IX
(3) De placit, philosoph, II, 29.
(4) Eclog.phys, p. S52 et 556, éd. Heer.
(5) Joseph. Cont7\ Apion. I, 19; Senec. Nat. qusesi. m, 29; Plin. HisL nat. VII, 37.
CHEZ LES CHALDEENS 45
la trace est empreinte à chaque pas dans le vaste traité compilé par ordre de Sargon P'. C'est bien aux écrits du vrai Bérose que ces choses ont été empruntées, et il se montrait un rapporteur des croyances exprimées dans Içs livres sacrés de sa nation aussi exact en matière d'astrologie qu'en mlatière de cosmogonie et d'histoire. La contradiction qui §ur^ prend dans les rapports des écrivains grecs sur la science chaldéenne existait dans la réalité, au moins dès le temps du règne des Sargonides en Assyrie^ entre Tastronomie véritablement scientifique, fondée sur l'observation et le calcul, et déjà maîtresse de fcrès-grandes découvertes, et les doctrines des anciens livres, dont les prédictions augurales continuaient à servir de code pour les consultations astrologiques^ Les preuves en abondent ; je les grouperai dans le travail que je compte consacrer à Tastrologie des Chaldéens et qui complétera cette série d'études sur leurs sciences occultes. A Tépoque.dont je parle, non-seulement les docteurs chaldéens et leurs disciples assyriens connaissaient là vraie cause des éclipses de lune et en calculaient exactement le retour, mais ils étaient partis de là pour établir un calcul de prévision des éclipses de soleil, calcul qui, dans certaines occasions, se trou-
vait exact (1), comme celui que Thaïes fit un jour (?), évidemment d'après leurs principes (3), et qui, dans d'autres cas, était démenti par l'événement (4) ; mais, en même temps, quand les particuliers ou le souverain les consultaient sur l'avenir, d'après l'état du ciel, ils répondaient conformément à Tantique traité, que leurs connaissances réelles avaient bien dépassé, mais dont ils croyaient les prédictions toujours vraies,- si les théories scientifiques en avaient dû être abandonnées. Il y a même plus, et je crois qu'on est en droit d'afîîrmer, d'après le témoignage de Sénèque (5), que c'est précisément ce traité d'astrologie de Sargon F' que Bérose avait traduit en grec ou tout au moins analysé. En effet, le
(i ) Sur les cas où les Ghaldéens pouvaient calculer exactement une éclipse de soleil d'après une éclipse de lune antérieure de quelques années, voy. Airy, Proceedings of the Royal Astronomical Society^ i. XVIII, p. 148.
(2) Herodot. I, 74 ; Eudem. ap, Glem. Alex. Stromat. I, p. 354; Cic. De divinat, I, 49; Plin. Hist, nat, II, 12.
(3) Thaïes avait aussi prédit, d'après les astres, .une récolte extraordinaire d'olives (Aristot. Polit. I, 5), et ces prévisions pour les récoltes tiennent une place considérable dans le grand traité astrologique chaldéen.
(4) W. A. I. m, 51, 9, rapport au roi par Tastronome officiel Abal-Istar sur une éclipse de soleil attendue et n'ayant pas eu lieu.
(5) Nat, quœst. III, 29.
philosophe dit, en parlant de cet écrivain^ : Bero-sus qui Belum interpretatus est; or, d'après les formules de pagination qui accompagnent ses tablettes, le traité en question était intitulé : « l'Illumination de Bel », Namar Bel (1), et c'est certainement à ce titre, cité par Bérose lui-môme comme la source où il avait puisé ses renseignements, que font allusion les expressions de Sénèque, dont le véritable sens n'a pas pu être compris jusqu'ici.
Ces dernières observations m'ont entraîné assez loin de mon sujet. Il est bien temps de revenir à l'ouvrage sur les présages terrestres, qui est le pendant naturel, et encore plus étendu, du grand ouvrage d'astrologie. C'est un livre manifestement de la même époque, car il offre avec celui-ci les plus étroites analogies comme plan, comme mode de rédaction, comme état de la langue et comme orthographe. Il est aussi caractérisé par la singulière multiplication des expressions idéographiques et aliophones (2), qui s'y appliquent presque à tous les
(1) Dans un endroit, je trouve même simplement « Tablette 57 de Bel » : W. A. I. m, 32, 2.
(2) On désigne ainsi des mots originairement phonétiques en accadien, que Ton introduit dans les textes assyriens, à titre d'expressions idéographiques complexes,
substantifis et à la plus grande partie des verbes, de telle façon qu'il n'y a guère que les éléments purement grammaticaux qui soient écrits phonétiquement en assyrien (1). Enfin> dans les deux ouvrages, la géographie est la même, et Tun ne connaît pas plus que Tautre l'existence ethnique et politique de FAssyrie, En s'ajoutant à ces indices, la mention fréquente du roi Sargon P', signalée par M. Smith, prend une très-grande valeur. Elle donne lieu de penser que le livre sur les présages terrestres, qui résume les travaux d'une longue pratique antérieure de l'art augurai, a été rédigé en même temps que le livre d'astrologie^ par les ordres du même prince, de ce roi d'Aganê, quî^ deux mille ans environ avant notre ère, réunit sous son sceptre la Babylonie et la Chaldée, jusqu'alors divisées (2). En tout cas, nous
sans plus tenir compte de leur prononciation primitive, ot en les lisant par le mot assyrien correspondant. Le mt^mc fait se produit chez les Japonais, qui, dans certains textes, introduisent des mots chinois, en les lisant tout différemment, par le mot japonais correspondant.
(i) Voy., du reste, pour des détails plus précis sur l'orthographe particulière à ces textes, mon livre sur La Umffue primitive de la Chaldée et les idiomes touraniens, p. 67 et suiv.
(2) La principale copie do cet ouvrage que possédait la bibliolht^iuo do Ninivo, ot dont les fragments se trouvent
CHEZ LES GHALDÉENS 49
trouvons là deux branches bien distinctes de la science des prévisions de l'avenir chez les Ghaldéens, ayant leurs traités fondamentaux séparés, et assez développées pour que chacune dût réclamer des docteurs particuHers. Et il est important de noter que la division que nous constatons dans les livres astrologiques et divinatoires de la Ghaldée correspond, dans les données du livre biblique de Daniel, à deux classes spéciales de la caste des Chaldéens, les chasdim et les gazrim^ les astrologues et les devins, de même que nous avons constaté déjà, dans un travail antérieur (1), que trois autres classes y répondaient aux trois divisions des livres magiques.
maintenant à Londres, avait été faite dan» Içt onzième année de Sargon II, TAssyrien, c'est-à-dire eii 711 avant Jésus-Christ, d'après un manuscrit remontant au xii® siè* cle. Ce dernier manuscrit, ou peut-être celui dont il avait été lui-même copié, avait beaucouf> souffert par le cours des ans et présentait de nombreuses lacunes, indiquées
çà et là par le mot hibi^ « efiacé. »
(1) La Magie chez les ChaldéenSj p. 13*