CHAPITRE CINQUIEME
Relations des Vénitiens sur Charles-Quint et Philippe II. — Études et travaux spéciaux sur ces deux princes. — MM. Mignet, en France, et Gachard, en Bpl{;ique, ont eu recours aux écrits des Vénitiens. — Hommage particulier rendu à l'iionorable M. Gachard. — Indication des reluzioni des Vénitiens qui ont traité de Gliarles-Quint et de l'iiilippe II.
— Portrait de CiiARLKS-QrixT en 1532. — Le même eu 1555. — Portrait physique de Philippe II au début de son règne. — On ne le définit bien que vers 1563. — Sa conduite avec le Pape. — Philippe II est remarquablement jugé par l'ambassadeur Suriano. — Portrait en pied formé d'après les observations de différents ambassadeurs. — Les goûts du Roi, ses habitudes, son mode de vivre. — La reine Elisadeth de Valois, sa seconde femme, d'après Giovanni Soranzo. — Les portraits de Do:< Carlos, prince royal. — Etendue des possessions de Philippe IL — Son mode d'agir avec ses ministres. — Le Roi tend à l'abaissement des grands. — Deux partis et deux chefs dans le conseil. — Le Duc d'Albe et Don Ruy GoMEZ de Silva. — Portrait du Duc d'Ai.he. — Qualités de la telazione de l'ambassadeur Paolo Tiepolo en 1563. — Détails variés de diverses relazioni sur la cour d'Espagne. — Humeur laborieuse du roi Philippe.
— Les dépèches annotées de sa main. — Une dépêche originale d'Antonio Perez avec les commentaires autographes de Philippe IL — Un
Jùic-siinile. — Nouveaux traits du caractère du Roi. — Comment Philippe II est avec la France sous Henri IV et avec Rome sous Clément VIII.
— L'Infante Isabelle est sa fille de ^îrédllection. — Elle a les secrets du Roi. — Le Roi, sa fille et les dépèches à l'Escurial. — Portraits de I'Infante. — Derniers temps de Philippe IL — Derniers jugements, entre autres celui de l'ambassadeur Francesco Soranzo, d'après la relazione d'Espagne prononcée en 1602 et publiée dans une nouvelle série italienne due aux soins de MM. Rarozzi et Guglielmo Berchet. — Détails précis sur ses dernières heures, d'après la relation espagnole donnée par M. Gachard dans les Bulletins de l'Académie royale de Bel^ifjue.
Me voici amené auprès de cette grande maison d'Espagne, dont les deux chefs qui l'ont occupée pendant toute l'étendue d'un siècle ont imprimé un mouvement si personnel à la politique de leur temps par des moyens et des qualités si contraires. Si depuis vingt-cinq Ou trente années, les esprits les plus éminents dans les sciences historiques ont poursuivi avec les signes d'une persévérance remar-
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quable l'étude des personnes et des actes de Charles-Quint et de Philippe II, cela n'a point de quoi surprendre. Physionomies d'une orijjinalité puissante, l'une par son activité vaillante, l'autre par sa mélancolie profonde, un (jTierrier et un négociateur dans l'une, un moine politiqueur et astucieux dans l'autre, toutes les deux sont bien faites sinon pour séduire, au moins pour mériter l'attention la plus grave. En quelque pays de l'Europe savante que je porte mes regards, je ne m'étonne donc pas de rencontrer des hommes émérites qui , capables d'érudition et de style, se sont appliqués à montrer ces deux figures si essentiellement historiques sous un jour particulier dans leur longue existence. En Erance, ]^I. Mignet; en Angleterre, jNI; Stirlijig ; aux États-Unis, M. Prescott ; en Allemagne, M. Ranke ; en Belgique, M. Gachard, ont travaillé, chacun dans une manière qui lui est j)ropre , au monument d'histoire que définit suffisamment cette double royale enseigne : Charles- Quint, Philippe II. Nombreuses et variées sont les sources originales, et si l'Escurial et Simancas ont beaucoup fourni pour le détail, de quel secours n'ont pas été pour l'ensemble les dits et écrits des ambassadeurs et observateurs vénitiens! Il n'y a point à contester la valeur et le prix de telles ressources, ne prendrai-je pour preuve que le livre spécial formé par M. Gachard : Relations des ambassadeurs vénitiens sur Charles -Quint et Philippe II. Je dois tout hommage à M, Gachard, mon devancier dans de telles études : préposé à la direction générale des archives de Belgique, chargé de missions scientifiques importantes, écrivain assidu, infatigable à la recherche de la vérité, dans l'histoire ', il est un des hommes de ce temps qui ont le plus avantageusement contribué, par la persévérance
1 Voyez aux Appcii(1ices la note que nous avons consaerée à M. Gachard, à ses travaux historiques et à la conuiiission royale d'histoire en Belgique.
dans les recherches et par les Iriiits abondants de son érudition , à entretenir et grandir en lielgique et aux Pays-Bas le goiit du genre d'études qu'il cultive et où il s'est fait honneur par des publications telles que la Correspondance de Guillaume le laciturne, la Correspondance de Philippe II sur les Pays-Bas, la Retraite de Charles-Quint au monastère de Yuste. La persistance de cet historien à connaître et à faire connaître Charles-Quint et Philippe II juscpie dans leurs plus intimes replis, s'explique d'elle-même lorsqu'on se rappelle combien ces hommes ont jiesé sur les destins des Pays-Bas à l'histoire desquels s'est attaché M. Gachard et par esprit de nationalité et par raison de position. Tant de phases de la vie de ces deux souverains ont marqué et déterminé le mouvement et les vicissitudes de ces grandes provinces si énergiquement libérales ! Il est aisé de comprendre combien l'heureux chercheur et l'érudit écrivain a dû se complaire dans la lecture des rapports de ces nombreux diplomates vénitiens qui avaient approché l'Empereur Charles et le Moi Plii!ij)j)e tant en Allemagne et en Italie pour l'un , qu'en Angleterre et en PZspagne pour l'autre : il a trouvé dans leurs souvenirs écrits ces impressions immédiates, si bien à même de révéler et la physionomie et les pensées de ces personnages avec qui ils avaient eu de fréquentes audiences et d'importants pourparlers. M. Gachard est donc le premier à qui soit venue cette idée tout ingénieuse de recourir uniquement aux 7-elazioni \énitiennes pour en faire ressortir avec avantage et avec succès deux portraits historiques : c'est un procédé qu'on ne peut trop louer, lorsqu'on voit ce qu'il peut produire : dans la suite de ce travail, je l'ai appliqué à d'autres grandes figures , et le lecteur sera juge du degré de curiosité où j'ai pu atteindre.
Indiquons d'abord avec M. Gachard les textes qui dans
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la collection de Florence sont exclusivement personnels à Charles-Quint. « Les relations des Vénitiens sur Charles- Quint, publiées par M. Albèri dans la collection de Florence, nous représentent ce monarque à des épornies notables de son règne; en 1525, alors rpie Frauçois I" était son prisonnier à Madrid; en 1532, après qu'il avait pacifié l'Italie, reçu à Bologne des mains de Clément \ II la double couronne des rois lombards et des empereurs d'Occident, et fait élire roi des Romains Ferdinand son frère; en 1546, après la conquête de la Gueldre et ses deux expéditions en France, où il avait porté la terreur de ses armes jusque dans Paris; en 1551, lorsque son autorité en Allemagne semblait pour longtemps affermie par les victoires qu'il avait remportées sur les protestants et la dissolution de la ligue de Smalkalde dont les principaux chefs étaient en son pouvoir. La collection de Florence renferme quelques autres relations qui peuvent être consultées avec fruit par les historiens sur la personne, le caractère, la politicpie, la puissance de Charles-Quint. Tels sont : le discours de la négociation de la paix de Bologne en 1529, entre Clément Vil, Charles-Quint, la République de Venise et François Sforza, écrit par Nicolas da Ponte; la relation de Rome, de Gaspard Contarini, faite le 9 mars 1530; la relation de Nicolas Tiepolo, de son ambassade au congrès de Nice, où fut conclue une trêve entre Charles V et François 1", à l'intervention du pape Paul III ; la relation enfin de Laurent Contarini, présentée au sénat en 1548, sur Ferdinand, roi des Romains, près duquel il avait résidé les deux années précédentes. » Pour retrouver l'Empereur cité et représenté individuellement dans ce genre de documents, il faut passer de la relazione en date de 1551 à celle en date de 1555, peut-être l'une des plus complètes de toute la série, due à Federico Badoaro, dont
le retour s'effectua à Venise en 1557, Ce ministre, dont la relazione est demeurée célèbre (l'importance de ce document l'a fait désigner sous la rubrique de la Capitana dans les collections de Madrid), fut le dernier des Vénitiens qui vit l'Empereur avant son abdication. Sa relazione a cela de particulier, qu'elle s'étend siu' l'Espagne et les Pays-Bas sous Charles-Quint d'abord et sous Philippe U ensuite; elle ferme donc un règne et ouvre l'autre par l'énoncé d'impressions également personnelles.
Les textes recueillis aujourd'hui sur Philippe II sont plus nombreux encore : à l'époque où ^I. Gachard a publié son livre de relatioyis sur l'Empereur et le Koi ' , la série
1 J'emprunte aux Bulletins de l' Acadétnie royale de Beli/iaite les titres soit de mémoires, soit de communications sur Charles-Quint, Philippe II et leurs ministres, que l'histoire doit aux soins de M. Gachard:
Note sur les conunentaires de Charles -Quint, t. XII des Bulletiitx, année 1845.
Sur le séjour de Charles-Quint au monastère de Yuste, ittid.
Deux lettres autographes de Philippe H à l'eiiipereur Maximilien II sur les matières religieuses, ihld.
Le cardinal de Granvelle quitta-t-il spontanément les Pays-Bas en 1564, ou sa retraite fut-elle l'effet des ordres de l'hilippe II? dn'd.
Particularités inédites sur les derniers moments de Piiilip|)e II, t. XV, année 1848.
Sur la chute dtt cardinal de Granvelle en 1564, ihld, t. XVI, ann. 1849.
Notice sur le Conseil des troubles, institué par le duc d'Alhe, ihid.
Deux lettres inédites sur les derniers moments de Charles-Quint, t. XXI, année 1854.
Sur les C(mimentaires de Charles-Quint, Ibid.
Quant aux publications spéciales de M. Gachard, j'indique :
Correspondance de Cliurles-Oiiint et d'Adrien VI, publiée pour la première fois. 1859. ^1-8".
Actes des états (jénéraux des Pays-Bas (1576-1585), t. I*"'.
Retrait; et mort de Chartes-Quint au monastère de Vaste. Lettres inédites, publiées d'après les originaux conservés dans les Archives royales de Simancas, 2 vol. in-8°.
Relation des troubles de Gand sous Charles-Quint, par un anonyme, suivie de trois cent trente documents inédits sur cet événement ; 1846.
Correspondance de Guillaume le Taciturne , prince d'Orantje , publiée pour la première fois, suivie de pièces inédites sur l'assassinat de ce prince