‹ La diplomatie VénitienneChapitre 107 sur 246 · AMBASSADE A LOUIS XI · texte numérisé non relu

AMBASSADE A LOUIS XI

aussi on peut dire que la diplomatie — telle que nous la conxprenons aujourd'hui — n'est plus un {jrand enfant, mais qu'elle est aux portes de l'âge de raison , et qu'elle est toute prête à grandir pour s'illustrer comme elle le fera dans peu avec un Georges d'Amboise, contemporain de Machiavel; avec un cardinal de Granvelle, contemporain de Charles-Quint. L'ère politique moderne, dans le grand sens du miot, prit donc date à l'avènement de ce roi, et cela au point que tout Etat, de si petite taille qu'il fût, par le fait fut assez grand pour devoir agiter, selon la nature de ses intrigues ou les formes de ses prétentions , ce fameux équilibre qui plus tard, lorsque les grands mots se feront jour sous la plume des publicistes, s'appellera l'équilibre européen.

Dès la nouvelle de la mort du Roi Charles VII, les Vénitiens envoyèrent donc en ambassade à Louis XI, comme pour lui rendre hommage, deux ambassadeurs extraordinaires , Bernardo Giustiniano et Paolo Barbo : le but réel était d'exciter le Roi à se prononcer contre les Turcs, par un traité d'alliance avec l'État de Venise : en outre, il était nécessaire de sonder l'esprit et les intentions du Roi quant aux affaires de Milan. Les instructions sont rapportées dans les Registri commemoriali à la date du 12 octobre 14GI '. S'il y eut d'autres négociations ouvertes entre le Royaume et Venise, elles furent toujours incertaines jusqu'en 1478,

* Ces instructions formaient ce qu'on a toujours appelé à Venise la cotnmissio. Je cite 1-e premier jiarajjraphe du texte : Nos Pascpialis Maripletro (Malipiero), Dei gratia Dux Venetiarum, etc. Conimittiinus vobis nobilibus viris Bernardo Justiniano et Paulo Barbo militi dilectis civibus nostris, quod vadatis solemnes oratores nostri ad serenissimum Dominum Lodovicum inclitum Francorum regem. Studiosi eritis in Kac profectione vestra, omni cura et diligentia Iter vestrum accellerare. Cupidi namque sumus recentibus causis, bonisque respectibus inoti, ut quaui|)riinum esse possit presentiam ipsius serenissiini Régis adiré valeatis jussa liafc nostra executuri....

298 DE LA DIPLO:\IATIE VEMTIENNE.

année de la signature d'un traité d'une fjrande importance conclu entre Louis XI et la République Sérénissime : Milan et les Turcs étaient toujours aussi les objets dominants de ces négociations difficiles'. Louis XI, du reste, était loin d'être un ami sûr, et dans les deux ans qui précédèrent la signature du traité de I4?78, il penchait fort aux intérêts de Milan et excitait l'an^bassadeur du Sforza à conseiller à son duc l'envahissement des possessions vénitiennes : une dépêche de cet ambassadeur milanais Francesco Pietra- Santa, l'envoyé à Louis XI du duc Jean Galeaz, révèle singulièrement l'humeur et la politique et les procédés de notre Roi de France, si admirablement représenté par le célèbre Gommynes. Cette dépêche, publiée d'après le texte original, dans l'un des numéros du Notizenhlalt de l'Académie des sciences de Vienne, est un des plus piquants récits qui appartiennent au règne de Louis XI ; aussi ne laisserai-je point passer l'occasion de ce chapitre sur les négociations diplomatiques entre le Roi de France et la Seigneurie de Venise, sans faire connaître cette curieuse et ori{;inale pièce demeurée jusqu'à présent inconnue aux historiens français. N'est-elle pas un témoignage ajouté à tant d'autres de l'estime qu'il faut attacher à tous les écrits de la diplomatie italienne, qui, au quinzième siècle, était sans rivale dans l'Europe? Le naturel de la diction, le piquant du récit, l'attrait des détails, le procédé pour mettre dans une lumière heureuse et les affaires et les hommes qui

1 Rerji.'itri xecreta Senato , rejj. XXII. — Responsum oratijii Rcjji.s Galliae super eis quac scripserat Dominio de rébus Mediolani et de li{;a Italica, ch. CLXxvi. — Reg. XXIII. — Responsum oratoribus eiusdem régis hortantis dominium iiiire cum Duce Mediolani, c; xxvi. — Reg. XXVII. — Letterae credentialis ad ipsum Regem pro Francesco DoUato mandato ut impetrat securitatem navium , c. xc. Pour la négociation du tiaité de 1478, voir le reg. XXVIII. — Elèctio oratoris ad Regein GaHi;e. — Expeditio, Commissio, Letterae, c. i, v, vi, xi, xlix, lxvih, et le reg. XXIX, c. xviii, i,v, Lviii, cxLv, et reg. XXX, c. xviii.

Page 1