CHAPITRE SIXIEME
série des documents politiques concernant la Cour et les affaires de France depuis 1550, dans les archives de Venise, — Harmonie et unité dans l'ensemble des correspondances et des relations des ambassadeurs vénitiens. — Henri IL — Six relations sur son règne. — IteUitions connues et publiées par M. Tommaseo ; relations inconnues à M. Tommaseo. — Portrait de Henri comme dauphin de France en 1542, par Matteo Dandolo. — Taoiturnité de Henri. — Jamais à la Cour on ne l'a vu rire. — Autre portrait en 154G, par Marino Cavalli. — Diank dk Poi- TiEns fut-elle une nymphe Ecjcrie ou une tnaîtiesse ? — Rapprochements singuliers entre la Duchesse de Valentinois et la Marquise de Pompadour. — Premier portrait de Hexri comme Roi de France. — Ses qualités au jeu de paume et à tous les exercices. — Brantôme honore la vaillance du Roi. — Relie intention du Roi recevant la couronne, au dire de la Duchesse. — Autre portrait par Lorenzo Contariui (1551).
— Le moral ilu Roi. — InHiience personnelle du Connétable. — Il veut tenir le Roi loin des affaires. — Puissance réelle de la maîtresse. — Elle éclipse la Reine Catiieiuse. — Diane est en tout et partout. — Déesse, elle a son culte. — Lutte du Connétable et de la favorite. — Le Connétable cherche à détourner le Roi de la Duchesse. — H l'excite à s'éprendre de la gouvernante de la petite Reine d'Ecosse. — ' Les Guises sous le drapeau de la Sénéchale. — Giovanni Capello décrit l'emploi du temps du Roi. — Récit de la cérémonie de l'audience de l'ambassadeur Capello, donnée au Louvre en 1554. — Beau costume du Roi. — Chiffres de sa devise. — Discussions sur le mode d'interpréter l'enlacement des D avec l'H. — Le Roi au jeu de paume du Louvre avec M. de Guise. — Menus détails empi-untés à la relation de Giacomo Soranzo. — Aperçus politiques généraux. — Traits caractéristiques sur l'esprit de la nation dans les observations des ambassadeurs.
— Giovanni Capello apprécie éloquemment la versatilité des faveurs de la fortune à l'égard des Etats. — Difficulté de connaître les intentions des princes. — Axiomes politiques. — >iouvelles sources de documents purement diplomatiques : les Expoxiz.ioni Principl. — Ressources et besoins économiques de la France d'après Giovanni Soranzo. — Caractère et humeur des Français. — Proverbe politique cité : « H faut avoir le Français pour ami, mais non pour voisin. « Bonheur politique de la situation" naturelle du royaume. — Parallèle des deux puissances rivales à cette époque : la France et l'Espagne. — Rôle conciliateur de la République de Venise dans les affaires du royaume de France, — Le jugement que porte Brantôme sur les ambassadeurs vénitiens à la cour de France dans sa « Digression contre les ambassadeurs de robbc longue ».
La date de 1550, aux archives de Venise, pour ceux qui y font des recherches, est une date importante.
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Depuis 1550, en effet, les dépêches et les relations ne nous font plus défaut. L'incendie trop célèbre de 1576 (nous en avons déjà parlé) , en portant le désordre et la ruine dans le palais des Doges, avait réduit en cendres toute une partie de la chancellerie secrète où étaient précieusement conservées, selon la progression des temps, les lettres, les renseignements, les rapports de tous les diplomates et les négociateurs qu'avait envoyés de par le monde la Seigneurie de Venise. Soit que les ravages de cet incendie aient pu être arrêtés avant qu'ils eussent envahi les pièces réservées aux recueils des correspondances en date de l'année 1550, soit que celles-ci fussent classées dans des salles en dehors de toute atteinte du sinistre, il est certain que depuis cette époque, jusqu'aux dernières heures du gouvernement de Venise, le trésor des archives d'Etat, les séries de pièces politiques, les cartons réservés aux relations proprement dites, sont, à de rares exceptions, dans un état de conservation bien fait pour être loué. Ainsi, à l'avenir, nous aurons moins de places vides à constater dans la galerie des portraits des princes. C'est d'autant mieux pour la scène du temps qu'on ne saurait trop bien la voir. L'avènement de Henri II est en même temps celui de personnages nouveaux, et sa mort mit le pays de France dans les mains de l'incarnation politique la plus curieuse qui ait jamais agi directement sur nous; je veux dire Catherine de Médicis. Quatorze ambassadeurs, dont un seul, Micliieli Giovanni, représenta quatre fois la République de Venise près la Cour de l'rance, ont parlé d'elle et ont décrit ou ses traits ou ses qualités. Et y eut-il jamais, pour un pinceau habile, j)our un esprit capable d'observation, des sujets de portraits, des études de caractères plus singuliers que ceux qui nous sont offerts par cette nombreuse , étrange mais rapide descendance de
Catherine? Le mélancolique et malade François II, cet agité Charles IX, cet efféminé Henri III, dont on ne peut (Hre s'il est Italien, Français, Asiatique, ou s'il tient à la fois de ces trois natures, nous sont représentés advivinn, chacun dans ses orijjinalités individuelles. Nous avons tous les portraits de cette famille exceptionnelle, sur l'ensemble de laquelle rè{j;ne toujours, soit d'une manière ouverte, soit d'une façon mystérieuse, cette Reine /«ère de nos Rois, comme l'appelle Brantôme, cette Italienne, cette ^Nlédicis qui, tant que le monde aura des historiens, fera parler d'elle et jettera les opinions humaines dans ce Jlot ondoyant et divers dont parle le plus original des philosophes, son contemporain Montaigne.
Mais regardons d'abord le chef de la famille, l'époux de Catherine et l'amant de Diane, le Roi Henri II.
Sous le règne de Henri II, l'historien trouve encore en France une certaine harmonie : les luttes intestines ne se sont point encore tant déclarées; les Lorrains se coitiptent déjà, mais, à les bien prendre, ils font un peu comme Catherine, ils méditent et prévoient. Le Roi est donc encore le Roi! Et malgré la double influence si personnelle de la Sénéchale sa maîtresse, et du Connétable son ministre, la figure royale de Henri domine les autres et n'autorise pas les sombres ambitions à se montrer, la main armée, courant le Louvre et la rue. D'ailleurs c'est encore un beau roi, plein de noblesse et doué de majesté; il est loin de la grande allure gauloise, ironique, voluptueuse, souriante et vaillante du roi François son père, liseur de Boccace et tueur d'ennemis tout ensemble; mais il a de beaux goûts, de belles ambitions, et il a dans tous ses airs im certain reflet de dignité et de calme d'autant plus attachant, que le soleil qui se leva sur la France au lendemain de sa mort, ne se leva que pour éclairer le commencement
Signature de FRANÇOIS 1 Roi de FRAPICE D'aprfîs une [et.ire en dale de LYON le 2 6 du
Signature de DIANE de POITIERS Duchesse de Valentinois. D'après uUe lettre aulograplte au CARDINAL deTOURNON.
Signature dHENRI II Roi de FRANCE D'après uae lettre dalée d'ANKT le 2+ Juin 15+7.
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