PART DE VENISE DANS LES AFFAIRES
Charles. La seconde ambassade de Commynes avait été aussi infructueuse que la première ' . « Ma charge estoit à Venise, à sçavoir s'ilz voudroient accepter ceste paix et passer trois articles — Et quant j'arrivay au dict lieu de Venise, ilz me recueillirent honorablement, mais non point tant qu'ilz avoient faict au premier coup ; aussi nous estions en inimytié desclarée, et la première fois nous estions en paix. Je dis ma charge au duc de Venise, et il me dict que je feusse le très bienvenu, et que de brief il
me feroit responce, et qu'il se conseilleroit avec son sénat
Pour conclusion de mon affaire, j'attendis quinze jours avant que avoir responce , qui fut de reffuz de toutes mes
demandes »
Depuis lors la République avait donné cours à ses trames contre nos desseins sur l'Italie, avec une activité singulière : elle était le centre, elle était l'àme d'une ligue pour l'œuvre de laquelle elle avait révélé sa force politique au milieu d'embarras qu'elle s'était attirés à elle-même à force de prétendre user de prudence et faire preuve de raisonnement ^ . Mais au milieu de ce manège d'affaires les plus compliquées , à la veille même de nouvelles guerres et du second passage des monts par le roi Charles VIII, qui cette fois ne devait plus marcher à l'instigation de Ludovic
• Sécréta, 1495, die 24 maii. — Suinmariuni expositionis oratoris et secretarii Régis F'raneorum.
1495, (lie XVII noveinbris. — Responsio facta Ma<j<"o Dom. Argentoiii oratoris Scr"" Régis Franciai.
2 Pour (les éclaircissements nouveaux sur l'cnsenible et sur les détails des affaires traitées entre Ludovic le More, duc de Milan, Maximilien, Roi des Romains, et la République de Venise, lisez le chapitre ii du volume V de la Storia documentala. On remarquera surtout les pages consacrées au récit des négociations de l'ambassadeur Badoer avec Ludovic le More (janvier, février 1495), de celles des ambassadeurs Zaccaria Contarini et Bernardo Trevisan (juin même année); puis de celle de l'ambassadeur Foscari avec le même Ludovic (août 1496).
le More , mais contre lui et son duché ; des négociations pour réunir en une seule masse les Etats italiens avec l'alliance de l'Espagne et de Maximilien, Roi des Romains, s'opéraient à Venise, lorsqu'une nouvelle du genre le plus imprévu, et faite pour mettre une fin — elle ne fut que momentanée — à tant d'embarras et à tant de projets, arriva au palais de la Seigneurie le 14 avril 1498 : le roi Charles VIII venait de mourir, dans sa vingt-neuvième année !
Jamais nouvelle de France n'était parvenue plus rapidement à Venise ! Le Roi était mort le 7 à Amboise , et la République l'apprenait le 14. Le courrier avait essoufflé jusqu'à treize chevaux. Ce fut le samedi saint, au soir, après les offices, et pendant que le doge Antonio BarbarijjO et la Seigneurie traitaient des intérêts d'Etat, qu'inopinément un courrier du duc de Ferrare se présenta et requit d'être admis aussitôt pour une raison de la plus grande importance. A peine entré, il ne dit que ces paroles : « Sérénissime prince, le Roi de France est mort, et pour vous assurer de la vérité, lisez cette lettre »
Une nouvelle de cette nature se répandit bientôt par Venise, et l'ambassadeur de Milan, Baldassar di Posterla, qui depuis février pressait chaque jour l'envoi de troupes et de munitions de la part de la République, pour aider à la sauvegarde des possessions de son maître , fut appelé au conseil, et le Doge lui dit : « Magnifique ambassadeur, vous avez avis que le Roi de France vient en Italie, et nous, nous avons la nouvelle de sa mort ! »
Des rapports diplomatiques s'engagèrent de nouveau entre la Cour de France et la République , à l'avènement du nouveau roi.