‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 48 sur 246 · Sliir à Stanliopc. 1^ \\\:\v< 17ir., iil.. iil. p · texte numérisé non relu

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à Stnir, ornlemoiit, ses espérances et le prix ({u"\\ allnchait pour les réaliser an concours des Anglais, il se gardait bien de tout engagement écrit. H évitait de se faire voir trop souvent chez l'ambassadeur. Ses secrétaires même, qu'il dépêchait à l'envoyé anglais plus fréquemment, l'abbé de Thésut, l'abbé Dubois préféraient aux rendez-vous affichés et connus les rencontres secrètes, et qui pouvaient paraître ino})inées. Malgré son désir d'aboutir, sur les instances des ministres anglais, Stair employait les mêmes détours pour dérober ses démarches au gouvernement français et jamais n'en parla dans ses lettres officielles K

11 n'en demeure pas moins certain que l'Angleterre, pour soutenir l'effet des Renonciations aussi bien que l'Espagne pour les combattre, avait pris toutes ses mesures dès 1715. La succession de France était à Tavènement même de Louis XV, une affaire capitale, le principal problème de la Régence, en vue duquel l'Europe se partageait en deux partis et presque en deux camps-. Toutes les autres questions, qui intéressaient alors les politiques, conseillers des souverains, hommes d'Etat des nations, pour l'avenir des dynasties et la grandeur des peuples, naturellement s'y trouvèrent mêlées. Voltaire, parlant de ces Renonciations et de cette succession avec beaucoup de raison, disait: « Elles ne sont efficaces que quand l'intérêt commun continue de s'accorder avec elles.» Le malheur et le problème étaient qu'il n'y avait pas en Europe d'intérêt commun, mais autant de germes de discordes que d'intérêts contradictoires et divergents.

1. Toutes ces relations secrètes ont été très nettement retrouvées et exposées par M. Wiesener, le Rérjent et les Anfjkds, I, p. 28 et suiv.

2. Cela est très formellement exprimé dans un mémoire qu'Horace Walpole adressait à George l"' et à ses ministres pour leur recommander de resserrer les alliances avec la Hollande et l'Autriche contre les Bourbons et les Sluart unis par les liens de famille et de religion, 31 déc. 1713 (AN'iesener, p. 91 à 93j.

Le Régext, la France et l'Europe en 1715.

La situation politique de l'Europe, à la fin du règne de Louis XIV, au début du règne de Louis XV, fut aussi douteuse, aussi compliquée que celle de la France elle-même. Les Français d'abord ne la virent point ainsi, parce qu'elle leur paraissait nettement établie parles grands traités, conclusion inespérée des longues guerres de Louis XIV. Depuis un siècle surtout, ils n'avaient en général qu'une règle pour mesurer la portée des événements qui se passaient autour d'eux, c'était la haine de la Maison d'Autriche. Les souvenirs glorieux du xvn° siècle, l'éducation nationale avaient fait de la politique de Richelieu continuée par Mazarin et Louis X]\ , de la nécessité d'abaisser les Habsbourg avec le concours des puissances protestantes, avec les alliés du Nord et de l'Orient, une maxime d'Etat, le principe essentiel de notre politique extérieure. Jugés à cette mesure unique (it incouiplèle, les traités d'Utrecht, de Bade et de Rastadt, qui confirmaient et achevaient l'œuvre des grands traités du xwf siècle, pouvaient passer pour une victoire de la France sur hi .Maison d'Aulriche sa rivale: l'Espagne, le centre et la citadelle des entreprises formées par les Habsbourg contre la sécurité de la monarchie depuis (Iharles-Quint, l'oijjet principal des convoitises des BourboiKs de[)uis soixante ans, aj)[)arlenait désormais à un prince français ^

Par la façon môme dont l'hériLigc espagnol avait élé attribué à IMiilippc \\ la diplomatie scmbhiil. en incllant lin à cette longue querelle, avoir rénlisé d'auli-e pari une o'uvi-e d'(Mpiilibre et de j)aix durables.

]. Nous renvoyons, pour apprécier celte opinion des contemporains, notamment à Dnnf^eau, Méinoii-es, XIV, p. 42.'); A Torcy, Néf/ociulions (Kdil. Petitol, I, p. 371); à Ik-rwick, Mémoires, I, p. •l'.?2 ; à Viilars, Mémoires. — El pour le (Commentaire, sur l'esprit classi(iue en matière de politiciue étrangère, à Sorel, l'Europe et lu lii'volulion /'raiiruise, 1, p. 2)S'.I à 2'J3.

LE RÉGENT, LA FliA.NCL I-T LKIIIOPH; EN 17L"i 39

Les Bourbons n'avaieiiL rorii l'Espagne qu'à la condition d'abandonner aux Habsbourg l'Ilalie, Naples, le Milanais, la Sardaigne et les Pays-Bas catboliques, ces riches provinces qui, depuis le xvi® siècle, formaient les enjeux les plus disputés, et les cliam})s clos du duel engagé entre les deux Maisons. Et en retour, les compensations accordées ù l'Empereur avaient été calculées de sorte qu'elles ne pouvaient constituer un accroissement de puissance dangereux pour l'équilibre de lEurope, ni pour la sûreté de la P^rance.

Ses conquêtes italiennes se trouvaient dans le présent restreintes par les progrès de la Maison de Savoie qui, avec la royauté, acquérait Exilles et Fénestrelles, une partie du Montferrat et la Sicile, par la souveraineté des Médicis en Toscane, par celle des Farnèse à Parme, affirmées et garanties aux traités d'Utrecht et de Bastadt. Dans l'avenir, elles étaient plus encore limitées par les actes diplomatiques qui proclamaient la neutralité de l'Italie.

Les Flandres ne revenaient après deux siècles à l'héritier de Charles-Ouint que grevées d'une servitude au profit des Hollandais qui les avaient toujours convoitées. Depuis les traités de Byswick et pendant la guerre de la Succession d'Espagne, l'Europe, sous prétexte d'opposer une barrière aux ambitions de Louis XIV, avait consenti aux Provinces Unies le droit d'installer des garnisons et de commander dans Maëstricht, Gharleroi, Limbourg, Binche, Courtrai, Oudenarde et Saint-Ghislain. Au traité d'Utrecht le maintien de ce droit fut le principal et presque le seul profit des Hollandais, et bientôt l'empereur Charles \T allait le leur confirmer par un nouveau traité de Barrière qui, en lui laissant la souveraineté des Pays-Bas, la diminuait d'une sorte de protectorat conservé par les Provinces Unies.

11 n'y avait pas jusqu'en Allemagne, où l'autorité de l'Empereur, accrue de provinces lointaines extérieures à l'Empire, ne se trouvât réduite par les progrès des Maisons princières, chaque jour plus indépendantes et plus fortes, le Hanovre désormais électorat, agrandi de Brème et Verden et pourvu d'une couronne royale en Angleterre, le Brandebourg, royaume qui

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ne relevait plus en Prusse de l'Empire, fortifié par l'acquisition dOsnabriick et de la Gueldre, la Saxe, appuyée sur la royauté en Pologne, la Bavière entièrement restaurée après les années de crise où elle avait été victime de son alliance avec la France.

Cette paix, qui avait procuré ainsi des satisfactions essentielles aux Bourbons et aux Habsbourg, sans leur donner raison complètement de part et d'autre, semblait délivrer l'Europe de leur longue querelle, et ne point leur laisser ni motifs de revanche, ni perspectives d'ambition. La monarchie française ne pouvait plus prétendre à aucun des domaines de l'Espagne : elle était exclue des Pays-Bas catholiques par les forces de l'Autriche et de la Hollande combinées dans ce système de la Barrière qui préparait la neutralité de la Belgique ; elle était arrêtée sur le Rhin par une clause qui déclarait ce fleuve limite entre elle et l'Allemagne. La cession d'Exilles et Fenestrelles enfin, au roi de Sicile constitué contre elle comme le gardien des Alpes, la neutralité de l'Italie fermaient à ses ambitions les plaines du Pô.

Mais, si le roi de France se trouvait ainsi défendu contre les tentations, il ne l'était pas moins contre les ennemis de sa puissance demeurée en somme intacte après un siècle de combats, de risques et d'efforts. Assuré de sa frontière des Pyrénées, au delà de laquelle régnait désormais son petit-fils, il gardait ses conquêtes de F'iandre mieux protégées encore par les jalousies de l'Autriche et des Provinces Unies aux Pays-Bas, que par les forteresses de Vauban, sa frontière d^Alsace qui s'étendail juscpi'au Bliin, })réservée par Kt riv;dit('' de ri"]m})ereur et des princes allemands, la Franche-Comté jus((u"jui Jura couvert par la neutralité suisse. 11 se fortifiait, se retranchait derrière les Alpes dont les princes italiens, invoquant la neutralité de la péninsule, n'avaient plus envie de li\ rci- h's clefs à l'Aul riche.

Jamais, depuis le xvi'" siècle, un changement aussi complet ne s'était produit dans les relations [)o!ili(iues (h^s puissances européennes. Jamais la paix du contineni iiiiNiiil p.iiii uiieux assurée, L;i P'i'aiice ne seniblnil |);is l'iixolr ;icIi<'(('m' pnric m(>in(h'e sacrifice de son passé glorieux, h^lle y hoiixaiL a|»ièsa\oir ét('' menacée

d'une ruine totale, outre le prix très réel, de son long effort, des gages de repos et de sécurité pour Tavenir '.

On comprend donc que les hommes d'Etat français, Polignac, Torcy, Villars, considérant cette paix au seul point de vue du duel séculaire qu'elle concluait, l'aient considérée comme un bienfait inespéré de la Providence. La France elle-même crut y voir ce caractère d'éternité et de justice auquel on reconnaît les œuvres de Dieu, et l'entoura désormais d'un respect religieux que l'on est surpris de retrouver encore chez Voltaire -. Ce fut l'époque que, de bonne foi, un penseur crut propice à l'institution d'une justice arbitrale et d'une paix perpétuelle, substituées à la guerre, à la raison d'Etat entre les princes et les nations. Il est vrai que ce philosophe était l'abbé de St-Pierre, et que peu de temps avant un autre philosophe moins optimiste, Labruyère, avait mis en garde les Français contre l'œuvre de toute cette diplomatie pacifique, dirigée à Utrecht par les plénipotentiaires. « Le plénipotentiaire ne parle que de paix, d'alliance, que de tranquillité publique, que d'intérêt public, et en effet il ne songe qu'aux siens, c'est-à-dire à ceux de son maître, ou de la République. »

Jamais jugement ne fut plus vrai, plus profond, appliqué aux diplomates anglais qui, depuis 1711, s'étaient offerts à Louis XIV et à l'Europe lassés d'une guerre ruineuse, pour arranger leurs querelles. C'était d'abord par intérêt de parti que les ministres torys de la reine Anne avaient recherché avec la paix générale le moyen de détruire les whigs, leurs hommes de guerre surtout et entrevu l'occasion peut-être d'écarter la dynastie hanovrienne en restaurant les Stuart. Mais en outre, ils avaient eu l'intention de mettre à profit les circonstances, l'épuisement des puissances continentales, pour fortifier le commerce de l'Angleterre, agrandir son domaine maritime et colonial. Ils avaient bien entendu se faire payer un bon prix, du moins pour leur pays, leur rôle d'arbitres et de médiateurs -^

L Pour rappréciation de ces traités j'indiquerai mon Manuel lùslorique de politique é/rangère, Tome l, chap. ix et la notice que j'ai insérée dans VAllas Historique, Hachette, 1896.

2. Torcy, Mémoires, p. 735. — Voltaire, Siècle de Louis XIV {Kdii. Bourgeois, p. 423-424V

3. Voltaire, Siècle de Louis XIV (Ibid., p. 423). — Seeley, Expansion de l'An-

42 INTllODUCIION

Ils avaient sans peine obtenu Port-Malion dans la Méditerranée, Gibraltar sur l'Océan et la Méditerranée, de façon à couper cette ligne de ports que l'union des deux couronnes pouvait procurera la France depuis Dunkerque jusqu'à Toulon. Par la ruine de Dunkerque, ils s'assuraient de la Mer du Nord et se vengeaient aussi du tort que les corsaires avaient fait à leur commerce. Des cessions coloniales complétaient ces avantages ; l'île de Terre-Neuve, la presqu'île d'Acadie, le territoire de la baie d'IIudson, sans compter les clauses ambiguës et menaçantes sur les limites, dans l'Amérique du Nord, des colonies françaises et anglaises qui devaient préparer la ruine du Canada déjà démembré ; l'Amérique du Sud espagnole fermée au commerce français, entr'ouverle aux marchands anglais par le privilège d'assiento qui leur procurait l'avantage de fournir au roi d'Espagne la main-d'œuvre nègre, d'établir à cet usage des factoreries à Buenos-Ayreset à Porto Bello, de les ravitailler, et de s'introduire dans ce vaste domaine colonial dont l'Espagne ne savait pas tirer parti.

Les profits que Louis XIV et son petit-fils avaient dû consentir à l'Angleterre étaient trop considérables pour que la diplomatie française pût se faire illusion sur leur valeur et croire au désintéressement des médiateurs. « Jaloux de la grandeur de la Maison (rAutriche et de celle de France, soucieux d'assurer leur ])ropre grandeur, les Anglais, écrivait alors le vieux lioi, tro}) faibles pour attaquer l'une sans le concours de l'autre, avaient entretenu entre elles une division favorable pour eux, couvrant leurs véritables desseins de noms et de prétextes spécieux, du désir de maintenir la l)alance nécessaire à la li'aïKjuillilé pujjlique^» Si, grâce aux Anglais, l'Europe était délivrée par des arrangements équitables de l'ambition rivale des Habsbourg ci des Bourbons, sur mer en revanche et dans les mondes nouveaux où se portait son activité, elle se trouvait menacée d'une autre doiniualion (pii commençait à s'étai)lii' en \'ertu des traités

f/lelevre. Irad. Haïubatid, Colin, ISn'i, p. ir>7-ir>'.l. — C.oxc, Uoxivhons d'Espague (trad. Iranraise, II, p. IGOi.

1. Inslniclions au comte du Luc allanl à \ icniic [Hecueil des Instriiclions d'Aul riche : édition Sorel, p. 171).

LE RÉGENT, l,A FRANCE ET L'EUROPE EX 171", 43

d'Utrecht, victoire pacifique, mais décisive de ces mêmes Anglais.

Il est bien rare en effet qu'il n'y ait pas toujours, dans les Congrès diplomatiques comme sur les champs de bataille, des vainqueurs et des vaincus, les uns plus ou moins exigeants, c'està-dire plus ou moins soucieux d'un retour de fortune, les autres plus ou moins résignés, c'est-à-dire plus ou moins préoccupés et capables d'une revanche. En diplomatie, l'idée de progrès se distingue rarement de l'idée de guerre. Au lendemain des traités d'Utrecht qui avaient pu d'abord paraître à la France un retour miraculeux de la fortune, Louis XIV et ses ministres se rendaient compte que la paix avait été, selon le propos de Saint- Simon, « chèrement achetée^ ». Le prix qu'ils y avaient mis devait les empêcher de la compromettre en des aventures prématurées. L'expérience et le malheur avaient à la longue guéri le vieux Roi de sa a démesurée passion pour la gloire ». Il avait reconnu la misère de son royaume épuisé parla guerre, et combien le repos était nécessaire à ses sujets et prescrit surtout par la minorité prochaine de son seul héritier. Ce n'était cependant pas un motif pour qu'avec le temps, la France et la monarchie ne se retrouvassent point capables de disputer, de limiter ou de reprendre à l'Angleterre les avantages qui avaient été la rançon de l'établissement des Bourbons en Espagne, sans rien perdre d'ailleurs de ce profit inespéré.

Quoique ses jours fussent comptés, Louis XIV entreprit immédiatement cette tâche lointaine, et son génie, auquel l'âge semblait donner plutôt de nouvelles lumières, n'y fut pas inférieur. On est saisi d'admiration, quand on voit comment il la comprit et voulut la réaliser. Les instructions qu'alors il donna à ses serviteurs dans toutes les cours d'Europe, avec l'aide d'un homme d'Etat fidèle et éclairé, M. de Torcy, ne sont pas indignes de celles qu'il préparait avec de Lionne au plus beau temps de son règne et de sa politique. La sûreté des informations et des jugements, la clarté, la vigueur et la solidité des conclusions, l'enchaînement logique qui les relie les unes aux autres forment un tableau

L Saint-Simon, Parallèle des trois Rois Bourbons '.édit. Faugère, p. 90, p. 348).

de l'Europe achevé et un modèle de diplomatie avisée et féconde'.

Tout s'y trouvait calculé pour afTermir sur la base des traités récents la paix du Continent, soit l'appui donné à Philippe V pour obliger Charles VI à l'abandon des Catalans, des rebelles des Baléares qu'il soutenait encore en 1714, soit les conseils obstinés de l'aïeul au petit-tils pour qu'il fît la paix avec la Hollande et l'Empereur lui-même, conseils qui n'étaient pas toujours écoulés, et surtout l'initiative qu'il prit d'offrir à Charles VI son amitié. L'audace était grande de proposer cette amitié à l'héritier des Habsbourg, après deux siècles de lutte implacable, et la difficulté plus grande encore de faire accepter cette réconciliation aux Français « ennemis du nom autrichien ». Des négociations secrètes furent pourtant entamées, suivies de Vienne à Paris par le prince Eugène qui avait déjà conseillé à son maître et conclu la négociation de Hastadt-.

D'autres se poursuivaient en Hollande, où l'envoyé de Louis Xl\ , M. de Chûteauneuf, reconstituait, parfois à prix d'argent, le parti républicain, le parti des marchands d' Amstenlam surtout, favorable à un rapprochement avec la France, à une politique depaix et de grandeur commerciale''. 11 n'y avait pasjusqu'à la guerre du Nord, obstinément soutenue par Charles XII contre Pierre le Craud, les Allemands et le Danemark, que Louis XIV n'ait alors clierclu! à terminer, conseillant à la Suède les

1. Elles sont en partie publiées, dans la Collection des Ins/riictloiis aux ambassadeurs de France, par Sorel (Aulrirlie, p. I.")l ; ()ar Lebon (Bavière, p. 151, 18 janvier 1715); par Gcofïroy (Suède, p. '^'18, A avril 1715i; par Waddington (Prusse). Celles données à M. de Chàteauneuf, en Hollande, sont inédites : A. ÉTIl., Hollande, t. 254, f- 287.

2. En ce qui concerne les relations de Louis Xl\' et de lEspagne après la paix d'Ulrecht, consullez les livres de Courcy : la Coalition de 1701, II, p. 410-451; VEspagne après la pair d'Ulrechl; Baudrillarf, l'/iillppe V et Louis XIV, p. G4'.>-G57. — Les tentatives de rapprochement entre Louis XIN' et les Habsbourg par l'intermédiaire du prince Eugène ont été signalées et étudiées d'après les Archives de Vienne par (Weber, Die Quadrupel Allianz, 1887, p. 7 et suiv.).

3. La mission de CliAteauneuf en Hollande et ses premiers résultats ont fait l'objet d'un<' élude documentée, (iuoi([u'un peu excessive et d'après les sources anglaises seules, de M. Wiesener : le Ih-rjenl, l'at>l)é Dubois, I. p. \'.V.) à 140. Les instructions de Louis XIV à ChAleauneuf sont aux A. ETR., Hollande, t. 254, 1'" 287. La corresi)()ndance de ChAleauneuf avec Torcy, (jue Wiesener n'a pas consultée en manuscrit aux .\lTaires Etrangères, est tout à fait importante au mois de mai-juillet 1715 surtout (A. ÉTR., Hollande, t. 284).

concessions conformes à sa détresse cl la paix avec son plus puissant ennemi le tzar, pour sauver ce qu'elle pourrait de ses domaines d'Empire ; recommandant aux princes allemands d'autre part, à la Prusse ou à la Saxe, la modération dans la victoire qui à la longue risquait de servir à leurs dépens la puissance russe '.

Pendant les deux dernières années de son règne, Louis XIV n'avait rien négligé pour compléter et garantir l'œuvre d'Utrecht. De la Baltique à la Méditerranée, de la mer du Nord à la mer Noire sa diplomatie vigilante avait reconnu les causes de troubles, ambitions, rancunes ou désirs de revanche qui pouvaient rallumer ou prolonger les querelles des princes et des peuples.

Mais si le vieux Roi et ses ministres attachaient tant de prix à la paix du Continent, c'était avec la pensée, qu'ils ne cachaient point, deretirer à l'Angleterre les moyens de se procurer, comme par le passé, dans les conflits européens des avantages et des alliances. S'ils réussissaient à convaincre la cour de Vienne que les divisions désormais sans objet des Habsbourg et des Bourbons ne pouvaient plus servir qu'au progrès de la politique anglaise ; s'ils persuadaient les Hollandais qu'à se mettre toujours, pour quelques conquêtes en Flandre, à la remorque du cabinet de Londres, ils sacrifiaient leur intérêt véritable sur mer et aux colonies, l'Angleterre, avee le temps, demeurerait isolée, moins insolente dans sa victoire, et peut-être un jour plus facile à atteindre dans son isolement.

Lorsqu'au lendemain même des traités, Louis XIV envoya ses ingénieurs et ses troupes ouvrir à Mardick un canal et un port capables de remplacer Dunkerque, lorsqu'à la mort de la reine Anne, il laissa ses ministres et Philippe ^^ encourager les entre-

1. La politique de Louis XIV dans le Nord est indiquée dans les Instructions du 14 avril 1715, à M. de Croissy (Geolïroy, Suède, p. 255-259) et celles qui ont été données le 14 mars 1714 au baron de Sparre (Geolïroy, Noiices et extraits des manuscrits concernant V histoire de la France, p. 399j. Consulter également les instructions données à Rottembourg allant à Berlin, mars 1714 (Waddington, Prusse), la correspondance de Louis XIV avec cet envoyé de mai à février 1715 (A. ÉTR., Prusse, t. 44, f» 114 et 138 ; t. 48, f<" 23 et 8(j). — D'une manière générale, Droysen, Geschiclile der l'reussische?i Politik, T. IV, I, p. 87. — Voltaire, Histoire de Charles XII (éd. Hachette, p. 250-260). — Torcy, Mémoires inédits, I, f» 382 Saint-Simon, Mémoires lÉdit. Chéruel, XIII, p. 64).

prises des jacobiles et du Prétendant Stuart, il faisait voir quil n'était pas disposé à conseiller à la France une politique d'abandon devant les Anglais.

Et précisément à cette époque, l'avènement de Georges P"" ramenait au pouvoir à Londres les whigs, tous mécontents de la paix qui avait limité leurs victoires sur la France, aussi bien Townsend, le premier ministre, que son collaborateur James Stanhope, compagnon d'armes de Marlborough et que Robert Walpole, ancien payeur de l'armée, tous partisans résolus d'une action énergique contre les jacobites et Louis XIV. Un tel désir de vengeance les animait contre les auteurs des traités d'Utrecbt qu'ils frappèrent brutalement les torys « les accusant d'être Français ». Pendant près de centans encore, les histoires d'Angleterre rédigées par des whigs devaient garder l'écho de leur colères*.

C'était proprement un homme de combat dont ils avaient fait choix h dessein, pour servir à Paris cette politique. Lord Stair n'était pas plutôt arrivé à la cour de France qu'il prit avec le Roi et les ministres une attitude militante. Il les interrogeait avec insolence sur les travaux de ^Nlardick, sur les intrigues et la présence du Prétendant Stuart dans le royaume, si bien qu'un jour il se fit mettre à la porte par M. de Torcy (Il juillet 1715) et se vit interdire l'accès du Roi-. On eut ainsi déjà une sorte de rupture entre les deux cours, dont le cabinet whig se gardait bien de faire grief à son agent, dont Louis XIV profitait pour encourager plus nettement, avec le maréchal de Berwick, les entreprises des jacobites.

C'était donc, des deux côtés de la Manche, une situation dangereuse pour le maintien de la paix que cette tension des rapports entre les deux puissances de qui suitoiit la paix, à l'trecht, avait dépendu. Dans toute rEuroi)e qu'elles axaient un instant désarmée, leurs dipioinalies se rencontraient et se heui'laient. L'en-

1. Sur la politique des wliigs alors consiiUer Wiesener, leRégeiil, l'abhé Dubois, I, |). .S7. — Malion, His/onj nf England. I, p. 109. — Coxe, Memoirs of Walpole, I, p. 03-01. — l\!\p'in-Thoy vas, Disset'/al ion sur les lori/s et les ichir/s. Anist., 1717, in-12, — Michael, lint/lische (ieschich/e iin Actilzehul. Julirhuudeil, 1890, rreibuii?, t. I.

2. Le récit de ralTniie a été Tait i)ar Torcy et par le Roi à (lliàlcaimeiif, les 10 et 25 juillet 1715 (A. ÉTR., Hollande, t. 2<si). — \ Oii' la discussion du délai! dans ^Viesener, ouv. cité, p. 23 à 20.

LE 1;I:GENT, r.A FUA.XCE et l/ErUOPE en 171o 4?

voyé des wliigsà la Haye, lord Cadogan, un ancien lieutenant de Marlboroug-h comme Slair, employait les mêmes moyens que lui, à réveiller les ardeurs du parli de la guerre en Hollande. Il comptait sur Tautorilé dllcinsius ([ui « avait })leinement hérité de la haine de Guillaume HI contre Louis XIV », sur rintérèt des marciiands qui avaient placé leurs fonds en Angleterre, et déjà il les préparait à offrir le stathoudérat au roi de la Grande-Bretagne, (juand celui-ci eut résolu d'adjoindre à l'ambassade un envoyé plus actif et plus résolu encore: Horace Walpole. Walpole se llaltait défaire faire tout ce qu'il voudrait au pensionnaire, à son successeur désigné, Vanderdussen, au trésorier de la République lié depuis longtemps à l'Empereur, à Slingelandt secrétaire du Conseil d'État, au greffier Fagel, en possession des régences des villes, des États généraux, maîtres des premiers emplois et de toutes les affaires de la République. Auprès de ces hommes d'Étal, tout fiers encore de Tautorité que les guerres récentes contre la France leur avaient })rocurée en Europe, ce que les whigs anglais recherchaient, sous prétexte d'obliger Louis XIV à la modération, c'était la reconstitution de la Grande Alliance où s'était brisée sa puissance, c'était un rapprochement des puissances maritimes avec l'Empereur qu'elles avaient trahi à Utrecht^

Et ce rapprochement surtout était un péril pour la paix : l'Em- })ereur Charles VI, par dépit d'avoir vu l'Espagne lui échapper, s'était refusé à ce que les torys avaient exigé de lui en 1713, à l'abandon du rêve qu'il avait formé quand, luttant contre Philippe V, il s'imaginait restaurer l'Empire de Charles-Ouint. « La privation de l'Espagne et des Indes lui causait plus de peine qu'il n'avait de satisfaction d'avoir ajouté la possession du royaume de Naples, celle du Milanais el des Pays-Bas à la suc-

1. « Pour entendre ce point de servitude de la Hollande à l'Angleterre », dit Torcy, Mémoires inédits, cités par Saint-Simon (Édit. Chéruel, XII, p. 373). — Cela est confirmé par les sources anglaises : Walpole à Townsend, 6 nov. 1714 {Mahon, Histovy of Enrjlaml, I, 121) et 20 oct. 1716 (Wiesener, le Bécjent, p. 144), et encore lettre de Stanhope à Townsend, 24 nov. et 6 déc. 1714 (Slahon, liistory of England, I, p. 122). — Voir aussi Cadogan au prince Eugène, 23 avril 1715, Wieii. Staalsarchiv, dans Gachard, la Belgique au XVIII' siècle, p. 257 ; ou dans Weber, Die Quadrupel Allianz; et enfin les correspondances de Torcy et de Chàteauneuf (A. ÉTR., IIoll., t. 285).

48 INTHODUCTION

cession de ses pères. » Il s'était obstiné à ne pas considérer comme définitive la cession du reste de la monarchie espagnole à un prince Bourbon'.

Nul prince n'était moins docile que Charles VI aux leçons de l'expérience, aux nécessités du fait accompli, aux conditions des traités. Ponctuel, travailleur, aussi pénétré de ses devoirs que de ses droits, il avait une volonté froide qui n'admettait point de résistance à ses desseins, ni de la part des hommes, ni de la part des faits-. Il avait eu toutes les peines du monde à concéder aux Hollandais les privilèges de Barrière que le traité d'Utrecht leur promettait. S'il y avait consenti, le 15 novembre 1715, sur les instances deswhigs qui lui avaient dépéché deux conseillers, sir Richard Temple et un ambassadeur extraordinaire, Stanhope, c'était avec l'espérance de conclure avec les puissances maritimes une nouvelle alliance offensive contre Philippe V, et pour réaliser de nouvelles conquêtes en Italie. Dès le 25 juin, il fit savoir ses desseins ambitieux sur la Sicile, la Toscane, les Etats de Parme et Plaisance aux Anglais ^. Déjà, il réclamait l'envoi d'une flotte anglaise dans la Méditerranée et donnait sa confiance aux Italiens et Espagnols réfugiés à sa cour, au Napolitain Stella, à l'archevêque de Valence qui entretenaient ses es})érances. A lui seul, le prince Eugène, qui recommandait une réconciliation avec les Bourbons et une action énergique contre les Turcs, mal soutenu par les ministres allemands, le chancelier Sinzendorf, paresseux et obséquieux, les comtes de Stahremberg et de Schœnborn, soucieux de ne point déplaire au maître, n'était pas capable de vaincre l'obstination de l'Empereur, d'apaiser ses rancunes et ses ambitions. N'ayant pas fait sa j)aix avec l'Espagne, Charles VI rei)oussait les offres et les conseils de Louis XIV qui l'engageait à réiléchir siii" le danger et le prix des concours fournis j)ar rAiiglctcrrc,

1. Louis XI\', Insiructions au cointo du Luc Sorcl, Autriche, p. Kil).

2. Ibidem, et portrait de l'anhiduc d'après un manuscrit conservé aux AfTaires Étrangères (Courcy, Coalition de 1701, II, p. 556) à comparer avec la gravure insérée par le chevalier d'Arneth en tète du vol. II de son ouvrage : Prinz Eufjen von Savoijeii, N'ienne, 1858.

3. Protocole de la conférence, 27 nov. 1711, et lettre dlIolTmann à la cour de Vienne, Londres, 10 mai 1715 [Wien, Stuatsarchiv), dans Weber, p. 3 et p. 0.

sur la grandeur croissante des princes allemands, ruineuse pour son autorité. Il se résignait à la paix, mais en négociant sans relâche avec l'Angleterre, le Hanovre et le roi de Prusse, de manière à se procurer les moyens de continuer la guerre, à la première occasion, en Italie '.

Son excuse, s'il y en avait une à l'erreur oi!i il s'entêtait, c'était l'obstination analogue de son rival Philippe V, entretenue à Madrid par les nombreux Italiens qui ne pouvaient se résigner aux conquêtes accordées à l'Autriche en Italie. Le mariage récent du roi d'Espagne surtout avec une princesse de Parme qui, sur les conseils de l'auteur de sa fortune, l'abbé Alberoni prenait le bâton de commandement à Madrid, livrait le souverain espagnol et sa politique aux desseins ambitieux des Farnèse, préoccupés d'agrandir leur duché de Parme avec l'aide des Bourbons, et de diminuer l'Autriche dans la Péninsule, quand elle prétendait s'y agrandir -. Et de cette lutte prochaine entre les Habsbourg et les Bourbons, qui déjà lui avait beaucoup rapporté, le roi de Sicile Victor Amédée « un maître gouin », escomptait de nouveaux profits. Il offrait son concours, tantôt à la cour de Vienne où il avait des parents et des amis, le prince Eugène, le marquis de Prié, tantôt à celle de Madrid, « frappant à toutes les portes pour s'ouvrir celles du Milanais qu'il convoitait ». A Madrid, à Turin, on ne concevait point la paix qui avait partagé et neutralisé l'Italie comme une paix durable, pas plus qu'à Vienne^.

Si la France alors eût encouragé les vues ambitieuses de Philippe V et des Italiens ainsi que leswhigs soutenaient celles de l'Empereur en lui proposant le renouvellement de la Grande

1. Voir Instructions du comte du Luc (Sorel, Autriche, p. 155). Pour le rôle du prince Eugène, Torcy, Négocialions, I, f» 324-325 (Saint-Simon, Chéruel, XIH, p. 325). — D'Arneth, Prinz Eugen, II, p. 315-51G. — Vogué, Le maréchal de Villars, Paris, 18S5. — Sur la cour de Menne, même ouvrage de dArneth,p. 353 à 359, et mémoire de du Luc sur la cour de Menne (A. ÉTR., Mémoires et documents, Autriche, t. II).

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