LES AUGURES ET L'ARUSPICINE
Diodore de Sicile (1), dans le célèbre passage où il donne les détails les plus précis et les plus exacts sur les études des docteurs chaldéens, ainsi que sur leur doctrine et leur système astrologique, ajoute : « Ils sont versés dans l'art de prédire l'avenir par le vol des oiseaux; ils expliquent les songes et les prodiges. Expérimentés dans Tinspection des entrailles des victimes, ils passent pour saisir exactement la vérité. » L'écrivaiti grec nous signale ainsi chez les Ghaldéens Texistence, à Tétat d'une étude poussée trèsavant et régulière dans ses procédés, des quatre divisions principales que Pon reconnaissait à l'art
divinatoire dans le monde classique, la science des augures et des auspices cherchés dans Tobservation des oiseaux, Taruspicine d'après les entrailles des victimes, l'étude et l'explication des prodiges ou signes de toute nature, répara , qui constituait la mantique proprement dite, enfin l'interprétation des songes. Son dire est confirmé par le témoignage des fragments parvenus jusqu'à nous de la littérature augurale en écriture cunéiforme, car nous y trouvons des exemples de toutes ces sortes de divination, suffisants pour nous donner une certaine idée de la manière dont on les pratiquait.
L'importance attachée à l'observation des oiseaux et aux augures que Ton en tirait est attestée par ce fait qùe^ sur les quatorze chapitres de l'ouvrage dont nous lavons vu la table des matières^ trois y étaient consacrés. Malheureusement jusqu'ici on n'a retrouvé aucun fragment de ce genre, et cette lacune est d'autant plus regrettable, qu'il eût été très-instructif pour l'histoire et la filiation des superstitions augurales de comparer les idées et les pratiques des devins de Babylone sur ce point avec ce que les écrivains classiques nous apprennent de l'emploi des mêmes présages par les augures d'autres peuples de l'antiquité et de leur manière de les interpréter. On
voit cependant, par les titres de chapitres rapportés plus haut, que les Chaldéens attachaient une signification prophétique au vol et aux cris de différents oiseaux; il en était de même chez les Grecs et chez les Romains ou les Etrusques, leurs maîtres en ces matières, et même en Italie, au témoignage de Festus, on divisait les oiseaux servant aux auspices en deux classes, alites et osciîies, suivant que c'était leur vol et leurs crïs auxquels on demandait le secret de l'avenir. Bès l'origine de cette divination, du reste, on avait dû attacher une égale importance à ces deux modes de manifestation, car elle reposait d'abord sur une observation réelle, celle des présages naturels que fournissent certains oiseaux, dont les cris, les ébalSj le vol sont des indices de changements atmosphériques. Maintenue dans ces limites, l'étude des auspices aurait pu être une science véritable 5 mais on en avait fait une superstition ridicule en appliquant ces augures à des choses qu'ils ne pouvaient pas annoncer. La divination d'après les oi-' seaux, l'art des oiuvo^ïoi, était d'usage très-ancien en Grèce; les poésies homériques nous la montrent complètement constituée (1); certaines traditions fai-
{\)!liad. B, V. 808; Odyss. A, v. 200; B, v. 138; Cf. i)st, De dits Oraecofum fatidids, p. 31.
^saienl inventer cet art par Télégonus (1), le ffli^' rrUlysse et de Circé. Mais d'autres ne le repiésOf taient pas comme indigène et disaient qn'û avmtm origine asiatique, qu'il avait été apporté de la Vïaf gie (2). En efiet, Cioéron (3) signale la Phrygîe, Il Cilicio, la Pisidie et la Pamphylie comme les con^ trées où florissait particulièrement la divination pir le moyen du vol et des cris des oiseaux ; or, on ait combien l'Asie Mineure avait été pénétrée, dès m» époque ancienne, par l'influence de la civilisabott euphratique, et comment elle fut le canal par leqod une grande partie des choses de cette civilisation pénétrèrent chez les Grecs. Cicéron (4) et Appien, dans un très-curieux passage retrouvé par M. Miller (5), parlent du développement que la même science des auspices avait pris chez les Arabes, où l'on est en droit d'en rapporter aussi l'origine à l'influence babylonienne} et l'on en retrouve encore des traces chez Maçoudi (6). Dans TEcclé-
(1) Nonn. Synagog. histor. 61 ; Suid. v. TriXéyovoq.
(2) Clem. Alex. Stromat. I, p. 361, éd. Potier.
(3) De divinat. I, 1, 41 et 42 ; II, 38.
(4) De divinat, I, 41.
(5) Revue archéologique^ nouv. sér. t. XIX, p. 102 et suiv.
(6) Les prai?*ies d'or, trad. Barbier de Meynard, t. III, p. 341.
siaste[l), les oiseaux sont indiqués comme pouvant, par leurs cris ou par leur vol, révéler une cJiose cachée. Pour ce qui est de l'aruspiscine, Ezéchiel (2) nous montre Nabuchodorossor consultant le foie des victimes en même temps qu'il a recours à la bélomancie. Je connais quatre fragments du grand traité compilé par ordre de Sargon I", qui ont trait à cette science et qui, dans leur état de mutilation, monti'ent que les Chaldéens cherchaient des présages de ce genre chez les espèces d'animaux les plus variées et dans tous leurs viscères. Deux de ces fragments sont puhliés ; le premier (3) traitait d'un signe que l'on pouvait observer dans le cœm- d'im jeune chien, d'un renard, d'un mouEflon, d un bélier, d'un cheval, d'un âne, d'un bœuf, d'un hon, d'un ours, d'une brebis, d'autres animaux encore incertains, d'un poisson (4), d'un serpent, et qui, chez chacun do