CHAPITRE IV
i LES AUGURES ET L’ARUSPICINE.
I Dioclore de Sicile (1), dans le célèbre passage où il
I donne les détails les plus précis et les plus exacts sur les études des docteurs chaldèens, ainsi que sur leur doctrine et leur système astrologique^ ajoute : « Ils sont versés dans l’art de prédire ^avenir par le vol des oiseaux; ils expliquent les songes et les prodiges. Expérimentés dans l’inspection des entrailles desvict times, ils passent pour saisir exactement la vérité. » *4 L’écrivain grec nous signale ainsi chez les Ghal- ^ déens Lexistence, à l’état d’une étude poussée trèsi avant et régulière dans ses procédés, des quatre il divisions principales que l’on reconnaissait à l’art
(I) Tî, 29.
(liviiiRtoii 6 dcins 1g moiiclô cIcIsskjug, I3, scigiicg cIgs augures et des auspices cherchés dans l’observation des oiseaux, l’aruspicine d’après les entrailles des victimes , l’étude et l’explication des prodiges ou signes de toute nature, répara, qui constituait la mantique proprement dite, enfin l’interprétation des songes. Son dire est confirmé par le témoignage des fragments parvenus jusqu’à nous de la littérature augurale en écriture cunéiforme, car nous y trouvons des exemples de toutes ces sortes de divination, suffisants pour nous donner une certaine idée de la manière dont on les pratiquait.
L’importance attachée à l’observation des oiseaux et aux augures que l’on en tirait est attestée par ce fait que, sur les quatorze chapitres de l’ouvrage dont nous avons vu la table des matières, trois y étaient consacrés. Malheureusement jusqu’ici on n’a retrouvé aucun fragment de ce genre, et cette lacune est d’autant plus regrettable, qu’il eût été très-instructif pour l’histoire et la filiation des superstitions augurales de comparer les idées et les pratiques des devins de Babylone sur ce point avec ce que les écrivains classiques nous apprennent de l’emploi des mômes présages par les augures d’autres peuples de l’antiquité et de leur manière de les interpréter. On
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voit cependant, par les titres de chapitres rapportés plus haut, que les Chaldéens attachaient une signification prophétique au vol et aux cris de différents oiseaux; il en était de môme chez les Grecs et chez les Romains ou les Etrusques, leurs maîtres en ces matières, et même en Italie, au témoignage de Festus, on divisait les oiseaux servant aux auspices en deux classes, alites et oscines, suivant qne c’était leur vol et leurs cris auxquels on demandait le secret de l’avenir. Dès Torigine de cette divination, du reste, on avait dù attacher une égale importance à ces deux modes de manifestation, car elle reposait d’abord sur une observation réelle, celle des présages naturels que fournissent certains oiseaux, dont les cris, les ébats, le vol sont des indices de changements atmosphériques. Maintenue dans ces limites, l’étude des auspices aurait pu être une science véritable ; mais on en avait fait une superstition ridicule en appliquant ces augures à des choses qu’ils ne pouvaient pas annoncèr. La divination d’après les oiseaux, l’art des olatvonohi^ était dMsage très-ancien en Grèce; les poésies homériques nous la montrent complètement constituée (1); certaines traditions fai-
( I) Iliad. B, V. 858; Odyss. A, v. 200; B, v. 158; Cf. Pabst, De diis Graecorum falidicis, p. 31.
saient inventer cet art par Télégoniis (1), le fils d^Ulysse et de Gircé. Mais d’autres ne le représentaient pas comme indigène et disaient qu’il avait une origine asiatique, qu’il avait été apporté de la Phrygie (2). En elïet, Cicéron (3) signale la Phrygie, la Cilicie, la Pisidie et la Pamphylie comme les contrées où florissait particulièrement la divination par le moyen du vol et des cris des oiseaux 5 or, on sait combien l’Asie Mineure avait été pénétrée, dès une époque ancienne, par l’influence de la civilisation eupliratique, et comment elle fut le canal par lequel une grande partie des choses de cette civilisation pénétrèrent chez les Grecs. Cicéron (4) et Appien, dans un très-curieux passage retrouvé par M. Miller (5), parlent du développement que la môme science des auspices avait pris chez les Arabes, où l’on est en droit d’en rapporter aussi l’orinine à Pinfluence babvlonienne: et fon en retrouve
encore des traces chez Maçoudi (6). Dans l’Ecclé-
(1) Nonn. Synagog. histor. 61 ; Suid. v. Tnléyovoç.
(2) Glem. Alex. Stromat. I, p. 361, ed. Potter.
(3) De divinat. I, 1, 41 et 42 ; II, 3A
(4) De divinat. I, 41.
(5) Revue archéologique nouv. sér. t.XIX, p. 102 et suiv.
(6) Les prairies d'or., trad. Barbier de Meynard, t. III, p. 341.
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siastc(l), les oiseaux sont indiqués comme pouvant, par leurs cris ou par leur vol, révéler une chose cachée.
Pour ce qui est de l’aruspiscine, Ezéchiel (2) nous montre Nahuchodorossor consultant le foie des victimes en même temps quhl a recours à la bélomancie. Je connais quatre fragments du grand traité compilé par ordre de Sargon I®% qui ont trait à cette science et qui, dans leur état de mutilation, montrent que les Ghaldéens cherchaient des présages de ce genre chez les espèces d’animaux les plus variées et dans tous leurs viscères. Deux de ces fragments sont publiés ; le premier (3) traitait d’un signe que l’on pouvait observer dans le cœur d’un jeune chien, d’un renard, d'un moufflon, d’un bélier, d’un cheval, d’un âne, d’un bœuf, d’un lion, d’un ours, d’une brebis, d’autres animaux encore incertains, d’un poisson (4), d’un serpent, et qui, chez chacun de