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iestation (1). A Athènes, on les appelait desEuryclès ou des Enryclides (2), et leur art « lamantique d’Euryclès » (3), d’après le personnage que la tradition locale désignait comme ayant eu le premier un démon ainsi glissé dans son ventre {eig aklorpîovg yaarépocg evcJùç, dit Aristophane) et parlant en lui. Mais le nom qu’on leur donnait le plus généralement était celui de Pythons (ûQmveç, de qui semble avoir
passé par métonymie au ventriloque, de Pesprit Python ou « informateur » censé résider dans son corps (4).
La version des Septante et celle de saint Jérôme ont introduit dans notre langage biblique ces termes de pythons et d’esprits pythons (ou esprits de python), en s’en servant pour traduire les oboth du texte hébraïque, qui correspondent, en effet, trèsexactement à ce qu’étaient les pythons dans les idées des Grecs. L'ob, dont il est fréquemment question
(1) Philochor. ap. Suid. v. èyyaorpt/^uGoç. Voy. Eusèbe Salverle, Des sciences occultes, t. I, p. 185; A. Maury, La marjie' et l'astrologie, p. 60.
(2) Schol. ad Aristoph. /. c. ; lamblich. /. c.
(3) Aristoph. /. c.
(4) Plutarch. Dedefect. orac. 9; Euseb. Comment, in h. 45; Hesych. v. t:u0wv; cf. Act. Apost. xvi, 16.
dans la Bible, est un esprit immonde, un esprit des morts (1), que l’on consulte pour savoir l’avenir (2), et qui répond par le moyen d’un homme ou d’une femme dans le corps de qui il a établi sa demeure (3), exactement comme Vyidoni, autre esprit se manifestant d’une manière analogue, dont le nom signifie « celui qui sait » ou « qui fait savoir » , et qui est presque toujours cité en même temps que l’o^. Ensuite, par une métonymie très-facile, les appellations à'ohoth et ^yidonim passent des esprits mêmes aux
devins qui les possèdent en eux et parlent en leur nom (4). Ces devins étaient des ventriloques 5 Josèphe, écho de la tradition juive, le dit formellement de la fameuse pythonisse d’En-Dor (5), et les Septante 'l’admettent également, puisqu’ils traduisent à plusieurs reprises ohoth par ky-/a(7x^L^-üQoi. C’est ce qui ressort aussi clairement des expressions significatives par lesquelles les prophètes décrivent j la voix des ohoth :
Et quand ils vous diront : « Interrogez les oboth et les :
(1) Deuteron. xviii, 10; Is. xviii, 3.
(2) Deuteron. xviii, 10; I Sam. xxviii, 8.
(3) Levit. XX, 27 ; I Sam. xxviii, 7.
(4) Levit. XX, 6 ; I Sam. xxviii, 3 et 9; Is. xix, 3.
(5) Ant. Jud, VI, H, 2.
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yidonim qui sifflent et chuchotent (1). Chaque peuple ne doit-il pas interroger son dieu, les vivants en faveur des morts (2) ? »
Et ailleurs ;
Tu seras abaissée, tu parleras de la terre, ta parole sera couchée dans la poussière ; ta voix viendra de la terre comme celle d’un ob, et de la poussière tu chuchoteras ton discours (3) .
L’histoire si connue de Saül et de la pythonisse d’En-Dor, racontée dans le chapitre XXVIII du premier livre de Samuel, montre que les oboth joignaient à la pratique de la ventriloquie celle d’évocations dans lesquelles ils faisaient apparaîtreles ombres des morts. Je n’ai pas, du reste, à examiner ici la question théologique, discutée par les Pères de l’Église (4), delà part de faits démoniaques réels qui pouvaient, dans leurs opérations, se mêler à la pure jonglerie ; ceci nous ferait sortir du domaine de l’érudition.
(1) Cf. Homer. Iliad. W, v. 101.
(2) Is. XVIII, 3.
(3) Is. XXIX, 4.
(4) S. Johan. Ghrysost. ad I Corinlh. xii; Tcrtullian. Adv. Marc. IV, 23 ; De anim. 57 ; S. Augustin. De doctr. Christ. 33.
Parmi les pratiques de sorcellerie mauvaise et coupable qui sont énumérées dans quelques-unes des formules préservatrices du grand recueil magique, il en est une que désigne le signe qui porte le n° 200 dans le répertoire des caractères cunéiformes dressé par M. Smith (1) et le n” 287 dans celui de ,
mes Études accadiennes (t. I, fasc. 3). Les Syllabaires lui donnent pour lecture accadienne un mot uhi, qui est traduit en assyrien abutuv. et uhutuv, ce qu'on est conduit naturellement à entendre comme « la consultation » ou «révocation de l’ob », puisqu’il s^’agit d’une opération magique. Le même idéogramme, pris avec un sens verbal, a pour correspondants assyriens, dans les tablettes lexicographiques, 7iahlu, « agir artificieusement, s’adonner à des pratiques coupables, » et saru (hébr. “HD), « errer, être pervers, agir perversement. » Enfin, dans les documents bilingues, ce signe sert assez fréquemment à représenter le radical verbal accadien « s’élever, monter. » Je crois que c’est là sa signification primitive, qu’il ne s’est appliqué qif ensuite à fopé- • , ration du nécromancien ventriloque, parce qu’elle ^
(1) TJie phonetic vaincu of thc ciineifonn characters^
Londres, 1871,
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était une évocation, une suscitation des esprits des morts, appelés des demeures souterraines; enfin, que c’est la réprobation attachée aux rites de ce genre qui a produit les deux derniers sens, ceux auxquels correspondent en assyrien les verbes naklu et saru. Dans toutes les écritures où le principe de ridéographisme tient une place considérable, nous voyons les mêmes faits se produire. Les acceptions d’un idéogramme peuvent s^étendre autant que celles d’un mot de la langue parlée, et en vertu des mômes analogies. Mais, par suite de l’indépendance originaire de la langue graphique par rapport à la langue parlée, il arrive souvent que l’extension des sens d’un même symbole a englobé des idées que des mots absolument différents représentent dans l’idiome oral (1).
Les conclusions auxquelles nous conduit l’étude des acceptions diverses du caractère qui désigne l’opération magique appelée en accadien uhi et en assyrien uhuiuv sont confirmées par le témoignage d’Iamblique (2), disant que « les babyloniens prati-
(1] Voy. mon Essai sur la ju'opagation de l'aiphabct phénicien^ l. I. p. 62.
(2) Ap. Phot. liihliolk. cod. !JI, p. 75, cd. lickker.
166 LA DIVINATION ET LA SCIENCE DES PRF'sAGES
quent la nécyomancie et qu’ils appellent aay.xovpaç le ventriloque possédé par l’esprit d’un mort, que les Grecs qualifient d’Euriclès. » La forme originale du mot transcrit ici n’a pas encore été re-
trouvée, et nous ne saurions préciser dans quelle mesure il a été altéré. Pourtant on peut remarquer déjà que, tel qu’il se présente, ce mot a la physionomie bien plus accadienne que sémitique et qu’il semblerait volontiers être un composé de la langue d'Accad, dans lequel le premier élément serait le radical bien connu sa/c, qui est aussi celui de saJiba, « talisman. »
Tout ceci permet de constater que la croyance aux obotb et les rites par lesquels on les interrogeait provenaient de la magie chaldéenne et avaient été introduits par son influence en Syrie et en Palestine. Le nom même en découlait de l’accadien uhi, et n'était pas d'origine sémitique. Ceci débarrasse des difficultés fort sérieuses que présentait fétymologie du mot oh quand on la cherchait dans le vocabulaire des radicaux des langues de Sem. En vertu d’une assonance qu’il faut aujourd’hui considérer comme purement fortuite, on identifiait ce mot avec son homophone ob, qui a en hébreu le sens d’« outre ». Le python ou ventriloque, disait-on, était ainsi appelé
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parce qu’on le considérait comme aussi passif qu une outre clans laquelle l’esprit serait venu résider. Mais cette explication ingénieuse, à laquelle il fallait bien s’arrêter, faute de mieux, était démentie par ce fait que le nom à' oh avait désigné d’abord, non le devin, mais l’esprit lui-même, auquel la qualification d’« outre » ne pouvait plus s’appliquer en aucune façon.
Gomme on le voit, la nécyomancie et la consultation des esprits pythons était, en Cbaldée et en Babylonie, une chose considérée comme coupable et mauvaise ; bien plus magique que mantique, cette opération était classée parmi les oeuvres réprouvées de la sorcellerie malfaisante, de la magie noire. Elle n’a jamais été admise dans le cadre de la divination légitime, régulière et scientifique. A ce point de vue, nous aurions pu l’exclure de la présente étude. Mais il m"a paru qu’il y avait intérêt de compléter par ce qui s'y rapportait le tableau de tous les moyens, sanctionnés religieusement ou condamnés, par lesquels les Ghaldéens croyaient possible de pénétrer les secrets de l'avenir, et en môme temps d’ajouter par là un chapitre supplémentaire au livre dans lequel j’ai antérieurement traité de leur magie.
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