Tome I
paix d'Utreclit qui était la garantie la meilleure pour Tune, de son repos, pour l'autre de ses droits. Achever les traités d'Utrecht par une paix entre le roi d'Espagne et l'Empereur, que la France se réjouirait de voir confirmée parles puissances maritimes, c'était pour le duc d'Orléans le |)lus sûr moyen de se réserver la succession de Louis XV. « Cette alliance, disait Dubois, déterminera le système de r Europe pour longtemps et donnera à la France une supériorité qu'elle ne pourrait pas acquérir autrement K » (Tétait surtout ce qui restait à démontrer: « L'alliance était un plancher bien solide- n mais ce n'était qu'un plancher. Il fallait y construire.
Les matériaux et le secret de la construction, la clef de voûte de l'édifice étaient à La Haye. Quoique subordonnée depuis quinze ans à la politique anglaise, la Hollande avait encore aux yeux des diplomates européens un grand prestige. Pendant tant d'années, elle avait été l'àme et le lien de toutes les coalitions qui avaient triomphé d'un roi regardé comme invincible ! Par la diplomatie de de Witt, de Guillaume 111 et d'Heinsius, elle était devenue à la fin du xvii*^ siècle, la terre classique des ligues, des alliances, comme des traités de paix. De toutes les manières, elle vivait sur son crédit, mais ce crédit était considérable. Il semblait qu'on ne put former la guerre, ni consacrer la paix qu'à La Haye.
Tous les diplomates, dans cette fin d'année, ceux qui travaillaient au nouveau système et ceux qui voulaient le ruiner, s'y étaient donné rendez-vous en champ clos. Avant de quitter Hanovre, Stanhope et Dubois s'étaient mis d'accord pour réserver formellement l'accession des Hollandais-'. Dubois ne prit pas le temps de rentrer à Paris et courut à La Haye pour l'obtenir. Stanhope, obligé de rentrer avec son maître à Londres, chargea l'ambassadeur anglais en Hollande, Horace
1. MiMiioii'c (lu 2 octobre 171(1, cilé dans h; cliai)ilre prociHloiil, p. 138, nolo 1.
2. Dubois au Régent, 30 septembre 171() (A. ÉTR., Ang., t, 278, P 234-235).
3. Stanhope à Walpole, G octobie niC» (Coxe. Memoirs of Walpole, II, p. 08). « Wilh the express agreemenl un Imlli siilc<. Ilial tiio States arc to be aclniittecl inlo it as parties, as soon as Ibc neccssai-y lorni ol' thcir proceeding will allow Iheni to coine in. » — Dubois à CliAteauneuf, 'J octobre 1716; Dubois au Régent, 10 octobre 1716 (Sevelinges, I, p. 221).
RETOllU DE DUDOIS EX HOLLANDE 147
\\'iil|)ole, frapi)uyer SCS démarches. L'abbé avait grand besoin d'alliés, même en Angleterre '.
Le whig Cadogan, créature de Marlborough, « qui végétait parnii ses apoplexies- >', et ne retrouvait de forces que dans sa haine contre la France, excitait les ministres de l'Empereur toujours disposés à l'entendre.
Ceux-ci faisaient alors rage, le résident ordinaire, baron de Heems, et le marquis de Prié, envoyé par l'Empereur à la rescousse^. Le ministre de l'Espagne en Hollande, le marquis de Beretti Landi y arriva, au mois d'octobre 1716, avec l'intention de remuer ciel et terre contre l'alliance et de pécher comme eux en eau trouble^. Il y trouva le principal ministre de Charles XII, Gœrtz, tout heureux de joindre ses intrigues aux siennes.
Sur ce champ de bataille diplomatique, Dubois allait faire l'épreuve décisive de son système et de ses talents, se mesurer avec les premiers diplomates de l'Europe, en particulier avec ces Hollandais dont l'habileté était proverbiale et servie par leur constitution même.
L'abbé ne retournait pas en Hollande, en obscur voyageur, en érudit, caché, mais ouvei-tement, en négociateur français chargé des instruments du traité rédigés en latin pour l'Angleterre, en français pour la France qu'il espérait bientôt faire signer à Walpole, puis aux Hollandais, « avec la pancarte d'ambassadeur extraordinaire du Roi dans sa poche ».
« Titre oblige". » Parti de Hanovre le 11 octobre, Dubois arrivait à grandes journées sans débrider, malade, fourbu, à La Haye dans la nuit du 16 au 17**. Il ne tenait pas aux honneurs inutiles. Il avait droit à une entrée et à une audience publiques. Mais il eût perdu du temps. Il descendit incognito chez M. de Chàteauneuf et ne présenta aux Etats généraux qu'un peu plus tard ses lettres de créance'. Il allait tout droit au plus
1. Stanhope à Walpole, 6 octobre 171G (Coxe, Meinoirs of Walpole, II p. 99).