‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 77 sur 246 · Ibid. (f · texte numérisé non relu

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LWBBE DUBOIS A FIANOVBE 127

nouvelles de la négociation qui se poursuivit à Londres'.

C'était la revanche du maréchal d'IIuxelles. La mission de Hanovre terminée, la diplomatie, dont il était le chef, reprenait ses droits et ses procédés. Et le maréchal comptait bien prolonger les conférences à Londres avec l'arrière-pensée de ruiner les préliminaires de Hanovre"^. Le Conseil d'Angleterre, le vieux ministère wiiig en majorité hostile à l'alliance française, autant que les ministres français l'étaient à Georges I^'', devaient, par leurs exigences, favoriser cette politique, s'ils amenaient M. d'Iberville à refuser et à rompre^.

Dès le 7 septembre déjà, un furieux orage s'élevait à propos de la démolition de Mardick soulevé par Townshend et Sunderland, auxquels d'Iberville ne parut pas disposé à céder*. La forme même de la négociation n'était pas moins dangereuse : d'Iberville présentait ses mémoires par écrit, recevait de môme les réponses, et demandait chaque fois des ordres. C'était « un vrai procès », dont les longueurs fourniraient à la longue le moyen d'entraver la conclusion''. Déjà l'Empereur était averti, et envoyait à La Haye un ambassadeur de confiance, le marquis de Prié pour soutenir les whigs et Cadogan dans leur opposition au traité''.

Tout cela servait à merveille les projets du maréchal d'Huxelles : il espérait satisfaire le Conseil de Régence et les Français, sans se donner auprès du Régent le tort d'avoir sacrifié ses intérêts.

Mais ce fut une épreuve pénible pour l'abbé Dubois réduit de Hanovre à soupçonner le danger sans pouvoir le combattre. Il écrivait^ dès le 7 septembre, au Régent : « Depuis que nous

1. Dubois au Régent, |18 septembre 1716 (A. ÉTR., Ang. t. 278, f 123). « Voilà vingt-deux jours que mon premier courrier est arrivé à Paris sans que j'aie aucune nouvelle de M. d'Iberville. » Dubois à Noce, 21 septembre 1716 (A. ÉTR., Ang., t. 278, f° 149). « J'ai crié, j'ai pressé, écrit seize dépêches et lettres, envoyé deux courriers sans avoir eu un mot de réponse. »

2. Dubois au Régent, 7 septembre 1716 i A. ÉTR., Ang., t. 278, f° 44 suiv.).

3. Dubois à d'Huxelles, 7 septembre 1716 (A. ÉTR., Ang., t. 278, f" 34).

4. Poyntz à Stanhope, 8 septembre 1716 (Wiesener, I, p. 321-323).

5. Dubois au Régent, 18 septembre 1716 (A. ÉTR., Ang., t. 278, f° 125).

6. Dubois à Chàteauneuf, 22 septembre 1716 (A. ÉTR., Ang. t. 278, f° 184); Gliàteauneuf à Dubois, 28 septembre 1716 {ibid., t. 278, f" 230).

avons fait des offres à l'Angleterre touchant Mardick, le peu que nous avons ménagé au delà, par la plus heureuse négociation de M. d'Iberville est un ménage de bouts de chandelle qui ne mérite pas que nous risquions le trésor que nous avons pour ainsi dire dans notre coffre. Il faut que votre A. R. envoie chaque jour des ordres à M. d'Iberville afin qu'elle le fasse trancher et nuancer ; faites en sorte que l'on convienne et dans peu^ » Une semaine plus tard, il passait aux reproches : « J'espère que l'habitude que votre A. R. a d'être tranquille dans le péril, ne la conduira pas jusqu'à s'endormir dans cel li-ci et qu'elle se souviendra que l'Evangile et le bon sens qui vient aussi de Dieu disent : « qui amat periculum, peribit in eo. » Et encore : « Un procès par écrit, voilà un étrange moyen de faire diligence. Je n'ai plus qu'à m'imposer silence. Quand on se moque du danger, on appelle cela tenter Dieu-. »

L'abbé écrivait en même temps au maréchal d'Huxelles, le 7 septembre : « Il y a si peu de proportions entre ce qu'on peut perdre à Mardick et ce C{ue l'on peut gagner en terminant l'alliance que la prudence veut qu'on admette aucun risque^. » Il essayait de convaincre d'Iberville le H septembre : « Vous avez ménagé l'essentiel quand vous avez ménagé le temps. Le plus grand service à rendre à l'Etat et le plus agréable à S. A. R., c'est d'abréger. Vous savez les sentiers les plus courts. Vous ne pouvez rien perdre, pourvu que vous ne perdiez l)as de temps ^*. » Il essayait de mettre Chàteauneuf dans ses intérêts, en l'assurant .(qu'il avait i)ris des mesures infinies pour ménageries Etats généraux ». Il le priait de le tenir au courant : « Jusqu'à ce que cela soit basclé, les pieds me grilleront^. »

Mais le moyen de déterminer un prince comme le Régent, ennemi des résolutions promj)lcs et nettes, « ami, comme dit Saint-Simon, des mezzi termini » et ses collaborateurs surtout, personnages officiels, forts de leur situation et de leur système !

1. Duhois au llégenl, 7 scpleiiibrc 17l(j A. ÉTll. Alli,^, l. 278, 'f" 40).

2. Dubois au Régent, 18 soplciiibrc 1710 (A. ÉTR., Ang., t. 278, 1" 123).

3. Dubois à d'Huxellos, 7 scpleinbre 1710 (A. ÉTR., Ang., t. 278, f° 34).

4. Dubois à dTbei'viilc, 11 et 19 septembre 1710(A. ÉTR., Ang., t. 278, f<"87 eU28).

5. Dubois à Chàleuuneur, 15 seploiiibie 1710 (A. É TR., Ang., 278, 1" 115).

L'ABÊÉ DUBOIS A HANOVRE 129

Fidèle au sien, d'Huxelles affectait de traiter le précepteur du Régent en agent subalterne. Dubois se fûcha, en homme d'esprit. Il était conseiller d'État et entendait, par respect pour ses collègues, non par sot amour-propre, être traité comme il le méritait. Il le fit savoir au ministre par son premier commis*. 11 chargea Fontcnclle de s'enquérir bien secrètement auprès de l'abbé Bignon, un savant en ces matières, de ses droits-. Quelque temps auparavant, il avait sollicité du ministre l'ordre de demander une audience au roi d'Angleterre ; « afin de prendre un caractère conforme à la dignité du Roi^». Sur ce point important, il eut gain de cause et reçut le 16 septembre, des lettres magnifiques, en parchemin, une pancarte de ministre extraordinaire : « Vous avez donc résolu, écrivait-il au premier commis Pecquet, de me faire tourner la tête, ce qui ne serait pas difficile pendant les traverses que j'essuie en ce moment. Vous êtes, comme Monsieur le Maréchal, un homme incomparable pour le bon esprit et le bon cœur'''. » Et, pour mieux affirmer son caractère, il demanda le 28 septembre une audience au roi d'Angleterre et l'obtint. 11 eut la satisfaction de trouver Georges F'' tout à fait acquis à l'alliance, mais très décidé à ne point rompre en visière à ses sujets sur un article aussi essentiel que l'affaire de Mardick».

Impuissant à triompher des oppositions légitimes de la diplomatie officielle, où il voulait pourtant avoir son rang, Dubois n'hésita pas à recourir à une diplomatie secrète, inaccessible au Conseil de Régence. D'Huxelles affectait de lui écrire au nom du Roi. Considérant que « jusqu'à la signature du traité il serait dangereux d'exposer au Conseil le détail de la négociation, il exigea (7 septembre) que le ministre lui permît de correspondre secrètement avec S. A. R.^ », et. sans attendre de réponse, il commença immédiatement. Il s'adressa en outre à

1. Dubois à Pec(iuet, 14 septembre 1716 (A. ÉTR. Ang., t. 278, f" 112-113 .

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