‹ La diplomatie VénitienneChapitre 103 sur 246 · GEOFFROY DE VILLEHARDOUIN A VEMSE · texte numérisé non relu

GEOFFROY DE VILLEHARDOUIN A VEMSE

d'aucuns textes vénitiens de ce temps même capalDles de nous payer de retour, nous Français, en nous donnant sur le royaume de saint Louis des détails aussi attrayants que ceux révélés dans les pa^jes de Yillehardouin sur la République des Vénitiens. La première fois que je trouve la trace fort obscure, du reste, d'ambassadeurs faisant la route de l'Italie du Nord pour mettre pied en France, c'est vers 1240; encore n'allèrent-ils que jusqu'à Lyon, pour représenter leur patrie au Concile formé par Innocent IV,

sa personne, qui les receut très-courtoisement et leur rendit tous les honneurs convenables à leur qualité; les principaux citoyens et le reste du peuple leur firent aussi grand accueil, et tesmoignèrent beaucoup de satisfaction de leur arrivée....

» Le jour venu , ils entrèrent dans le palais qui estoit beau et magnifique et trouvèrent le Duc avec le conseil en une chambre, où ils firent entendre le sujet de leur, arrivée sur cette manière : « Sire, nous sommes venus devers vous , députez par les plus grands barons de France , qui ont pris le signe de la Croix pour venger Tinjurc faite à Jésus-Clirist et pour conquérir Hierusalem, si Dieu le veut permettre, et d'autant qu'ils sçavent qu'il n'y a personne au monde qui les puisse mieux aider que vous et vos sujets , ils vous requièrent, au nom de Dieu, que vous preniez compassion de la terre saincte..., »

Suivent alors les détails des pourpai-lers et des conditions, et après quoi le naïf chroniqueur dit : « La nuit suivante, ils (les députés) tinrent conseil et résolurent de passer par les propositions qui leur avoient été faites. A cet effet, ils furent trouver le Duc dès le lendemain matin et luy dirent qu'ils estoient prêts de les accepter et conclure. Sur quoy le Duc leur tesmoigna qu'il en communiqueroit aux siens et qu'il ne manqueroit de leur faire sçavoir ce qu'ils en arresteroient.

» Le lendemain, qui fut le troisième jour, le Duc asseniljla son grand conseil, composé de quarante hommes des plus habiles et des plus sages de toute la République, et fit tant par ses remonstrances , comme personnage de bon sens et de grand esprit qu'il estoit, qu'il leur persuada l'entreprise proposée. De là, il y en appela jusqu'à cent, puis deux cens et puis mil, tant que tous l'approuvèrent et y consentirent. Finalement, il en assembla bien dix mil en la chapelle de Saint-Marc, qui est une des plus belles et magnifiques qui se puisse voir, où il leur fit ouù- la messe du Sainct-Esprit, les exhortant à prier Dieu de les inspirer touchant la requestc des députez, à quoy ils se portèrent avec grand zèle et démonstration de bonne volonté, etc., etc. » (^Mémoirex relatif s à l'histoire de France depuix le treizième siècle jusfju au dix-huitième , t. I^"", p. 14.)

dans le but de faire accorder les intérêts du Pontife avec ceux de l'Empereur Frédéric II '. Marino Morosini, Renier Zen et Marino da Canale composaient cette léfjation ; mais de commissions pour le Roi de France, ils n'en avaient aucune.

Poursuivant la lignée des faits jusqu'en 12G2 et 1272, je rencontre les noms de Marco Zusto et de Marco Querini, ambassadeurs : ce sont eux qu'il faut signaler comme ayant été les premiers envovés directs au Roi de France. Des rapports s'étaient établis entre le Roi Louis IX et Venise dès les premiers temps de son rè^jne : M. Romanin, dans son savant ouvrage, est le premier qui ait signalé, d'après l'historien anglais Matteus Paris, dès 1249, l'envoi du comte de Bar et du seigneur de Beaujeu, comme ambassadeurs du Roi aux Vénitiens. Ils venaient de l'ile de Chypre, et ils obtinrent des subsides^. Marco Querini avait

1 C'était le temps des grandes luttes du Sacerdoce et de l'Empire, de la guerre soutenue par Frédéric contre Grégoire IX. Ce Pape étfftit mort le 21 août 124t, et Célestin IV, son successeur, n'ayant régné rjue dix-huit jours, le Saint-Siège offrit le rare exemple d'une vacance de près de deux ans. Le 26 juin, Innocent IV fut élu pontife. C'était un Génois. L'Empereur n'avart à attendre de lui que des foudres plus violentes encore que celles dont les Grégoire VII et les Innocent III avaient si impérieusement disposé. Il réunit promptement un concile général à Lvon, où il se rendit en personne, et où comparurent près de cent quarante prélats. Comme il v avait à traiter d'un arrangement avec l'Empereur, les Vénitiens avaient cru devoir envover des ambassadeurs. On sait l'issue de ce concile : aucun accommodement ne put être accepté, l'Empereur fut de nouveau excommunié et sa déchéance fut déclarée. Vovez Ilomanin, Stoiia doc urne ntata, t. II 5 p. 23.3, et la Cronaca cli Carolda.

2 A la nouvelle des cruautés commises par le Sultan d'EgA-pte contre les chrétiens, le Roi Louis IX (saint Louis), ému de compassion, résolut d'entreprendre une croisade nouvelle. \\ s'adressa à Venise pour l'engagement de navires, et Marco Querini l'étant allé trouver au nom du Doge, lui promit que venant s'embarquer à Venise, la République lui fournirait quinze navires, douze desquels auraient cinquante matelots pour chacun, et les deux plus grands la Roccaforte , Santa-Maria , cent six, le San- Nicolo , quatre-vingt-six. Il fournirait en outre un autre navire considérable, en tout s'engageant au transport de quatre mille chevaux et de dix

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charge de s'entendre au nom du Doge sur les propositions d'aide et alliance que lui avait faites le Roi au sujet de la seconde croisade contre l'Egypte : c'était la grande question d'Orient de cette époque.

La fin de cette croisade si malheureuse décida le pape Grégoire X à écouter les propositions du Paléologue, Empereur d'Orient : un second concile fut convoqué à Lyon, Venise y fut de nouveau représentée par ses ambassadeurs Paolo Molin, Giovanni Cornaro et Pancrazio Malipiero. En 1 306, autre ambassade au sujet de l'Orient encore : — née avec le monde, cette question n'aura de fin qu'avec lui ; — elle avait charge de faire tenir les réponses officielles à la commission envoyée le 28 juillet à Venise par Charles de Valois, qui, en raison des prétentions qu'il avait sur Constantinople, avait jugé prudent de mettre les Vénitiens de son côté'. Andréa Zane, Jacopo Quirini et Marin Badoero composaient le personnel distingué de l'ambassade ; ils se présentèrent à Charles le 23 mai de l'année L307; mais de cette mission comme de tant d'autres, nous n'avons ni lettres ni relations^. Si, en effet, nous commen-

mille personnes, etc. Voyez Romanin, et pour le texte même du contrat, Luni}}, Codex diplomaticus, t. II, part, u, ser. 6, p. 1962.

^ Voyez l'historien anglais Matleus Paris et la Storia documentata di Venezia, de M. Romanin, t. II, p. 280 et 311.

2 Voici les indications des textes originaux dans l'ordre oîi ils sont consignés dans les Itegislri Commemoriali , aux Archives d'Etat à Venise, vol. II, Additiones,1307. Carolus, Régis Francise filius, Valesiae, Alençonus, Andegaviae comes, rispondet Duci, concilio, communique Venetarum rerjnirentibus ab ipso Carolo jiiramentum super pactis fœderibusque inter communem Venetiarum et ipsum Carolum , charta xi.vii, p. 2.

Confessio receptionis pecuniaruin datarum Venetiis ex parte Caroli fratris régis Francise pro arnesiis, sartiis, armis, trombis argenteis, c. L, p. 1.

Quietatio lingua gallica exarata quatuor tubarum et unices tubeta; argenteae consignatarum coniisso gallico per nuntios venetos.

J'ajoute que pour toute cette série de citations reproduites d'après le texte original latin il ne faut pas s'étonner des tournures singulières et des fautes de langage. Le latin était alors aux extrêmes degrés de la décadence.

çons à entrer dans une période où les rapprochements des nations sont plus fréquents , nous n'en sommes malheureusement pas pour cela beaucoup plus riches en documents spéciaux : partout l'aridité et le plus souvent l'obscurité. Ce n'est que difficultueusement qu'examinant les règnes successifs de Philippe de Valois , de Jean , de Charles V, de Charles VI et de Charles VII, nous arrivons enfin, sons Louis XI, à voir s'ouvrir une ère plus féconde en textes authentiques.

La série des livres d'Etat appelés Commemoriali et Registi'i del Senalo, conservés aux archives de Venise, deviennent en effet plus expansifs ; mais combien sont encore arides les renseignements qu'ils donnent ! Quatre ambassades en France, dont une par règne, la première en 1332 à Philippe de Valois', la seconde en 1376 à

1 De ces quatre ambassades, la première, à Pliilippe IV de Valois, fut la plus solennelle et la plus importante. Elle est signalée en ces termes par l'historien Romanin : « Toutefois, dans les premières années du lègne de Philippe IV de Valois , et avant que commençassent les désastreuses guerres avec les Anglais, le Pape Jean XXII voulut exciter de nouveau la chrétienté à une expédition, non contre les "Osmanlis, devenus trop voisins, mais bien à la conquête des Lieux saints. Philippe se montiait bien disposé, et il écrivait une lettre aux Vénitiens en date du 17 décembre 13.31 (elle est dans les Commemoriali , t. III, p. 77), les invitant à envoyer leurs ambassadeurs en France pour y traiter des choses présentes. » La République envoyait en effet, le il mai 1332, Filippo Belegno, Biagio Zen et Marin- Morosini , lesquels furent joveusement et honorablement reçus par

le Roi Voir le tome III des Commemoriali, p. 77, 103, 104, 106, pour

les détails originaux : ce dernier feuillet (106) pour de nouvelles lettres du Roi Philippe IV aux Vénitiens, en date de Poissy le 3 novembre, et du 11, de Pains. Ces lettres donnèrent lieu à l'élection et à l'envoi d'une autre ambassade vénitienne au Pape, qui alors était à Avignon. Giovanni Gradenigo et Andréa Basegio furent élus, et ils se trouvèrent à Avignon avec D. Ugo Gueret et maître Baudet, venus au nom du Roi de France. Voyez Romanin, t. III, p. 112 et suivantes, mais surtout les Commemoriali ou Registres officiels de la République Sérénissime aux Archives d'Etat à Venise. J ai relevé sur ces précieux registres les textes des documents de cette période, qui sont signalés dans ces termes :

1329. Document non cité par Romanin. Libri commemoriali , p. 52.

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