, « à d'Huxelles, un brevet de duc ; à Torcy la survivance, pour son fils, de la cliarge de secrétaire d'Etat des Affaires Etrangères». Et, avec une feinte modestie, Dubois concluait : « Je ne refuserai Jamais aucun emploi où S. A . H. croira que Je puis la servir avec plus d'attachement que personne. Mais lorsque quelqu'un lui pourra rendre ou mieux ou aussi bien le même service, j'aimerais encore mieux le repos que le poste le plus brillant. Je vous supplie de ne pas considérer cette déclaration comme un jargon faux, mais comme un av(Mi très sincère ^'^. »

1. Dubois nu Régent, 13 juillet 1718 (A. ÉTR.. Ang., l. 3'>0, f 192). Cette lettre fui écrite après la réception de la lettre où Stanhope rendait compte, le 6 juillet, de ses démarches au Palais-Royal (Wiesener, II, p. 191, note I).

2. Dubois à Chavigny, 13 juillet 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 320. f 195).

3. Dubois à Noce, 13 juillet 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 320, f» 178).

Le maréchal d'Huxellcs \iiil au pièyc que lui avaient tendu Dubois et Staiihope. 11 refusa d'abord de signer la convention que les Anglais offraient, et se démasqua. C'était là où l'atlendaient ses ennemis. Torcy se montra fort indigné de son procédé, et touché de l'excès de patience du Régcnl, ft^clié de sa complaisance pour le maréchal ; il cherchait à se rendre nécessaire, sentait venir la crise et désirait la place ^ A son tour, Saint-Simon fit remarquer au Hégent combien la réputation des Affaires était intéressée à ne pas tolérer ce refus de M. le maréchal d'Huxellcs, « jalousie de femmelette contre l'abbé Dubois^ procédé inexcusable^». Comme Dubois de Londres l'avait réglée, plus vivement encore, l'attaque s'exécutait : « Si le maréchal d'Huxellcs ne signe pas la convention, si S. A. R. ne marque pas son mécontentement, elle est aussi perdue de réputation dans toute l'Europe que si elle avait reçu un soufflet. Je ne sais que trop cette vérité, mais je n'ose en dire aucune circonstance, de peur qu'on ne crût que le ressentiment ou l'intérêt y avaient part"*. »

Le duc d'Orléans répugnait toujours aux partis énergiques; d'Huxellcs eut le temps de remarquer qu'il avait fait le jeu de ses adversaires. Il battit en retraite. Le Régent consentit à négocier. Des amis communs s'entremirent : Noce abandonna Dubois, et obtint de d'Huxellcs qu'il signât la convention ; il s'excusa ensuite, auprès de l'abbé, de n'avoir pu le mieux servir '*. Et le duc d'Antin, d'autre part, retira des mains du Régent la lettre de démission que d'Huxellcs lui avait déjà remise: « Cet étui de sage de la Grèce tenait à sa place. » Il la conserva pour quelque temps encore-'.

1. Voir chapitre précédent à la fin : « Pour nous, écrivait Chavigny, à Dubois, le 17 juillet, M. le maréchal d'Huxellcs ne pouvait rien faire de plus avantageux. Il se déshonore aux yeux de tous et vous justifie selon toutes règles, il ne peut plus conserver sa place. •> (A. ÉTR., Ang., t. 320, f" 203] ; Seilhac, ISabbé Dubois, II, p. 32.

2. Chavigny à Dubois, 12 juillet (A. ÉTR., Ang., t. 320, f" 151).

3. Chavigny à Dubois, 15 juillet \lbid., ibid ; Chéruel, Revue Uisloriqiie,{. 1, p. 144).

4. Voir les lettres de Dubois du 13 juillet, à la page précédente, et le Mémoire remis à Noce pour le Régent à la même date. (A. ÉTR., Ang., t. 320, 1" 188), — et enfin Chavigny à Dubois, 13 juillet 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 320, f» 151).

5. Nous avons déjà fait remarquer, à la fin du chapitre précédent, que les témoins de l'affaire, au lendemain des confidences qu'ils en avaient faites, ne la racontèrent pas conune Saint-Simon. Il n'y eut pas violence, mais négociation avec

Au conseil de Régence, d'Huxelles se garda bien celle fois, en ne soulenanl i)as la convenlion, de donner prise à ses ennemis qui la soutinrenl avec chaleur. Saint-Simon dit très haut le bien qu'il n'en pensait peul-èlre pas. Il rendit d'ailleurs justice à Dubois. Torcy fit un véritable plaidoyer de trois quarts d'heure, avec toute la force et l'habileté possibles *.

Ce fut peine perdue : la signature de la convention, l'altitude du maréchal ne fournirent pas aux ambitieux qui voulaient le renverser l'occasion attendue. Saint-Simon se consola en disant du mal de Nancré qu'il cherchait à remplacer en Espagne-.

Torcy se résigna. Dubois demanda à revenir le plus tôt possible à Paris^ : la souplesse de d'Huxelles, la faiblesse du Régent déjouaient une fois de plus ses projets. Son ami Stanhope n'avait rien obtenu pour lui du duc d'Orléans. Après la signature des conventions, l'Anglais était retourné le 20 juillet au Palais-Royal, pour demander un successeur à d'Huxelles et désigner Dubois. < Quoique S. A. R. lui eût promis de le recevoir seul, il y trouva le maréchal plus échauffé contre l'Espagne, plus zélé pour le traité que Dubois lui-même, tout métamorphosé ; Stanhope ne put retenir son étonnement. Le Régent se félicitait comme d'une victoire de son autorité « d'avoir su faire bouger son ministre », et parut résolu à s'en servir encore. En vain Stanhope essaya-t-il de le prendre encore par la peur. 11 fit la sourde oreille ^.

Cette rapide conversion ne faisait pas grand honneur au caractère de d'Huxelles, et justifie les durs reproches que lui adresse

d'Huxelles. Et ce fut iSocé qui la conduisit, non ponr trahii- Dujjuis, mais pour plaire au Régent (voir la lettre que nous avons citée du neveu de Dubois à Dubois, 12-13 juillet 1718 (A. ÉTR., Ang., l. 320, f»' 156, 160). — La lettre par laquelle \océ s'excuse spécialement de n'avoir pas enlevé l'afTaire personnelle de labbé est curieuse. Elle est du 19 juillet (A. ÉTR., Ang., t. 320, f" 122) : <i Je n'ai pas jugé à propos de parler de votre projet. La dilliculté n'est pas de convaincre le Régent, mais de le déterminer à agir de suite selon ses convictions. (J uant à moi, j'y suis peu propre par le peu d'estime qu'il a de mes lumières. » Humilité feinte qui ne pouvait pas donner le change à Dubois fort au courant de la véritable influence de Noce.

1. D'Antin, Mémoires (Lemontey. 1, p. 141). — Chavigny à Dubois, 17 juillet 171S (voir page précédente, note 1).

2. Chavigny à Dubois, même lettre, et lettre du IS juiliel A. I;TR., .\ng., t. 320, f» 210; Chérucl, Revue Historique, t. 1, p. 145;.

3. Dubois à Chavigny, 19 juillet 1718 (A. KTR., Ang., t. 320, f" 282).

4. Stanhope à Dubois, 21 juillet 1718 ^A. ÉTR., Ang., t. 320, F 249).

LA SUPPRESSION DES CO.NSLILS (SEPTEMBRE 17l8j 'M;:

Saint-Simon ; mais, en somme, sa conduite resseinhlait l)eaucou|) à celle de Torcy et de Saint-Simon. (J!eu\-ci pom- le renverser, appuyèrent Dubois et son œuvre que, plus lard, ils dcvaifiil coiiibattre et critiquer si sévèrement dans leurs Mémoires.

En ce temps d'ambitions el d'intrip;ucs, tous los movf.'iis étaient bons.

Si Dubois pouvait se féliciter du succès de sa |)olilique, son ambition nélail j)as satisfaite. 11 n'avait pas louché le prix de sa peine. Car ce n'était pas dans l'espoir d'un salaire en argent qu'il avait travaillé ! Tandis qu'après la signature du traité, il priait le Régent d'offrir à Stanhope deux cent mille livres, à Stair cent mille livres de diamants, à Pentenridter quarante mille livres de vaisselle, à Pecquet quinze mille livres d'argent, l'abbé invitait son maître « à trouver bon qu'il n'acceptAt point du roi d'Angleterre un présent, si grand ou si petit qu'il put être ». On devait l'accuser de s'être vendu aux Anglais pour une pension. C'était le pouvoir, non l'argent qu'il avait .souhaité. Et ce pouvoir ne venait pas*.

<« La déception de l'abbé fut telle qu'il médita alors de se séparer de tout- ». ^'raiment, s'il n'avait poursuivi, comme il le prétendait, qu'une œuvre désintéressée de paix et le salut de son maître, ce découragement, au moment où sa diplomatie triomphait, n'aurait pas eu de sens. On vit bien que c'étaient ses rêves de fortune, alors, qui s'en allaient : mal résigné, Dubois voulut revenir bien vite à Paris pour essayer de les ressaisii-. Le Régent hésitait entre deux partis : d laissait dire aux uns qu'on créerait trois secrétaires d'Etat, Dubois, Le Blanc et Law ; il laissait espérer au duc d'Antin, à d'Huxelles, aux Noailles qui s'étaient rapprochés récemment, le maintien des Conseils. 11 y faisait des nominations nouvelles''.

Dubois connaissait les tergiversations de son maître, son goût pour les demi-mesures, sa crainte des responsabilités. Dubois

1. Dubois au Régent, 21 juillet 1718 (Ang., t. 320, f° 284) et les observations de M. Wiesener à la suite du traité de Londres. {Le Rér/eni, II. p. 216.)

2. Dubois à son neveu, 23 juillet 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 320, f» 310).

3. Chavigny à Dubois, 30 juillet 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 320, f 66); Saint-Simon, Mémoires, édit. Chéruel, t. XV, p. 338).

précipita son retour. Il quitta Londres le 14 août, et arriva à Paris le 16 ^

Sa joie, alors, fut grande de trouver l'Etat et la Régence dans une situation faite à souhait pour déterminer le duc d'Orléans à des résolutions énergiques. Le 12 août 1718, après six mois de malentendus et de sourdes querelles, le Parlement déclarait la guerre au Régent par un arrêt qui renversait toute son administration financière, dénonçait à l'opinion publique ses collaborateurs et Law en particulier : <( Ordonne que la Ranque demeurera réduite aux lettres patentes des 2 et 20 mai 1716 » ; « fait défense à tous les étrangers, même naturalisés, de s'immiscer directement ou indirectement et de participer en leurs noms ou sous des noms supposés au maniement et administration des deniers royaux-. »

Comme à l'ordinaire, les avocats, la })opulation parisienne s'émurent : on lisait l'arrêt, on le commentait. Law n'eut que le temps de se retirer au Palais-Royal, dans la chambre de M. de Nancré, son ami. « S'il eût été pris, tout le peuple souhaitait qu'on lui fît son procès et qu'on le pendît^. »

Les temps de la Fronde paraissaient revenus : les Mémoires inédits du cardinal de Retz, du conseiller Joly, de M"^*" de Motteville parurent dans le public à point pour ranimer les souvenirs des révoltes parlementaires. On se les arrachait; la presse les multipliait trop lentement: « on les rencontrait sur la toilette des femmes et le comptoir des marchands. Chacun en faisait des applications au temps présent*. »

11 faut, pour comprendre la gravité de ces faits, se rappeler que le Régent, trois ans au])aravaMt, avait pris le jjouvoir comme un chef de parti, avec le concours des Noailles, du Parlement et encouragé par l'Angleterre ■'.

1. Dubois h Craggs, de Calais, 15 août 1718. " J'arrivai hier à Douvres (A. ÉTR., Ang., t. 321, 1" 173) ; Chavignyà Dubois, 10 août 1718: « Votre retourne lut jamais si nécessaire et vous ne pouviez trop le précipiter. » t^A. ÉTR., Ang., Ibid., ibid.)

2. Mémoires de la Régence, III, p. 102 (Ueiuontr. de la cour, 111, p. IIGI ; Barbier, Journal, I, p. 5 et G; Ahcii. Nat., Registres du Conseil secict, X'», srjl: .lobez, Louis XV, II, p. 42; Saint-Simon, Mémoires, XIV, p. 345.

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