Mahon, Hist. of England, I, p
établi. Dans une note fort curieuse que lui soumirent Dubois et Noce, son ami, les principes de Talliance nouvelle étaient ainsi formulés: ^<. Elle assurera si fort les droits de son A. B. qu'il ne sera plus possible d"y donner atteinte et qu'elle produira la paix entre l'Empereur et le roi d'Espagne, par laquelle l'Empereur renoncera aux Etats qui composent la monarchie d'Espagne et le roi d'Espagne confirmera sa renonciation an royaume de France. Cette alliance me paraît sans prix : si j'étais maître de la F'rance, j'aimerais mieux donner trente millions que de la manquer. » A la veille de la conclure, le 2 octobre, le Régent avait répondu de sa main en marge : « Je pense comme vous sur tout cela : Il ni] a nulle dépense qui puisse contrebalancer Vimporlance de Valliance. » Signé : Philippe d'Orléans^.
La réponse était catégorique, et la pensée du Régent formelle. Comme il avait fait en 1700, puis en 1709 pour la couronne d'Espagne, le Régent, quoique indolent, travaillé de cette cupiddé de régner que lui reprochait Cellamare-, avait sollicité et obtenu en 1716 de l'Angleterre la couronne et le gouvernement de la France. Le roi d'Espagne paraissait disposé à les lui disputer: la façon dont il avait accueilli ou plutôt expulsé l'envoyé du duc d'Orléans, son ancien ami Louville, semblait une preuve de ses mauvaises intentions. Contre ce rival, quel appui pour le duc d'Orléans que les otlVes de Georges L"" ! Le Régent les avait d'al)ord dédaignées. Dubois avait eu le mérite, au moment même où échouait la mission de Louville, de faire reprendre ces offres au cabinet anglais, de les faire apprécier et accepter par son élève. Le duc d'Orléans, désormais, se trouvait heureux de cette garantie de l'Angleterre qui légitimait son pou\ oir (hms le présent et ses entreprises dans l'avenir.
Pour dissimuler d'ailleurs aux Français ses espérances, il leur persuadait que le royaume était plus que lui-même intéressé dans celle alliance, « qui assurail la paix auilehorsct au dedans».
\. Nolfi du 2 oclobro nvec los obi^orv.Ttions du Régonl{A. ÉTR., Ang., l. 278, f* 174). Ce loxte a pM' pul)lié dnns le Recueil de fac-similés de Valéorjrapliie vwderne, par MM. Kaulek et Plantet, Colin, 1S89, pl.iiiche X.
2. " Sirahocchevole ciipidila di ref/iuire », dit Cellamare, Mémoires inédils, f" 12.
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C'étaient ces arguments, déjà présentés au Conseil de Régence, qui devaient lui servir auprès de la nation : il avait pris soin de rappeler en toutes lettres, dans la convention de Hanovre, les traités d'Utrecht, afin de sauvegarder les bienséances et son honneur'. Mais en Europe personne ne se trompait sur ses véritables desseins. Dans cette conviction, Stanhope lui avait, à plusieurs reprises, ofTert « tout ce qu'on peut stipuler de plus sûr et de meilleur pour lui ». Les démentis répétés de Dubois ne l'avaient pas persuadé du désintéressement de son maître. «Ce prince, disait Cellamare, sachant à quel fil débile tenaient ses droits à la couronne de France, voulut sur les conseils de Dubois les assurer, et, pour recouvrir ses desseins privés, il inventa les prétextes spécieux du repos général et du bien public dans l'espoir de cacher ses vrais desseins qui n'échappaient pas à la sagacité des politiques-. »
Si le duc d'Orléans n'avait eu en vue que la paix de l'Europe et celle du royaume en particulier, qu'avait-il besoin de rappeler les traités d'Utrecht? N'existaient-ils plus, qu'il fallût les rétablir dans des conditions plus lourdes pour la France ? Que pour le royaume, et pendant une minorité, la paix fût une nécessité, c'était l'évidence même. Mais appuyée sur l'Espagne, réconciliée avec la Hollande, la France désavouant le Prétendant était en mesure de la conserver longtemps. L'argument, si souvent invoqué par Dubois au cours de la négociation, que l'omission des traités d'Utrecht dans un traité d'alliance passerait pour une ru})ture déguisée de ces traités, était un pur prétexte.
Ni lui, ni son maître ne donnèrent leurs vraies raisons : ils voulaient, par cette garantie, fournir à la Régence la loi qui lui manquait, confirmer les Renonciations et les droits delà Maison d'Orléans au trône. C'était à cet avantage que toute la négociation était subordonnée : la ruine de Mardick, l'abandon de nos anciennes alliances dans le Nord étaient le double prix auquel le Régent
1. En réalité il n'avait rappelé que les clauses relatives à l'ortlre de succession en P>ance, en Angleterre, en Espagne. C'est là ce que les histoi-iens favorables à la politique deDubois ont trop facilement oublié (Wiesener, par exenq)., I,p.4Gj).