‹ La divination et la science des présages chez les ChaldéensChapitre 2 sur 38 · LA BELOMANCIE ET LES SORTS · texte numérisé non relu

LA BELOMANCIE ET LES SORTS

A côté de l'observation des présages et des prodiges terrestres, constituée en véritable science, les Ghaldéens avaient conservé, comme un vestige de leurs usages primitifs, le procédé le plus simple et le plus rudimen taire de divination, celui par lequel cet art a commencé et qu'on retrouve aux origines de presque tous les peuples (1), lemploi des sorts. Mais ce n'était pas au moyen des dés qu^ils consultaient le sort, comme les Grecs (2) dans les thries de

(1) Voy.H.Wiskemann, De Mriis oraculorum çeneribus apud Grœcos^ p. 19; Maury, Histoire des religions de la Grèce, t. II, p. 441.

(2) Schol. ad Piildar. Pyth. IV, v. 337, éd. Bœckh. L'invention de ce genre d'oracles était attribuée à Minerve : Zenob. Cent. y y 78; Steph. Byz. v. Bpta.

il s'arrêta dans le temple de Dhou-l-Koloçah pour interroger les flèches mantiques. Ayant tiré \a.défense, il recommença, et trois fois de suite il la vit ressortir. Brisant alors les flèches et en jetant les morceaux à la tête de l'idole: « Misérable! s'écria-t-il, si c'était ton père qui eût été tué, tu ne défendrais pas d'aller le venger (1). »

La divination chaldéenne par les flèches marquées et extraites d'un récipient où on les mêlait, divination dont le procédé s'était, comme on le voit, trèsfidèlement conservé chez les Arabes, était tout à fait pareille à l'usage italiote des sorts de Préneste, de CsBré (2) et d'autres villes (3). Cicéron (4) nous renseigne avec détail sur les sorts de Préneste. C'étaient des bâtonnets de chêne portant des lettres d'une forme très-antique, qu'on racontait avoir été trouvés à l'intérieur d'une pierre par un certain Numerius Suffucius, instruit par uii songe que les dieux lui avaient envoyé. On les conservait dans le temple de la Fortune, et pour les consulter on les

(1) Dozy, Histoire des musulmans d'Espagne^ 1. 1, p. 22.

(2) Tit.-Liv. XXI, 62.

(3) Voy. Marquardt, Handb. d. Rœm. Alterth. t. IV, p. 103 et suiv.

(4) De divinatione^ II, 41, 83; cf. I, 18, 34.

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mêlait dans un vase, d'où ils étaient extraits par un enfant (1).

Les textes cunéiformes jusqu'à présent connus n'ont, du reste, encore rien offert qui confirmât le passage d'Ezéchiel et parlât de cette divination chaldéenne par le moyen des flèches. Mais les monuments figurés comblent ici la lacune des documents écrits. Les cylindres babyloniens et assyriens nous montrent à plusieurs reprises les flèches du sort, presque toujours au nombre de huit et figurées tout à fait de la manière dont les auteurs musulmans les décrivent dans le rite de la Kâabah païenne; nous montrent, dis-je, ces flèches tenues à la main de Mardouk (2) et d'Istar (3), les divinités des planètes Jupiter et Vènus^ c'est-à-dire des deux corps sidéraux que les astrologues arabes appellent encore grande et petite fortune (4) . L'idole de Hobal à la

(1) Voy. Preller, Rœmische Mythologie^ p. S61.

(2) Lajard, Culte de Mit/ira, pi. XXXII, n^2; LIV, A, n«>5.

(3) Lajard, Culte deMithra, pi. XXXVII, nM.

(4) Les planètes Jupiter et Vénus étaient, après la lune, les objets favoris des observations des astrologues chaidéens. Pour Jupiter : W. A. I. m^ 32, 1, qui se réfère aux observations de Nabuchodorossor l'Elamite. Pour Vénus : W^. A. I. m, 53, 2; 57, 4 ; 57, 7; o9, 11; et sur-

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Mecque, presque aussi célèbre et aussi vénérée que la Pierre noire, jusqu'à l'établissement de Tislamisme, portait également dans la main les sept flèches mantiques (1).

Les flèches sans pointes ni pennes dont les Chaldéens, et à leur imitation les Arabes, se servaient comme de sorts, sont identiques aux baguettes de tamarisque que les Mages de la Médie employaient pour le même objet, au rapport de Binon (2). La divination dont nous parlons formait une partie si essentielle de l'office sacré de ces derniers, que le faisceau des baguettes au moyen desquelles ils consultaient le destin, appelé bareçma (le ba/rsom des Parsis d'aujourd'hui), était un de leurs insignes caractéristiques (3); ils l'introduisirent même dans le mazdéisme proprement dit (4), quand ils furent parvenus à s'y confondre, malgré la répulsion de

tout 63, table complète des mouvements de la planète et des augures de ses positions pendant une année . Voyez Sayce, dans les Transact. of the Soc. of BibL Archœol, t. m, p. J 93-200.

(1) Pococke, Spec, hist. Arab, p. 8; et mes Lettres assyriologiques, t. II, p. 290.

(2) Ap. Schol. ad, Nicandr. Theriac, v. 613.

(3) Strab. XV, 3, 14 et 15.

(4) Vendidad Sade, XVIII, 1-6.

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l'esprit primitif de la doctrine de Zoroastre pour les pratiques divinatoires; et, chez les Guèbres qui restent maintenant fidèles à la religion de leurs pères, le barsom continue à être un des éléments essentiels du costume des ministres du culte, comme au temps des Sassanides et comme déjà probablement à la fin de Tempire des Achéménides ; les baguettes y sont au nombre de trois, cinq, sept, neuf, toujours un nombre impair (1). La divination par les baguettes ne provient certainement pas du vieux fonds mazdéen (2). Dans le m'agisme médique, elle était donc un héritage de la population touranienne, qui avait précédé les Iraniens et avait fini par leur faire adopter tant de choses de sa religion (3) . Et, en effet, on nous atteste que c'était là un usage commun à toutes les tribus des Scythes de? Asie (4), c'est-à-dire des Touraniens demeurés encore nomades. Il a passé en Chine, où l'on consulte encore

(1) Yaçna, LVII, 6.

(2) Il n'est question du bareçma^ ou fait une allusion quelconque à un pareil usage ni dans les Gâthas, ni dans le Yaçna hapthanaiti^ ni dans aucune des plus anciennes parties du Vendidad.

(3) Voy. G. Rawlinson, The five great monarchies^ 2" éd., t. II, p. 350.

(4) Schol. ac? Nicandr. /. c.

aujourd'hui le sort avec des flèches sans pointes ni pennes, comme celles des Arabes antéislamiques, et cette divination est ainsi dans le même cas que l'antique cycle touranien de soixante ans, que nous retrouvons également à la Chine et en Babylonie, tandis qu'il est étranger aux Aryens et aux Sémites. En Chaldée, de nombreux indices tendent à faire croire que ce devait être originairement le mode de divination des. Accads, d'autant plus que ceux-ci employaient comme moyen magique un jet des sorts qui devait avoir dans sa forme de grands rapports (1). Remarquons cependant qu'un procédé de tirage des sorts aussi simple, aussi facile et aussi rudimen taire ne saurait être considéré comme caractéristique d'une race déterminée. Hérodote (2) le signale chez les Scythes d'Europe, qui n'avaient rien à voir, comme origine, avec les Scythes d'Asie ou Saces, - et qui étaient certainement de sang aryen; Tacite (3) l'a retrouvé chez les Germains, et Ammien Marcellin (4)

(1) Ilert est particulièrement question dans la tablette K 142 du Musée Britannique, comprise dans \e ti** 96 de mon Choix de textes cunéiformes inédits,

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