CATHERINE ET L'ESPAGNE
Elle fut j)Iiis amère encore pour l'envoyé d'Espagne Ghantonnay, qui poussait le soin du conseil jusqu'à l'impertinence. La finesse de Catherine, d'ailleurs, lui a laissé toujours voir que notre vrai ennemi, c'était l'Espagnol : pour le caractère et les moyens précautionneux de Catherine, aucun pouvoir n'était plus gênant, car sa grande puissance lui donnait une sorte de droit d'ingérance dans les questions religieuses, dont il faisait aussitôt des questions politiques. Le grand inquisiteur du monde, Philippe II, qui voulait être plus pape que le Pape, même sur le terrain spirituel, ne pouvait admettre les concessions et les hésitations dont Catherine donnait sans cesse de nouvelles marques à l'égard des protestants depuis le règne de Henri III; et lorsqu'à la fin de la guerre civile de 1577, Catherine et Henri, par le traité de Poitiers et les conditions de Nérac de 1579, firent une paix qui semblait devoir être duralde avec le parti , en lui assurant la tranquillité, l'Espagnol entra dans de sourdes fureurs. Il se retourna vers d'autres armes : il séduisit de grands chefs, il fomenta les catholiques contre ceux qui avaient pactisé avec les réformés, et si la Cour, si la France virent alors se former ces groupes séditieux de moines fanatiques, ces nouveaux mécontents au nom de la foi, ces turbulentes masses qui trouvaient Henri de Guise un si beau prince, ce fut à l'Espagnol que nous en fûmes redevables. Pour un moment, lorsque la ligue fut formée, Paris ne fut plus la capitale de la France, mais seulement un département de l'I^scurial.
Les ambassadeurs vénitiens qui ont assisté aux commencements de ces troubles d'un nouveau genre n'ont pas laissé de relazione sur les huit dernières années du règne de Henri III ; les dépêches seules sont les textes révélateurs auxquels il faut recourir et qu'il faut examiner d'une manière très-suivie et très-attentive. Ici donc il ne m'appar-
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tient pas de chercher ce (ju'ils en ont pensé et comment ils l'ont, ]e ne dirai pas jn{]('e, mais représentée Le dernier ambassadeur dont nous ayons une relazwne sur l'époque la plus avancée du rèfjne quitta la France en 1582. Comme il quittait la Reine, elle lui parlait encore d'un accommodement qu'elle venait de faire; cette fois, c'était avec Navarre :
« Et la Reine inère ine dit, en partant, qu'elle espérait avoir tellement bien ari-anjjé les choses dans sa dernière entrevue, que le roi de Navarre se rendrait à la cour d'ici à doux ou trois mois, chose cependant à laquelle je ne sais trop s'il faut croire, tant il. y a de g^ens à réj>andre et fomenter de soupçons et de mécontentements ' . »
Pour son portrait, il est toujoius le même. Sa constitu- . lion était robuste et parfaite. Elle a soixante-quatre ans, et pendant tout le temps que Lorenzo Priuli s'est trouvé à la cour, il ne l'a jamais vue autrement que 7tioho gagliarda et molto forte, faisant le plus (ji'aud exercice, manjjeant et dormant toujours bien , et donnant à croire qu'elle doit vivre longtemps encore. Il faut regarder ses portraits sur émaux, ses portraits peints, ses j)ortrails gravés, les effigies des médailles, celles aussi des monnaies à cette époque, conservés et répartis dans les plus célèbres collections. Les portraits gravés, les portraits dessinés aux deux crayons, les effigies des médailles, m'ont frappé davantage que les portraits peints. C'est bien en eux que je retrouve les traits, l'expression si caractéristiques, si particuliers de Catherine : les yeux gros, mais vifs, les lèvres intelligentes, s'échappant avet une finesse extrême de la graisse du visage, le nez ni trop grand, ni trop petit, ni aquilin, ni droit. Personne ne lui ressemble : mais les ambassadeurs vénitiens ([ui , tians leiu^ jeunesse,
* Lorenzo Priuli, Reluz'tone délia Coite di Frauda. Piarcolta AllxTi,
Signature de CATHERINE de MEDICIS Reine de FRANCE D'après uae lettre en date du 2 7 Aoiil 155 3.
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Autre signature de CATHERINE de MÉDICIS Reine-Mère D'après une lettre autograplie auRoi Catholique
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Signature de CATHERINE de MÉDICIS (L'année de sa mort.
D'après urc lettre autographe au Duc de SAVOIE.
En date de BLOIS. 12 Octobre 15 8 6.
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LES PORTRAITS DE CATllEUI^E DE MÉDIGIS. 589
avaient connu Léon X, s'accordaient presque tous à dire qu'elle rappelait par certains traits ce Pape Médicis : cela pouvait être avant c[u'elle eut pris l'embonpoint tpi'elle a eu. Reine mère, à mon sens, elle est unique : elle est Catherine de Médicis. Qui a vu les jolies et curieuses {gravures de Nicolo Nelli et de Marc Duval, et les deux ou trois médailles les plus fines conservées à la Bibliothèque impériale, ne peut l'oublier '.
1 Je me suis tout spécutleiiient attaché à former une inonojjrapliie des portraits peints à l'iiuile et sur émail, ilessinés aux deux cravoiis, gravés et sculptés de flatlierine de Médiiir!. Je ne saurais donner une place plus convenable que celle-ci à ce petit répertoire.
La Reine a dû être représentée un très-{î;rand nombre de fois. Indépendamment d'artistes peu connus qui exerçaient leur art sous son règne à titre privé, il y eut aussi de nombreux peintres en titre d'office, ainsi : Gentian Bourdonnovs, 1560; ;Marc Duval, 1565; Antlioine Caron , 1570; Jehan de Court, 1580; Simon Goudelle, 1580; Pierre Dumoustier, 1584; Jehan Patin, 1584; Pierre Gourdel, 1585; Benjamin Foulon, 1586; et Anthoine de Recouvrance, 1588. (Voyez la Renaissance des arts à la cour de France, t. I*^'', p. 152.) Mais le vrai maître du temps, celui qu'on ne peut trop glorifier, et qui a donné une si belle impulsion à toute l'école, François Clouet, fut le vrai peintre et portraicteiir admirable dcî la maison des derniers Valois. Qui mieux que lui pouvait connaiti-e, et connaître profondément, les traits des princes de cette famille? N'avait-il pas approché le roi François, le grand-père des fils de Catherine? Il y eut trois hommes de ce temps qui , dans l'exercice différent d'ini même art , doivent nous inspirer toute confiance : François Clouet en peinture, Léonard Limousin dans les émaux , Pierre Dumoustier dans les œuvres dessinées. Ce m'est un regret infini de ne pouvoir citer à côté de ces habiles artistes l'éminent graveur en médailles à qui la numismatique doit de si remarquables échantillons, mais son nom est demeuré inconnu.