L'OEUVRE POLITIQUE DE CATHERINE
bonheur rare de ne jamais faiblir devant \a première. Historien, vous avez des haines d'outre-tombe qui font qu'on se demande si vous avez tenu la pkmie au jour même d'un supphce ou sous le coup des tortures que vous auraient fait subir les sicaires du parti vainqueur de votre cause. Où vous conduisent vos contradictions? Vous ne voulez pas même que Catherine soit capable d'avoir osé ce grand crime politique de l'attentat contre l'Amiral. Vous dites que Tavannes a surfait la Reine mère en lui attribuant la volonté de tuer ce grand homme : « chose si hardie! » ajoutez-vous. Mais alors, sans y penser, sans le vouloir, vovis l'excusez du grand crime qui, pour tant de consciences, l'a rendue odieuse. Alors pourquoi, en d'autres pages, cet acharnement de votre part contre son pouvoir? Si elle ne fut rien, pourquoi la discuter, pourquoi même la nier? Un join-, vous l'attaquez comme on attaque un grand et valable esprit; im autre, vous oubliez tout à fait qu'elle a dominé toutes les affaires. Elle qui fut une ouvrière si politique, vous ne voudriez la considérer que sous l'aspect d'une belle matrone, « une belle figure de Reine mère » . Il faut la voir autrement. Les plus graves fautes, elle les a commises assurément; mais n'a-t-elle commis que des fautes, pendant les trente années qu'elle a lutté? Fut-elle nulle complètement? Alors pourquoi tant de bruit autour d'elle? Pourquoi a-t-elle tant exercé, pendant trois siècles et en des langues diverses, le génie de l'histoire et la pensée des philosophes? Pourquoi tous ces pamphlets, tous ces écrits? Allons aux résultats. Par le fait, sincère ou fausse, croyante ou incrédule, intéressée ou désintéressée, elle a soutenu la politique française, elle a soutenu la religiou qui convient au sang de la France! Otez-lui sa constante volonté, privez-la du pénétrant instinct qu'elle a de sauver le royaume et des am-
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bitions extérieures et des troubles intérieurs : éloignez-la du troue pour un instant, ])endant la seconde guerre; supposez, selon sa pensée d'un moment, qu'elle se rende en Flandre avec le Roi mineur, c'est alors plus que jamais qu'il aurait fallu dire , comme le Vénitien Michèle Suriano en 1562, Vœ tihi terra ciijiis Rex puer est! « ^lalheur à toi , terre dont le Roi est un enfant ! » car alors nous aurions vu le rovaume dans les mains étrangères. Philippe II avait l'œil sur la France : la défaite ou le renoncement de Catherine lui eût ouvert nos portes. Goligny, le grand Goligny, aveuglé par la magnifique austérité de ses principes, tout glorieux de ce renom de droiture qu'il a acquis, triomphant, ne nous eût pas moins mis, soit aux mains du Prince d'Orange, soit sous le régime d'une république fédérative, c'est-à-dire antinationale, antifrançaise, absolument contraire à nos instincts, à nos penchants, à nos mœurs, au génie gaulois de la France. Individu, il faut l'admirer; chef de parti, c'est la plus noble figure de son temps; et comme chef d'un parti, il ne lui a même pas manqué l'honneur d'une mort violente, moyen infaillible, dans cette quahté, pour être fait plus grand qu'on fût jamais et devenir immortel. Mais fut-il homme d'État? Non : il fut plutôt un patriarche, le roi de sa religion. Était-ce bien ce qui nous convenait que cette république fédérative protestante qu'il nous voulait imposer? Des grandes provinces du royaume il eût fait des cantons suisses.
Catherine, la Reine mère, a reconnu et combattu l'ennemi de tous côtés, l'ennemi de l'unité du royaume : en combattant l'influence étrangère et les complots intérieurs, elle a maintenu la France f7-auçaise : ce fut là son mérite, elle a livré bataille autant à l'ultra -catholique Philippe II, qu'à l'ultra-huguenot Coligny.