‹ La divination et la science des preśages chez la ChaldéensChapitre 23 sur 40 · L. Metellus, Q. Fabius Maximus, consuls · texte numérisé non relu

L. Metellus, Q. Fabius Maximus, consuls

A cause de la famine et de la peste, les décemvirs firent faire une supplication. A Luni, naquit un androgyne, qui, par le commandement des aruspices, fut jeté à la mer. La peste fut telle à Luni, que les bras manquèrent pour enterrer les cadavres qui gisaient partout sans sépulture. En Macédoine, l’armée romaine fut défaite. L’issue des combats livrés cà Viriate demeura douteuse.

Gomme je l’ai dit, c’étaient les augures proprement romains, plutôt que les aruspices étrusques, qui étaient d’ordinaire chargés officiellement de constater et d’interpréter les prodiges (1). Ils le faisaient évidemment d’après des règles fixes, constituant une tradition, soit écrite, soit orale. Mais nous ne pouvons douter que cette tradition eût son origine chez les Étrusques et comptât dans les parties de la science augurale dont les jeunes patriciens n’étaient complètement instruits qu’ après avoir été les étudier en Étruriej car des textes formels nous apprennent

(1) Ciccr. De lc(j. II, 9.

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que les expiations qui avaient lieu en pareil cas, afin de détourner le funeste effet des présages, s’accomplissaient conformément à la discipline étrusque (1). Ce qui le confirme, c’est que dans un grand nombre de cas, c’est aux aruspices étrusques que nous voyons les autorités officielles demander l’explication et f expiation du prodige, comme dans falfaire de fandrogyne qu’ils ordonnèrent de brûler vif au commencement de la guerre des Marses (2). Cicéron (3) dit d’ailleurs en termes formels ; Etruria inter jjvetatur qiiid qidbusque ostenclaiur monstris atque j^ortentis. Enfin Ottfried Millier (4) a parfaitement remarqué que, chez Tite-Live et dans les ouvrages comme celui de Julius Obsequens, la majeure partie des prodiges que l’on enregistre ont été observés dans des villes étrusques, comme Tarquinies, Volsinies, Gæré, etc.

On a déjà relevé chez les Étrusques, surtout dans les œuvres les plus anciennes de leur art, bien des indices d’une influence asiatique directe et profonde.

(1) Val. Maxim. I, i, 1.

(2) Diod. Sic. ap. Phot. Biblioth. cod. 214, p. 379, cd. Bekker.

(3) De dimnat. I, 41.

(4) Die Elrus/œr, t. II, p. 191.

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lie nature à justifier le récit d’Hérodote, faisant venir de Lydie une partie au moins de cette nation. La conformité que nous constatons aujourd’hui entre l’aruspicine étrusque et la science des devins chaldéens, en ce qui est de l’importance et du sens attaché à certains prodiges, spécialement à la naissance des monstres, est assez grande pour qu’on y voie l’indice d’une transmission, plutôt que le rapport fortuit de deux inventions indépendantes. Il y a là du moins un fait qui ne devra pas être négligé parmi les éléments du difficile problème des origines étrusques, et cela d’autant plus qu’on a pu remarquer que la conformité ne se home pas à l’étude des naissances prodigieuses sous un point de vue mantique. Nous l’avons constatée la même sur une part de l’aruspicine bien autrement importante et donnée par tous les écrivains anciens comme essentiellement caractéristique des Étrusques, je veux dire la discipline fulgurale. En général, du reste, la divination, l’aruspicine étrusque embrassait les mômes objets que celle des Ghaldéens, la consultation des entrailles des victimes (1), le vol et le chant des oiseaux, auspices pour lesquels leur méthode différait de celle des

(t) O. Millier, Bi(‘. Kiruskcr^ t. {{, p. 178-185.

Romains (1), les portenta de toute nature (2), les arbres, classés en favorables et défavorables (3). Pour les Étrusques aussi, les chevaux étaient au nombre des animaux qui donnaient les présages les plus importants (4). Toutes ces analogies sont telles qu’elles tendraient à faire voir dans les Étrusques des disciples et des héritiers directs de l’aruspicine et de la divination des docteurs de laChaldée et de Babylone.

Il est aussi important de noter que les procédés mantiques et auguraux des Grecs aux époques primitives paraissent avoir été assez restreints et assez peu variés. La plupart des moyens de divination que nous avons trouvé chez eux à comparer à ceux qu’enregistrent les livres chaldéens, n’ont été en usage que plus tard, à l’époque où les superstitions orientales avaient envahi de tous les côtés le monde grec et surtout à celle où les stoïciens avaient popularisé de plus en plus la croyance à tous les augures et l’avaient fait accepter de beaucoup d’esprits éclairés, en lui donnant une base philosophique, liée à leur doctrine de fatalité. Ce fut Ghrysippe qui le

(1) O. Millier, Die Etniske/\ t. II, p. 187-190.

(2) Ibid. t. II, p. 191-193.

(3) Macrob. Saturn. II, 16.

(4) Sefv. «d Virg. Æneid. 111, v. 537.

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premier formula cette théorie stoïcienne de la réalité de la divination et des augures, dont Quintus Cicéron se fait le défenseur contre son frère dans le premier livre du traité De divinatione. Il écrivit un livre sur les oracles et un autre sur les songes. Quant aux différents genres de divinations et de prodiges, ce fut son disciple Diogène le Babylonien qui en fit un traité complet (1), que Cicéron regardait comme l’ouvrage classique par excellence sur la matière. Il paraît certain qu’il ne s’y était pas borné à parler des procédés purement et anciennement grecs, comme Pbilocbore dans son traité antérieur (2), mais qu’il y avait compris les méthodes des peuples étrangers. Dès lors, il est difficile de ne pas attacher une certaine importance au fait que cet écrivain était né à Séleucie en Babylonie, ce qui avait dù lui permettre d’avoir dès son enfance des notions plus étendues que les Grecs n’en avaient d’ordinaire sur la divination chaldéenne, ses procédés et ses principes. Sous les Séleucides, des rapports beaucoup plus intimes que l’on ne croit s’étaient établis entre la population babylonienne et les

(1) Cicer. De divinat. I, 3; II, 43.

(2) Clem. Alex. Stromal. I, p. 334, ed. Sylburg; Athen. XIV, p. 648.

colons grecs établis au milieu d'elle. Nous en avons la preuve par les précieux contrats d’Orchoé, en écriture cunéiforme, que possède le Musée britannique (1) et où, parmi les témoins, nous voyons des gens à noms purement babyloniens, fils de Grecs (par exemple un Anou-akh-iddin, fils d'Antipateij. Il y avait eu alors un échange considérable d’idées entre les deux peuples, et surtout adoption d’une partie des doctrines et de la science des écoles chai* déennes par un certain nombre de Grecs, tout au moins quelque chose d’analogue à l’influence que ces ■écoles exercèrent sur les Juifs de Babylone. De là naquit une littérature gréco-babylonienne, dont nous n'avons plus que de rares fragments et dont la plupart des auteurs ne nous sont connus que par leurs I noms, littérature dont Bérose est le premier et le plus illustre représentant, et dont les livres ont été composés par des hommes d’origine chaldéenne, comme Cidénas, Naburianus et Sudinas (2), par des gens que l’on qualifie de Parthes, comme flnpsada ouinpsanda de Pline (3), le Yanbouschad de

(1) Photogi'aphs from the British muséum, by S. Thompson^ assyrian sériés, 564 et 565.

(2) Strah. XYb p. 739.

(3) llist. nat. VI, 27, 31.

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V Agriculture nabatcenne (1), et par des Grecs, comme Teacer de Babylone, le Tenkelouscha du même ouvrage (2), et Séleucus de Séleucie (3). L’histoire de cette littérature gréco-babylonienne est encore à faire, et elle constituera sans contredit l’un des plus curieux chapitres des rapports de l’hellénisme avec les civilisations orientales 5 espérons qu’elle attirera bientôt les efforts de quelque érudit. Diogène le Babylonien, venu de bonne heure à Athènes et élève de Ghrysippe, devait être plus purement grec que les écrivains que nous venons de nommer; mais, étant donnée son origine, une certaine influence de Bécole gréco-babylonienne sur lui est très-admissible.

En tout cas, et pour en revenir aux Ghaldéens, il est probable, ainsi que je l’ai déjà dit, qu'avant de codifier en un système d’interprétation fixe leur science des prodiges, ils commencèrent pendant un assez long temps à recueillir les observations de ce genre, avec les coïncidences que le hasard faisait naître

(1) Voy. mon Essai sur la projMgation de l' alphabet phénicien, t. II, p. 91.

(2) Saumaise, De annis climactericis et antiqua astroloqia^ prœf. ; Renan, Mem. de l' Acad, des hiscr. nouv. sér. t. XXIV, R® part., p. 186 et suiv.

(6) Strab. XVI, p. 7;{9.

entre les faits prodigieux et les événements (1). C’est par là aussi qu’ils débutèrent dans la carrière de l’astrologie, qui n’établit ses prétendues règles qu’ après une suite prolongée d’observations. Avant d’avoir des livres tels que celui dont on a retrouvé les fragments à Ninive, ils durent posséder des recueils du genre de celui de Julius Obsequensj et il est dans la vraisemblance qu’ils en gardèrent jusqu’à la fin, de môme que pour l’astrologie, à côté des ouvrages théoriques comme celui qu’avait fait compiler Sargon I®', où toutes les apparences célestes et toutes les positions des astres prévues par le calcul, rangées en chapitres méthodiques, avaient leur explication donnée à l’avance, on avait formé — car un certain nombre de fragments en sont parvenus jusqu’à nous (2) — des recueils disposés sur un plan chronologique, où tous les événements marquants de tel et tel règne étaient enregistrés, année par année, avec la mention détaillée des augures du ciel et des astres qui les avaient accompagnés. Pour l’ex-

(1) Voy. Sayce, Transact. of the Soc. of Bibl. Archœol. t. III, p. 146 et suiv.

W. A. I. IV, 34 : augures qui précédèrent tous les principaux faits du règne de Sargon I" et de son fils Naram-Sin,

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plicalion des prodiges comme pour l’étude des pronostics célestes, ce furent certainement les tables chronologiques d’observations qui fournirent les éléments fondamentaux des tables théoriques de prévisions, que l’on consultait au fur et à mesure qu’un phénomène se produisait. Mais n’a-t-on pas,' dans le travail de formation de ces tables théoriques, essayé de combler les lacunes des observations, en imaginant des cas qui n’avaient point été réllement constatés et en leur assignant une explication d’après l’analogie, ou d’après certaines idées préconçues qui nous échappent? Pour répondre à cette question, il serait à désirer que quelqu’un des naturalistes qui ont fait de la tératologie une étude spéciale voulût bien soumettre à un examen attentif les monstruosités énumérées dans ce qui subsiste des tables chaldéennes de prodiges, afin de décider si tous ces cas ont pu être observés, et si ceux qui paraissent le plus invraisemblables, comme la naissance d’un animal d’autre espèce que la mère, peuvent devoir leur origine à des faits vrais, mais défigurés par une imagination crédule et superstitieuse.

Les légendes mythologiques, acceptées comme réelles, ont dû fournir aussi certains prodiges à ces tables, particuliérement à celle qui se rapporte aux

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