IMPULSION DE LA DIPLOMATIE SOUS LOUIS XL
de tels détails. La lutte entre Venise et Milan se prononce, et Venise, insensiblement, sollicite les faveurs du duc nonseulenient en appuyant ses prétentions, mais encore en excitant son ambition et ses vues'. Sous Charles VII, la politique extérieure fut nulle, contrainte qu'elle fut de s'en tenir aux embarras de l'intérieur. N'était-ce pas le temps où le roi de France ne pouvait avoir d'autre occupation que le salut du royaume? Les anciens textes signalent une ambassade des Français aux Vénitiens pour leur demander des secours et leur alliance^.
L'avènement de Louis XI changea singulièrement l'aspect des choses. Dès 1461, en effet, la politique se distingue par une direction nouvelle, et les affaires de Milan qui s'agitaient depuis 1447, époque où l'extinction de la branche directe des Visconti ouvre une carrière h des ambitions contraires, avaient fait surgir la question d'Italie.
Louis XI , par la connaissance profonde qu'il avait des affaires, par l'expérience individuelle qu'il avait acquise, lorsque, Dauphin, il avait fui la cour du Roi son père et
1 Les Registri secrela Senuto , 11° et 111°, sont des plus curieux à cet égard et dénotent une activité diplomatique inaccoutumée. Il ne s'af;it plus de l'Orient et des Lieux saints, mais de l'Italie. Rej;. II : Duos ambaxatores solemnes ad Regem Franciœ in conditionibus notatis, c. li. — Eligantur duos ambaxatores pereundo in Francia e presto, c. lxviii. — Possit çxpendere ducati 300 in aliquo dono mittendo Domino Duci Aurelianensi (Duc d'Orléans), c. lxxix. — Dicatur Petro de Stroningius (?) qui ad nos venit per partem Ducis Aurelianensis quantum Doniinium nostrum bene dispos tu m.
2 Commissio facta P. de Stroningius (?) reducenti ad Dom. Ducem Aurelianensem super diccndis et facendis de parte nostra, c. lxxxu, et altrœ chartœ, lxxxiv, lxxxvi , cxv, cxxx, cxxxv, reg. 111°, 1406. — Scribatur Duci Aurelianensi, c. lui.
3 Registri sécréta Senato, reg. IX et X. — Quid responsum fuit Domino abbati e socio ambaxatoribus Ilegis Francia? ad exposta per cos, c. xii. — Quid responsum fuit egregio viro Joacliino de Odontagna (?), oratoribus sereniss. D"' Régis Franci;e requirentis legam et confederationem cum nostro dominio, c. CLXi. — De 1425 à 1427.
2î)G DE LÀ DIPLOMATIE VÉMTIENISE.
qu'il bénéficiait de l'hospitalité du duc de Bourfjofjne, Louis XI , nature essentiellement politique, fut réellement en France le premier prince qui donna de fjrandes et actives besognes à la diplomatie européenne. Fin, pénétrant, astucieux, et d'un grand entendement, connaissant les hommes et les caractères, le Roi Louis était de première force à savoir jeter la division chez les autres princes tout h l'intérêt de ses propres affaires, et Gommynes, qui ne se trompait guère, a dit « le Roy Loys a mieulx sceu entendre cest art de séparer les gens que nul aultre prince que j'aye jamais veu ne congneu. » Il est curieux de voir par telles dépêches de différents ambassadeurs, sinon vénitiens mais florentins ou milanais, comment il traitait les choses. Les Vénitiens qui le virent à plusieurs reprises pendant son règne, et qui même avaient déjà échangé des rapports avec lui quand il était Daupliin ', ont du savoir le comprendre et le peindre merveilleusement : toutes mes recherches ont été vaines, je n'ai retrouvé ni dépêche ni y'elazione. Les Etats de Milan et de Venise, en difficulté dès l'avènement des Sforza, semblent avoir hautement pressenti la valeur politique du nouveau Roi de France. Les ambassadeurs qu'ils lui envoyèrent étaient munis d'instructions secrètes fort opposées, et c'était à qui se concilierait l'esprit du Roi, les uns le poussant à faire pâle figure aux autres.
En cherchant à pénétrer, plusieurs siècles après , les preuves contemporaines de ces menées curieuses, on reconnaît quel grand pas a fait l'esprit politique, et dès lors
1 Ref/istii sécréta Senato, rej;. XVII. — Quid responsum fuit oratoribus illustrissimi Deliini circa electionem suara ad {jonfalonieratum sanctac Ecclesi.'e et in factis Bononian et aliis tangentibus Romanum Pontificem, c. V. — Et le reg, XIX. -— Oblatio Dcifini descendenti in Italiam, ch. ccxi. — Orator in Sabaudia vadat ad Delphinum et requirat descensum in Italiam suosque favores, c. ccxxxii.