VENISE ET HENRI IV
Une période nouvelle se présente, et avec elle des sources de documents politiques qui sont loin d'avoir été taries. Sous Catherine de Médicis, la République de Venise avait soutenu la Cour de France par cette tradition d'alliance qui s'était formée sous le règne actif et brillant de François l" -, mais, sous Catherine, cette alliance s'était bornée à se manifester j^ar des missions d'ambassadeurs, qui n'avaient à accomj)lir d'autres devoirs que ceux d'un ami donnant des conseils et accordant le secours de son ar(;ent en des occasions difficiles. La diplomatie et le gouvernement de la République de Venise, pendant cette longue période de troubles qui avaient concentré l'essor naturel de la France et l'avaient empêchée de prendre une part d'initiative dans les questions extérieures, n'avaient consenti à aucune de ces coopérations qui sont le résultat de la réflexion ou de la prudence à l'égard des partis. La mort de Henri lil donnant accès à l'entrée décisive de Henri IV dans les affaires, posait une question d'État qui, dans les circonstances politico-religieuses du moment, était loin de pouvoir trouver une solution immédiate et naturelle. Le Pape et l'Espagne, Sixte-Quint et Philippe II, si grands et si redoutables, jetèrent l'un l'interdit, l'autre ses armées, sur le valeureux lutteur que les destins de la vie politique appelaient au trône. Il fallait une grande confiance ou une force de logique supérieure de la part d'un petit Etat comme celui de Venise, qui avait de si dangereux voisins et dont la neutialité dans les questions trop difficiles était un peu une tradition, pour épouser en France la cause qui n'était pas celle de la Ligue. Immédiatement, et c'est à l'éternel honneur de sa politique judicieuse, la Répubhque de Venise se déclara l'alliée et fut l'appui de Henri
604 DE LA DIPLOMATIE VÉîsITIENNE.
de Navarre : elle n'attendit pas le traité de Vervins, qui consacrait des triomphes, elle n'attendit pas le lendemain du baptême, du sacre et du couronnement du triple vainqueur de la Li(;ue, des Guise et de l'Espagne, pour être à lui ; elle fut son alliée dès le jour de la lutte , et pendant les six ans qui ont précédé l'entrée royale à Paris. Auprès de Henri IV, pendant les années périlleuses, entre tous et de tous les Etats de l'Europe, il n'y eut que l'ambassadeur d'un seul Etat : l'ambassadeur ordinaire de la République de Venise. Cet acte d'initiative ne fut pas sans périls pour l'intelli^jente République : de lon^jues, actives et curieuses né[;ociations en sont résultées. Il importe de produire sur elles une lumière qui jusqu'à présent a été trop rare. C'est Henri IV et Venise dans leur accord, c'est Henri IV \u et fréquenté par les diplomates vénitiens, que nous demanderons maintenant aux papiers d'Etat qu'il nous a été donné de consulter. L'entreprise en est belle et féconde : c'est un grand chapitre du livre de la diplomatie et de la politique au dix-septième siècle.