‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 47 sur 246 · Tome · texte numérisé non relu

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les Anglais eurent réussi à changer par les Renonciations en France comme chez eux Tordre et la loi des souverainetés princières, il y eut, selon la parole de Bolinghroke, « une succession ouverte au trône de France^ ». Peut-être eùt-il été plus conforme au droit établi par la Révolution de 1688 de laisser les Français eux-mêmes se choisir leur souverain, après la mort de Louis X\\, et en cas de mort de Louis XV. Les hommes d'Etat anglais l'ont si bien senti que, pour dissimuler et étayer la faiblesse de leurs prétentions, ils avaient exigé de Louis XIV un enregistrement des actes de succession au Parlement de Paris. Ce corps de justice n'avait avec l'assemblée nationale anglaise de commun que le nom. Mais c'était précisément par défiance des rois Bourbons et de leurs sujets mécontents de la défaite infligée par le traité d'Utrecht au droit légitime, qu'ils attachaient une égale importance aux lois de succession inscrites pour la France et lAngleterre dans ces traités. Le roi de la Grande- Bretagne qui venait en vertu de ces lois de succéder à la reine Anne, l'électeur de Hanovre, Georges F"" particulièrement, considérait son cousin, le fils de la Palatine, le duc d'Orléans, comme son allié naturel et légitime. Sa politique, soutenue par les ministres whigs, et toujours réglée par la crainte des alliances que le Prétendant Stuart pouvait trouver auprès des Bourbons, n'était pas moins active en faveur des d'Orléans que la diplomatie espagnole l'était contre eux.

Peu de temps après son avènement, Georges F'' offrit à son cousin Philippe d'Orléans son concours par un traité en forme. 11 chargea de la négociation son nouveau ministre en France, lord .loiin Dali-ymple Slair, qui arriva à Paris le 23 janvier 1715. La lAche principale que lui confiaient le i-oi d'Angleterre et les ministres whigs, ses amis était de surveiller les intrigues des jacobites dont les espérances s'étaient ranimées avec la fin prochaine de la r(;ine Anne, les menées des torys, auteurs de la paix d'Utrecht, et les encouragements de Louis Xl\'. Si, docile aux conseils de Bolinghroke, d'Orinond, d'Oxford qui négociaient par les soins de l'abbé Gautier et d(; Berwick avec Torcy et

1. I!<)liiii,'l»njkc M Torcy, Kl mai 171 J .Kdil. n-am.aiso, ISOS, i, p. 178)

LA SUCCESSION DE FUA.NCE 3!^

Louis Xl\'', le Pi'ctciKhmL avait })ris la résolulion de se l'aire protestant, si la reine Anne n'avait pas été enlevée par une maladie subite, la dynastie hanovrienne n'eût pas été appelée le 12 août 1714 au trône d'Angleterre. Malgré l'énergie des wliigs qui l'avaient appelée, soutenue, et avaient repris le ministère par l'exil des torys, malgré les stipulations formelles des traités d'Utreclit, elle ne s'y sentait pas encore bien installée : Georges P'" redoutait les complots que pouvaient former les torys exilés avec les Bourbons en faveur de Jacques III retiré en Lorraine, dans une province à demi-française^. C'était à dessein qu'il avait fait choix, pour le représenter à Paris et l'informer, d'un ancien compagnon d'armes de Marlborough, brutalement, fidèlement dévoué aux wliigs, un « Ecossais grand et bien fait qui portait le nez au vent avec un air insolent, parlait éloquemment et démesurément de tout, une sorte de matamore, toujours en éveil, toujours aux écoules, exigeant et difficile à apaiser ou à endormir'^ ».

Et pour le même motif, Georges I"' et ses ministres avaient recommandé à Stair de veiller en même temps à la succession de France, et aux démarches du roi d'Espagne. De cette succession pouvait en partie dépendre la fortune de la dynastie hanovrienne et des whigs en Angleterre. Quand lord Stair quitta son maître, en janvier 1715 ce fut par ordre qu'un des secrétaires d'Etat, Stanhope rédigea l'instruction suivante : M Nous trouvons à propos de vous ordonner d'une manière particulière de tâcher par tout moyen d'entretenir la plus étroite et la plus intime correspondance que vous pourrés avec notre frère,

1. L'histoire de ces négociations curieuses entre le Prétendant, les ministres torys et la France a été pour la première fois établie sur des pièces authentiques parMahon, Histoire d'Angleterre (édit. Tauchnitz, 1853, I, p. .387-426, Appendice). Elle se trouve déjà indiiiuée dans les Mémoires de Berwick (H, p. 128). A signaler surtout les lettres de Berwick au Prétendant des 2 mai 1713 et t) mai 1714, et celles de dlberville à Torcy du 2 juillet 1714 et de labbé Gautier au Prétendant, G février 1714 (Mahon, His(. of Ençfland, I, p. 56). L^ne lettre entin de Bolingbroke à Swift, du 14 août 1714 [Corresp., édit., 1808, II, p. 417), établit que les mesures étaient prises pour une restauration des Stuart.

2. Green, Histoire du Peuple anglais, trad. Monod, II, p. 295. — Bolingbroke, Correspondance, II, p. 419-423.

3. Saint-Simon,' Mémoires (Édit. Chéruel, XI, p. 120). — Gellamare, Mémoires inédits, 1" partie, f" 75.

le duc d'Orléans. Vous profiterez de chaque occasion qui se présentera pour l'assurer en notre nom combien nous sommes prêts à favoriser et à soutenir son droit à la succession de la couronne de France, comme elle a été établie par les derniers actes de renonciation. Vous l'encouragerés à s'appuyer sur nous et sur nos royaumes, pour avoir l'assistance la plus efficace, lorsque le cas arrivera et vous tacherés de lui persuader par les motifs les plus puissants que vous pourrés employer à vous faire ouverture de ses vues, afin de concerter par avance un plan sur lequel on agira et disposera les affaires en sa faveur ^ »

Ainsi, Louis XIV n'était pas encore mort, que la candidature du duc d'Orléans non seulement à la Régence, mais formellement au trône de France devenait un des premiers objets de la politique anglaise. Signalée comme un des principaux devoirs de sa charge à l'agent fougueux et tenace que Georges F"'" envoyait alors à Paris, elle fut l'origine du secret qui ne tarda pas à s"étal)lir entre Stair, le Régent et ses amis. A peine Stair fut-il en France que sa maison tenue sur un grand pied, la bonne chère et les orgies engageantes qu'on y trouvait attirèrent chez lui les courtisans dans le parti de l'Angleterre et du duc d'Orléans. L'envoyé de Georges F'' employait les mêmes procédés que Ccllamare pour former une faction espagnole au service du pai'ti anglais-. Il recevait et faisait causer les grands seigneurs, entretenait leur admiration pour l'Angleterre. « G'est une chose incroyable, combien ils détestent leurs conditions et raffolent de la nôtre ^. » Le duc de Noailles particulièrement paraissait se préparer « à v\vc un parfait Anglais ».

Ouaut au duc d'Orléans, s'il n'hésilait jias à faire connaître

1. Ca' Icxle a été pour la prciniric lois juihlié d'après le manuscrit du Record office (France, 352, par M. Wiesener (/>e I\é;/enl, l'dbhé Dubois, I, p. 10,. En revanche la négoclalion secrète de Stair à Paris auprès du Régent était déjà connue par le Journal de cet envoyé, publié dans Hardicic/ce's MisceUaneous Shile l'apers, 2 vol. in-4, Londres, 1778. — Insirurlions et journal de Stair forment la contre-partie des Instructions cl des Mémoiies du défenseur des droits de l'IiiJipjje \', de <lellamare.

2. Slair à Slaniiope, 10 juin 1715, Slair 's l'ape>s (Wiesener, ouv. cité, p. IG).

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