‹ La divination et la science des présages chez les ChaldéensChapitre 16 sur 38 · OU · texte numérisé non relu

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il soit question des tremblements de terre, n'est connu jusqu'à ce jour. Nous ne pouvons donc juger s'il y a quelque part de tradition remontant jusqu'à la Chaldée dans le tableau/ fourni par Jean le Lydien (1), d'explications du sens prophétique des tremblements de terre suivant qu'ils ont lieu au moment où le soleil se trouve dans tel ou tel signe du zodiaque.

Nous ignorons aussi dans quelle mesure les Ghaldéens avaient développé la pyromande ou la capnomanciBy divination d'après l'aspect de la flamme et celui de la fumée du sacrifice, si répandue chez les Grecs, qui la pratiquaient dans presque tous leurs temples (2) et en attribuaient l'invention à Amphiaraûs (3). On a vu plus haut qu'une des sections du livre en quatorze chapitres commençait par ces mots : « Du cinabre est brûlé . sur la flamme ; » il y avait donc au moins une divination consistant à jeter certaines substances sur le feu et à tirer des présages de la manière dont elles y brûlaient. C'est ainsi que l'on procédait auprès du feu naturel d'ApoUonie

(1) De ostent, SS-S8.

(2) Voy. Maury, Histoire des religions de la Grèce^ t. II, p. 444 et suiv.

(3) Plin. Hist, nat. VII, 56.

d'Epire, résultant de dégagements d'hydrogène carboné ; on y lançait de l'encens dans la flamme, en adressant sa prière aux divinités locales, et, suivant que cet encens était consumé ou s'échappait de la flamme, on augurait que son vœu était ou non agréé (1). Au reste, Timportance attribuée au Feu en tant que dieu, dans le système magique légué par les Accads à la civilisation postérieure, sa puissance contre les maléfices et toutes les influences funestes, avait dû nécessairement conduire à reconnaître aux diflPérents aspects de sa flamme un caractère prophétique et à y chercher un moyen de divination. Et il me semble que c'est ce qu'indiquent clairement un <les hymnes de la collection magique en appelant ce Feu divin « le messager de Silik-rûoulou-khi (2) » , le dieu médiateur assimilé ensuite à Mardouk, et un autre, qui lui dit : « Prophétisant tout ce qui peut être nommé, tu fixes le destin (3) . »

D'après ce que nous apprend M. Smith, des parties restées inédites du grand traité des présages terres-

(i)DioCass.XLI, 45.

(2) W. A. I. IV, 6, col. S ; voy. ma Magie chez les Chaidéens^ p. 171.

(3) W. A.L IV, 14, 2; et mes Études accadiemies, II, 1, p. 94et9S.

très compilé sous les auspices de Sargon I"* empruntent les signes prophétiques dont elles exposent le sens aux sources et aux fleuves, diaprés l'aspect, l'abondance et la rapidité de leurs eaux. Il y avait bien chez les Grecs une pégomancie ou divination par les soiu'ces, et une hydromancie où divination par l'eau , mais elles n'avaient en réalité aucun rapport avec la branche de la mantique chaldéenne dont l'existence nous est ainsi révélée ; en effet, en Grèce, V hydromancie consistait à jeter un objet dans l'eau pour voir s'il s'enfoncerait ou surnagerait, et à observer les ondulations circulaires produites dans l'eau par la chute d'une pierre.

11 y avait aussi un autre genre d'hydromancie^ que Ton appelait plus spécialement cyathomancie ou lécanomanciey suivant que Ton y procédait avec un gobelet ou avec un bassin rempli d'eau ou de tout autre liquide, à la surface duquel on voyait apparaître des images (1), comme dans le fameux « miroir d'encre » des devins arabes de nos jours (2). Ce

(1) Voy. les intéressantes remarques de M. Perrot, qui a très-ingénieusement reconnu une scène de lécanomancie dans une des peintures de la maison dite de Livie au Palatin : Mémoires d'archéologie^ p. 127 etsuiv.

(2) Lane, Modem Egyptians, t. II, p. 362. — Je l'ai vu moi-même mettre en œuvre à Alep.

mode de divination, tenant de près à la sorcellerie, et qu'il serait peut-être plus exact de classer parmi les évocations magiques, était connu des Grecs, et, à Rome, on prétendait qu'il avait été introduit par Numa. On lui attribuait d'ordinaire une origine perse (1), et il paraît, en effet, qu'il était très-développé chez les Iraniens (2). Mais il existait aussi' chez les peuples sémitiques depuis une époque fort ancienne, puisque la Genèse (3) nous montre la divination pratiquée habituellement par Jose])h à l'aide du gobelet qui lui sert à amener sa reconnaissance avec ses frères. Il est quelquefois, dans les documents magiques et mythologiques de la Babylonie et de la Chaldée, parlé de coupes magiques dont la possession est prisée très-haut et donne de grands pouvoirs à ceux qui en sont maîtres. Mais jusqu'ici les passages qui y font allusion sont fort obscurs, et surtout ils n'entrent pas dans le détail. Aussi ne peut-on pas savoir, dans l'état actuel des connaissances, si ces coupes magiques avaient ou non un

(1) Varr. ap. Augustin. De civ, Dei, VII, 35,

(2) Strab. XVI, p. 762. — La fameuse coupe de Djemschid, dans le Schah Nameh^ est une coupe divinatoire de ce genre.

(3) xLiv, 5.

rapport quelconque avec la divination. Mais Técri vain byzantin Michel Psellus, qui paraît avoir dépouillé très-soigneusement les anciens textes relatifs à la divination, affirme (1) que « la divination par le bassin a été imaginée par les Assyriens^ dont Thabileté défiait toute comparaison • » Il en décrit ainsi le procédé :

Elle se pratiquait au moyen d'un bassin que l'on avait

sous les yeux; il était rempli d'une eau prophétique

L'eau que l'on verse dans le vase ne diffère point, par essence, des autres eaux analogues; mais les cérémonies et les incantations que l'on accomplit au-dessus du vase qui la renferme la rendent susceptible de recevoir le souffle prophétique. Cette force divine sort du sein de la terre et n'a qu'une action partielle; lorsqu'elle pénètre l'eau, elle produit d'abord, au moment où elle s'y introduit, un bruit auquel les assistants ne peuvent trouver de sens, puis, répandue dans le liquide, elle y fait entendre certains sons confus d'où l'on tire des indices pour la connaissance de l'avenir. Ce souffle, appartenant au monde matériel, garde toujours un caractère incertain et obscur, et c'est à dessein que les devins exploitent ces sons légers et confus, afin que, grâce au vague même de ces bruits, ils puissent éviter d'être jamais convaincus de mensonge.

Aucun des fragments que l'on a pu jusqu'ici étudier du grand ouvrage augurai conservé dans la bibliothèque de Ninive n'a trait à ce mode de consultation des choses futiu'es.

(1) De opérât, daemon.p, 42, éd. Boissonade. •

CHEZ LES CHALDÉENS 8i

Bans quelqnes tablettes provenant du même ouvrage, un sens de révélation de l'avenir est attrî- Imé à l'éclat plus ou moins grand de certaines gemmes. J'en ai publié une(l) qui tire des feux que jette à droite ou à gauche, eu haut ou en bas, « le diamant du doigt n des prédictions sur les agissements, le succès ou la défaite des ennemis. Il est clair que Tanneau dont la pierre fournissait par son aspect des augures de cette importance ne pouvait être celui du premier venu, qui n'eut pu donner que des présages d'un intérêt privé ; il doit s'agir ici d'un anneau royal ou de celui qui était passé au doigt de quelque statue divine. Malheureusement le début de la tablette manque, et, par conséquent, nous ne pouvons pas être éclairés sur ce point important d'une manière précrse. En revanche, cet exemple et quelques autres analogues me paraissent devoir fournir des indices importants pour déterminer la nature réelle de l'oracle hébreu des Ourim et Thoummim du pectoral du grand-prêtre. Ces objets, dont les noms signifient « lumière » et « vérité », et qui ont donné lieu à tant d'explications contradictoires (2), étaient renfermés dans une sorte de poche à l'înté-

(!) Dans mon Choix de textes, n" 91.

(2) Voy. Winer, Kib/. Realwocrlerô., t. II, p. 747 et s.

rieur du pectoral (1), ce qui prouve qu'ils étaient de très-petite dimension. Dans les circonstances graves, le grand-prêtre les consultait pour connaître l'avenir et obtenir une révélation de Jéhovah, Le plus souvent, quand il est question du recours à cet oracle, la Bible parle de consultation des Ourim (2), ce qui semblerait indiquer que le signe prophétique y était attaché à une notion de lumière ou d'éclat ; une seule fois il est parlé de consultation des Thoummim (3). Josèphe (4) prétend que c'est le plus ou moins grand éclat des douze pierres précieuses placées à l'extérieur du pectoral qui constituait les Ourim et les Thoummim , et plusieurs modernes ont adopté cette opinion. Mais elle est en contradiction formelle avec le texte même du Pentateuque, d'où résulte qu'Ourim et Thoummim étaient deux objets parfaitement distincts des douze pierres. Cette erreur reconnue, il est pourtant diflScile de croire que Josèphe n^ait pas recueilli, mais en la comprenant

(1) Exod. xxviii, 30;Levit. viii, 8.

(2) Num. xxvii, 21 ; I Sam. xxviii, 6.

(3) I Sam. XIV, 41. — Sur rapplication du mot de Thoummim à la signification d' « amulette », vay. les ingénieuses observations de M. Ewald, Gesch. des Volkes Israël, 2* éd. t. I, p. 338.

(4) Ant, Jud, III, 8, 9.

mal, une tradition réelle, d'après laquelle Toracle aurait consisté dans l'éclat plus ou moins grand de gemmes. En effet, la Chronique samaritaine (1) a conservé la même tradition sous une forme beaucoup plus acceptable, en disant qu'à Tintérieur du pectoral on conservait une ou deux pierres précieuses, que le grand-prètre examinait et dont les feux^ par leurs changements^ fournissaient les présages d'Ourim et de Thoummim, C'aurait été ainsi quelque chose d'analogue au diamant de Panneau dont traite notre tablette chaldéenne, et l'élément de rapprochement qui résulte de ce dernier document donne un grand poids à une semblable tradition. Ceci n'a rien, du reste, de contradictoire avec la notion, admise déjà par Philon (2), que les gemmes en question étaient taillées en forme de teraphim (3) et avaient, par conséquent, la figure d'images^ comme celle de la déesse Ma, en saphir, portée au cou chez les Égyptiens par le juge suprême (4) •

(1) XVIII et XXXVIII.

(2) Vit. Mos. 3, p. 1S2, éd. Mangey.

(3) Cf. Jud. XVII, 5; Hos. III, 4. "

(4) Diod. Sic. I, 48 et 75; iElian. Var. hist. XIV, 34.

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